Salah Guemriche : quand l’arabe et le français s’entremêlent

Salah Guemriche ©Editions de l'Aube
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Publié le Mercredi 07 avril 2021

Salah Guemriche : quand l’arabe et le français s’entremêlent

  • «Les étymologistes ont fait des tours et des détours, en passant par le latin et l’italien, pour expliquer l’origine des mots. Or, dans certains cas, ils camouflent les origines arabes»
  • Pour la réalisation de la «Cité de la francophonie», plusieurs associations et personnalités francophones ont travaillé à l’élaboration de projets qui feront de Villers-Cotterêts une sorte de musée vivant et ouvert au monde

PARIS : Chaque mot est un voyage. Vestige du passé ou marqueur de l’évolution des mœurs, chacun des mots de notre vocabulaire est né des soubresauts et voltiges de l’histoire.

Le français, langue romane issue du peuple germain, n’est autre que le fruit d’un merveilleux métissage. En ce 20 mars 2020, à l’occasion de la journée de la Francophonie, Salah Guemriche, essayiste et romancier algérien dévoile à Arab News en Français des facettes insoupçonnées de la langue de Molière.

Après un rigoureux travail de recherche qui a duré 4 ans, l’auteur a fait un constat étonnant : sur les 35 000 mots du français courant, 10% sont issus de l’arabe. Une donnée surprenante qui illustre le caractère hybride de cette langue parlée dans plus de 50 pays.

En effet, comme l’explique M. Guemriche dans son livre « Dictionnaire des mots français d’origine arabe», 4192 mots du français viennent des langues étrangères «25% de l’anglais, 16% de l’italien, 13% du germanique et 10% de l’arabe».

Dans son recueil, l’auteur recense 400 mots d’origine arabe employés dans la vie de tous les jours. Cet état de fait indique qu’il existe plus de mots arabes que de mots d’origine gauloise ou espagnole dans le français, qui est pourtant une langue indo-européenne !

Dans cet entretien exclusif, Salah Guemriche partage sa vision de la francophonie et ses futurs projets, et explique avec passion et minutie l’évolution des mots, leur étymologie et leur origine lexicographique, tout en dévoilant la poésie qui se cache derrière chaque signification.

Quel regard portez-vous sur la francophonie ? Par rapport au passé, pensez-vous que l’usage du français a effectivement régressé au Maghreb ?

Toute langue est la bienvenue, puisqu’elle constitue une ouverture sur le monde. Le français a été mon arme, mon moyen d’expression. C’est cette langue qui m’a permis de rencontrer Simone de Beauvoir en 1971, c’est grâce à elle et à sa palette de mots que j’exprime mes idées avec nuance et précision. Il est vrai que l’arabe recule dans les pays du Moyen-Orient. Au Maghreb, spécifiquement en Algérie, ceci s’explique par le lourd passé qui lie ce pays à la France.

Il y a une volonté toujours visible de se détacher des anciens colons. Moi je pense qu’il faut dépasser ces différends, aller de l’avant, tourner la page. Comme le disait l’écrivain Kateb Yacine, «le français est notre butin de guerre». L’arabisation qui a été menée au lendemain de l’indépendance n’a pas suffi à enrayer l’usage du français, même 50 ans plus tard. En 2019, la politique d’arabisation a été durcie. Je pense que c’est une erreur, deux langues peuvent coexister. Et comme je l’ai prouvé avec l’aide de l’éminente linguiste Henriette Walter, les langues s’entremêlent et se complètent. L’arabe a, d’une certaine façon, permis au français de se réinventer. Je suis convaincu que lorsque le travail sur la mémoire collective de la guerre d’Algérie sera achevé, et donc que les esprits rancuniers seront apaisés, le français retrouvera sa place… Même si l’anglais devient la langue internationale de référence, je pense que la francophonie a encore de beaux jours devant elle… !

Que pensez-vous des déclinaisons de la langue française dans le monde (québécois, belge, français mélangé à la «darija» etc.) ?

Je considère qu’il y a «des» français, et non pas un seul français. Toutes les déclinaisons du «français de France» sont légitimes.

Saviez-vous que face à l’anglicisme, les plus fervents défenseurs de la francophonie sont les Québécois ? Ils disent «envoyer un courriel» (contraction de e-mail et courrier)  et non pas un «mél» ou «mail».

