Les Srilankais quittent le navire face aux difficultés économiques

Des personnes font la queue pour acheter du kérosène à usage domestique dans une station d'approvisionnement à Colombo le 26 mai 2022. (Photo par ISHARA S. KODIKARA / AFP)
Des personnes font la queue pour acheter du kérosène à usage domestique dans une station d'approvisionnement à Colombo le 26 mai 2022. (Photo par ISHARA S. KODIKARA / AFP)
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Publié le Jeudi 20 juillet 2023

Les Srilankais quittent le navire face aux difficultés économiques

  • Depuis des décennies, nombreux sont les Srilankais qui partent travailler à l'étranger, occupant des emplois qualifiés ou pas, principalement dans les pays du Golfe
  • En 2023, après cinq mois, déjà 122.000 personnes enregistrées, soit autant qu'en 2021, sont parties, mais des responsables estiment que beaucoup d'autres ont quitté le territoire avec des visas de tourisme pour trouver un emploi ailleurs

COLOMBO, Sri Lanka : Affligés par une crise sans précédent, les Srilankais avaient pris l'habitude de faire la queue pour de la nourriture ou du carburant. Mais un autre type de file d'attente a fait son apparition... devant les bureaux de l'émigration.

«Ce que nous voyons comme de la normalité n'est qu'un mirage», dit Gayan Jayewardena. L'homme de 43 ans fait la queue, désabusé, devant un bureau du gouvernement où il doit récupérer le passeport de sa petite dernière.

«La situation ne s'améliore pas», déplore ce responsable d'un service client, dont la femme et les deux autres filles disposent déjà du précieux carnet.

A court de devises étrangères, la petite île de l'océan Indien, exsangue, a fait défaut sur sa dette extérieure de 46 milliards de dollars en avril 2022.

La pénurie de dollars en a entraîné d'autres: nourriture, médicaments, électricité, carburants... alimentant une vague de colère et de manifestations qui ont abouti à la fuite du président d'alors, Gotabaya Rajapaksa, bouté hors de son palais envahi le 9 juillet. Il a quitté le pays le 13.

Son successeur, Ranil Wickremesinghe, est bien parvenu à reconstruire des stocks, mais les prix ont explosé.

Le dirigeant a surtout doublé les impôts et réduit diverses subventions, des mesures très impopulaires pour reprendre le contrôle des finances nationales, ce que le FMI le pressait de faire afin de débloquer un plan de renflouement de 2,9 milliards de dollars.

M. Wickremesinghe a fini par l'obtenir fin mars.

Toutefois, même si les manifestations se sont calmées, la transition n'a pas convaincu la population et des flopées de Srilankais ont décidé de faire leurs valises.

- «C'est mieux de partir» -

«Quand on se met dans la peau de nos enfants, c'est mieux de partir. Nous voulons émigrer dans un pays comme la Nouvelle-Zélande», explique Gayan Jayewardena.

Maduranga, un ingénieur de 38 ans qui ne répond qu'à ce seul nom, affirme quant à lui que la hausse du coût de la vie et des impôts le poussent à envisager son avenir en Australie.

«Le coût grimpe, ça monte tous les jours, mais le salaire est le même», regrette-t-il.

Au cours des cinq premiers mois de l'année, 433.000 titres d'émigration ont été délivrés par les services srilankais. L'an dernier, 911.689 passeports avaient été remis, à l'époque où le pays subissait une récession économique de 7,8%. En 2021, le chiffre était de 382.500, avec au contraire 3,3% de croissance.

Un système de demande en ligne a même été mis en place en juin, bien que ceux désirant obtenir leur sésame rapidement vite doivent se présenter en personne.

«Mon numéro était le 976 et je pense qu'il y avait encore 500 personnes après moi», raconte Damitha Hitihamu, 51 ans, stupéfait par l'affluence au service de renouvellement de passeport en un jour.

Depuis des décennies, nombreux sont les Srilankais qui partent travailler à l'étranger, occupant des emplois qualifiés ou pas, principalement dans les pays du Golfe.

Dans les médias, on parle tous les jours des pénuries de médecins, d'infirmiers, d'ingénieurs et d'autres travailleurs spécialisés à cause de l'émigration massive.

- La construction très touchée -

Le secteur de la construction, l'un des plus gros employeurs nationaux, a affirmé qu'il commençait à perdre ses propres ouvriers spécialisés et autres professionnels à une vitesse alarmante.

