Noires et vertes, les mystères des roses turques sauvées des eaux

Noire en bouton, noire au séchage, pourpre foncé entre les deux, la Karagül (rose noire, en turc) au parfum remarquable et puissant est unique en son genre (Photo, AFP).
Noire en bouton, noire au séchage, pourpre foncé entre les deux, la Karagül (rose noire, en turc) au parfum remarquable et puissant est unique en son genre (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 01 juin 2022

Noires et vertes, les mystères des roses turques sauvées des eaux

  • Noire en bouton, noire au séchage, pourpre foncé entre les deux, la Karagül (rose noire, en turc) au parfum remarquable et puissant est unique en son genre et ne pousse qu'ici
  • Unique aussi mais beaucoup plus modeste, sans tenue ni parfum, ébouriffée à peine éclose, la rose verte d'Halfeti qui fait plutôt l'effet d'une mauvaise herbe a presque fait l'objet des mêmes attentions

HALFETI: Elle pourrait s'appeler Moïse. La rose noire d'Halfeti, sauvée des eaux du barrage de Birecik, sur l'Euphrate, survit sur les hauteurs de ce village englouti du sud-est de la Turquie - et dans les crèmes glacées.

Noire en bouton, noire au séchage, pourpre foncé entre les deux, la Karagül (rose noire, en turc) au parfum remarquable et puissant est unique en son genre et ne pousse qu'ici.

Unique aussi mais beaucoup plus modeste, sans tenue ni parfum, ébouriffée à peine éclose, la rose verte d'Halfeti qui fait plutôt l'effet d'une mauvaise herbe a presque fait l'objet des mêmes attentions.

Il s'en est fallu de peu qu'elles disparaissent, noyées à jamais comme des dizaines de sites archéologiques de l'ancienne Mésopotamie. Mais la passion d'un responsable du département local de l'Agriculture qui a opéré leur transplantation sous une serre, quelques dizaines de mètres en surplomb du village submergé, leur a offert un destin.

Alors que sombrent leurs souvenirs, leur mémoire et les tombeaux des ancêtres, la Karagül ne suscitait qu'indifférence chez les villageois, se souvient le responsable, quadragénaire élancé contraint à l'anonymat par sa hiérarchie.

"Les gens d'ici ne se rendaient pas compte de son caractère unique. On a transporté une quarantaine de pieds sur les hauteurs et entretenu la production sous serre", montre-t-il en écartant les pans de plastique qui couvent ses trésors aux tiges frêles, plus carmin que noires en cette fin mai.

Dans les jardins

Son ami Bülent à ses côtés se souvient: "Elles étaient partout dans les jardins, mais personne n'y faisait attention".

Le barrage de Birecik, mis en service en 2000 dans le cadre des grands projets de développement du sud-est anatolien, a noyé Halfeti et une dizaine de villages alentours.

A 20 minutes de bateau, seul émerge encore le minaret pointu comme un crayon de la mosquée de Savasan, village déserté par ses habitants.

Acclimatée sur les hauteurs du nouveau village d'Halfeti, la serre compte désormais un millier de rosiers.

"La Karagül pousse plus claire qu'en bas", prévient le professeur Ali Ikinci, botaniste de l'université de Harran, près de Sanliurfa.

"La Karagül n'est pas une espèce endémique à Halfeti" précise-t-il. "Mais l'écologie particulière, le climat et le sol, font qu'elle y fleurit plus foncée. Si vous plantez cette rose ailleurs, elle ne sera pas aussi foncée ou noire."

Il précise encore que "vingt génotypes de roses noires ont été identifiés dans le monde, dont seize en Turquie".

Mais, insiste-t-il, celle d'Halfeti est "unique".

"Au fur et à mesure qu'on passe de Sanliurfa à la Syrie (à 60 km vers le sud, ndlr) sa couleur s'assombrit, tend vers le noir et son parfum augmente".

Un phénomène dû, selon l'agronome sauveur de la Karagül, à une "différence de 4 à 5 degrés" entre les bords du lac et le nouveau village: "en bas, le sol est aussi plus acide à cause des eaux de l'Euphrate".

Verte de Chine

Pour le Pr Ikinci qui cite l'éminence turque du rosier, le botaniste Turhan Baytop, décédé en 2002, la Karagül est issue de la rose "Louis XIV", créée en France en 1859.

Pour Frédéric Achille, directeur-adjoint des Jardins botaniques du Museum d'Histoire naturelle de Paris, "ça pourrait être la vraie +Louis XIV+, transformée par les eaux de l'Euphrate... et un peu de communication", s'amuse-t-il.

Quant à la rose verte d'Halfeti, entretenue le long de la serre aux Karagül et qui fait l'effet d'une mauvaise herbe, elle est bien réelle, mais rien à voir avec les photos retouchées des Instagrameurs.

"Elle reste mystérieuse. Quelques habitants l'avaient dans leur jardin. Mais, inodore, elle n'a pas retenu beaucoup d'attention", indique le Pr Ikinci.

"Parce qu'elle est assez laide", tranche Frédéric Achille. Introduite en Europe en 1856 par des pépinières britanniques, "elle fait juste figure de curiosité dans les roseraies".