L’arabe, emprunte lui aussi, des mots au français et à l’anglais. Surtout pour des termes techniques et – ou informatiques. Pourtant l’arabe a cette richesse de vocabulaire qui lui permet de créer ses propres néologismes. Les linguistes arabes ne sont pas allés au bout de leurs travaux, il faudrait effectivement vivifier le langage. C’est la «darija», les dialectes qui jouent aujourd’hui ce rôle. J’estime que chaque dialecte, du libanais à l’algérien, en passant par le mauritanien constitue une langue à part.

Votre livre, «Dictionnaire des mots français d’origine arabe» a permis de reconsidérer le lien entre le français et l’arabe. Qu’est-ce qui vous a poussé à travailler sur cette problématique ?

Je voulais d’abord rédiger un petit répertoire ludique pour mon fils, et plus je plongeais dans l’histoire des mots plus je me suis rendu compte que l’on nous cachait des choses…

Bien avant le 19ème siècle, siècle des colonisations, Rabelais qui avait appris l’arabe dans le cadre de ses études en médecine, avait déjà pointé du doigt la présence de mots arabes dans langue française.

Nous pouvons situer le début de l’influence de l’arabe dans le français avec la conquête de l’Andalousie. Ces territoires ont été sous domination musulmane de 711 à 1492.

Les mots se sont donc diffusés avec les échanges commerciaux et académiques, ce qui explique pourquoi la plupart d'entre eux appartient au champ lexical de la gastronomie et du textile.

Les étymologistes ont-ils amoindri l’influence de l’arabe sur la langue française ?

Oui. Tout à fait. Il y a une volonté d’occulter l’origine de certains mots. L’origine persane des mots est par ailleurs davantage mise en avant que l’origine arabe, pour des questions idéologiques, puisque le perse fait partie des langues indo-européennes.

Les étymologistes ont fait des tours et des détours, en passant par le latin et l’italien, pour expliquer l’origine des mots. Or, dans certains cas, ils camouflent les origines arabes.

Le mot magasin en est le parfait exemple. Il ne vient pas du latin ou de l’italien comme certains experts l’avaient démontré, mais directement de l’arabe, spécifiquement du mot «makhāzin» qui signifie «dépôt». L’histoire de ce mot est d’ailleurs fabuleuse, puisqu’il a également donné naissance au terme «magazine» (publication périodique), en passant par l’anglais ! Jeanne Marie Le Prince de Beaumont (auteur de la Belle et La Bête) publie en 1750-51 des traités d’éducation qu’elle appelle «magasin» : «Le Magasin des enfants», et «Le Magasin des adolescentes». En se faisant connaître au Royaume-Uni, elle popularise le mot «magasin», qui à l’anglaise, se prononce «magasine»… et c’est ainsi que le concept de magazine tel qu’on le connaît aujourd’hui a vu le jour. En 2021, en France, vous pourrez lire sur des enseignes «magasin de discount». Dans cette phrase, c’est uniquement la préposition «de», qui est issue du français ! Les mots voyagent, ils se bousculent, se refaçonnent et se réinventent…

Voici quelques exemples intéressants …

  • Abricot : le suffixe a- vient de l'article arabe «al», et le reste vient de de «al-barquq» qui veut dire en arabe «fruit précoce».
  • Baroudeur : vient du mot arabe «barud», qui signifie poudre explosive. Ce mot a pour ancêtre de l’expression «baroud d'honneur», qui est un combat livré pour conserver l'honneur.
  • Sirop : vient de l’arabe «šarab»  qui veut dire «boisson»
  • Chiffre : en arabe, le chiffre zéro se prononce «sifr». Avec le latin, «sifr» est devenu chiffre, pour d’abord désigner le zéro, puis tous les autres chiffres.
  • Matelas : vient de l’arabe «matrah» qui désigne les coussins de sol utilisés pour s’asseoir ou se coucher.
  • Jupe : vient de l’arabe «jubbah», qui désigne un vêtement de laine pour homme. Le mot arrive en France XIIe siècle avec le mot italien «jupa», pour ensuite se transformer en jupe.
  • Nouba : vient du dialecte algérien «nuba» qui veut dire «à tour de rôle». Cette expression était couramment utilisée par les officiers lors de leurs services de garde. Ce mot a ensuite désigné la musique jouée lors d’évènements importants.
  • Café : vient du mot «qahwa» (café en arabe) qui a aussi donné les versions italienne «caffè», et turc «qahve»

Aujourd’hui, en France, environ un jeune sur trois utilise des mots arabes «remis au goût du jour». Que pensez-vous de ce phénomène ?

