Au Liban, la crise a balayé l'esprit de Noël

Des véhicules roulent sous la pluie devant des magasins fermés dans la rue Weygand sombre dans le centre de la capitale libanaise Beyrouth le 14 décembre 2021. (AFP)
Des véhicules roulent sous la pluie devant des magasins fermés dans la rue Weygand sombre dans le centre de la capitale libanaise Beyrouth le 14 décembre 2021. (AFP)
Short Url
Publié le Vendredi 24 décembre 2021

Au Liban, la crise a balayé l'esprit de Noël

  • Cette année, les affiches jalonnant les routes du Liban proposent des cadeaux bien différents de ceux qu'on trouve habituellement sous le sapin: coffres-forts en acier, compteuses de billets, caméras de surveillance
  • «Depuis le début de la crise économique en 2019, les ventes de coffres-forts et de chambres fortes ont augmenté de 35 à 50%», selon un représentant commercial

BEYROUTH: Beyrouth en décembre grouillait de monde il y a encore deux ans avec des rues embouteillées et illuminées par les décorations de Noël, des publicités pour du champagne et des bijoux. Mais avec la crise, les choses ont beaucoup changé.

Cette année, les affiches jalonnant les routes du Liban proposent des cadeaux bien différents de ceux qu'on trouve habituellement sous le sapin: coffres-forts en acier, compteuses de billets, caméras de surveillance.

photo
Le 14 décembre 2021, à travers le reflet du rétroviseur d'un véhicule, une mendiante demande de l'argent à un automobiliste au milieu de la circulation à Beyrouth, la capitale du Liban. (AFP)

Le offres placardées sur les ponts de la route principale menant à Beyrouth reflètent la gravité de la crise économique et financière dans laquelle le pays est plongé depuis deux ans, avec l'effondrement de la livre libanaise et l'impossibilité pour de nombreux particuliers de retirer leurs économies bloquées à la banque.

"Depuis le début de la crise économique en 2019, les ventes de coffres-forts et de chambres fortes ont augmenté de 35 à 50%", a déclaré à l'AFP un représentant commercial de Smartsecurity LB, l'un des principaux détaillants au Liban. La demande d'alarmes et de caméras de surveillance est également en forte hausse, dit-il.

photo
Vue de l'arbre de Noël (au premier plan) érigé en 2020 par des manifestants antigouvernementaux sur la place des Martyrs au centre de la capitale libanaise Beyrouth, près de la mosquée Mohammed al-Amin (au centre) et la cathédrale maronite de Saint-Georges (arrière-plan). (AFP)

Le manque de confiance dans les banques, vues comme les principales responsables de la pire crise financière de l'histoire du pays, a provoqué un effondrement des dépôts des épargnants, les ménages libanais préférant garder leurs économies à la maison -- un montant estimé au total à 10 milliards de dollars.

Les banques qui étaient parmi les plus gros annonceurs du pays ont quasi disparu des panneaux publicitaires désormais accaparés par des sociétés de transfert d'argent acheminant les précieux dollars de la diaspora.

"Nous sommes à moins 90% par rapport au niveau d'avant la crise de 2019", a déclaré Antonio Vincenti, PDG de Pikasso, leader de l'affichage au Liban.

photo
Un homme déguisé en Saint Nicolas (Père Noël) distribue des bonbons pour attirer les clients devant un magasin du marché populaire du quartier de Burj Hammoud à Beyrouth, la capitale du Liban, le 14 décembre 2021. (AFP)

«La joie n'est plus là»

A l'image des coupures de courant qui touchent quotidiennement le pays, "les panneaux numériques restent éteints, principalement à cause des problèmes d'approvisionnement en électricité", a précisé M. Vincenti. 

Le gouvernement est à peine en mesure de fournir deux heures d'électricité par jour et, après la levée des subventions sur les carburants, le coût de l'alimentation des écrans avec des générateurs est bien trop élevé.

photo
Des véhicules roulent tard sous la pluie devant un arbre de Noël érigé dans le district oriental d'Achrafieh à Beyrouth, la capitale du Liban, le 14 décembre 2021. (AFP)

A Hamra, artère principale du centre de Beyrouth, il ne reste plus grand-chose de l'ambiance de Noël. Les budgets des municipalités ne permettent même pas de maintenir les feux de circulation allumés. Les kilomètres de guirlandes qui ornaient la rue en décembre ne sont qu'un lointain souvenir.

Même les concerts et parades de Noël qui animaient habituellement la capitale se font très rares. Et les haut-parleurs qui depuis des années crachaient des chansons de Noël repassant en boucle se sont tus.

Sur les vitrines des magasins, les pancartes "Fermé" ont remplacé les affiches de soldes, et sur les trottoirs de Hamra, les vendeurs en costume de Père Noël ont disparu, tandis que le nombre de mendiants ne cesse de croître.

photo
Cette photo prise le 14 décembre 2021 montre une vue d'une statue de Saint Nicolas à l'extérieur de l'entrée d'un magasin de jouets dans le marché populaire du quartier Burj Hammoud de la capitale libanaise Beyrouth. (AFP)

Les magasins les plus fréquentés sont les bureaux de change. Ils fournissent désormais gratuitement des sacs en plastique noirs pour y mettre les liasses toujours plus épaisses de livres libanaises -- devise en dévaluation constante.

Quatre Libanais sur cinq sont désormais considérés comme pauvres, selon l'ONU.

photo
Cette photo prise le 14 décembre 2021 montre une vue d'une bijouterie fermée dans le marché populaire du quartier Burj Hammoud de la capitale libanaise Beyrouth. (AFP)

Dans un supermarché d'un quartier huppé de la capitale, une demi-bouteille du champagne le moins cher coûte 900.000 livres libanaises (environ 36 dollars au marché noir), soit bien plus que le salaire minimum, qui aujourd'hui ne dépasse pas l'équivalent de 25 dollars au marché noir.

photo
Un homme et une femme marchent sous la pluie devant des magasins fermés dans la rue Weygand sombre au centre de la capitale libanaise Beyrouth le 14 décembre 2021. (AFP)

Les années précédentes au moment de Noël, les rayons étaient remplis de gigantesques pyramides de brioches et de paniers garnis débordant de foie gras et de Cognac.

"Cette année, il y a une offre sur les détergents!", ironise Christine Kreidy en poussant son chariot vide devant les présentoirs.

photo
Des véhicules roulent sous la pluie le long du pont du "Ring" qui traverse le centre de la capitale libanaise Beyrouth, avec de nombreux bâtiments dans l'obscurité totale, le 14 décembre 2021. (AFP)

"J'imagine que c'est l'occasion de se concentrer sur la vraie signification de Noël, mais je dois admettre que j'aimais bien le shopping de Noël," reconnaît cette femme de 49 ans. "C'est ça le problème au Liban maintenant, dit-elle: Noël ou pas, la joie n'est plus là".


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Short Url
  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Short Url
  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Short Url
  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.