Élisabeth Moreno: « Je crois à la détermination pour combattre le déterminisme»

Élisabeth Moreno, ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l'Égalité des chances, est entrée dans le gouvernement de Jean Castex le 6 juillet 2020. (crédit photo agence REA)
Élisabeth Moreno, ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l'Égalité des chances, est entrée dans le gouvernement de Jean Castex le 6 juillet 2020. (crédit photo agence REA)
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Publié le Mardi 06 juillet 2021

Élisabeth Moreno: « Je crois à la détermination pour combattre le déterminisme»

  • En tant que femme, noire, issue d’un milieu populaire, les échelons que j’ai pu gravir sont le fruit à la fois de combats que j’ai menés, mais aussi de rencontres, de hasards et des opportunités que la République m’a offertes
  • Les discriminations sont une réalité dans notre pays. Une réalité dont nous pouvons tous être victimes ou témoins au cours de notre vie et face à laquelle nous ne pouvons détourner le regard

PARIS: Élisabeth Moreno, ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l'Égalité des chances, a été nommée présidente de Hewlett-Packard Afrique en janvier 2019, avant d’entrer dans le gouvernement de Jean Castex le 6 juillet 2020. Sollicitée par Arab News en français, la ministre répond à nos questions.

Vous êtes en charge de l'égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l'égalité des chances. Comment votre parcours vous a-t-il préparée à votre ministère?

J’ai l’habitude de dire que ce ministère était fait pour moi. Je suis née en Afrique, plus précisément au Cap-Vert, durant la colonisation portugaise, puis je suis arrivée en France enfant et j’ai grandi dans une cité de l’Essonne, dans une famille modeste. Une famille qui était également très patriarcale et j’ai mis du temps à m’extraire des carcans dans lesquels mes parents voulaient m’enfermer pour conquérir in fine ma liberté. Comme de très nombreuses femmes de par le monde, j’ai donc dû me battre pour briser les chaînes qui entouraient ma condition de fille et de femme.

Par ailleurs, en tant que femme, noire, issue d’un milieu populaire, les échelons que j’ai pu gravir sont le fruit à la fois de combats que j’ai menés, mais aussi de rencontres, de hasards et des opportunités que la République m’a offertes. Autrement dit, les valeurs que mon ministère véhicule et les causes qu’il défend sont celles qui m’habitent depuis toujours et qui se confondent avec mon parcours: le combat pour la condition des femmes et la double quête de liberté et d’égalité qu’il revêt, la promotion de la diversité ainsi qu’en toile de fond la lutte contre les discriminations et le combat pour l’égalité des chances sur tous nos territoires ; en zones rurales, dans nos quartiers prioritaires ainsi que dans les territoires ultramarins. Ce sont autant d’enjeux auxquels j’ai été confrontée, autant d’obstacles que j’ai dû franchir ou de causes pour lesquelles je me suis engagée de longue date.

 

«Nous devons absolument donner plus de chances à ceux qui en ont le moins. Et, en parallèle, lutter contre toutes les formes de discrimination.»

Élisabeth Moreno

Quels sont vos axes de travail et vos grandes priorités d’ici à la fin du quinquennat?

Le président de la République, Emmanuel Macron, a érigé l’égalité entre les femmes et les hommes en Grande cause du quinquennat. Dans ce contexte, je souhaite approfondir l’action conduite depuis 2017. Approfondir l’action conduite en veillant, notamment, à l’exécution rigoureuse de l’ensemble des 46 mesures issues du Grenelle des violences conjugales qui a jeté la lumière sur un sujet, jusqu’ici, trop longtemps resté dans l’ombre.

Aujourd’hui, 100% de ces mesures sont engagées et 32 d’entre elles sont mises en œuvre. Elles s’appuient sur un effort budgétaire sans précédent. Le budget dévolu à mon ministère a ainsi progressé de 40% en 2021; il s’agit d’une hausse historique, signe que le combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes constitue une priorité du gouvernement.

