Raphaël Pitti: témoigner sur la situation de catastrophe à Gaza pour «sauver notre dignité humaine»

 Par son engagement de terrain et ses prises de parole sans détour, le Dr Raphaël Pitti est l’un des témoins les plus lucides et les plus intransigeants de la tragédie humanitaire qui frappe Gaza depuis octobre 2023. (AFP)
Par son engagement de terrain et ses prises de parole sans détour, le Dr Raphaël Pitti est l’un des témoins les plus lucides et les plus intransigeants de la tragédie humanitaire qui frappe Gaza depuis octobre 2023. (AFP)
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Publié le Lundi 26 mai 2025

Raphaël Pitti: témoigner sur la situation de catastrophe à Gaza pour «sauver notre dignité humaine»

  • Médecin humanitaire, ancien médecin militaire, formateur en médecine de guerre, Pitti qui a fait toute sa carrière dans des zones de conflit - du Golfe, à la Syrie en passant par le Liban et l’Ukraine - a récemment séjourné deux semaines à Gaza
  • Il y a observé, documenté ce qui s’y passe et désormais dénonce avec force une situation qu’il qualifie de « barbarie contemporaine ».

PARIS: Par son engagement de terrain et ses prises de parole sans détour, le Dr Raphaël Pitti est l’un des témoins les plus lucides et les plus intransigeants de la tragédie humanitaire qui frappe Gaza depuis octobre 2023. 

Médecin humanitaire, ancien médecin militaire, formateur en médecine de guerre, Pitti qui a fait toute sa carrière dans des zones de conflit - du Golfe, à la Syrie en passant par le Liban et l’Ukraine - a récemment séjourné deux semaines à l’hôpital européen de Gaza. 

Il y a observé, documenté ce qui s’y passe et désormais dénonce avec force une situation qu’il qualifie de « barbarie contemporaine ». 

Il est le porte-voix des gazaouis et témoigne sans relâche, porté par deux convictions: le devoir d’assistance et l’obligation morale de parler.

Pour Pitti, interrogé par Arab News en français, la situation actuelle à Gaza ne relève plus de la crise, « C’est un désastre, une catastrophe humanitaire qui dépasse ce que l’on peut imaginer en temps de guerre ».

Il décrit une population piégée dans l’enclave, déplacée à de multiples reprises, privée d’accès à la nourriture, soignée dans des conditions indignes, et désormais en mode de survie.

« Les enfants sont affamés, terrorisés, privés de tout ». Le traumatisme psychologique est immense, inscrit dans la chaire et les esprits », assure-t-il.

En janvier, le Dr Pitti a donc passé deux semaines à l’hôpital européen, Il dit y avoir vu « le chaos à visage humain », 25 000 personnes aux abords, 3 000 réfugiés à l’intérieur, des enfants jouant dans les couloirs d’urgence, des blessés polytraumatisés soignés à même le sol, faute de place et de matériel. 

L’établissement, conçu pour 600 lits, en abritait 900. L'absence de tri fait que le service d’urgence était constamment submergé, et il est difficile d’y distinguer qui était médecin, interne ou infirmier. 

« On travaillait sans relâche dans une ambiance de confusion permanente », mais surtout « on n’avait pas les moyens, pas d’anesthésie, pas de matériel chirurgical suffisant, les urgences sont devenues une salle d’attente géante et douloureuse ».

Il se dit par ailleurs particulièrement touché par le sort des enfants laissés à eux-mêmes, dans une grande situation de détresse « qui se passe sous nos yeux et qui leurs est infligée, alors qu'ils sont innocents de ce qu'il s'est passé le 7 octobre » 2023 en bordure de la bande de Gaza.

Face à ce spectacle de désolation, le Dr Pitti se dit habité par une double mission, celle de soigner et de témoigner. 

« Ce que j’ai vu, c’est la vérité. En tant qu’humanitaire, j’ai le devoir moral de le dire » soutient-il en s’insurgeant contre le silence international, « Les conventions internationales sont piétinées, personne ne tente de les faire respecter. »

Cette parole, il la porte avec ténacité au prix de menaces personnelles, mais « plus ils m'attaquent, plus je saurai que mes mots dérangent, et plus je continuerai, car je suis la voix de ceux qu’on fait taire, de ceux qu’on massacre en silence »

Pitti ne mâche pas ses mots face à l’inaction du monde, notamment de la France. Il fustige « la lâcheté » de la diplomatie française, son manque de fermeté envers Israël. 

« On aurait pu convoquer l’ambassadeur d’Israël en France, rappeler le nôtre, on aurait pu dire non » pour lui, la France, pays des droits de l’homme, avait les moyens d’agir symboliquement d’autant plus que « La parole morale, nous l’avons, et nous l’avons trahie ».

Pour lui, le contraste avec l’Ukraine est flagrant. « Pour l’Ukraine, on parle, on agit. Pour Gaza, on condamne mollement ».

Au terme de l’entretien, Raphaël Pitti lance un appel à la figure emblématique de l’humanitaire français, l’ancien ministre des affaires étrangères, « Où est Bernard Kouchner ? Il était là pour les Soudanais avec son sac de riz sur le dos, pourquoi n’est-il pas là pour Gaza ? ».

Rappelant la notion d’«ingérence humanitaire», théorisée par Kouchner lui-même, le médecin demande aux consciences morales d’agir, ici et maintenant.

Toutefois, en dépit de la douleur, de l’indignation, de la fatigue, Pitti refuse de céder au désespoir. « Parler de Gaza, ça sert à sauver notre humanité », il met en garde contre le retour à une logique de barbarie mondiale, nourrie par l’impunité, les conflits pour les ressources, la montée des régimes autoritaires. 

Selon lui, « le XXIe siècle doit être celui de la coopération, et du partage. Pas de la loi du plus fort ».

Raphaël Pitti n’est ni un militant, ni un tribun, il est un médecin qui a vu, soigné, et qui désormais parle. Son cri d’alerte, porté avec calme et colère mêlés, ne vise pas à condamner les peuples, mais à réveiller les consciences. 

Gaza est aujourd’hui le miroir de notre monde, « ce que nous y acceptons de laisser faire dit tout de ce que nous sommes devenus ». Apres deux séjours à Gaza, en janvier 2024 (deux semaines) et mai 2025 (une semaine), par trois fois les israéliens se sont opposés à son retour dans l'enclave. 

En tant que président de l’ONG Mehad (anciennement HuSome France), le Dr Pitti continue de coordonner des actions humanitaires et de former des soignants à la médecine d’urgence dans des contextes de guerre. 
 


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
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  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
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  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.