Des «Lettres de Beyrouth» abordent les crises au Liban

Tessa (à gauche) et Tara Sakhi. (Photo Clemente Ciarroca)
Tessa (à gauche) et Tara Sakhi. (Photo Clemente Ciarroca)
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Publié le Vendredi 18 juin 2021

Des «Lettres de Beyrouth» abordent les crises au Liban

  • Pour tout reprendre à zéro, les sœurs, cofondatrices du cabinet de design et d'architecture T Sakhi, ont décidé de s'installer à Venise
  • Ce n'est pas la première fois que les Sakhi explorent à travers leur travail l'idée des murs et de ses implications politiques restrictives

DUBAÏ: Parlons-en: c'est le message simple que les architectes et sœurs libano-polonaises Tessa et Tara Sakhi espèrent faire passer à travers leur installation très forte, visible jusqu'au 21 novembre en parallèle de la Biennale d'architecture de Venise. Lettres de Beyrouth est un mur de six mètres qui regroupe 2 000 lettres manuscrites. En un coup d’œil, l’œuvre révèle les pensées personnelles des personnes qui ont survécu à l'explosion du port de Beyrouth, au mois d’août 2020, qui a fait plus de deux cents morts.

Bien que le Liban ait connu une série de conflits intenses dans son passé récent, il est juste de dire que cette récente calamité, associée à une crise financière qui se prolonge et à un gouvernement inexistant, a laissé une empreinte sur les Libanais comme aucun autre événement. «Notre vie a basculé d'un jour à l'autre. Nous nous sommes sentis déracinés», témoigne Tara à Arab News. «Nos parents nous ont dit que, pendant la guerre civile, le pays fonctionnait économiquement; mais, avec la pandémie et tout ce qui s'est passé avec la Banque centrale, le Liban s'est vraiment effondré, cette fois.»

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Lettres de Beyrouth est un mur de six mètres qui réunit deux mille lettres manuscrites. (Photo fournie)

Pour tout reprendre à zéro, les sœurs, cofondatrices du cabinet de design et d'architecture T Sakhi, ont décidé de s'installer à Venise. Plus elles y passaient de temps, plus elles observaient de similitudes entre les centres historiques de Beyrouth et de Venise en termes de culture méditerranéenne ouverte, d'aménagement des logements et de proximité avec l'eau. «Nous pensons que maintenant, peut-être, nous pouvons donner beaucoup plus au Liban de l'extérieur et j'espère qu'un jour nous finirons par revenir», déclare Tessa.

L'une de leurs façons, dans leur pays, de «donner» à la communauté libanaise est de faire entendre leur voix. «C'est un processus de guérison», raconte Tara, qui était à Beyrouth avec sa sœur lors de l'explosion. «Nous n'avons eu aucun accusé de réception. Il n'y a eu aucune décision active prise par le gouvernement, ni aucune réforme économique pour faire avancer les choses, pour donner aux gens une lueur d'espoir. Rien n'a été fait.»

Afin de donner vie à leur projet, les sœurs ont mis en place une plate-forme en ligne pour inviter les gens à partager des messages qui seront ensuite rédigés par Tessa et Tara sur des feuilles de papier recyclé. Les lettres – en arabe, en anglais et en français – expriment le chagrin, la colère, la résistance, ou racontent des histoires d'amour. Voici quelques exemples des messages qu’on peut lire: «Qu'est-ce que ça fait d'être né ailleurs?», «Pourquoi l'humanité est-elle si destructrice?», «Non à la résilience, oui à la résistance.» Une personne a simplement écrit: «Beyrouth tue.»

«Il y avait des hauts et des bas», a fait remarquer Tessa à propos de cette pratique cathartique qui consiste à écrire les messages. «Physiquement, c'était très dur. La douleur des gens est palpable dans leurs lettres.» Chaque pochette contient également une graine minuscule, mais symbolique, d'un légume ou d'une herbe, notamment de la coriandre et des courgettes, beaucoup cultivées au Liban.

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En un coup d’œil, l’œuvre révèle les pensées personnelles des personnes qui ont survécu à l'explosion du port de Beyrouth en août 2020, qui a fait plus de deux cents morts. (Photo fournie)

Les pochettes ont été offertes par l’Irthi Contemporary Craft Council (Conseil de l’artisanat contemporain Irthi), situé aux Émirats arabes unis. Il s’agit d’une association de préservation du patrimoine qui prône l'autonomisation sociale et économique des femmes. Fabriquées en feutre, les pochettes ont été créées par trente-sept artisanes émiraties qui vivent à Charjah. Leur technique délicate de tissage à la main, qui s’inspire des procédés utilisés pour produire des paniers, est originaire de leur culture. Trois étudiantes universitaires émiraties ont également participé à la production des morceaux de papier recyclés.

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Lettres de Beyrouth a été créé par les sœurs Tara et Tessa Sakhi. (Photo Périne Renard)

Ce n'est pas la première fois que les Sakhi explorent à travers leur travail l'idée des murs et de ses implications politiques restrictives. «C'est un élément de séparation et de ségrégation qui est beaucoup utilisé au Liban. Nous voulons réellement en faire un atout et analyser la manière dont nous pouvons communiquer avec une surface de séparation», explique Tara.

Lettres de Beyrouth se veut un mémorial interactif et rassembleur. Les visiteurs de la Biennale peuvent prendre une pochette jusqu'à ce qu'elles disparaissent toutes du mur. D'une certaine manière, cet engagement permet aux voix des victimes d'être entendues et rappelées dans le monde entier. «Il y a des gens qui ont décidé d'encadrer les lettres chez eux», observe Tara. «Pour nous, c'est incroyablement beau de voir que la vie de notre création se prolonge.» Les visiteurs sont également invités à scanner un code-barres sur le site pour faire un don à des ONG libanaises qui soutiennent les efforts de restauration et aident l'éducation des enfants à Beyrouth après l'explosion.