Par ailleurs, parce qu’il ne peut subsister, dans notre pays, d’égalité à plusieurs vitesses, l’égalité des chances doit enfin trouver sa traduction concrète et effective. Pour cela, nous devons absolument donner plus de chances à ceux qui en ont le moins. Et, en parallèle, lutter contre toutes les formes de discrimination. En luttant contre les discriminations, nous agissons pour bâtir une France plus égalitaire, où chacun puisse trouver sa place par-delà ses origines, sa couleur de peau, son lieu de résidence ou de naissance, son orientation sexuelle ou son identité de genre. Depuis 2017, le gouvernement a beaucoup agi. Mais du chemin reste à parcourir. C’est le sens du discours et des annonces du président de la République à Clermont-Ferrand le 8 septembre 2020.

L’égalité est donc au cœur de mon ministère. Elle en est l’alpha et l’oméga.

Comment s’articule votre action avec celle du Défenseur des droits?

Le Défenseur des droits est une autorité administrative indépendante et constitue ainsi l’un des piliers de l’architecture de notre État de droit. Ses missions visent à favoriser l’égalité de toutes et tous dans l’accès aux droits et défendre celles et ceux dont les droits ne sont pas respectés. À travers ses équipes juridiques notamment ainsi que son réseau territorial de délégués dans l’Hexagone et en Outre-mer, il est un acteur essentiel dans le combat que je mène contre les discriminations.

Je travaille donc en parfaite confiance avec Claire Hédon et, c’est pourquoi, le gouvernement a confié la plate-forme de lutte contre les discriminations que nous avons lancée le 12 février dernier au Défenseur des droits.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste la consultation citoyenne sur les discriminations et quels sont ses objectifs?

Les discriminations sont une réalité dans notre pays. Une réalité dont nous pouvons tous être victimes ou témoins au cours de notre vie et face auxquelles nous ne pouvons détourner le regard. En plus d’être des injustices individuelles qui blessent toujours et qui, parfois, peuvent briser des destins, ces discriminations minent notre cohésion sociale et constituent des entorses à nos valeurs républicaines.

 

«Pour le secteur de l’emploi privé, les discriminations en raison de l’origine sont majoritaires. À l’inverse, dans le domaine de l’emploi public, le handicap est le critère le plus invoqué.»

Élisabeth Moreno

Ignorant les frontières géographiques, culturelles ou sociales, les discriminations se manifestent dans toutes les sphères de notre société – de manière insidieuse ou visible. À l’école, dans l’emploi, dans l’accès au logement, au financement bancaire… Au total, il existe 25 critères de discriminations prohibés par la loi qui concernent par exemple le handicap, le sexe, l’origine, la nationalité, l’orientation sexuelle, l’identité de genre, les croyances ou encore l’âge et l’engagement syndical.

Dans ce contexte, si notre pays s’est d’ores et déjà doté d’un arsenal juridique solide en la matière, force est de constater que nous devons encore aller plus loin pour enrayer ce fléau. À la suite de l’engagement pris par le président de la République le 4 décembre 2020, le gouvernement a dès lors créé le 12 février dernier une plate-forme de lutte contre les discriminations, confiée au Défenseur des droits, et accessible via le numéro de téléphone 39 28 et la plate-forme www.antidiscriminations.fr.

Avec cette plate-forme et cette ligne d’écoute, toute personne victime ou témoin d’une discrimination, quels qu’en soient le motif et le domaine, peut désormais contacter directement et en toute confidentialité les équipes juridiques du Défenseur des droits. Elle pourra aussi être orientée vers l’association la plus proche de son domicile.

Par ailleurs, deuxième mesure annoncée par Emmanuel Macron, nous avons lancé le 8 avril dernier une consultation citoyenne sur les discriminations qui s’est achevée le 31 mai. Ouverte à tous les citoyens ainsi qu’aux associations, entreprises ou collectivités locales, cette consultation visait à donner la parole à nos concitoyens afin qu’ils puissent évaluer les dispositifs existants et proposer des solutions concrètes pour éradiquer les discriminations.