L'an dernier, dans un contexte de récession et d'inflation galopante, l'industrie du bâtiment a vu partir 200.000 employés, et nombre de ceux qui sont encore là veulent en fait s'en aller, selon Nissanka Wijeratne, le secrétaire général de la Chambre de l'industrie de la construction.

L'an dernier, le nombre de Srilankais qui se sont déclarés auprès du service des emplois à l'étranger, obligatoire avant de travailler hors du Sri Lanka, a atteint un record de 311.000, contre 122.000 en 2021.

En 2023, après cinq mois, déjà 122.000 personnes enregistrées, soit autant qu'en 2021, sont parties, mais des responsables estiment que beaucoup d'autres ont quitté le territoire avec des visas de tourisme pour trouver un emploi ailleurs en Asie ou au Moyen-Orient.

Lalantha Perera, 43 ans, raconte que son salaire d'assureur n'est pas suffisant pour subvenir aux besoins de ses deux enfants et de sa femme. Il tente d'émigrer aussi.

«Après la campagne de manifestations l'an dernier, nous avons eu un peu de répit, dit-il à l'AFP. Mais ce n'est pas assez et je prévois de partir dans un pays européen».

Selon le groupe de réflexion Advocata, ce sont surtout les classes moyennes qui essaient d'émigrer.

Les plus pauvres, eux, «réduisent leurs repas», relève Dhananath Fernando, chef d'Advocata.

Wasantha Mudalige, dirigeant de la Fédération des étudiants de l'université de Nairobi, fait la grimace alors qu'il quitte sous caution le tribunal de Colombo Fort, à Colombo, le 1er février 2023. (Photo AFP)
Wasantha Mudalige, dirigeant de la Fédération des étudiants de l'université de Nairobi, fait la grimace alors qu'il quitte sous caution le tribunal de Colombo Fort, à Colombo, le 1er février 2023. (Photo AFP)

Le militant qui a renversé le président se prépare à une nouvelle révolte

La prison du Sri Lanka où il a été incarcéré l'an dernier a connu un moment de rare concorde, lorsque prisonniers et gardiens se sont pressés pour l'accueillir: c'est l'homme qui a renversé le président.

Le leader étudiant Wasantha Mudalige reste un symbole pour beaucoup, car il a su canaliser la colère de la population face à une crise économique sans précédent et constituer un mouvement qui a ébranlé les fondements du système politique srilankais.

Au plus fort des troubles de l'été dernier, il a participé au siège du palais présidentiel à Colombo, qui a conduit Gotabaya Rajapaksa, le président autrefois apprécié, à un exil humiliant. Et aujourd'hui l'activiste de 29 ans assure que le pays se prépare à une nouvelle révolte.

Le jeune homme, dont le visage chérubin dissimule des affrontements féroces avec la police anti-émeute, a passé des mois derrière les barreaux pour terrorisme.

Il se rappelle avoir «été accueilli très chaleureusement» à la prison, avec deux compagnons de lutte. «Même les gardiens de prison nous ont beaucoup soutenus. Ils nous considéraient comme les héros qui s'étaient débarrassés de Gota», le président déchu, a-t-il raconté à l'AFP en juin, après une audience devant le tribunal.

Aujourd'hui homme libre, M. Mudalige estime que son incarcération était un «sacrifice» nécessaire dans la bataille inachevée pour réformer le système politique du Sri Lanka.

Car «même si on s'est débarrassés de Gota, on n'a pas pu avoir le +changement de système+ qu'on demandait».

L'ancien chef de la Fédération interuniversitaire des étudiants (IUSF) «ne pense pas que le gouvernement puisse continuer longtemps». «Quand tu analyses la situation, ce n'est pas possible», ajoute-t-il.

- «Pas d'alternative» -

L'an dernier, Wasantha Mudalige avait à ses côtés une large coalition de moines bouddhistes vêtus de safran, de militants des minorités et de citoyens ordinaires indignés par la corruption du gouvernement et la mauvaise gestion de la crise économique.

«Ils n'avaient pas d'autre choix que de descendre dans la rue parce qu'ils n'avaient pas de carburant, pas de nourriture, pas d'électricité... les gens mouraient dans les files d'attente pour de l'essence», fustige l'activiste.

