En Egypte, Sissi, président dont la «Nouvelle république» ne fait plus rêver

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi (Photo, AFP).
Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Mardi 02 avril 2024

En Egypte, Sissi, président dont la «Nouvelle république» ne fait plus rêver

  • Au premier trimestre 2024, Le Caire a reçu plusieurs dizaines de milliards de dollars mais assortis de conditions de plus en plus drastiques
  • Il tient à ses méga-projets: la Nouvelle capitale en construction depuis 2015 dans le désert en bordure du Caire est la marque qu'il veut laisser

LE CAIRE: Il y a près de 11 ans, il était le "héros" qui débarrassait l'Egypte des Frères musulmans. Aujourd'hui, le président Abdel Fattah al-Sissi entame un troisième mandat à la tête d'un pays dont l'économie à genoux nourrit la grogne populaire.

En juillet 2013, uniforme militaire sur le dos et lunettes noires sur le nez, M. Sissi appelait les Egyptiens à lui donner "mandat" pour vaincre l'islamiste Mohamed Morsi et se faisait aisément élire à sa place l'année suivante.

Diplômé de l'Académie militaire en 1977, l'homme de petite taille, décrit comme pieux par son entourage, a ensuite étudié en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Il s'est forgé comme officier dans l'armée, puis à la tête des renseignements militaires, une réputation d'homme fort, imperturbable.

Un an avant son accession à la présidence, c'est en tant que chef de l'armée et ministre de la Défense, qu'il avait piloté la destitution de M. Morsi, à la faveur de manifestations de masse.

En décembre, il a mené ce qui doit être sa dernière campagne électorale. Il l'a emporté avec 89,6% face à trois candidats quasi-inconnus du grand public après que les deux opposants les plus en vue ont été écartés et inquiétés par la justice.

Mais cette fois-ci, l'enfant du quartier de Gamaliya, dans le Vieux Caire, père de quatre enfants dont l'un, Mahmoud, est réputé influent au sein des renseignements, n'a pas pu ressusciter l'enthousiasme des débuts.

Pendant une décennie, il a été pour la majorité "le sauveur" qui a vaincu le "terrorisme", comme le rappelait un feuilleton du ramadan 2022 dont il a personnellement récompensé les acteurs.

«Du n'importe quoi»

Mais aujourd'hui avec une inflation à plus de 35%, sa base populaire s'est étiolée.

Il la fait désormais bondir quand il raconte sa version de l'été 2013: "je n'ai pas trouvé un pays mais du n'importe quoi et on m'a dit 'tiens, prends ça!'". Une formule qui a heurté le nationalisme populaire et qui alimente l'exaspération de 106 millions d'habitants déjà aux deux tiers sous ou juste au-dessus du seuil de pauvreté.

Lui, il y distille sur un ton paternaliste ses conseils économiques, proposant aux étudiants de "donner régulièrement leur sang" pour gagner de l'argent et aux femmes, dans un grand éclat de rire, "de ne pas mettre beaucoup de sucre" sur les pâtisseries du ramadan en pleine pénurie de cette denrée en Egypte.

Ses soutiens étrangers eux sont face à un dilemme: sa gestion économique a vu la valeur de la monnaie divisée par trois et la dette multipliée par autant mais laisser le plus peuplé des pays arabes couler n'est pas une option.

Au premier trimestre 2024, Le Caire a reçu plusieurs dizaines de milliards de dollars mais assortis de conditions de plus en plus drastiques.

Malgré tout, l'homme tient à ses méga-projets: la Nouvelle capitale en construction depuis 2015 dans le désert en bordure du Caire est la marque qu'il veut laisser.

L'ex-maréchal de 69 ans, dirige "seul et est désormais le seul pointé du doigt", indique à l'AFP Hossam Bahgat, l'un des défenseurs des droits humains les plus influents d'Egypte.

«On attend l'explosion»

"Mais détruire toutes les institutions, les canaux et les plateformes" de la société civile, "va se retourner contre lui", prévient M. Bahgat: "il n'y a plus aucun moyen pour la population d'exprimer sa contestation de façon organisée donc tout le monde attend l'explosion".

Dans un pays où les manifestations monstres ont déjà renversé deux présidents ces 15 dernières années, les appels à défiler sont désormais extrêmement rares mais le déploiement policier, lui, est constant.

M. Sissi, que l'ancien président américain Donald Trump appelait, selon des fuites, son "dictateur préféré", est régulièrement épinglé par les ONG pour les milliers de détenus politiques ou les arrestations pour des écrits en ligne dénonçant l'inflation par exemple.

 


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Short Url
  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Short Url
  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Short Url
  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.