Il s’agissait d’un exercice totalement inédit sur cet enjeu et il n’y avait aucun sujet tabou. Toutes les situations de discrimination ont été mises sur la table, et ce dans tous les domaines de la vie quotidienne: l’emploi, la sécurité, l’accès aux soins, les transports, le logement… Je me réjouis que cette consultation ait rencontré un réel engouement. Nous allons désormais voir quelles propositions pourront être concrétisées.

La plate-forme antidiscriminations est destinée aux personnes victimes ou témoins de discriminations, quel qu’en soit le motif, origine, handicap, genre… Quels sont les problématiques les plus prégnantes remontées par cette plate-forme?

À ce jour, nous pouvons relever que plus de 10 000 internautes se sont rendus sur le site de la plate-forme, près de 3 000 personnes ont contacté le 39 28, près de 800 tchats ont été passés, 20% des utilisateurs ont ensuite saisi le Défenseur des droits.

Le domaine dans lequel est le plus souvent invoquée une discrimination demeure l’emploi puis vient ensuite le logement. Les problématiques de discrimination dans l’emploi concernent des refus d’embauche mais également des absences d’évolution de carrière, des écarts de rémunérations et des licenciements injustifiés.

Ces statistiques témoignent, je le crois, de l’utilité de cette plate-forme. Une plate-forme qui vient lutter contre une certaine forme de banalisation des discriminations qui nous conduit inconsciemment à accepter l’inacceptable.

 

«Parler d’égalité des choix, cela suppose que tous les jeunes, d’où qu’ils viennent et où qu’ils vivent, ne rencontrent pas de freins à la réalisation de leurs rêves. Or, on naît égaux en droits, mais on ne naît pas égaux en chances.»

Élisabeth Moreno

La nature des discriminations varie-t-elle selon les origines des personnes qui les subissent?

Je rappelle que, malheureusement, nous pouvons tous être un jour exposés aux discriminations ; en tant que victime, témoin voire auteur. C’est la raison pour laquelle nous nous devons de lutter collectivement contre ce fléau.

Les indicateurs d’activité du Défenseur des droits nous enseignent que des critères prohibés de discrimination sont plus invoqués que d’autres dans certains domaines. Par exemple, pour le secteur de l’emploi privé, les discriminations en raison de l’origine sont majoritaires. À l’inverse, dans le domaine de l’emploi public, le handicap est le critère le plus invoqué.

Le confinement a, semble-t-il, augmenté sensiblement les chiffres de la violence faite aux femmes? Comment lutter efficacement contre ce fléau? Vous avez lancé un appel à projets pour favoriser l'entrepreneuriat au féminin. Sous quelle forme se présente-t-il et qu’en attendez-vous concrètement?

La crise sanitaire et a fortiori les confinements ont aggravé le risque d’exposition aux violences pour les femmes. Dans ce contexte, le gouvernement a mis en place des mesures exceptionnelles. Qu’il s’agisse du dispositif «alerte-pharmacie», permettant aux femmes victimes de violences ou à leur entourage de pouvoir se signaler en officines, du dispositif de signalements par SMS via le 114, de la mise en place de points d’accueil et d’accompagnement dans les supermarchés, etc. Ces mesures, qui venaient s’ajouter aux dispositifs existants, ont toutes été pérennisées.

Par ailleurs, d’une manière générale, plusieurs dispositifs ont été fortement renforcés depuis 2017. Ainsi, en 2020, 3 254 ordonnances de protection ont été délivrées, contre 1 388 en 2017. Le déploiement des téléphones, grave danger, s’accélère lui aussi puisque leur nombre a triplé depuis 2017. Un plan d’actions pour renforcer l’utilisation des bracelets antirapprochement, mis à disposition des juridictions depuis septembre dernier, a été engagé par Éric Dupond-Moretti.

