Des femmes musulmanes brisent les tabous en naviguant sur les voies d'eau à l'est de Londres

Dilruba Begum, monitrice qualifiée de sports de pagaie, pose pour une photo lors d'une séance d'enseignement du stand up paddleboard et du kayak sur le canal de Limehouse Cut, dans l'est de Londres, le 26 septembre 2024. (Photo AFP)
Dilruba Begum, monitrice qualifiée de sports de pagaie, pose pour une photo lors d'une séance d'enseignement du stand up paddleboard et du kayak sur le canal de Limehouse Cut, dans l'est de Londres, le 26 septembre 2024. (Photo AFP)
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Publié le Dimanche 29 septembre 2024

Des femmes musulmanes brisent les tabous en naviguant sur les voies d'eau à l'est de Londres

  • L'initiative s'est développée au cours des deux dernières années, passant d'un projet pilote avec 18 femmes à un groupe d'environ 70 personnes.
  • Neuf d'entre elles, dont Dilruba et Atiyya Zaman, 38 ans, se sont qualifiées en tant qu'instructrices et ont créé le premier club nautique de Londres avec un comité exclusivement féminin et musulman.

LONDRES : La pagaie plongeant doucement dans l'eau moussue, Dilruba Begum guide le kayak et une stagiaire assise devant elle le long d'un canal de l'est de Londres.

« Ici, on peut être n'importe qui », murmure-t-elle en levant la pagaie pour laisser le kayak dériver avec le courant.

Il y a deux ans, alors que Dilruba, 43 ans, était débordée par ses obligations de mère, une amie lui a parlé d'un programme gratuit, réservé aux femmes, pour apprendre les sports de pagaie près de chez elle.

Aujourd'hui, elle est monitrice qualifiée de sports de pagaie, après avoir participé au programme géré par l'organisme local de logement et de régénération communautaire Poplar HARCA.

Dilruba et ses compagnes de pagaie innovent en encourageant les femmes des quartiers est moins favorisés de Londres à pratiquer des sports nautiques que beaucoup considèrent comme inaccessibles aux minorités ethniques comme elles, dont les ressources et le temps de loisir sont limités.

L'initiative s'est développée au cours des deux dernières années, passant d'un projet pilote avec 18 femmes à un groupe d'environ 70 personnes.

Parmi elles, il y a des femmes qui « travaillent, certaines sont mères à plein temps, d'autres ne sont pas sorties de chez elles depuis des années », explique Dilruba à l'AFP.

Neuf d'entre elles, dont Dilruba et Atiyya Zaman, 38 ans, se sont qualifiées en tant qu'instructrices et ont créé le premier club nautique de Londres avec un comité exclusivement féminin et musulman.

Par un après-midi de septembre pluvieux, elles ont animé leur première session, apprenant à un petit groupe de femmes à utiliser des kayaks et des planches à pagaie gonflables.

Gilets de sauvetage en main, ils ont montré différentes manœuvres aux participantes sur un petit ponton avant de descendre eux-mêmes dans les kayaks pour commencer la session sur le Limehouse Cut.

Le canal traverse Poplar et Bow à Tower Hamlets, l'un des quartiers les plus défavorisés et les plus densément peuplés de la ville.

L'un des objectifs de l'initiative est d'améliorer l'accès de la population locale aux « espaces bleus » de Poplar, qui se trouve au cœur de 6,5 kilomètres de voies navigables ininterrompues.

« J'habite à côté du canal et je voyais tout le temps des gens y aller. Je me suis toujours demandé ce que je ressentirais si je pouvais le faire », a déclaré Atiyya, en se balançant de haut en bas sur un kayak orange.

Jenefa Hamid, de Poplar HARCA, a déclaré que de nombreuses personnes issues de milieux noirs, asiatiques et de minorités ethniques (BAME), qui constituent la majeure partie de la communauté locale, « pensaient que les sports nautiques n'étaient pas quelque chose de typiquement pour eux ».

Cela peut être dû à la peur de la noyade, ainsi qu'à des raisons culturelles et religieuses. « Je pense qu'il s'agit simplement d'un sentiment d'exclusion sociale », a-t-elle ajouté.

Selon les données de Sport England de 2017 à 2019, moins d'un pour cent des adultes asiatiques (à l'exclusion des Chinois) ont participé à des sports nautiques, et toutes les communautés BAME étaient sous-représentées dans les activités de natation.

Certaines des femmes du groupe « n'avaient jamais mis les pieds dans l'eau auparavant », a déclaré Atiyya.
« Lorsque j'ai commencé, les femmes de cette communauté n'auraient jamais fait ce genre de choses.

Le fait que le programme soit réservé aux femmes et que des vêtements différents soient autorisés a permis d'accueillir les femmes musulmanes de la région.

Naseema Begum, 47 ans, qui faisait partie de la première cohorte et qui est aujourd'hui instructrice, a déclaré qu'un « tabou » empêchait les femmes asiatiques et celles qui portaient un foulard de participer aux sports nautiques.

Portant un niqab, Naseema voulait montrer qu'"on peut porter n'importe quoi et aller dans l'eau. Tant que vous avez le bon équipement... tout le monde peut participer ».

Les femmes ont également été attirées par le caractère abordable de l'activité. Les clubs nautiques privés sont « tout à fait inabordables si vous avez une famille à entretenir », a déclaré Naseema, ajoutant qu'elle ne pouvait pas justifier de dépenser une telle somme pour ses propres « loisirs ».

Naseema préside désormais le club nautique « Oar and Explore ». Avec Atiyya et Dilruba, elles espèrent réunir suffisamment de fonds pour acquérir leurs propres bateaux et un espace de stockage près d'un nouveau ponton prévu dans la région.