Mais Halfeti compte bien tirer partie de son vrai trésor: sur les bords du lac, quelques jardiniers amateurs proposent des rosiers karagül aux touristes.

A 28 ans, Devrim Tutus voit même plus grand: associé à une société stambouliote, il fournit les pétales pour des eaux de Cologne, des loukoums et des glaces à la Karagül dont la demande excède déjà ses capacités de production. En attendant un vin de rose.


Prix de la littérature arabe 2026: 9 ouvrages en lice pour la 14e édition

La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
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  • Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie
  • À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité

PARIS: La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe.

Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie. À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité.

Créé en 2013, le Prix de la littérature arabe figure parmi les rares distinctions françaises consacrées à la création littéraire du monde arabe. Il récompense chaque année l’œuvre d’un auteur ou d’une autrice originaire de l’un des pays de la Ligue arabe, pour un ouvrage écrit en arabe et traduit en français, ou directement rédigé en français.

Le prix, doté de 8 000 euros, concerne les ouvrages publiés entre le 15 août 2025 et le 30 septembre 2026.

Une attention particulière est également accordée au travail de traduction. Une mention spéciale, dotée de 2 000 euros, récompensera le traducteur ou la traductrice d’un ouvrage retenu dans la sélection finale, afin de mettre en lumière le rôle essentiel de la traduction dans la circulation des œuvres arabes auprès du lectorat francophone.


Sorbonne Abu Dhabi: une rentrée sous le signe de la culture, de l’innovation et de la recherche

À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
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  • Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA
  • L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public

ABU DHABI: À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA.

L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public. Sur le plan académique et scientifique, le SUAD–IIT Delhi Abu Dhabi Computational Materials School proposera une rencontre autour des matériaux computationnels, en collaboration avec IIT Delhi Abu Dhabi.

Cette programmation illustre la diversité de la vie de SUAD, à la croisée de la culture, de la recherche, de l’innovation et de la vie universitaire.


Jean-Paul Rappeneau, le réalisateur français de «Cyrano de Bergerac», est mort à 94 ans

Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
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  • C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès
  • Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991

PARIS: Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils.

Jean-Paul Rappeneau, l'un des doyens du cinéma hexagonal, a tourné avec les plus grands comédiens français, de Yves Montand ("Le Sauvage") à Catherine Deneuve ("La vie de château"), en passant par Gérard Depardieu, Jean-Paul Belmondo ("Les Mariés de l'An II") ou Isabelle Adjani ("Tout feu tout flamme").

C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès.

Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991, dont celui de meilleur film, et avait valu à Jean-Paul Rappeneau celui de meilleur réalisateur.

"Nous ne pouvions nous contenter d'une simple mise en images de la pièce (...). Le vrai pari du film, c'est que les personnages y parlent en vers", expliquait-il.

Totalisant plus de 10 millions d'entrées dans le monde, le film avait aussi décroché cinq nominations aux Oscars.

Connu pour son perfectionnisme, Jean-Paul Rappeneau choisissait ses projets avec soin, ne craignant pas de laisser s'écouler de longues années entre chaque film.

"Je ne suis pas comme un pommier qui fait tomber ses fruits chaque automne. Mon rythme, c'est plutôt un film tous les cinq ou six  ans. Je ne vois pas pourquoi on devrait enchaîner les projets. A moins bien sûr d'avoir besoin d'argent...", disait-il à l'hebdomadaire Paris Match en 2015.

Populaire et exigeant 

Né le 8 avril 1932 dans une famille nombreuse, il avait abandonné des études de droit pour se lancer dans le cinéma, notamment auprès de Louis Malle ("Au revoir les enfants")dont il devient l'assistant, co-écrivant le scénario de "Zazie dans le métro".

Il avait fait ses premiers pas de réalisateur en signant en 1966 "La vie de château", dans lequel Catherine Deneuve campe une épouse rongée par l'ennui aux côtés de Philippe Noiret.

Si ses débuts coïncident avec l'éclosion de la Nouvelle Vague, il s'était toujours tenu à distance de ce mouvement qui révolutionna le cinéma français dans les années 50-60. "A l'exception d'+A bout de souffle+ et d'+Hiroshima mon amour+, aucun des films (de la Nouvelle Vague) ne me plaisait vraiment", disait-il.

Tenant d'un cinéma populaire et exigeant, Jean-Paul Rappeneau avait ensuite enchaîné les succès.

En 1995, il avait relevé un autre défi en portant à l'écran "Le Hussard sur le toit", avec Olivier Martinez et Juliette Binoche, tiré du roman de Jean Giono, réputé difficile à adapter.

Son dernier film, la comédie dramatique "Belles Familles", remontait à 2015 et mettait en scène Mathieu Amalric, Karin Viard et Marine Vacth.

En 2025, Jean-Paul Rappeneau avait publié ses mémoires ("Vive allure") dans lesquelles transparaissait son approche singulière du métier de cinéaste. "Quand un film se termine, disait-il, je suis comme un naufragé sur la plage, j'attends le prochain voyage".