Comment l’abandon du statu quo d'Al-Aqsa a ravivé le conflit israélo-palestinien

Le complexe de la mosquée Al-Aqsa, sur le Haram al-Charif, revêt une grande importance pour les trois religions abrahamiques, l'islam, le judaïsme et le christianisme (Photo, AFP).
Le complexe de la mosquée Al-Aqsa, sur le Haram al-Charif, revêt une grande importance pour les trois religions abrahamiques, l'islam, le judaïsme et le christianisme (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 18 octobre 2023

Comment l’abandon du statu quo d'Al-Aqsa a ravivé le conflit israélo-palestinien

  • Le Haram al-Charif, ou le Noble Sanctuaire, a été le théâtre de visites provocatrices de la part d'extrémistes religieux juifs
  • Le juriste israélien Daniel Seidemann affirme que l'occupation «sape les fondements moraux de la société israélienne»

LONDRES: Le vendredi 29 septembre, Daniel Seidemann, avocat israélien spécialisé dans les relations israélo-palestiniennes à Jérusalem, a apporté la touche finale à un document de recherche qui lui avait été commandé par l'unité de recherche et d'études d'Arab News.

Le sujet était l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa sur le Haram al-Charif, connu des juifs et des chrétiens comme le Mont du Temple, qui revêt une grande importance pour les trois religions abrahamiques, mais où seuls les musulmans peuvent prier et où les autres religions ne peuvent que visiter.

C'est en tout cas le statu quo qui prévaut sur le site depuis 1967.

Une vue générale de Jérusalem-Est et du Dôme du Rocher dans l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa, troisième lieu saint de l'islam, le 15 octobre 2023 (Photo, AFP).

Mais en tant que fondateur de Terrestrial Jerusalem, une organisation non gouvernementale dont l'objectif est de trouver une solution à la question de la ville qui soit compatible avec la solution des deux États, Seidemann est devenu, au cours des derniers mois, de plus en plus conscient et préoccupé par le fait que l'équilibre délicat qui a été maintenu sur le site au cours des cinquante-six dernières années était en danger d'être rompu.

Il a compris que c'était la recette d'un désastre et, dans l'espoir de l'éviter, il a tenu à «familiariser à la fois les dirigeants et le grand public avec les faits pertinents».

Un peu plus d'une semaine plus tard, Seidemann s'est réveillé le matin du samedi 7 octobre en apprenant que le groupe militant palestinien Hamas avait lancé son attaque dévastatrice contre Israël depuis Gaza.

En écoutant les informations, il n'a pas été surpris d'apprendre que le commandant du Hamas, Mohammed Deif, avait qualifié l'assaut d’«opération déluge d’Al-Aqsa», lancée, selon lui, en représailles à la «profanation» de l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa par Israël.

Que l'attaque ait été motivée ou non par les récents événements survenus à la mosquée – et le Hamas avait certainement déjà lancé des avertissements concernant les violations de plus en plus fréquentes du statu quo établi de longue date sur le site – Seidemann savait qu'une chose était certaine.

Le ministre israélien et chef du parti Puissance juive, Itamar Ben-Gvir (au centre), marche dans la cour de la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem, connue par les juifs sous le nom de Mont du Temple, tôt le 3 janvier 2023 (Photo, AFP).

«Il ne fait aucun doute qu’Al-Aqsa a été un facteur contributif», a-t-il indiqué. «On en revient toujours à Al-Aqsa, et Jérusalem a toujours le dernier mot.

«Nous devons familiariser le public israélien et le monde arabe avec l'idée d'une Jérusalem qui permette la cohabitation de ces récits conflictuels. Ce n'est pas une utopie, mais Jérusalem sait le faire.

«Et que cela aboutisse ou non, nous serons toujours confrontés à la question d'Al-Aqsa, et personne dans le monde arabe ou musulman ne peut se permettre de l'ignorer», a-t-il exliqué.

Le caractère sensible du site a été mis en évidence le 27 septembre lorsque Nayef al-Sudairi, le nouvel ambassadeur saoudien auprès des Palestiniens, a accepté de reporter une visite prévue à la mosquée Al-Aqsa pour répondre à des préoccupations palestiniennes non précisées.