Le successeur de Rajapaksa, Ranil Wickremesinghe, a rapidement cherché à rétablir l'ordre en ordonnant à la police d'arrêter les dirigeants du mouvement.

Mudalige a été interpellé dans la rue alors qu'il quittait une manifestation contre la répression. Il a passé 167 jours en détention, soit la plus longue période de détention de tous ceux qui ont participé à la révolte de l'année dernière.

Il a été libéré sous caution, les charges les plus graves retenues contre lui ayant finalement été abandonnées après l'intervention et la condamnation d'Amnesty International et d'autres groupes de défense des droits humains.

- «Forces politiques anarchistes» -

Après la chute de son prédécesseur, M. Wickremesinghe a cherché à reconstruire le Sri Lanka grâce à un plan de sauvetage du FMI en échange d'un programme d'austérité. Si les pénuries qui avaient attisé la colère du peuple ont pris fin, les fortes hausses d'impôts et des factures d'énergie sont vite devenues impopulaires.

Le président Wickremesinghe affirme que ces réformes sont nécessaires pour sortir le Sri Lanka de la faillite et relancer la croissance économique. En février, il s'est engagé à aller de l'avant «quels que soient les obstacles que les forces politiques anarchistes cherchent à créer».

Son administration a maintenu une ligne dure à l'égard des protestataires, dispersant les manifestations à coups de gaz lacrymogènes et de canons à eau.

Mais Wasantha Mudalige prévient que les frustrations de la population acculée par la spirale des prix la ramèneront à coup sûr dans la rue.

«Il arrivera un moment où on devra inévitablement lancer une nouvelle bataille. La forme de cette bataille ne sera peut-être pas la même que la précédente (...), mais de toute évidence, il y aura un combat du peuple», promet-il.

«Le gouvernement utilise la police et l'armée pour supprimer toute dissidence. C'est comme essayer de faire couler une balle en plastique», explique-t-il. «Tu peux le faire autant de temps que tu veux, ça remontera toujours à la surface.»

 

Les principales étapes de la crise politique et économique au Sri Lanka

Le Sri Lanka traverse depuis plus d'un an une profonde crise économique et politique. Entre défaut sur sa dette extérieure, fuite du président d'alors et renflouement du FMI, l'AFP revient sur les événements marquants de ces quinze derniers mois:

- Nuit de violences -

Dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2022, des centaines de manifestants tentent de prendre d'assaut la résidence du président Gotabaya Rajapaksa à Colombo et réclament sa démission.

L'île d'Asie du Sud de 22 millions d'habitants vit sa pire crise économique depuis son indépendance en 1948 avec de sévères pénuries de nourriture, de carburant et de médicaments.

Le 1er avril, les manifestations s'étendent. Le président proclame l'état d'urgence.

Le 3, le gouvernement démissionne à l'exception du président et de son frère aîné, le Premier ministre Mahinda Rajapaksa.

Le 5, le président perd sa majorité au Parlement.

L'état d'urgence est levé.

- Défaut de paiement -

Le 12, le Sri Lanka fait défaut sur sa dette extérieure de 46 milliards de dollars.

Le 6 mai, l'état d'urgence est réimposé après des grèves générales.

- Démission du Premier ministre -

Le 9 mai, le Premier ministre démissionne après des attaques de ses partisans contre les manifestants anti-gouvernementaux ayant fait neuf morts et plus de 225 blessés.

Le 12, le président nomme Ranil Wickremesinghe Premier ministre.

- Le président en exil -

Le 9 juillet, le président fuit son palais envahi.

Le 13, il quitte le pays, et démissionne par courriel depuis Singapour le lendemain (il rentrera à Colombo le 2 septembre).

Toujours le 13 juillet, Ranil Wickremesinghe, 73 ans, devient président par intérim.

Le 20, il est élu.

- Accord avec le FMI -

Le 18 août, expiration de l'état d'urgence.

Le 30, le président annonce une hausse de la TVA de 12 à 15% pour tous les biens et services.

Le 1er septembre, le FMI annonce une aide conditionnelle de 2,9 milliards de dollars pour assainir les finances du Sri Lanka qui devra aussi obtenir des "assurances financières" de ses créanciers.

- En faillite jusqu'en 2026 -

Le 8 février, le président déclare au Parlement que Le Sri Lanka va rester en faillite au moins jusqu'en 2026.

