Marjane Satrapi: Pour les Iraniens, «rien n'est pire que l'indifférence»

Marjane Satrapi, romancière, dessinatrice, illustratrice et réalisatrice franco-iranienne (Photo, AFP).
Marjane Satrapi, romancière, dessinatrice, illustratrice et réalisatrice franco-iranienne (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 03 novembre 2022

Marjane Satrapi: Pour les Iraniens, «rien n'est pire que l'indifférence»

  • Marjane Satrapi, qui compte monter une association pour recueillir des fonds pour les dissidents, a tenu à ce que le casting soit mixte
  • Le clip utilise aussi quelques images de «Persepolis», son œuvre autobiographique

PARIS: Une mèche de cheveux, une chanson, un dessin? Peu importe sous quelle forme, "le peuple iranien" a besoin "du soutien du reste du monde", plaide Marjane Satrapi, à l'initiative d'un clip publié mercredi en soutien au mouvement de contestation du régime.

"Il n'y a rien de pire que de ne rien faire!", s'exclame la célèbre autrice de BD et réalisatrice franco-iranienne dans une interview à l'AFP à Paris, où elle habite et travaille.

"J'ai vu plein de trucs critiquant les actrices qui se coupaient une mèche" en soutien au mouvement en Iran, relève la créatrice de "Persepolis" et de "Poulet aux Prunes". "En soi, on peut critiquer tout. Mais au moins, on fait quelque chose. Il n'y a rien de pire au monde que l'indifférence".

Pourtant, comment s'engager pour son pays natal quand on n'a pas pu y mettre les pieds depuis deux décennies? Comment soutenir des adolescents qui manifestent au péril de leur vie, quand on a passé la cinquantaine, et qu'on vit à Paris?

Marjane Satrapi confie avoir eu besoin de temps pour répondre à ces questions. Avant de fédérer plusieurs bonnes volontés et se décider à tourner une version de la chanson "Baraye", l'un des symboles du mouvement, mise en ligne mercredi sur les réseaux sociaux.

A l'écran, sur un arrangement de Benjamin Biolay, différents interprètes, comme l'actrice Chiara Mastroianni, la chanteuse franco-israélienne Yael Naim ou le comédien Hugo Becker, chantent dans un persan phonétique.

"Je me suis dit, il faut que les Français chantent en persan, parce que c'est un message qu'on envoie aux Iraniens. Il n'y a rien de plus touchant que quelqu'un qui essaie de te parler dans ta langue".

Marjane Satrapi, qui compte monter une association pour recueillir des fonds pour les dissidents, a tenu à ce que le casting soit mixte: "Il y a plein de garçons là-bas qui se font tuer! Ce truc de nous, entre femmes, on va sauver le monde, ça ne marche pas!", s'exclame-t-elle, soulignant que "toute la beauté du mouvement iranien" est "d'avoir été initié par les femmes et rejoint par les hommes".

Le clip utilise aussi quelques images de "Persepolis", son œuvre autobiographique, rappel amer que la répression est toujours sanglante en Iran, "40 ans après".

Revoir Téhéran?
Depuis le début des manifestations, Marjane Satrapi, l'un des visages de l'Iran en France, a eu une parole assez rare. "Je ne suis pas retournée en Iran depuis 22 ans maintenant, qu'est ce que je vais aller parler pour eux, je ne suis pas représentante de la jeunesse iranienne!", s'est-elle dit.

"Aller faire partout mon intéressante pour parler au nom" du peuple iranien, "socialement, ça aurait été super, genre Marjane Satrapi la passionaria iranienne... Mais totalement indécent", ironise-t-elle.

Comme beaucoup d'exilés, elle s'était aussi habituée à "enterrer une moitié d'elle-même" et moins évoquer son pays natal, pour échapper au destin des "vieux schnocks de la diaspora qui imaginent que rien n'a changé depuis leur départ".

Elle a cependant été convaincue que les marques de soutien sont cruciales par de multiples appels en visio avec des manifestants sur place, quand le réseau fonctionne.

Et même si elle ne pense pas qu'un clip pourra "changer les choses", l'ancienne élève du Lycée français de Vienne et des Arts déco de Strasbourg (est de la France) reste optimiste.

"Le barrage est en train de céder", et la "révolution", comme Marjane Satrapi la qualifie, ira jusqu'au bout. Au point que celle qui pensait ne jamais revoir l'Iran de son vivant, se prend à rêver d'un autre futur.

"Comme je suis un peu morbide, j'ai fait un testament", confie-t-elle dans un sourire: "Je me disais que même si je ne peux plus rentrer dans mon pays, il faudrait m'y enterrer, pour que la boucle soit bouclée. Maintenant, je me vois à nouveau sillonner les rues de Téhéran, la ville la plus moche et la plus belle de la Terre à la fois".