De surcroît, afin de mettre à l’abri les femmes victimes de violences, le gouvernement a ouvert 1 000 places d’hébergement dédiées en 2020 et en crée 1 000 supplémentaires en 2021 avec une revalorisation du coût pour permettre un meilleur accompagnement. Le nombre de places d’hébergement dédiées aura ainsi augmenté de 60% depuis 2017. C’est un engagement fort que nous portons avec Emmanuelle Wargon. Enfin, parce que protéger la victime nécessite aussi de prendre en charge les auteurs, 18 centres de prise en charge des auteurs de violences sur tout le territoire ont vu le jour en 2020 dans l’Hexagone et en Outre-mer pour lutter contre la récidive ou prévenir le passage à l’acte. Et 12 supplémentaires seront créés cette année. Aussi, depuis le 28 juin, le 3919, la plate-forme téléphonique d’écoute et d’orientation des victimes de violences, a étendu ses horaires 24h/24 du lundi au vendredi et passera d’ici à fin août à 7j/7. Elle sera également accessible aux personnes sourdes et aphasiques. Il s’agissait d’une attente forte des associations et d’un engagement du Grenelle des violences conjugales que nous concrétisons enfin.

 

«Les inégalités prennent racine lorsque l’on n’a pas accès à l’éducation, à la culture, à l’information, à la formation, à l’emploi…»

Élisabeth Moreno

Enfin, j’ai lancé le 22 avril dernier un appel à projets afin de valoriser des actions innovantes en matière d’autonomie et d’insertion économiques des femmes. En tant qu’ancienne cheffe d’entreprise, j’ai pu observer combien la mixité des équipes et la diversité des talents sont des facteurs de performance. Un enjeu qui revêt une dimension redoublée dans la triple crise sanitaire, économique et sociale que nous traversons où les femmes ont été et demeurent en première ligne. À travers cet appel à projets, nous nous engageons collectivement pour l’égalité en y associant les acteurs publics, les partenaires sociaux, les fondations et les associations.

Arab News et l’institut de sondage YouGov ont mené une enquête sur la perception des Français d’origine arabe et de la vie en France. Dans ce document, les personnes interrogées affirment que c’est l’origine ethnique de leur nom qui a eu l’impact négatif le plus important (36%) sur leurs perspectives de carrière (la proportion la plus élevée concerne les 35-44 ans, à 41%). Selon vous, dans le domaine de l’égalité des chances et de la diversité, quels sont les principaux combats qui restent à mener pour les Français d’origine arabe?

L’égalité est au cœur du pacte républicain, elle en est la sève. C’est à la fois un idéal et une promesse. Et c’est l’une des missions essentielles de mon ministère. Néanmoins, comme l’a rappelé le président de la République lors de son allocution pour les 150 ans de la République au Panthéon, elle n’est pas encore «concrète et effective» pour tous les Français. Et c’est aussi ce que révèle votre sondage.

Parler d’égalité des choix, cela suppose que tous les jeunes, d’où qu’ils viennent et où qu’ils vivent, ne rencontrent pas de freins à la réalisation de leurs rêves. Or, on naît égaux en droits, mais on ne naît pas égaux en chances. Le rôle de l’État – et des pouvoirs publics en général – est de créer les conditions de cette réussite, qui peut prendre de multiples formes, pour toutes et tous. Nous devons faire en sorte que tous les jeunes aient conscience du champ des possibles.

Les inégalités prennent racine lorsque l’on n’a pas accès à l’éducation, à la culture, à l’information, à la formation, à l’emploi… Mais il n’y a pas de fatalité à cela. L’égalité des chances n’est pas un concept talisman, ni un slogan. Elle doit être du concret, du pragmatisme.

