L’Iran cherche une alliance avec les Frères musulmans, selon Gilles Kepel

Gilles Kepel est français et spécialiste de l'islam et du monde arabe contemporain. (Joel SAGET/AFP)
Gilles Kepel est français et spécialiste de l'islam et du monde arabe contemporain. (Joel SAGET/AFP)
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Publié le Lundi 31 août 2020

L’Iran cherche une alliance avec les Frères musulmans, selon Gilles Kepel

  •  L’Irak est un pays paradoxal parce qu’il est une sorte de point d’équilibre dans la relation américano-iranienne
  • Le Hezbollah a brouillé son image antisioniste qui était son principal capital pour rassembler derrière lui des masses arabes, même non chiites

Au Proche-Orient, les crises se suivent mais ne se ressemblent pas. Le coronavirus, la chute des prix du pétrole, la tension entre les Etats-Unis et l’Iran, les conflits entre sunnites et chiites, les tensions en Irak et au Liban, sans oublier l’Etat islamique… La région traverse encore une fois une forte période d’instabilité et de troubles. Pour mieux comprendre la situation, le politologue français et spécialiste de l'islam et du monde arabe contemporain, Gilles Kepel, répond aux questions d’Arab News en français.

Quel Proche-Orient post-Covid-19 ? Quel impact a cette pandémie sur une région déjà minée par les inégalités ?

La pandémie accroit les inégalités considérablement, et pas seulement au Moyen-Orient.

Le problème de la région est qu’elle est doublement frappée. D’abord par la pandémie qui a impacté massivement l’Iran, probablement beaucoup plus que ce qui est dit. Et puis aussi en raison de l’effondrement des prix du pétrole, précipité par la décision russe suivie par celle des Saoudiens d’augmenter la production de manière à ce que le pétrole redevienne une arme entre les mains des Russes et des pétromonarchies.

Tant que la pandémie perdure, les prix ne peuvent pas remonter surtout dans le contexte d’une possible seconde vague. Un autre facteur important à prendre en compte est l’élection américaine qui arrive. La réélection de Trump ou au contraire sa défaite vont modifier un certain nombre de paramètres dans la région, certains pays attendant sa réélection, d’autres la redoutant.

En tout cas, ce qui change, c’est que jusqu’en 2018, les Etats-Unis étaient devenus le premier producteur mondial, et ils n’importaient plus du tout du pétrole du Moyen-Orient, c’est d’ailleurs la raison qu’ils ont donné pour justifier leur retrait politique de la région. L’avancée de la Russie et de la Turquie s’explique par ce vide américain.

Or le nouveau président, qu’il s’agisse de Trump II ou de Joe Biden va se trouver confronté à une nouvelle configuration, dans laquelle les Etats-Unis vont devoir acheter du pétrole. Donc la stratégie de retrait américain fondé sur l’autosuffisance pétrolière va bientôt être revue. 

Quelle est aujourd’hui le degré de contrôle de l’Iran en Irak ?

Les milices pro-iraniennes sont toujours très présentes. Mais je crois qu’elles ont perdu une partie importante de leur force d’attraction parce qu’à la suite des sanctions américaines d’une part et de l’impact considérable de la pandémie du coronavirus sur l’Iran d’autre part, le pays est très affaibli. Il ne peut pas vendre son pétrole, il se trouve dans une situation désastreuse économiquement.

Le pillage des ressources pétrolières irakiennes pour transférer des fonds en Iran a aliéné considérablement une partie de la base chiite qui était favorable ou au moins indifférente à la domination iranienne. 
Il faut bien voir aujourd’hui que l’Iran est en train de signer des accords léonins avec la Chine qui imposent des conditions terribles et des escomptes énormes sur le pétrole et le gaz, et feront de lui la tête de pont de la nouvelle route de la soie chinoise au Moyen-Orient.

Ces accords suscitent des contradictions au sein même de l'Iran. Les élus nationalistes-religieux du Parlement ont très violemment attaqué le gouvernement sur ce sujet.

Le pillage des ressources pétrolières irakiennes pour transférer des fonds en Iran a aliéné considérablement une partie de la base chiite qui était favorable ou au moins indifférente à la domination iranienne. 
Il faut bien voir aujourd’hui que l’Iran est en train de signer des accords léonins avec la Chine qui imposent des conditions terribles et des escomptes énormes sur le pétrole et le gaz (...)

Gilles Kepel

L’Irak est-il aujourd’hui à la croisée des chemins ?