On pense que ces préoccupations sont liées à l'augmentation malvenue de la présence des forces de sécurité israéliennes sur le site, qui a favorisé une série de visites provocatrices de la part d'extrémistes religieux juifs dont le but ultime est de construire un temple juif sur le site.

Les extrémistes bénéficient du soutien de nombreux membres du gouvernement israélien. Le 3 octobre, Itamar Ben-Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale (de l’extrême droite), a demandé à la Knesset et au cabinet de sécurité de l'État d'envisager d'urgence «l'ouverture du mont du Temple aux Juifs 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7».

Un Palestinien prie alors que les forces de sécurité israéliennes escortent un groupe de colons juifs visitant l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa, le 2 juin 2019 (Photo, AFP).

Ce jour-là, 500 membres du mouvement des colons israéliens sont entrés sur le site. Le lendemain, cinquième jour de la fête juive de Souccot, plus de 1 000 personnes ont pénétré de force dans l'enceinte, répétant un spectacle qui, ces derniers mois, s'est répété de plus en plus souvent.

Cette fois, l'incursion, à laquelle ont assisté des membres des forces de sécurité israéliennes, a valu au gouvernement israélien une réprimande de la part de la Jordanie qui, depuis 1924, est le gardien universellement reconnu du site, sous les auspices du département des affaires du Waqf de Jérusalem et de la mosquée Al-Aqsa, nommé par la Jordanie.

Dans une lettre de protestation adressée à l'ambassade d'Israël à Amman, le ministère jordanien des Affaires étrangères a condamné «les incursions de partisans radicaux, de colons et de membres de la Knesset dans la sainte mosquée Al-Aqsa sous la protection de la police» et «la restriction de l'accès des fidèles à la mosquée, la profanation de tombes islamiques et les attaques croissantes contre les chrétiens à Jérusalem occupée».

Selon Seidemann, la pensée idéologique qui sous-tend les incursions dans Al-Aqsa par «ce qui a commencé comme une petite frange, peut-être lunatique, est devenue plus courante».

« Le parti national religieux, la droite idéologique, notamment les ministres, considèrent Israël comme une continuation de l'histoire biblique ancienne. Pour eux, il s'agit du “troisième Commonwealth juif”, après le premier et le deuxième temples», a-t-il ajouté.

Le «premier temple» est le temple de Salomon. Les Juifs pensent qu'il a existé sur le site du Mont du Temple du XXe au VIe siècle avant notre ère, lorsqu'il a été détruit par le roi babylonien Nabuchodonosor II en 587 avant notre ère. Le «second temple», qui l'a remplacé, a été détruit par les Romains en 70 de notre ère.

«Du point de vue de la droite religieuse, la plus grande erreur commise par Israël depuis 1967 a été la décision de Moshe Dayan (alors ministre de la Défense) d'enlever les drapeaux israéliens sur le Mont du Temple et de remettre les clés au Waqf», a révélé Seidemann.

La police des frontières israélienne monte la garde près des détecteurs de métaux nouvellement installés à l'entrée du complexe d'Al-Aqsa dans la vieille ville de Jérusalem, le 16 juillet 2017 (Photo, AFP).

Après la victoire de la guerre des Six Jours en 1967, Israël a occupé Jérusalem-Est, notamment le Haram al-Charif, et l’occupe depuis lors.

Le 7 juin 1967, peu après que les parachutistes israéliens ont pris d'assaut l'enceinte, leur commandant, le colonel Motta Gur, a transmis par radio au quartier général un message qui, depuis lors, a fait vibrer la corde sensible des Israéliens de droite: «Le Mont du Temple est entre nos mains.»

Controversé, parce qu'il ne resterait pas longtemps entre leurs mains.

L'histoire raconte que Dayan observait la scène à l'aide de jumelles lorsque, à sa grande horreur, il vit que l'un des parachutistes était monté au sommet du Dôme du Rocher et avait hissé le drapeau israélien.

