Au Festival d'Aix, l'«apocalypse arabe» mise en scène et en musique

Le metteur en scène franco-libanais et directeur du Festival international d'art lyrique d'Aix-En-Provence Pierre Audi pose lors d'une séance photo à Paris le 24 mai 2019. (Photo, AFP)
Le metteur en scène franco-libanais et directeur du Festival international d'art lyrique d'Aix-En-Provence Pierre Audi pose lors d'une séance photo à Paris le 24 mai 2019. (Photo, AFP)
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Publié le Dimanche 04 juillet 2021

Au Festival d'Aix, l'«apocalypse arabe» mise en scène et en musique

  • Des vers en résonance avec la descente aux enfers, entre autres, de l'Irak, la Libye, le Yémen, la Syrie, bien sûr le Liban, en proie à un effondrement économique «apocalyptique»
  • «Quand la guerre a commencé, j'ai senti que ce n'était pas une guerre ordinaire, que c'était le début de malheurs plus grands»

AIX-EN-PROVENCE: Pierre Audi était lycéen à Beyrouth quand il demanda à la poétesse Etel Adnan de faire une lecture dans sa classe. Quatre décennies plus tard, au Festival d'Aix-en-Provence qu'il dirige, il met en scène son recueil de poèmes "L'apocalypse arabe", en écho à une région tourmentée.

"Soleil chef de tribu hérissé de canons mobiles voyageur de vaisseaux sanglants": le texte a été écrit en français et dans un style innovant, émaillé de signes graphiques, dans les années 70, en pleine guerre civile du Liban (1975-1990) où est née la poétesse aujourd'hui âgée de 96 ans.

"Quand la guerre a commencé, j'ai senti que ce n'était pas une guerre ordinaire, que c'était le début de malheurs plus grands", déclare celle qui est également une peintre reconnue. "L'apocalypse, c'était la conscience de tout cela".

Le texte, quasi-prémonitoire, évoque surtout le Liban à travers un évènement précis --le massacre de Palestiniens du camp de réfugiés de Tall el-Zaatar par des factions chrétiennes--. Et plus largement, la beauté du Moyen-Orient et les souffrances qui vont l'embraser, à travers l'allégorie du soleil, à la fois force du mal et du bien. 

Des vers en résonance avec la descente aux enfers, entre autres, de l'Irak, la Libye, le Yémen, la Syrie, bien sûr le Liban, en proie à un effondrement économique "apocalyptique".

«Dominer la peur»

"L'apocalypse, ce n'est pas juste des guerres; le malheur arabe, c'est la corruption, comme ce qui se passe au Liban", souligne la poétesse, qui, pour des raisons de santé, ne quitte presque jamais son appartement parisien où elle vit avec sa compagne de toujours, la sculptrice Simone Fattal.

"Il n'y a pas d'argent investi dans l'éducation et la culture dans le monde arabe. Le manque de tout ça, c'est aussi une apocalypse, un désastre", ajoute encore Etel Adnan, qui a écrit un seul roman, "Sitt Marie Rose", devenu un classique sur la guerre du Liban. 

Lors de la création mondiale dimanche à la Fondation LUMA à Arles, le recueil prendra la forme d'un opéra, ou plutôt d'un spectacle de théâtre musical sur une musique de Samir Odeh-Tamimi, compositeur israélo-palestinien qui rêve de ce projet depuis sa rencontre avec Etel Adnan il y a 20 ans.

"Le texte nous rappelle que ces apocalypses ne s'arrêteront pas et ne feront qu'empirer. C'est profondément triste, d'où l'importance de l'exprimer", déclare à l'AFP Pierre Audi, lui-même franco-libanais qui a quitté le Liban pendant la guerre civile.

"La voie vers la paix, c'est d'arrêter de vivre dans le déni et de dominer la peur qui nous habite. Etel nous offre son courage d'expression", ajoute le directeur du festival et metteur en scène, qui avait fondé à Londres le célèbre Almeida Theatre, avant de prendre les rênes pendant 30 ans du Dutch National Opera à Amsterdam.

Cinq chanteuses, un baryton, du chant en français, arabe et grec: pas étonnant puisque l'univers d'Etel Adnan, polyglotte et fille d'un père syrien musulman et d'une mère grecque chrétienne, est un brassage de cultures et d'identités.

Selon Pierre Audi, la "musique peut aider un texte comme celui-ci à aller plus loin dans sa diffusion et son expression".

Le soleil, "personnage" prédominant, sera également présent dans cette "mise en espace".

Dans le Beyrouth où est née la poétesse en 1925, "je me souviens que ma mère me disait toujours +mets ton chapeau car si tu attrapes un coup de soleil, tu vas mourir+. Le soleil était en même temps un ami et un danger", dit Etel Adnan, qui souhaite que l'opéra soit également donné au Liban.