L’Irak est un pays paradoxal parce qu’il constitue une sorte de point d’équilibre dans la relation américano-iranienne. C’est une sorte de condominium américano-iranien. Jusqu’alors l’Iran dominait très largement. Aujourd’hui, il a été obligé de faire des concessions en acceptant la nomination de Moustapha Al-Kadhimi au poste de Premier ministre.

Il faut aussi prendre en compte une dimension régionale : Ali Akbar Velayati (conseiller diplomatique du Guide suprême iranien Ali Khamenei) a félicité la Turquie après la réouverture au culte de la mosquée de Sainte-Sophie à Istanbul. A mon avis, l’Iran cherche aujourd’hui à s’allier aux Frères musulmans, c’est-à-dire aux Turcs et aux Qataris pour créer une sorte d’alliance sunnite contre le bloc saoudo-émirato-égyptien. 

Donc le rapport de force se situe à une échelle plus importante, au niveau régional et dans l’affrontement avec l’Occident puisque le président turc, Recep Tayyip Erdogan a choisi la surenchère et l’affrontement aujourd’hui. En tout cas, la transformation de Sainte-Sophie en mosquée, c’est aussi un symbole qui vise à essayer de faire d’Istanbul le centre du sunnisme comme c’était le cas à l’époque ottomane.

C’est bien sûr un défi pour l’Arabie saoudite. Le jour de la grande prière lors de la fête d’al-Adha, les photos montraient La Mecque quasiment vide en raison de la distanciation sociale, alors que les mosquées turques étaient remplies de fidèles venus applaudir Erdogan.

Moustapha Al-Kadhimi a pour objectif affiché de lutter contre les milices pro-iraniennes en Irak. Est-ce un pari perdu d’avance ? Y aura-t-il des élections anticipées comme le veut Al-Kadhimi ?

C’est une position d’équilibre qui va être difficile à tenir. Pour l’instant il tient le cap. Il a lui-même promis que les manifestants tués seraient compensés. C’est une voix nouvelle parmi les dirigeants irakiens. Le fait qu’il puisse s’exprimer ainsi indique qu’à ce jour, l’Iran n’a pas véritablement les moyens de mettre en place quelqu’un qui lui soit plus favorable, mais bien évidemment cela reste l’objectif de Téhéran.
C’est toutefois un bon indicateur des rapports de force régionaux qui sont moins favorables à l’Iran qu’il ne l’étaient précédemment. On ne peut pas savoir si cela va durer ou non.
Al-Kadhimi veut des élections anticipées parce qu’il veut profiter d’un moment d’impopularité de l’Iran et des milices qui lui sont liées. En même temps lui n’a pas beaucoup de ressources à distribuer. Le prix du pétrole est bas, il n’y a pas d’électricité, le coronavirus frappe aussi l’Irak de plein fouet, le pays est dans un état de délabrement avancé, même si ce n’est pas de sa faute… Donc plus il peut avoir une majorité rapidement, mieux c’est pour lui, parce qu’il n’aura pas les moyens ensuite d’avoir une majorité importante si la situation se dégrade davantage. 

La transformation de Sainte-Sophie en mosquée, c’est aussi un symbole qui vise à essayer de faire d’Istanbul le centre du sunnisme comme c’était le cas à l’époque ottomane.

Gilles Kepel

Octobre 2019 à Bagdad, octobre 2019 à Beyrouth, quelles différences ? Quelles similarités ?