Dayan, parfaitement conscient de l'impact de ce symbolisme grossier sur le monde islamique, ordonna le retrait immédiat du drapeau. Plus tard, debout près du Mur occidental, au moment de la victoire d'Israël, Dayan fit une déclaration remarquablement conciliante.

«À nos voisins arabes, nous tendons, surtout en ce moment, la main de la paix», a-t-il déclaré. «Aux membres des autres religions, chrétiens et musulmans, je promets fidèlement que leur pleine liberté et tous leurs droits religieux seront préservés.

«Nous ne sommes pas venus à Jérusalem pour conquérir les lieux saints des autres», a-t-il assuré.

Des personnes se tiennent près des Palestiniens tués lors des frappes aériennes israéliennes sur l'hôpital Ahli Arab dans le centre de Gaza après avoir été transportés à l'hôpital Al-Chifa, le 17 octobre 2023 (Photo, AFP).

Les clés des portes et la responsabilité du maintien de l'ordre et du contrôle de l'enceinte d'Al-Aqsa ont été rendues au Waqf.

Au cours des décennies suivantes, les Juifs ont été autorisés à pénétrer dans l'enceinte certains jours, par la porte des Maghrébins. C'était la seule entrée par laquelle les non-musulmans pouvaient accéder à l'esplanade.

Selon Seidemann, tout cela a commencé à changer après 2003, lorsque le gouvernement israélien a imposé unilatéralement de nouvelles dispositions qui ont de plus en plus marginalisé le Waqf.

Aujourd'hui, c'est la police israélienne qui décide qui peut ou ne peut pas visiter l'enceinte, qui voit un nombre croissant de colons et d'autres activistes revendiquer le site.

«Ils croient que la raison d'être de ce gouvernement est de revenir sur la décision de Dayan parce qu'elle entrave le déroulement du plan divin qu'est Israël», a précisé Seidemann. «Cela est devenu un courant dominant.»

Ceci est également devenu un article de foi pour de nombreux membres du Cabinet israélien, malgré la déclaration de Benjamin Netanyahou (Premier ministre actuel) en 2015, à la demande du secrétaire d'État américain, John Kerry, selon laquelle «Israël continuera d'appliquer sa politique de longue date: Les musulmans prient sur le Mont du Temple; les non-musulmans visitent le Mont du Temple.»

À l'époque, le secrétaire général de l'OLP, Saeb Erekat, avait rejeté les assurances de Netanyahou.

Des soldats israéliens positionnés à l'extérieur du kibboutz Beeri près de la frontière avec la bande de Gaza, le 17 octobre 2023 (Photo, AFP).

«Avant l'an 2000, les touristes entraient dans le Haram al-Charif sous la garde des employés du département du Waqf et les non-musulmans n'étaient pas autorisés à y prier», a déclaré Erekat, cité par le Jerusalem Post.

«Mais aujourd'hui, les Israéliens ont changé les réglementions et les touristes peuvent visiter le site après avoir reçu un permis des autorités israéliennes et sous la protection de la police israélienne», a spécifié Seidemann.

Depuis lors, les provocations se sont multipliées. En janvier de cette année, une visite du ministre israélien de la Sécurité nationale d'extrême droite, Ben-Gvir, dans l'enceinte d'Al-Aqsa a été qualifiée de «provocation irresponsable de plus» par le journal israélien Haaretz.

Il s'agissait, selon Seidemann, d'une «visite triomphale, pour leur montrer qui est le patron».

Encouragés par des hommes politiques tels que Ben-Gvir, les membres des groupes de colons, du mouvement du Mont du Temple et du parti national religieux se pressent de plus en plus à Al-Aqsa, même si, en vertu d'une loi rabbinique établie de longue date et liée à des concepts de pureté rituelle, les Juifs n'ont pas le droit d'entrer sur le site.

«En mai dernier, des milliers de jeunes Israéliens religieux d'extrême droite célébrant la victoire de 1967 ont défilé dans le quartier musulman en criant “Mort aux Arabes”.  C'était tout simplement horrible. Je pense que c'est le pire jour dont je me souvienne à Jérusalem», a déclaré Seidemann.