Le 23 février, premier investissement étranger majeur depuis le défaut de paiement: 442 millions de dollars du conglomérat indien Adani sont annoncés.

Le 7 mars, Ranil Wickremesinghe annonce que la Chine accepte de restructurer ses prêts au Sri Lanka. Le dernier obstacle au déblocage du plan de sauvetage du FMI est levé.

Le 16 mars, contraction record de l'économie: 7,8% en 2022.

- Plan d'aide du FMI et restructuration -

Le 20 mars, le FMI valide un plan d'aide de 2,9 milliards de dollars sur 48 mois.

Le 23 mai, le Fonds demande au Sri Lanka d'accélérer la restructuration de sa dette.

Le 1er juin, la banque centrale réduit fortement ses taux d'intérêt pour la première fois en trois ans, voyant des signes de reprise.

Le 29, la banque centrale du Sri Lanka dévoile son vaste plan de restructuration de la dette intérieure visant à rétablir la stabilité. Elle envisage une décote de 30% sur les obligations libellées en dollars, y compris les obligations souveraines internationales.

 

 

Slave Island, au bord de la famine

«La vie est plus dure que l'année dernière» quand les Srilankais célébraient l'éviction de leur président. Les joues creuses et les côtes saillantes, Milton Perera se demande toujours si sa famille pourra manger le lendemain.

Avant sa fuite spectaculaire l'an dernier, Gotabaya Rajapaksa était tenu pour responsable de la pire crise économique de l'île d'Asie du Sud depuis son indépendance en 1948. La population a alors souffert de sévères pénuries de nourriture et de carburant, de coupures d'électricité et d'une inflation galopante.

Mais un an après, Milton Perera, comptable à sa retraite, ainsi que des millions de ses compatriotes, bataillent pour se payer de quoi manger.

«L'année dernière, nous avions de l'argent, mais pas de biens. Aujourd'hui, on a des biens, mais nous n'avons pas d'argent», confie à l'AFP le retraité de 75 ans, dans son HLM délabré, à proximité du front de mer d'où les manifestants ont marché, il y a un an, sur le palais présidentiel, provoquant la chute et l'exil de Rajapaksa.

Sa maison de Slave Island -- un quartier populaire de Colombo où les Portugais avaient hébergé des esclaves africains pendant la période coloniale -- est inondé par un dégât des eaux. Les autorités municipales ne viennent pas, faute d'argent pour entretenir leurs biens.

Les joues creuses et les veines saillantes sur ses membres décharnés, M. Perera se déplace avec précaution, la respiration sifflante, en raison de son asthme chronique.

Avant la crise, les hôpitaux publics lui fournissaient gratuitement les médicaments indispensables. Mais il y a deux mois, ses allocations sociales ont été supprimées et il n'a plus les moyens de s'acheter un inhalateur pour traiter ses symptômes.

«Un inhalateur coûte 2.500 roupies (28 euros)», précise son épouse B. M. Pushpalatha, alors qu'il leur faut désormais «acheter» les médicaments à la pharmacie.

Les factures d'eau et d'électricité aussi ont doublé avec la suppression des subventions gouvernementales aux services publics.

Il y a un an, lors de la première visite de l'AFP dans le foyer, le couple, ses deux enfants et la famille élargie devaient déjà sauter régulièrement des repas. Un an plus tard, les supermarchés sont à nouveau bien approvisionnés en produits de base mais la famille de M. Perera ne peut pas les acheter.

«Nous ne pouvons pas nous permettre d'acheter de la viande, du poisson et des oeufs. C'est trop cher», soupire B. M. Pushpalatha, 69 ans, pendant que le couple partage un simple plat de lentilles et de riz.

- «Vous ne mourrez pas de faim» -

Le Sri Lanka a fait défaut sur sa dette extérieure de 46 milliards de dollars en avril 2022, alors que son économie connaissait une crise sans précédent.

Devant les stations-services, les files de voitures s'étiraient sur des kilomètres. Les automobilistes passaient des jours à attendre pour faire le plein -- beaucoup en sont morts.

Les familles n'avaient pas non plus de gaz pour faire cuire leurs aliments et l'agriculture était au point mort faute d'engrais.

Des mois de manifestations de colère ont abouti, le 9 juillet, à l'assaut du palais présidentiel et à l'exil de Rajapaksa.