En Irak comme au Liban, les manifestations se sont produites dans des Etats sur lesquels l’Iran exerce une forte emprise. Ce qui est très frappant est le fait que Téhéran et le Hezbollah, qui se réclament de l’anti-impérialisme et de la lutte contre la corruption, ont été la cible de manifestations contre la corruption.
Et autant les manifestations des « printemps arabes » de 2011 étaient surtout dirigées contre des Etats liés à l’Occident, autant celles de 2019 (Irak, Liban, Soudan) se focalisent contre des régimes liés à une forme « révolutionnaire de l’islam politique ». C’est un phénomène nouveau, d’autant plus qu’en Irak, les manifestants chiites ont attaqué des milices liées à Téhéran et à Kerbala et à Najaf, les consulats iraniens ont été brulés, aux cris de « L’Iran dehors. »
Toute cette surenchère s’est traduite par des attaques de milices pro-iraniennes contre des bases américaines, ce qui a abouti d’un côté à la réaction des Etats-Unis qui ont tué le chef des Brigades al-Qods, Qassem Soleimani, le principal stratège de la politique expansionniste iranienne de la région début janvier 2020, alors qu’il atterrissait à l’aéroport de Bagdad pour prendre en main la répression des manifestations. La conjonction de ces événements a fait que l’Iran s’est retrouvé en position de relative faiblesse, a été contraint d’accepter la nomination de Moustapha Al Kadhimi comme Premier ministre, qui, par rapport à ses prédécesseurs, est sur une ligne beaucoup moins suiviste par rapport à Téhéran. On voit ainsi une importante transformation en Irak.
Au Liban, la situation dramatique que vit le pays s’est empirée avec les explosions qui ont eu lieu au port de Beyrouth, et qui, selon les premières informations sont dues à une incompétence généralisée et à la corruption des élites économiques et politiques du pays. 
Mais justement cette corruption qui est ancienne et qui est due au système confessionnel, est désormais placée sous la bénédiction du Hezbollah qui est le parti dominant au Liban. Là encore les manifestations contre l’élite politique corrompue n’ont pas épargné le parti de Dieu, pris pour cible, même dans un certain nombre de régions chiites. Et c’est un élément nouveau et important à prendre en compte. 
Dans ce contexte, c’est ainsi que j’interprète le rabibochage entre Hamas d’un côté, Hezbollah et Téhéran de l’autre, l’Iran ayant multiplié dernièrement son soutien aux Palestiniens. On a aussi constaté des accrochages entre le Hezbollah et Israël, alors qu’il n’y a pas eu de frictions depuis 2018. Il y a une volonté iranienne de se faire à nouveau le héraut de la lutte anti-impérialiste. 

Dans l’Est syrien on voit que Daech reste quand même présent. Et en Irak aussi dans les zones sunnites autour de Mossoul. A mon avis, l’EI n’a structurellement plus les moyens de mener la politique internationale de terrorisme qui était la sienne, mais il reste présent notamment dans un certain nombre de tribus sunnites

A Beyrouth, on entendait souvent avec le début de la révolution « Beyrouth n’est pas Bagdad »

Les deux pays sont des pays dits confessionnels. Bien sûr, Beyrouth n’est pas Bagdad parce que les deux pays sont différents, mais d’une certaine manière les manifestations de Beyrouth et de Bagdad ont montré les mêmes préoccupations par rapport à un axe iranien qui ne tient pas compte des spécificités locales. C’est en ce sens qu’on peut comparer les deux phénomènes.

Partagez-vous la théorie véhiculée aujourd’hui par Washington qui veut que l’Etat islamique n’est plus que l’ombre de lui-même en Irak et en Syrie ?

En réalité, c’est difficile à dire. Du fait de la pandémie, les forces spéciales occidentales dans la région se sont en grande partie retirées. 
Dans l’Est syrien on voit que Daech reste quand même présent. Et en Irak aussi dans les zones sunnites autour de Mossoul. A mon avis, l’EI n’a structurellement plus les moyens de mener la politique internationale de terrorisme qui était la sienne, mais il reste présent notamment dans un certain nombre de tribus sunnites qui sont privés d’accès aux ressources pétrolières et tactiques, ou autres. 

En Syrie, quelles sont selon vous les pertes réelles infligées par Israël aux Iraniens et au Hezbollah ?

Seuls les Israéliens et les Iraniens le savent réellement. Mais en tout cas, il y a une pression très forte d’Israël notamment tout autour du Golan. Ces pertes doivent être significatives, puisque suite à celles-ci, le Hezbollah a rallumé dernièrement le front libanais pour attaquer Israël. Depuis les élections de 2018, ce front était relativement calme, l’Etat hébreu considérant que le Hezbollah avait gagné. Du coup, Israël répliquera contre toute roquette contre son territoire en frappant non pas Nabatiyeh, mais Beyrouth. La dernière attaque du territoire libanais me semble liée à la capacité de pression limitée des Iraniens et de leurs alliés en Syrie depuis la multiplication des frappes israéliennes.

Pensez-vous que le Hezbollah s’est suicidé militairement en combattant en Syrie ?

Le Hezbollah ne s’est pas suicidé militairement, il a brouillé son image antisioniste qui était son principal capital pour rassembler derrière lui des masses arabes, même non chiites. On est loin de la guerre de 2006 quand certains médias du Golfe faisaient son éloge. Pour redorer son blason et essayer de revenir dans le monde sunnite au moment où l’Iran s’efforce de s’allier avec les Frères musulmans en Turquie contre l’Arabie saoudite, le Hezbollah se rappelle tout d’un coup qu’Israël existe et veut en faire à nouveau son ennemi principal. Parce que c’est une cause qui le rend plus sympathique aux yeux des Frères musulmans, alors que le soutien à Bachar el-Assad qui massacrait ces derniers rendait les contradictions trop fortes avec ceux qui sont ses alliés en ce moment. Pour l’Iran, l’ennemi c’est l’Arabie saoudite et l’allié sunnite c’est les Frères musulmans. C’est le sens de la déclaration de Vilayati précitée.