C’est, par exemple, l’objectif de la stratégie de lutte contre la pauvreté qui s’attaque aux inégalités dès la petite enfance; du dédoublement des classes en CP-CE1 et en grandes sections de maternelle dans les réseaux d’éducation prioritaire qu’a mis en place Jean-Michel Blanquer. C’est un investissement sans précédent dans la formation professionnelle avec le Plan d’investissement dans les compétences et la réforme de l’apprentissage ou encore le soutien massif à l’emploi des jeunes avec le plan «1 jeune, 1 solution» ou les mesures concrètes de l’Agenda rural porté par Joël Giraud.  Car je tiens à aborder l’égalité des chances sous l’angle de l’équité entre les territoires. Il faut que ces politiques se déploient partout: dans les zones rurales, dans les quartiers urbains défavorisés, dans les Outre-mer…

 

«Lutter contre les discriminations et promouvoir la diversité, c’est au bout du compte réconcilier l’idéal républicain avec la pluralité de notre société contemporaine.»

Élisabeth Moreno

Enfin, je souhaite créer un Index de la diversité dans le monde professionnel. En prenant une photographie du niveau d’inclusion et de diversité d’une organisation publique ou privée, cet outil aidera les dirigeants et les DRH à engager ensuite des mesures correctives pour, au final, que leur organisation soit un meilleur reflet de notre société. Bien entendu, cet Index se fera à droit constant et sera basé sur le volontariat à la fois des entreprises et des organisations publiques ainsi que des salariés. Par ailleurs, il sera sécurisé juridiquement en respectant les conditions d’anonymat et de confidentialité posées par la CNIL.

Vous avez déclaré: «La différence peut être une richesse et elle peut porter loin.» Voulez-vous nous expliquer votre sentiment sur ce sujet?

Je considère que la diversité n’est pas un fardeau mais une richesse, qu’elle n’est pas un danger mais un atout. Et j’ai l’intime conviction que le talent et la compétence transcendent les origines, le sexe, la couleur de peau, l’orientation sexuelle, l’identité de genre, le lieu de résidence ou les croyances.

Lutter contre les discriminations et promouvoir la diversité, c’est au bout du compte réconcilier l’idéal républicain avec la pluralité de notre société contemporaine. Et je crois à la détermination pour combattre le déterminisme.


Glucksmann assure être prêt à débattre avec les autres candidats de la primaire de la gauche

Raphaël Glucksmann a assuré vendredi qu'il n'avait "pas de problème" avec le fait de débattre, contrairement aux accusations de ses rivaux de la primaire de la gauche socialiste et démocratique. (AFP)
Raphaël Glucksmann a assuré vendredi qu'il n'avait "pas de problème" avec le fait de débattre, contrairement aux accusations de ses rivaux de la primaire de la gauche socialiste et démocratique. (AFP)
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  • Raphaël Glucksmann a affirmé que "quand on est de gauche, on doit faire un débat sur le service public", mais qu'il n'a "aucun problème pour débattre aussi sur des chaînes privées"
  • France Inter est par ailleurs en ébullition depuis l'annonce de l'arrivée comme éditorialiste d'un responsable du magazine Valeurs actuelles, Charles Sapin

PARIS: Raphaël Glucksmann a assuré vendredi qu'il n'avait "pas de problème" avec le fait de débattre, contrairement aux accusations de ses rivaux de la primaire de la gauche socialiste et démocratique.

Le candidat du petit parti Place publique défend la tenue d'un seul débat télévisé sur le service public, alors que ses rivaux socialistes en réclament trois et lui reprochent d'avoir "peur" de débattre.

Raphaël Glucksmann a expliqué sur BFMTV/RMC qu'il veut que leur débat ait "le maximum d'exposition", ce que le rendez-vous unique proposé par France Télévisions et France Inter assurerait selon lui.

"Ensuite s'il y a un accord entre les chaînes, s'il n'y a pas d'exclusivité, moi j'ai pas de problème à faire des débats, c'est pas la question, on verra, on négociera", a-t-il dit.

Le débat sur le service public est prévu le 6 octobre, tandis que les deux autres évoqués pourraient avoir lieu le 16 septembre sur TF1 et le 29 septembre sur BFMTV.