Son successeur, Ranil Wickremesinghe, a négocié auprès du FMI un plan de sauvetage de 2,9 milliards de dollars en mars en échange d'un régime d'austérité sévère pour combler la dette.

Il a reconnu en février que «bon nombre» de ses décisions avaient été «impopulaires». Mais grâce à elles «aucun citoyen de ce pays ne mourra plus de déshydratation dans les files d'attente pour l'essence. Vous ne mourrez pas de faim sans gaz ni engrais», a-t-il alors proclamé devant la nation.

- Sept millions sous le seuil de pauvreté -

Mais quatre millions de Srilankais supplémentaires sont tombés sous le seuil de pauvreté depuis le début de la crise, selon Dhananath Fernando, directeur du groupe de réflexion Advocata Institute, basé à Colombo.

«Cela signifie qu'environ sept millions de personnes sur les 22 millions d'habitants que compte le pays gagnent moins de 14.000 roupies (42 euros) par mois», dit-il à l'AFP. Parmi eux, près de quatre millions de Sri Lankais n'ont pas les moyens de se nourrir convenablement, selon les Nations unies en juin.

Si les mesures d'austérité ne commencent pas à porter leurs fruits, l'île risque de renouer avec l'agitation sociale. «Si nous ne parvenons pas à remettre le Sri Lanka sur la voie de la croissance, je l'exclus pas complètement», redoute l'expert.

 

 


Téhéran promet de venger l'attaque meurtrière contre un mariage, Washington annonce une enquête

Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
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  • Les tensions entre les États-Unis et l’Iran reprennent dans le Golfe, avec de nouvelles frappes iraniennes contre des positions militaires américaines
  • Téhéran accuse Washington d’une frappe ayant tué quatre personnes lors d’un mariage. Les États-Unis enquêtent mais se disent sceptiques

TEHERAN: L'Iran a de nouveau visé jeudi des cibles militaires américaines dans le Golfe, jurant de venger l'attaque qui a tué quatre personnes lors d'un mariage mardi soir, frappe pour laquelle Washington a annoncé une enquête.

Les Etats-Unis, qui ne s'étaient jusqu'ici pas exprimés officiellement sur cette attaque, mènent "une enquête approfondie", a indiqué devant la presse le vice-président américain JD Vance, tout en se disant "sceptique".

"Je dirais que les médias d'Etat iraniens n'ont pas vraiment rendu compte de manière fiable de ce qui s'est passé dans ce conflit jusqu'à présent, je suis donc extrêmement sceptique à ce sujet", a-t-il déclaré.

Après un mois d'accalmie, les affrontements entre Washington et Téhéran ont repris dimanche à l'initiative de l'armée américaine, qui a dit vouloir empêcher des roquettes chargées de mines marines d'être tirées dans le stratégique détroit d'Ormuz.

Téhéran a répondu en ciblant ses voisins du Golfe, comme depuis le début du conflit déclenché par une offensive américano-israélienne fin février.

Pour autant, le vice-président américain s'est refusé de parler d'"une guerre", alors que le conflit est un sujet de mécontentement pour les électeurs américains à l'approche des élections législatives de novembre.

"Je n'appellerais pas ça une guerre. En ce moment, il n'y a pas d'échange de tirs", a-t-il dit.

- Vidéos partagées -

La frappe ayant ciblé un mariage, imputée par l'Iran aux Etats-Unis, s'est produite dans le district de Sirik (sud-est), et a également blessé près de 70 personnes.

Les vidéos montrant des décorations de fêtes au milieu de débris et de taches de sang ont été largement partagées en Iran. Le New York Times, qui a analysé les témoignages et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et interrogé des experts militaires, affirme qu'il s'agissait bien d'une frappe américaine.

"Le sang pur de ces martyrs (...) ne restera pas impuni et sera certainement vengé", a assuré jeudi Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution, puissante armée idéologique iranienne.

Au total dans la nuit de mardi à mercredi, au moins 19 personnes dont sept membres des forces armées ont été tuées lors de bombardements en Iran, l'un des bilans les plus élevés de ces derniers mois.

L'Iran a aussi annoncé jeudi la mort de six membres de sa marine dans des frappes américaines, sans qu'on sache s'ils comptaient parmi les 19 personnes tuées.