« Ce que j'ai ressenti, le plaisir et la confiance que j'ai acquis grâce à cela, je veux le transmettre à d'autres et leur dire qu'il y a plus dans la vie », a déclaré Dilruba.

Pour elle, ce plaisir s'explique en partie par le fait qu'il s'agit d'une occasion rare de « s'asseoir avec ses pensées, sans penser à rien d'autre ».

Atiyya est du même avis. « Pendant le Covid, c'était assez difficile avec trois jeunes enfants à la maison, et avec le travail, c'était très stressant. C'était un moyen de s'évader », dit-elle.

Dilruba reconnaît que les instructeurs l'ont aidée à devenir elle-même une personne - et à s'ouvrir à un nouveau monde.

« Ils nous ont soulevées et ont fait de nous de nouvelles personnes, avec de nouvelles expériences... de nouvelles compétences que nous n'aurions jamais pensé avoir », dit-elle.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Prix de la littérature arabe 2026: 9 ouvrages en lice pour la 14e édition

La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
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  • Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie
  • À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité

PARIS: La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe.

Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie. À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité.

Créé en 2013, le Prix de la littérature arabe figure parmi les rares distinctions françaises consacrées à la création littéraire du monde arabe. Il récompense chaque année l’œuvre d’un auteur ou d’une autrice originaire de l’un des pays de la Ligue arabe, pour un ouvrage écrit en arabe et traduit en français, ou directement rédigé en français.

Le prix, doté de 8 000 euros, concerne les ouvrages publiés entre le 15 août 2025 et le 30 septembre 2026.

Une attention particulière est également accordée au travail de traduction. Une mention spéciale, dotée de 2 000 euros, récompensera le traducteur ou la traductrice d’un ouvrage retenu dans la sélection finale, afin de mettre en lumière le rôle essentiel de la traduction dans la circulation des œuvres arabes auprès du lectorat francophone.


Sorbonne Abu Dhabi: une rentrée sous le signe de la culture, de l’innovation et de la recherche

À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
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  • Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA
  • L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public

ABU DHABI: À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA.

L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public. Sur le plan académique et scientifique, le SUAD–IIT Delhi Abu Dhabi Computational Materials School proposera une rencontre autour des matériaux computationnels, en collaboration avec IIT Delhi Abu Dhabi.

Cette programmation illustre la diversité de la vie de SUAD, à la croisée de la culture, de la recherche, de l’innovation et de la vie universitaire.


Jean-Paul Rappeneau, le réalisateur français de «Cyrano de Bergerac», est mort à 94 ans

Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
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  • C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès
  • Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991

PARIS: Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils.

Jean-Paul Rappeneau, l'un des doyens du cinéma hexagonal, a tourné avec les plus grands comédiens français, de Yves Montand ("Le Sauvage") à Catherine Deneuve ("La vie de château"), en passant par Gérard Depardieu, Jean-Paul Belmondo ("Les Mariés de l'An II") ou Isabelle Adjani ("Tout feu tout flamme").

C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès.

Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991, dont celui de meilleur film, et avait valu à Jean-Paul Rappeneau celui de meilleur réalisateur.

"Nous ne pouvions nous contenter d'une simple mise en images de la pièce (...). Le vrai pari du film, c'est que les personnages y parlent en vers", expliquait-il.

Totalisant plus de 10 millions d'entrées dans le monde, le film avait aussi décroché cinq nominations aux Oscars.

Connu pour son perfectionnisme, Jean-Paul Rappeneau choisissait ses projets avec soin, ne craignant pas de laisser s'écouler de longues années entre chaque film.

"Je ne suis pas comme un pommier qui fait tomber ses fruits chaque automne. Mon rythme, c'est plutôt un film tous les cinq ou six  ans. Je ne vois pas pourquoi on devrait enchaîner les projets. A moins bien sûr d'avoir besoin d'argent...", disait-il à l'hebdomadaire Paris Match en 2015.

Populaire et exigeant 

Né le 8 avril 1932 dans une famille nombreuse, il avait abandonné des études de droit pour se lancer dans le cinéma, notamment auprès de Louis Malle ("Au revoir les enfants")dont il devient l'assistant, co-écrivant le scénario de "Zazie dans le métro".

Il avait fait ses premiers pas de réalisateur en signant en 1966 "La vie de château", dans lequel Catherine Deneuve campe une épouse rongée par l'ennui aux côtés de Philippe Noiret.

Si ses débuts coïncident avec l'éclosion de la Nouvelle Vague, il s'était toujours tenu à distance de ce mouvement qui révolutionna le cinéma français dans les années 50-60. "A l'exception d'+A bout de souffle+ et d'+Hiroshima mon amour+, aucun des films (de la Nouvelle Vague) ne me plaisait vraiment", disait-il.

Tenant d'un cinéma populaire et exigeant, Jean-Paul Rappeneau avait ensuite enchaîné les succès.

En 1995, il avait relevé un autre défi en portant à l'écran "Le Hussard sur le toit", avec Olivier Martinez et Juliette Binoche, tiré du roman de Jean Giono, réputé difficile à adapter.

Son dernier film, la comédie dramatique "Belles Familles", remontait à 2015 et mettait en scène Mathieu Amalric, Karin Viard et Marine Vacth.

En 2025, Jean-Paul Rappeneau avait publié ses mémoires ("Vive allure") dans lesquelles transparaissait son approche singulière du métier de cinéaste. "Quand un film se termine, disait-il, je suis comme un naufragé sur la plage, j'attends le prochain voyage".