Avant la marche, des centaines d'ultranationalistes sont entrés dans l'enceinte d'Al-Aqsa.

«Ils auraient pu emprunter toutes sortes d'autres voies, mais ils sont passés par le quartier musulman, pour leur montrer que “vous êtes chez nous, nous sommes les propriétaires et vous êtes les locataires”», a-t-il éclairci.

Un garde-frontière israélien intervient alors que des participants à un rassemblement annuel de l'extrême droite israélienne, brandissant des drapeaux, battent des Palestiniens pendant l'événement dans la vieille ville de Jérusalem, le 18 mai 2023 (Photo, AFP).

Et les musulmans ne sont pas les seuls à subir cette nouvelle vague d'intolérance religieuse, a affirmé Seidemann.

«Au cours des derniers mois, il y a également eu une forte augmentation des crimes de haine contre les chrétiens, inspirée, je pense, par certains membres du gouvernement, qui ne l'a condamné que la semaine dernière, pour la première fois après huit mois. Entre-temps, ni le maire de Jérusalem ni le Conseil municipal ne l'ont condamné.»

Les extrémistes font également pression pour la construction d'un parc national sur le Mont des Oliviers, un site d'une importance capitale pour la foi chrétienne.

«C’est le reflet de ce qui se passe à Al-Aqsa», a déclaré Seidemann. «Un lieu saint chrétien est transformé par les colons en un lieu saint judéo-chrétien partagé, de la même manière que le mouvement du Mont du Temple veut transformer Al-Aqsa d'un site musulman en un site judéo-musulman partagé.»

Ce n'est pas que les hommes politiques qui tentent de saboter le statu quo à Jérusalem «soient nécessairement racistes par nature», estime Seidemann.

«C'est qu'ils comprennent que parler avec empathie et respect de l'égalité des autres, musulmans, arabes ou chrétiens, est un handicap électoral et qu'ils perdront des voix au sein de leur base», a-t-il expliqué.

«Personnellement, j’aurais préféré qu’ils soient racistes parce qu’autrement, ceci est un reflet de ce que nous sommes devenus.

«En 1967, Israël a annexé Jérusalem. Tous les premiers ministres israéliens, jusqu'à Netanyahou, ont dit: «Nous ne devons pas forcer les choses, surtout en ce qui concerne les sites religieux. Nous sommes également les gardiens des sites les plus importants du christianisme et de l'islam, nous traiterons cette question avec sensibilité et respect.»

La famille d'un enfant palestinien tué lors d'une frappe aérienne israélienne pleure devant l'hôpital de Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 17 octobre 2023 (Photo, AFP).

Aujourd'hui, Seidemann craint qu'Israël, de plus en plus sous l'emprise de groupes religieux et d'hommes politiques extrémistes, ne se perde.

«L'occupation n'est pas ce que nous faisons», a-t-il déclaré. «L'occupation, c'est ce que nous sommes devenus, et ceci sape les fondements moraux de la société israélienne.»

Al-Aqsa, «est en train de devenir l’arène de conflit par excellence entre Israéliens et Palestiniens, juifs et musulmans. Cela n'ennoblit l'âme d'aucun d'entre nous et, dans une certaine mesure, a souillé un lieu très sacré», a-t-il ajouté.

Le 6 septembre, Tamir Pardo, ancien chef du Mossad, l'agence de renseignement israélienne, a déclaré à l'Associated Press qu'Israël appliquait un système d'apartheid en Cisjordanie. «Il a annoncé cela avant le début de la guerre, mais je pense qu'il le dirait encore aujourd'hui», a jugé Seidemann.

«Il a souligné qu'il n'y avait qu'une seule menace existentielle pour Israël dans cette génération. Ce n'est pas la menace nucléaire iranienne – nous pouvons y faire face. Il ne s'agit pas non plus de 100 000 roquettes du Hezbollah – c'est horrible, mais nous pouvons y faire face.

«Mais Israël ne peut survivre en tant que puissance d'occupation perpétuelle. Israël mettra fin à l'occupation, ou c’est l'occupation qui sera notre fin», a soutenu Seidemann.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
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  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
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  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.