Je pense que ces mots sont essentiels, et j’estime qu’il faudrait les intégrer dans nos dictionnaires ! Ils sont le miroir du temps et de son évolution.

Ces nouveaux mots sont inventifs. Dans le langage des jeunes, 69% des mots employés sont créés de toute pièce, 18% sont en verlan, et l’arabe occupe la troisième place du podium à égalité avec le gitan, avec 3,5% des mots. L’anglais représente quant à lui 2,5%, l’argot français 1,5%, et l’africain 0,5%.

Je trouve les expressions dérivées de l’arabe spécialement intéressantes, puisqu’elles sont très imagées. «Avoir le seum» par exemple… C’est presque poétique ! Cette expression qui manifeste le ras le bol veut littéralement dire «avoir/injecter du venin». Il y a aussi «rabzouz» et toutes ses drôles de déclinaisons utilisées pour qualifier les «arabes»,  rabzouille (avec le suffixe français -ouille) rabzouzette, ou rabza, pour la version plus affectueuse. «Chouïa» qui signifie «un peu» vient tout simplement du mot arabe «chwayya» porteur du même sens, toubib vient de «tabib» et veut dire médecin dans les deux langues, «ça me fait dahak» pour dire «ca me fait rire», vient du verbe «dahaka» qui veut tout simplement dire «rire» en «rebeu» (arabe)! Et enfin, le très répandu verbe «kiffer», qui exprime le fait d’aimer quelque chose, d’y prendre du plaisir. Ce dernier est une déclinaison mélodieuse du mot arabe «kayf» qui signifie bien-être.

De plus en plus de jeunes issus de l’immigration souhaitent apprendre l’arabe. Que révèle le retour de cette langue sur le devant de la scène française ?

Comme l’a souligné Assia Djebar de l’Académie Française dans la préface de mon livre, «les jeunes, conscients d'être les héritiers d'un passé inventif, pourraient vivre décomplexés par rapport à leur société d'accueil.» C’est important, voire primordial, parce que ce constat devrait permettre aux jeunes de voir que la France a toujours été intimement liée au monde arabe.

Dans le contexte actuel où la question des identités est au cœur des débats, cette réalité doit être mise en avant. Je tiens d’ailleurs à souligner l’importance d’enseigner l’arabe dans les écoles, et je trouve la polémique autour de cette question complètement vaine. L’arabe est une langue étrangère comme les autres. Elle est d’ailleurs parlée dans de nombreux pays. Toute langue est une richesse, et doit être la bienvenue.

Sous l’impulsion du président Emmanuel Macron, le château de Villers-Cotterêts sera rénové et transformé en Cité de la Francophonie d'ici 2022. En quoi consiste ce projet auquel vous participez ?

Il s’agit d’un projet formulé par l’État français pour faire du château de Villers-Cotterêts, une ville située à 80 km au nord-est de Paris, «un lieu de création, d’innovation et de diffusion de la culture en langue française dans le monde». Pourquoi Villers-Cotterêts ? Il faut rappeler que ce nom est attaché à une ordonnance royale de François 1er qui, en 1539, décréta que le français devait être la langue de la Justice et de l’Administration pour tout le royaume. En remplacement, donc, des langues régionales et du latin. On peut dire que la langue française comme langue nationale et officielle date de cette ordonnance. Pour la réalisation de ce qui s’appellera la «Cité de la francophonie», plusieurs associations et personnalités francophones ont travaillé à l’élaboration de projets structurants qui feront de Villers-Cotterêts une sorte de musée vivant et ouvert au monde, à tous les publics intéressés par l’histoire et l’évolution de la langue française, dans tous les domaines de la création. Ce projet associera les 88 pays membres de l’Organisation internationale de la Francophonie, ce qui représente 300 millions de francophones dans le monde. Ma participation sera axée sur les mots français venus d’ailleurs et ceux passés à d’autres langues, y compris dans le langage des « djeun’s » !

En plus de mon implication dans les projets liés à la francophonie, j’aimerais partager mon savoir et toucher plusieurs générations. Je vais donc lancer ma chaîne YouTube. J’y partagerai un contenu exclusif et ludique. Je parlerai aussi bien de la bataille de Poitiers, que de mes découvertes en matière de sémantique.