Raphaël Glucksmann a affirmé que "quand on est de gauche, on doit faire un débat sur le service public", mais qu'il n'a "aucun problème pour débattre aussi sur des chaînes privées".

"Le service public est attaqué aujourd'hui, en permanence", a-t-il dit.

France Inter est par ailleurs en ébullition depuis l'annonce de l'arrivée comme éditorialiste d'un responsable du magazine Valeurs actuelles, Charles Sapin.

Questionné à ce sujet, Raphaël Glucksmann a répondu que Valeurs actuelles "participe à l'offensive de l'extrême droite" mais qu'il n'a pas à "commenter" les choix éditoriaux du service public.

Celui-ci est "indépendant" et n'est "pas à nos ordres", a-t-il dit.

"Il faut des éditorialistes de droite sur le service public, je pense qu'il y en a plein d'ailleurs. J'écoute le service public et je peux vous dire que je ne suis pas toujours d'accord avec leurs éditorialistes", a déclaré le candidat.


Après la tapisserie de Bayeux, premier entretien Burnham-Macron pour "renforcer" les relations

Le Premier ministre britannique Andy Burnham (à droite) serre la main du président français Emmanuel Macron lors de leur rencontre pour des discussions bilatérales au 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 3 septembre 2026. (AFP)
Le Premier ministre britannique Andy Burnham (à droite) serre la main du président français Emmanuel Macron lors de leur rencontre pour des discussions bilatérales au 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 3 septembre 2026. (AFP)
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  • Emmanuel Macron et Andy Burnham veulent renforcer le partenariat franco-britannique, notamment sur l’Ukraine, la coopération avec l’UE et la lutte contre les traversées de la Manche
  • Malgré cette volonté de rapprochement, des divergences persistent sur les relations post-Brexit et les questions commerciales, tandis que les deux dirigeants veulent aussi défendre les institutions démocratiques face à la montée des extrêmes

LONDRES: Le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham et le président français Emmanuel Macron ont affiché jeudi à Londres leur volonté de "renforcer" les relations entre le Royaume-Uni et la France, mais aussi l'Union européenne, au lendemain d'une première rencontre autour de la tapisserie de Bayeux.

Le prêt au British Museum pour un an de cette broderie millénaire, décrivant la conquête de l'Angleterre en l'an 1066 par Guillaume le Conquérant, "montre ce que notre collaboration peut permettre de réaliser", a souligné le chef de gouvernement travailliste au début de l'entretien, soulignant qu'Emmanuel Macron était le premier dirigeant étranger qu'il accueillait au 10, Downing Street.

Aux côtés de celui qu'il a décrit comme le "plus proche voisin" de son pays et un "ami très important", Andy Burnham a aussi évoqué un bilan positif de leur coopération "sur l'Ukraine", sur la lutte contre les traversées de la Manche par des migrants à bord de petites embarcations, et "sur le renforcement de la relation entre le Royaume-Uni et l'UE".

Emmanuel Macron a lui assuré avoir "la volonté et l'engagement de nous rapprocher encore davantage".

- "Sujets difficiles" -

A l'issue d'un déjeuner en présence de leurs épouses et avant de quitter Londres, le président français a salué une "très bonne discussion".

A l'approche d'un sommet crucial entre l'UE et le Royaume-Uni attendu d'ici la fin de l'année, ce rapprochement était en haut de l'agenda de cette première rencontre.

Interrogé mercredi soir par des journalistes, le Premier ministre britannique avait estimé que "dix ans après le Brexit, les gens ici en ont assez des divisions. Ils voient que nous devons travailler plus étroitement ensemble".

Il a toutefois souligné qu'il y avait des "sujets difficiles" sur lesquels il espérait "trouver ensemble un moyen de surmonter" les obstacles, citant le plan de l'UE pour soutenir l'industrie "made in Europe", qui pourrait selon lui avoir des "répercussions sur l'industrie sidérurgique" britannique.