Son recueil se termine par une note d'optimisme: "le soleil éteindra les dieux les anges et les hommes (...) dans la nuit dans la nuit nous trouverons le savoir l'amour la paix".


Prix de la littérature arabe 2026: 9 ouvrages en lice pour la 14e édition

La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
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  • Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie
  • À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité

PARIS: La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe.

Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie. À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité.

Créé en 2013, le Prix de la littérature arabe figure parmi les rares distinctions françaises consacrées à la création littéraire du monde arabe. Il récompense chaque année l’œuvre d’un auteur ou d’une autrice originaire de l’un des pays de la Ligue arabe, pour un ouvrage écrit en arabe et traduit en français, ou directement rédigé en français.

Le prix, doté de 8 000 euros, concerne les ouvrages publiés entre le 15 août 2025 et le 30 septembre 2026.

Une attention particulière est également accordée au travail de traduction. Une mention spéciale, dotée de 2 000 euros, récompensera le traducteur ou la traductrice d’un ouvrage retenu dans la sélection finale, afin de mettre en lumière le rôle essentiel de la traduction dans la circulation des œuvres arabes auprès du lectorat francophone.


Sorbonne Abu Dhabi: une rentrée sous le signe de la culture, de l’innovation et de la recherche

À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
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  • Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA
  • L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public

ABU DHABI: À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA.

L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public. Sur le plan académique et scientifique, le SUAD–IIT Delhi Abu Dhabi Computational Materials School proposera une rencontre autour des matériaux computationnels, en collaboration avec IIT Delhi Abu Dhabi.

Cette programmation illustre la diversité de la vie de SUAD, à la croisée de la culture, de la recherche, de l’innovation et de la vie universitaire.


Jean-Paul Rappeneau, le réalisateur français de «Cyrano de Bergerac», est mort à 94 ans

Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
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  • C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès
  • Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991

PARIS: Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils.

Jean-Paul Rappeneau, l'un des doyens du cinéma hexagonal, a tourné avec les plus grands comédiens français, de Yves Montand ("Le Sauvage") à Catherine Deneuve ("La vie de château"), en passant par Gérard Depardieu, Jean-Paul Belmondo ("Les Mariés de l'An II") ou Isabelle Adjani ("Tout feu tout flamme").

C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès.

Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991, dont celui de meilleur film, et avait valu à Jean-Paul Rappeneau celui de meilleur réalisateur.

"Nous ne pouvions nous contenter d'une simple mise en images de la pièce (...). Le vrai pari du film, c'est que les personnages y parlent en vers", expliquait-il.

Totalisant plus de 10 millions d'entrées dans le monde, le film avait aussi décroché cinq nominations aux Oscars.

Connu pour son perfectionnisme, Jean-Paul Rappeneau choisissait ses projets avec soin, ne craignant pas de laisser s'écouler de longues années entre chaque film.

"Je ne suis pas comme un pommier qui fait tomber ses fruits chaque automne. Mon rythme, c'est plutôt un film tous les cinq ou six  ans. Je ne vois pas pourquoi on devrait enchaîner les projets. A moins bien sûr d'avoir besoin d'argent...", disait-il à l'hebdomadaire Paris Match en 2015.

Populaire et exigeant 

Né le 8 avril 1932 dans une famille nombreuse, il avait abandonné des études de droit pour se lancer dans le cinéma, notamment auprès de Louis Malle ("Au revoir les enfants")dont il devient l'assistant, co-écrivant le scénario de "Zazie dans le métro".

Il avait fait ses premiers pas de réalisateur en signant en 1966 "La vie de château", dans lequel Catherine Deneuve campe une épouse rongée par l'ennui aux côtés de Philippe Noiret.

Si ses débuts coïncident avec l'éclosion de la Nouvelle Vague, il s'était toujours tenu à distance de ce mouvement qui révolutionna le cinéma français dans les années 50-60. "A l'exception d'+A bout de souffle+ et d'+Hiroshima mon amour+, aucun des films (de la Nouvelle Vague) ne me plaisait vraiment", disait-il.

Tenant d'un cinéma populaire et exigeant, Jean-Paul Rappeneau avait ensuite enchaîné les succès.

En 1995, il avait relevé un autre défi en portant à l'écran "Le Hussard sur le toit", avec Olivier Martinez et Juliette Binoche, tiré du roman de Jean Giono, réputé difficile à adapter.

Son dernier film, la comédie dramatique "Belles Familles", remontait à 2015 et mettait en scène Mathieu Amalric, Karin Viard et Marine Vacth.

En 2025, Jean-Paul Rappeneau avait publié ses mémoires ("Vive allure") dans lesquelles transparaissait son approche singulière du métier de cinéaste. "Quand un film se termine, disait-il, je suis comme un naufragé sur la plage, j'attends le prochain voyage".