 


Glucksmann assure être prêt à débattre avec les autres candidats de la primaire de la gauche

Raphaël Glucksmann a assuré vendredi qu'il n'avait "pas de problème" avec le fait de débattre, contrairement aux accusations de ses rivaux de la primaire de la gauche socialiste et démocratique. (AFP)
Raphaël Glucksmann a assuré vendredi qu'il n'avait "pas de problème" avec le fait de débattre, contrairement aux accusations de ses rivaux de la primaire de la gauche socialiste et démocratique. (AFP)
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  • Raphaël Glucksmann a affirmé que "quand on est de gauche, on doit faire un débat sur le service public", mais qu'il n'a "aucun problème pour débattre aussi sur des chaînes privées"
  • France Inter est par ailleurs en ébullition depuis l'annonce de l'arrivée comme éditorialiste d'un responsable du magazine Valeurs actuelles, Charles Sapin

PARIS: Raphaël Glucksmann a assuré vendredi qu'il n'avait "pas de problème" avec le fait de débattre, contrairement aux accusations de ses rivaux de la primaire de la gauche socialiste et démocratique.

Le candidat du petit parti Place publique défend la tenue d'un seul débat télévisé sur le service public, alors que ses rivaux socialistes en réclament trois et lui reprochent d'avoir "peur" de débattre.

Raphaël Glucksmann a expliqué sur BFMTV/RMC qu'il veut que leur débat ait "le maximum d'exposition", ce que le rendez-vous unique proposé par France Télévisions et France Inter assurerait selon lui.

"Ensuite s'il y a un accord entre les chaînes, s'il n'y a pas d'exclusivité, moi j'ai pas de problème à faire des débats, c'est pas la question, on verra, on négociera", a-t-il dit.

Le débat sur le service public est prévu le 6 octobre, tandis que les deux autres évoqués pourraient avoir lieu le 16 septembre sur TF1 et le 29 septembre sur BFMTV.

Raphaël Glucksmann a affirmé que "quand on est de gauche, on doit faire un débat sur le service public", mais qu'il n'a "aucun problème pour débattre aussi sur des chaînes privées".

"Le service public est attaqué aujourd'hui, en permanence", a-t-il dit.

France Inter est par ailleurs en ébullition depuis l'annonce de l'arrivée comme éditorialiste d'un responsable du magazine Valeurs actuelles, Charles Sapin.

Questionné à ce sujet, Raphaël Glucksmann a répondu que Valeurs actuelles "participe à l'offensive de l'extrême droite" mais qu'il n'a pas à "commenter" les choix éditoriaux du service public.

Celui-ci est "indépendant" et n'est "pas à nos ordres", a-t-il dit.

"Il faut des éditorialistes de droite sur le service public, je pense qu'il y en a plein d'ailleurs. J'écoute le service public et je peux vous dire que je ne suis pas toujours d'accord avec leurs éditorialistes", a déclaré le candidat.


Après la tapisserie de Bayeux, premier entretien Burnham-Macron pour "renforcer" les relations

Le Premier ministre britannique Andy Burnham (à droite) serre la main du président français Emmanuel Macron lors de leur rencontre pour des discussions bilatérales au 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 3 septembre 2026. (AFP)
Le Premier ministre britannique Andy Burnham (à droite) serre la main du président français Emmanuel Macron lors de leur rencontre pour des discussions bilatérales au 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 3 septembre 2026. (AFP)
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  • Emmanuel Macron et Andy Burnham veulent renforcer le partenariat franco-britannique, notamment sur l’Ukraine, la coopération avec l’UE et la lutte contre les traversées de la Manche
  • Malgré cette volonté de rapprochement, des divergences persistent sur les relations post-Brexit et les questions commerciales, tandis que les deux dirigeants veulent aussi défendre les institutions démocratiques face à la montée des extrêmes

LONDRES: Le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham et le président français Emmanuel Macron ont affiché jeudi à Londres leur volonté de "renforcer" les relations entre le Royaume-Uni et la France, mais aussi l'Union européenne, au lendemain d'une première rencontre autour de la tapisserie de Bayeux.

Le prêt au British Museum pour un an de cette broderie millénaire, décrivant la conquête de l'Angleterre en l'an 1066 par Guillaume le Conquérant, "montre ce que notre collaboration peut permettre de réaliser", a souligné le chef de gouvernement travailliste au début de l'entretien, soulignant qu'Emmanuel Macron était le premier dirigeant étranger qu'il accueillait au 10, Downing Street.

Aux côtés de celui qu'il a décrit comme le "plus proche voisin" de son pays et un "ami très important", Andy Burnham a aussi évoqué un bilan positif de leur coopération "sur l'Ukraine", sur la lutte contre les traversées de la Manche par des migrants à bord de petites embarcations, et "sur le renforcement de la relation entre le Royaume-Uni et l'UE".