"Même si nous ne sommes pas toujours d'accord sur tout, nous nous respectons (...) et restons ouverts à la discussion sur tous les sujets, y compris la relance des relations entre le Royaume-Uni et l'Union européenne", avait de son côté commenté Emmanuel Macron dans son discours au British Museum.

Paris veut éviter que Londres fasse du "cherry-picking", autrement dit que les Britanniques ne retiennent du marché intérieur européen que ce qui les avantage.

La lutte contre l'arrivée de migrants sur de petites embarcations via la Manche est également un sujet prioritaire pour Londres.

Le gouvernement britannique, qui a enregistré cet été le nombre le plus bas d'arrivées de migrants depuis 2019, a salué le succès de son accord de coopération avec la France, reconduit pour trois ans en avril, et Andy Burnham a plaidé pour "accomplir davantage encore".

- Méga-canots -

Afin d'empêcher la traversée de "méga-canots", comme celui qui a récemment transporté 230 personnes, une équipe de 45 agents doit prochainement être déployée sur les côtes du nord-ouest de la France, soit "un quasi-triplement" des moyens dans cette zone, a fait savoir Downing Street dans un communiqué.

Autre sujet au menu: le renforcement de l'aide à l'Ukraine à un moment où les attaques russes de drones et de missiles balistiques s'intensifient et font un nombre croissant de victimes civiles.

Andy Burnham a effectué le 24 août sa première visite à Kiev, pour une réunion de la Coalition des volontaires, le groupe de pays qui soutiennent l'Ukraine, que le Royaume-Uni codirige avec la France.

Lors de ce premier entretien, qui se tenait à la veille d'une rencontre entre Jordan Bardella du Rassemblement National et Nigel Farage du parti anti-immigration Reform UK, Emmanuel Macron et Andy Burnham ont aussi évoqué "la montée des extrêmes" dans leurs pays, soulignant leur "intérêt commun" à montrer que des institutions démocratiques modérées peuvent répondre aux problèmes de leurs concitoyens, selon une source diplomatique.

Pendant sa visite au British Museum mercredi soir, le président français, qui quittera l'Élysée en mai, a dit espérer que son pays et le Royaume-Uni puissent "tisser un lien aussi étroit que les fils" de la tapisserie.

Le roi Charles III, accompagné de la reine Camilla, a quant à lui salué un prêt qui constitue "un précieux symbole de confiance".


Présidentielle: Hollande fait ses propositions pour séduire jusqu'au centre

Il propose un projet pour "unir" la France mais refuse pour l'instant de se déclarer candidat: François Hollande égrène dans son nouveau livre près d'une centaine de propositions, dont certaines, à contre-courant du programme des socialistes, semblent destinées à séduire jusqu'au centre. (AFP)
Il propose un projet pour "unir" la France mais refuse pour l'instant de se déclarer candidat: François Hollande égrène dans son nouveau livre près d'une centaine de propositions, dont certaines, à contre-courant du programme des socialistes, semblent destinées à séduire jusqu'au centre. (AFP)
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  • Dans "Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche" (Robert Laffont), l'ancien président, qui avait renoncé à se représenter en 2017 au vu de sa très forte impopularité à la fin de son quinquennat, estime qu'il faut "changer de méthode"
  • Il ne dira ses intentions qu'en décembre et refuse en attendant de participer à la primaire de la gauche, espérant se poser en recours si le vainqueur de ce processus de départage s'effondre

PARIS: Il propose un projet pour "unir" la France mais refuse pour l'instant de se déclarer candidat: François Hollande égrène dans son nouveau livre près d'une centaine de propositions, dont certaines, à contre-courant du programme des socialistes, semblent destinées à séduire jusqu'au centre.

Dans "Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche" (Robert Laffont), l'ancien président, qui avait renoncé à se représenter en 2017 au vu de sa très forte impopularité à la fin de son quinquennat, estime qu'il faut "changer de méthode, de perspectives et d'ambition".