Au Liban, le Hezbollah est-il actuellement en train de se suicider politiquement ?

Pour l’instant, le Hezbollah reste quand même le parti dominant parce que le Hezbollah est le seul qui dispose d’une armée qui est plus puissante que l’armée libanaise. Le parti contrôle également en partie les services de renseignement. Au Liban, il reste l’élément le plus structuré alors que le reste de la société se délite, même si leur popularité en dehors de leur base a considérablement diminué. 
Le problème au Liban est que la crise est telle que ceux qui ont pu constituer une opposition ont décidé de quitter le pays. Je le vois avec mes anciens étudiants libanais qui me contactent pour savoir s’il y a un moyen pour eux de trouver n’importe quel travail quelque part.
Le drame du port va accentuer encore cette situation quelles que soient les causes de l’explosion, même si elle est accidentelle. C’est un symptôme dramatique du délabrement du pays. La question reste de savoir pourquoi on a laissé 2750 tonnes de nitrate d’ammonium entreposées dans cet endroit depuis des années.

La faillite qu’on constate un peu plus chaque jour au niveau politique et financier va-t-elle rayer le Liban de la carte ?

La fin du Liban a été annoncée plusieurs fois déjà. Jusqu’alors, il a toujours rebondi même pendant les années noires. C’était notamment grâce à la Banque centrale qui a toujours été là. Mais aujourd’hui, cette institution est elle-même mise en cause. Le pays a également toujours bénéficié d’aides internationales, souvent sous l’impulsion de la France avec le Club de Paris, les Conférences de Paris, le programme CEDRE... Or la dernière visite du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, avant les explosions, a été un coup de semonce d’une assez grande sévérité : sans réformes de fond, les pays créditeurs ne vont plus refinancer la dette libanaise. Le paradoxe est que, comme le Hezbollah est un acteur dominant sur la scène politique, c’est lui qui doit en porter la responsabilité politique. Or il n’est pas vraiment en capacité de le faire. Cela vient encore s’ajouter aux contradictions libanaises. Le Hezbollah doit d’une certaine manière payer le prix d’une mauvaise gestion puisqu’il est aux affaires, même s’il n’est pas responsable de tout, mais c’est ainsi. Et la fuite en avant dans la surenchère israélienne, c’est un reflexe habituel.

Qui remplace aujourd’hui la Syrie dans le rôle traditionnel de parrain au Liban?

Au Liban, ce qui est très frappant actuellement, c’est le désintérêt manifesté par l’Arabie saoudite depuis les élections de 2018, ce qui a notamment conduit à un affaiblissement de la communauté sunnite libanaise qui occupe traditionnellement le poste de Premier ministre, fonction renforcée après les accords de Taëf. Je  crois que les sunnites libanais sont la communauté la plus affaiblie en raison du désintérêt saoudien.   
Le parrain du Liban n’est plus la Syrie. Mais comme pour ce qui reste encore de la Syrie, c’est l’Iran bien sûr. C’est l’élément central à mon avis. Mais cet Iran affaibli, n’a plus les moyens de redistribuer de l’argent à ses fidèles. La crise libanaise est un peu le résultat de la crise iranienne. Pas seulement, mais c’est un facteur qui rend difficile de structurer la domination du Hezbollah sur la scène politique. 

Est-ce que le jugement dans l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri va déstabiliser un peu plus la situation ?

Je ne crois pas que ça va bouger beaucoup les lignes. C’est difficile de parler de l’impact parce qu’actuellement, l’impact majeur sur le Liban est l’effondrement complet de toute l’économie. Et il ne faut pas sous-estimer les explosions du port, à court et moyen terme.

Quelles perspectives pour le Liban ?

En dépit de toute l’amitié que j’ai pour le Liban, je pense qu’il est difficile d’être optimiste sur le court terme. Le Liban est la victime, parfois consentante, de tous ceux qui se battent sur son territoire. Et ce qui est le plus inquiétant, c’est qu’on a l’impression que ce qui faisait la force de la classe moyenne libanaise, à savoir la qualité de son éducation, va s’effondrer. La classe moyenne qui est ruinée n’a plus les moyens de payer pour l’éducation de ses enfants. Si c’est le cas, ce qui faisait la force et la caractéristique du Liban, va d’une certaine manière disparaitre. Et le Liban disparaîtra à son tour. 


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
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  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
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  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.