Emmanuel Macron a lui assuré avoir "la volonté et l'engagement de nous rapprocher encore davantage".

- "Sujets difficiles" -

A l'issue d'un déjeuner en présence de leurs épouses et avant de quitter Londres, le président français a salué une "très bonne discussion".

A l'approche d'un sommet crucial entre l'UE et le Royaume-Uni attendu d'ici la fin de l'année, ce rapprochement était en haut de l'agenda de cette première rencontre.

Interrogé mercredi soir par des journalistes, le Premier ministre britannique avait estimé que "dix ans après le Brexit, les gens ici en ont assez des divisions. Ils voient que nous devons travailler plus étroitement ensemble".

Il a toutefois souligné qu'il y avait des "sujets difficiles" sur lesquels il espérait "trouver ensemble un moyen de surmonter" les obstacles, citant le plan de l'UE pour soutenir l'industrie "made in Europe", qui pourrait selon lui avoir des "répercussions sur l'industrie sidérurgique" britannique.

"Même si nous ne sommes pas toujours d'accord sur tout, nous nous respectons (...) et restons ouverts à la discussion sur tous les sujets, y compris la relance des relations entre le Royaume-Uni et l'Union européenne", avait de son côté commenté Emmanuel Macron dans son discours au British Museum.

Paris veut éviter que Londres fasse du "cherry-picking", autrement dit que les Britanniques ne retiennent du marché intérieur européen que ce qui les avantage.

La lutte contre l'arrivée de migrants sur de petites embarcations via la Manche est également un sujet prioritaire pour Londres.

Le gouvernement britannique, qui a enregistré cet été le nombre le plus bas d'arrivées de migrants depuis 2019, a salué le succès de son accord de coopération avec la France, reconduit pour trois ans en avril, et Andy Burnham a plaidé pour "accomplir davantage encore".

- Méga-canots -

Afin d'empêcher la traversée de "méga-canots", comme celui qui a récemment transporté 230 personnes, une équipe de 45 agents doit prochainement être déployée sur les côtes du nord-ouest de la France, soit "un quasi-triplement" des moyens dans cette zone, a fait savoir Downing Street dans un communiqué.

Autre sujet au menu: le renforcement de l'aide à l'Ukraine à un moment où les attaques russes de drones et de missiles balistiques s'intensifient et font un nombre croissant de victimes civiles.

Andy Burnham a effectué le 24 août sa première visite à Kiev, pour une réunion de la Coalition des volontaires, le groupe de pays qui soutiennent l'Ukraine, que le Royaume-Uni codirige avec la France.

Lors de ce premier entretien, qui se tenait à la veille d'une rencontre entre Jordan Bardella du Rassemblement National et Nigel Farage du parti anti-immigration Reform UK, Emmanuel Macron et Andy Burnham ont aussi évoqué "la montée des extrêmes" dans leurs pays, soulignant leur "intérêt commun" à montrer que des institutions démocratiques modérées peuvent répondre aux problèmes de leurs concitoyens, selon une source diplomatique.

Pendant sa visite au British Museum mercredi soir, le président français, qui quittera l'Élysée en mai, a dit espérer que son pays et le Royaume-Uni puissent "tisser un lien aussi étroit que les fils" de la tapisserie.

Le roi Charles III, accompagné de la reine Camilla, a quant à lui salué un prêt qui constitue "un précieux symbole de confiance".


Présidentielle: Hollande fait ses propositions pour séduire jusqu'au centre

Il propose un projet pour "unir" la France mais refuse pour l'instant de se déclarer candidat: François Hollande égrène dans son nouveau livre près d'une centaine de propositions, dont certaines, à contre-courant du programme des socialistes, semblent destinées à séduire jusqu'au centre. (AFP)
Il propose un projet pour "unir" la France mais refuse pour l'instant de se déclarer candidat: François Hollande égrène dans son nouveau livre près d'une centaine de propositions, dont certaines, à contre-courant du programme des socialistes, semblent destinées à séduire jusqu'au centre. (AFP)
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  • Dans "Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche" (Robert Laffont), l'ancien président, qui avait renoncé à se représenter en 2017 au vu de sa très forte impopularité à la fin de son quinquennat, estime qu'il faut "changer de méthode"
  • Il ne dira ses intentions qu'en décembre et refuse en attendant de participer à la primaire de la gauche, espérant se poser en recours si le vainqueur de ce processus de départage s'effondre

PARIS: Il propose un projet pour "unir" la France mais refuse pour l'instant de se déclarer candidat: François Hollande égrène dans son nouveau livre près d'une centaine de propositions, dont certaines, à contre-courant du programme des socialistes, semblent destinées à séduire jusqu'au centre.