Il ne dira ses intentions qu'en décembre et refuse en attendant de participer à la primaire de la gauche, espérant se poser en recours si le vainqueur de ce processus de départage s'effondre.

Mais "si émettre des idées, c'est être en campagne", alors "oui", il est en campagne, a-t-il concédé jeudi, à la foire de Châlons-en-Champagne (Marne).

Le député de Corrèze, qui a débattu récemment avec le candidat d'Horizons Edouard Philippe et a fait une apparition aux journées d'été du PS à Blois, sera la semaine prochaine à la fête de la rose de Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire), avant d'enchaîner les séances de dédicaces de son livre.

"L'enjeu, c'est d'unir les Français", face à la bipolarisation de la société entre "des extrêmes qui jouent la division" et une situation internationale tendue, où la France doit affirmer son indépendance vis-à-vis des États-Unis et de la Russie, a-t-il expliqué mercredi.

Pour cela, "il va falloir aller au-delà des formations politiques", a-t-il glissé à Blois. Celui qui théorise la nécessité de "l'union sacrée des démocrates" et préconise d'aller chercher dès le premier tour les électeurs du centre au moment où la macronie est en fin de règne, assure ne pas vouloir proposer du "Hollande 2012" réchauffé.

Sur certains points, il se place même à rebours de son parti, comme sur la taxe Zucman pour les ultra-riches, devenue à ses yeux "un slogan. Pas une réponse" ou sur les retraites.

"Candidat de centre-droit" 

Alors que le PS veut revenir à un âge légal de départ à 62 ans, il propose de le fixer à 63 ans puis d'allonger progressivement la durée de cotisation.

"L'âge pivot doit tenir compte de l'allongement de l'espérance de vie et être corrigé en permanence", a-t-il justifié.

L'ex-chef de l'Etat veut aussi "limiter à 1% pendant cinq ans l'indexation des pensions, ce qui procurerait un gain équivalent au report d'un an de l'âge de départ", et "ajouter une part de capitalisation", qui serait contrôlée par les partenaires sociaux.

De quoi faire bondir le patron des socialistes Olivier Faure: "Vous ne me trouverez pas aux côtés de ceux qui défendent ce modèle", a-t-il déclaré à Blois.

Autre nouveauté sur le plan économique, pour améliorer la feuille de paie, François Hollande suggère d'"augmenter le salaire net en diminuant les cotisations salariales". Cette perte de recettes pour la sécurité sociale serait alors compensée par un prélèvement sur le capital, via une "progressivité de la taxe sur les revenus financiers" et "un relèvement progressif de 20 à 24% du taux normal de la TVA", pourtant considérée par Olivier Faure comme "l'impôt le plus injuste".

Il estime que ce nouveau système permettrait de "relever les salaires d'environ 10% pour tous".

Et pour faire passer l'amère pilule, il propose de supprimer la TVA réduite à 5,5 %, qui s'applique sur les produits alimentaires et les travaux énergétiques, et de faire de même, mais de façon ponctuelle, pour les carburants.

Il souhaite aussi réduire les impôts de production en diminuant les aides aux entreprises, comme le propose Édouard Philippe.

De quoi séduire les centristes? François Hollande "articule des idées qui sont plus compatibles qu'elles ne l'étaient" auparavant, a reconnu le président du MoDem François Bayrou.

"On a l'impression que c'est un candidat de centre-droit. C'est un positionnement intéressant", note un cadre Horizons, tandis qu'un candidat à l'élection présidentielle constate qu'il "parle quand même très à droite pour un candidat de gauche".

"Je suis socialiste", répond l'ancien président, qui garde des marqueurs de gauche: il prévoit de "mettre à contribution les gros héritages et les patrimoines supérieurs à 10 millions d'euros brut", de porter à 30% la représentation des salariés dans les conseils d'administration des entreprises, ou de mettre en place un chèque de 10.000 euros baptisé "entrée dans la vie", pour les jeunes qui effectueront le service civique.