Jeudi, son armée a notamment visé des "hangars d'avions de combat de l'armée terroriste américaine dans la base aérienne Ahmad al-Jaber au Koweït", selon un communiqué militaire.

Aux Emirats arabes unis, ce sont les systèmes radar américains qui ont été visés sur la base aérienne al-Minhad, d'après la même source.

Le Koweït a dénoncé une "ignoble agression". Les Emirats n'ont pas confirmé avoir été ciblés, et on ne connaît pas l'étendue d'éventuels dégâts.

- "A tout moment" -

Le même scénario se répète depuis le début de la guerre, tandis que les négociations pour y mettre fin restent dans l'impasse.

Au cœur du conflit, le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures que l'Iran verrouille désormais depuis des mois.

Les Etats-Unis appliquent en représailles un blocus naval sur les ports iraniens. Jeudi, JD Vance a affirmé que le passage de pétrole et de gaz avait "presque" retrouvé ses niveaux d'avant-guerre dans le détroit.

Washington n'a de son côté pas bombardé l'Iran ces dernières heures, même si Donald Trump a averti que les Etats-Unis restaient prêts à frapper "à tout moment".

Alors que Donald Trump peine à trouver une issue à ce conflit impopulaire et coûteux, l'administration américaine mise aussi sur la pression économique, avec par exemple l'annonce de divers nouvelles sanctions à venir contre les partenaires commerciaux de Téhéran.

Les cours du pétrole sont repartis à la hausse ces derniers jours du fait du regain de violences, le Brent, référence mondiale, évoluant au-dessus de 95 dollars.

Les investisseurs restent sceptiques "quant à une normalisation prochaine des flux énergétiques transitant par le détroit d'Ormuz", observe Jim Reid, économiste pour la Deutsche Bank.


Israël se dit prêt à répondre «avec force» à toute attaque iranienne

Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
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  • Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment"
  • "Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi

JERUSALEM: Israël s'est dit mercredi prêt à riposter "avec force" à une éventuelle attaque iranienne, en pleine reprise des hostilités entre Téhéran et Washington.

Israël a lancé la guerre au Moyen-Orient aux côtés des Etats-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire après la signature d'un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran en avril, même lorsque que celui-ci a volé en éclats avec de nouveaux affrontements.

Mercredi, l'Iran a mené des frappes sur plusieurs pays de la région en réponse à des bombardements américains.

"Pour le moment, (les Iraniens) mènent des frappes dans toute la région, sauf sur nous. Mais il est possible qu'ils nous attaquent et nous y sommes préparés", a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz, lors d'une conférence organisée par le média israélien Ynet.

Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment".

"Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi.

M. Katz a de son côté également avancé que les avions militaires israéliens étaient "prêts à décoller", et affirmé que les Iraniens "aimaient bien attaquer lors des fêtes juives".

Israël a plusieurs fois fait face dans son histoire à des attaques lors de fêtes juives - mais pas de la part de l'Iran - un souvenir qui affleure à chaque fois qu'approchent des périodes fériées.

C'est le cas par exemple de la guerre du Kippour en 1973, déclenchée par une attaque surprise de l'Egypte et de la Syrie le jour de Yom Kippour. Ou de l'attaque sans précédent menée par le Hamas palestinien le 7 octobre 2023, jour de Shabbat et de la fête juive de Simchat Torah.

Les fêtes juives d'automne commenceront à la tombée de la nuit le 11 septembre avec Rosh Hashana, le Nouvel An juif, suivi de Yom Kippour du 20 au 21 septembre et de Souccot à partir du 25 septembre.

L'activité ralentit considérablement en Israël pendant cette période, mais l'armée et les forces de sécurité restent traditionnellement très mobilisées.


Allemagne: ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat près d'une centrale thermique

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
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  • "Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte"
  • Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage"

BERLIN: La police allemande a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat mardi contre un poste électrique près d'une centrale thermique à Jänschwalde (est), qui a endommagé plusieurs lignes électriques et provoqué une brève interruption de l'alimentation.

"Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte", a indiqué la préfecture de police du Land de Brandebourg à Potsdam.

Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage".

Lors d'une conférence de presse donnée mercredi à Düsseldorf (ouest), le ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, Herbert Reul, a déclaré qu'il existait "un soupçon initial de sabotage dirigé contre l'ordre constitutionnel".

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche", a ajouté M. Reul.