Dans "Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche" (Robert Laffont), l'ancien président, qui avait renoncé à se représenter en 2017 au vu de sa très forte impopularité à la fin de son quinquennat, estime qu'il faut "changer de méthode, de perspectives et d'ambition".

Il ne dira ses intentions qu'en décembre et refuse en attendant de participer à la primaire de la gauche, espérant se poser en recours si le vainqueur de ce processus de départage s'effondre.

Mais "si émettre des idées, c'est être en campagne", alors "oui", il est en campagne, a-t-il concédé jeudi, à la foire de Châlons-en-Champagne (Marne).

Le député de Corrèze, qui a débattu récemment avec le candidat d'Horizons Edouard Philippe et a fait une apparition aux journées d'été du PS à Blois, sera la semaine prochaine à la fête de la rose de Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire), avant d'enchaîner les séances de dédicaces de son livre.

"L'enjeu, c'est d'unir les Français", face à la bipolarisation de la société entre "des extrêmes qui jouent la division" et une situation internationale tendue, où la France doit affirmer son indépendance vis-à-vis des États-Unis et de la Russie, a-t-il expliqué mercredi.

Pour cela, "il va falloir aller au-delà des formations politiques", a-t-il glissé à Blois. Celui qui théorise la nécessité de "l'union sacrée des démocrates" et préconise d'aller chercher dès le premier tour les électeurs du centre au moment où la macronie est en fin de règne, assure ne pas vouloir proposer du "Hollande 2012" réchauffé.

Sur certains points, il se place même à rebours de son parti, comme sur la taxe Zucman pour les ultra-riches, devenue à ses yeux "un slogan. Pas une réponse" ou sur les retraites.

"Candidat de centre-droit" 

Alors que le PS veut revenir à un âge légal de départ à 62 ans, il propose de le fixer à 63 ans puis d'allonger progressivement la durée de cotisation.

"L'âge pivot doit tenir compte de l'allongement de l'espérance de vie et être corrigé en permanence", a-t-il justifié.

L'ex-chef de l'Etat veut aussi "limiter à 1% pendant cinq ans l'indexation des pensions, ce qui procurerait un gain équivalent au report d'un an de l'âge de départ", et "ajouter une part de capitalisation", qui serait contrôlée par les partenaires sociaux.

De quoi faire bondir le patron des socialistes Olivier Faure: "Vous ne me trouverez pas aux côtés de ceux qui défendent ce modèle", a-t-il déclaré à Blois.

Autre nouveauté sur le plan économique, pour améliorer la feuille de paie, François Hollande suggère d'"augmenter le salaire net en diminuant les cotisations salariales". Cette perte de recettes pour la sécurité sociale serait alors compensée par un prélèvement sur le capital, via une "progressivité de la taxe sur les revenus financiers" et "un relèvement progressif de 20 à 24% du taux normal de la TVA", pourtant considérée par Olivier Faure comme "l'impôt le plus injuste".

Il estime que ce nouveau système permettrait de "relever les salaires d'environ 10% pour tous".

Et pour faire passer l'amère pilule, il propose de supprimer la TVA réduite à 5,5 %, qui s'applique sur les produits alimentaires et les travaux énergétiques, et de faire de même, mais de façon ponctuelle, pour les carburants.

Il souhaite aussi réduire les impôts de production en diminuant les aides aux entreprises, comme le propose Édouard Philippe.

De quoi séduire les centristes? François Hollande "articule des idées qui sont plus compatibles qu'elles ne l'étaient" auparavant, a reconnu le président du MoDem François Bayrou.

"On a l'impression que c'est un candidat de centre-droit. C'est un positionnement intéressant", note un cadre Horizons, tandis qu'un candidat à l'élection présidentielle constate qu'il "parle quand même très à droite pour un candidat de gauche".

"Je suis socialiste", répond l'ancien président, qui garde des marqueurs de gauche: il prévoit de "mettre à contribution les gros héritages et les patrimoines supérieurs à 10 millions d'euros brut", de porter à 30% la représentation des salariés dans les conseils d'administration des entreprises, ou de mettre en place un chèque de 10.000 euros baptisé "entrée dans la vie", pour les jeunes qui effectueront le service civique.