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Les pochettes ont été offertes par l’Irthi Contemporary Craft Council (Conseil de l’artisanat contemporain Irthi), situé aux Émirats arabes unis. Il s’agit d’une association de préservation du patrimoine qui prône l'autonomisation sociale et économique des femmes. (Photo fournie)

L'installation constitue une réponse au thème central de la Biennale: «Comment vivrons-nous ensemble?» Dans le cas du Liban, selon les Sakhi, la façon de vivre ensemble consiste pour des citoyens de générations et de milieux professionnels différents à collaborer – ce sentiment d'unité s'est renforcé au lendemain de l'explosion. Il s'agit d’avoir des conversations et de partager des idées à nouveau.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Prix de la littérature arabe 2026: 9 ouvrages en lice pour la 14e édition

La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
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  • Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie
  • À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité

PARIS: La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe.

Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie. À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité.

Créé en 2013, le Prix de la littérature arabe figure parmi les rares distinctions françaises consacrées à la création littéraire du monde arabe. Il récompense chaque année l’œuvre d’un auteur ou d’une autrice originaire de l’un des pays de la Ligue arabe, pour un ouvrage écrit en arabe et traduit en français, ou directement rédigé en français.

Le prix, doté de 8 000 euros, concerne les ouvrages publiés entre le 15 août 2025 et le 30 septembre 2026.

Une attention particulière est également accordée au travail de traduction. Une mention spéciale, dotée de 2 000 euros, récompensera le traducteur ou la traductrice d’un ouvrage retenu dans la sélection finale, afin de mettre en lumière le rôle essentiel de la traduction dans la circulation des œuvres arabes auprès du lectorat francophone.


Sorbonne Abu Dhabi: une rentrée sous le signe de la culture, de l’innovation et de la recherche

À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
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  • Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA
  • L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public

ABU DHABI: À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA.

L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public. Sur le plan académique et scientifique, le SUAD–IIT Delhi Abu Dhabi Computational Materials School proposera une rencontre autour des matériaux computationnels, en collaboration avec IIT Delhi Abu Dhabi.

Cette programmation illustre la diversité de la vie de SUAD, à la croisée de la culture, de la recherche, de l’innovation et de la vie universitaire.


Jean-Paul Rappeneau, le réalisateur français de «Cyrano de Bergerac», est mort à 94 ans

Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
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  • C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès
  • Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991

PARIS: Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils.

Jean-Paul Rappeneau, l'un des doyens du cinéma hexagonal, a tourné avec les plus grands comédiens français, de Yves Montand ("Le Sauvage") à Catherine Deneuve ("La vie de château"), en passant par Gérard Depardieu, Jean-Paul Belmondo ("Les Mariés de l'An II") ou Isabelle Adjani ("Tout feu tout flamme").

C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès.

Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991, dont celui de meilleur film, et avait valu à Jean-Paul Rappeneau celui de meilleur réalisateur.

"Nous ne pouvions nous contenter d'une simple mise en images de la pièce (...). Le vrai pari du film, c'est que les personnages y parlent en vers", expliquait-il.

Totalisant plus de 10 millions d'entrées dans le monde, le film avait aussi décroché cinq nominations aux Oscars.

Connu pour son perfectionnisme, Jean-Paul Rappeneau choisissait ses projets avec soin, ne craignant pas de laisser s'écouler de longues années entre chaque film.

"Je ne suis pas comme un pommier qui fait tomber ses fruits chaque automne. Mon rythme, c'est plutôt un film tous les cinq ou six  ans. Je ne vois pas pourquoi on devrait enchaîner les projets. A moins bien sûr d'avoir besoin d'argent...", disait-il à l'hebdomadaire Paris Match en 2015.

Populaire et exigeant 

Né le 8 avril 1932 dans une famille nombreuse, il avait abandonné des études de droit pour se lancer dans le cinéma, notamment auprès de Louis Malle ("Au revoir les enfants")dont il devient l'assistant, co-écrivant le scénario de "Zazie dans le métro".

Il avait fait ses premiers pas de réalisateur en signant en 1966 "La vie de château", dans lequel Catherine Deneuve campe une épouse rongée par l'ennui aux côtés de Philippe Noiret.

Si ses débuts coïncident avec l'éclosion de la Nouvelle Vague, il s'était toujours tenu à distance de ce mouvement qui révolutionna le cinéma français dans les années 50-60. "A l'exception d'+A bout de souffle+ et d'+Hiroshima mon amour+, aucun des films (de la Nouvelle Vague) ne me plaisait vraiment", disait-il.

Tenant d'un cinéma populaire et exigeant, Jean-Paul Rappeneau avait ensuite enchaîné les succès.

En 1995, il avait relevé un autre défi en portant à l'écran "Le Hussard sur le toit", avec Olivier Martinez et Juliette Binoche, tiré du roman de Jean Giono, réputé difficile à adapter.

Son dernier film, la comédie dramatique "Belles Familles", remontait à 2015 et mettait en scène Mathieu Amalric, Karin Viard et Marine Vacth.

En 2025, Jean-Paul Rappeneau avait publié ses mémoires ("Vive allure") dans lesquelles transparaissait son approche singulière du métier de cinéaste. "Quand un film se termine, disait-il, je suis comme un naufragé sur la plage, j'attends le prochain voyage".