Prix de la littérature arabe 2026: 9 ouvrages en lice pour la 14e édition

La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
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  • Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie
  • À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité

PARIS: La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe.

Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie. À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité.

Créé en 2013, le Prix de la littérature arabe figure parmi les rares distinctions françaises consacrées à la création littéraire du monde arabe. Il récompense chaque année l’œuvre d’un auteur ou d’une autrice originaire de l’un des pays de la Ligue arabe, pour un ouvrage écrit en arabe et traduit en français, ou directement rédigé en français.

Le prix, doté de 8 000 euros, concerne les ouvrages publiés entre le 15 août 2025 et le 30 septembre 2026.

Une attention particulière est également accordée au travail de traduction. Une mention spéciale, dotée de 2 000 euros, récompensera le traducteur ou la traductrice d’un ouvrage retenu dans la sélection finale, afin de mettre en lumière le rôle essentiel de la traduction dans la circulation des œuvres arabes auprès du lectorat francophone.


Sorbonne Abu Dhabi: une rentrée sous le signe de la culture, de l’innovation et de la recherche

À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
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  • Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA
  • L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public

ABU DHABI: À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA.

L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public. Sur le plan académique et scientifique, le SUAD–IIT Delhi Abu Dhabi Computational Materials School proposera une rencontre autour des matériaux computationnels, en collaboration avec IIT Delhi Abu Dhabi.

Cette programmation illustre la diversité de la vie de SUAD, à la croisée de la culture, de la recherche, de l’innovation et de la vie universitaire.


Jean-Paul Rappeneau, le réalisateur français de «Cyrano de Bergerac», est mort à 94 ans

Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
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  • C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès
  • Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991

PARIS: Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils.

Jean-Paul Rappeneau, l'un des doyens du cinéma hexagonal, a tourné avec les plus grands comédiens français, de Yves Montand ("Le Sauvage") à Catherine Deneuve ("La vie de château"), en passant par Gérard Depardieu, Jean-Paul Belmondo ("Les Mariés de l'An II") ou Isabelle Adjani ("Tout feu tout flamme").

C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès.

Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991, dont celui de meilleur film, et avait valu à Jean-Paul Rappeneau celui de meilleur réalisateur.

"Nous ne pouvions nous contenter d'une simple mise en images de la pièce (...). Le vrai pari du film, c'est que les personnages y parlent en vers", expliquait-il.

Totalisant plus de 10 millions d'entrées dans le monde, le film avait aussi décroché cinq nominations aux Oscars.

Connu pour son perfectionnisme, Jean-Paul Rappeneau choisissait ses projets avec soin, ne craignant pas de laisser s'écouler de longues années entre chaque film.

"Je ne suis pas comme un pommier qui fait tomber ses fruits chaque automne. Mon rythme, c'est plutôt un film tous les cinq ou six  ans. Je ne vois pas pourquoi on devrait enchaîner les projets. A moins bien sûr d'avoir besoin d'argent...", disait-il à l'hebdomadaire Paris Match en 2015.

Populaire et exigeant 

Né le 8 avril 1932 dans une famille nombreuse, il avait abandonné des études de droit pour se lancer dans le cinéma, notamment auprès de Louis Malle ("Au revoir les enfants")dont il devient l'assistant, co-écrivant le scénario de "Zazie dans le métro".

Il avait fait ses premiers pas de réalisateur en signant en 1966 "La vie de château", dans lequel Catherine Deneuve campe une épouse rongée par l'ennui aux côtés de Philippe Noiret.

Si ses débuts coïncident avec l'éclosion de la Nouvelle Vague, il s'était toujours tenu à distance de ce mouvement qui révolutionna le cinéma français dans les années 50-60. "A l'exception d'+A bout de souffle+ et d'+Hiroshima mon amour+, aucun des films (de la Nouvelle Vague) ne me plaisait vraiment", disait-il.

Tenant d'un cinéma populaire et exigeant, Jean-Paul Rappeneau avait ensuite enchaîné les succès.

En 1995, il avait relevé un autre défi en portant à l'écran "Le Hussard sur le toit", avec Olivier Martinez et Juliette Binoche, tiré du roman de Jean Giono, réputé difficile à adapter.

Son dernier film, la comédie dramatique "Belles Familles", remontait à 2015 et mettait en scène Mathieu Amalric, Karin Viard et Marine Vacth.

En 2025, Jean-Paul Rappeneau avait publié ses mémoires ("Vive allure") dans lesquelles transparaissait son approche singulière du métier de cinéaste. "Quand un film se termine, disait-il, je suis comme un naufragé sur la plage, j'attends le prochain voyage".