Les talibans, nouveau souffle inspirateur du djihadisme mondial

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Publié le Mardi 17 août 2021

Les talibans, nouveau souffle inspirateur du djihadisme mondial

  • Du côté de l'EI, la question est plus épineuse. Quand Al-Qaïda a prêté allégeance aux talibans, l'EI les a qualifié d'apostats
  • Les talibans ne se sont pas contentés de laisser pourrir la situation. Tout en faisant la guerre, ils ont négocié avec les Américains et le gouvernement afghan et avancé leurs pions avec les milices locales

PARIS: La victoire des talibans risque de faire souffler un vent d'allégresse chez tous les djihadistes du monde, galvanisés par la nouvelle défaite d'une puissance étrangère et le triomphe de la stratégie, de la négociation et de la patience.


Dans le monde entier, les combattants du mouvement djihado-salafiste, dont la plupart sont affiliés à Al-Qaïda ou au groupe rival Etat islamique (EI), ne peuvent que constater la réussite des "étudiants en religion" afghans, au pouvoir à Kaboul dès après le départ des troupes américaines, 20 ans après en avoir été chassés.


"Ca donne aux djihadistes un formidable élan. Cela leur fait croire qu'ils peuvent expulser une puissance étrangère, même une majeure telle que les Etats-Unis", estime Colin Clarke, directeur de recherche du Soufan Center, un think-tank de géopolitique new-yorkais.


"Je m'attends à un solide bombardement de propagande, culminant avec le 20e anniversaire des attaques du 11 septembre (2001). Cela va gonfler le moral des jihadistes, de l'Afrique du Nord jusqu'en Asie du Sud-Est". 


Le cas afghan n'est pas nécessairement duplicable ailleurs car tous les groupes actifs ne combattent pas de puissances étrangères. L'exemple du Sahel, où la France a récemment annoncé un retrait d'une partie de ses 5.100 soldats au profit de forces spéciales européennes, après plus de huit années de présence, est très différent du dossier afghan. 


Mais "la conquête de l'Afghanistan par les talibans est quelque chose qui va enhardir les djihadistes partout", convient Aymenn Jawad Al-Tamimi, chercheur pour le programme sur l'extrémisme de l'Université George Washington (Etats-Unis). "C'est pertinent dans le contexte ouest-africain, où ont émergé toutes ces discussions sur les négociations avec le GSIM", le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda. 

La «résistance des peuples»


Les talibans ne se sont pas contentés de laisser pourrir la situation. Tout en faisant la guerre, ils ont négocié avec les Américains et le gouvernement afghan et avancé leurs pions avec les milices locales, clans et tribus qui font la mosaïque nationale. 


Mais symboliquement, leur triomphe permet de convaincre les militants que "s'ils continuent à se battre, leurs adversaires finiront par s'effondrer", ajoute le chercheur irakien. 


Depuis 24 heures, les réseaux sociaux relaient moult commentaires de propagande de la sphère djihadiste. Dont celui du mouvement Hamas, selon lequel ce succès "prouve que la résistance des peuples, au sommet desquels notre peuple moudjahidine palestinien, mènera finalement à la victoire et à la réussite de ses objectifs de liberté et de retour, avec la permission d'Allah".


L'agence de propagande d'Al-Qaïda, Al-Thabat, assure pour sa part que "les musulmans et moudjahidine du Pakistan, Cachemire, Yémen, Syrie, Gaza, Somalie et Mali célèbrent la libération de l'Afghanistan et son application de la charia". 


Du côté de l'EI, la question est plus épineuse. Quand Al-Qaïda a prêté allégeance aux talibans, l'EI les a qualifié d'apostats. En Afghanistan, la haine est d'autant plus tenace que l'Etat islamique au Khorasan (ISKP) a été créé par des transfuges talibans.


Mais l'EI ne profite pas moins de l'effondrement de l'Etat afghan. "Dr. Q", un spécialiste occidental de l'EI, qui publie sous ce pseudonyme ses recherches sur Twitter, a ainsi relevé 216 attaques de l'ISKP entre 1er janvier et 11 août, contre 34 l'an passé à la même période. 

Réminiscence de l'Irak en 2011


"Cela fait de l'Afghanistan une des provinces de l'EI les plus dynamiques", assure-t-il. "Tout n'est pas directement lié au retrait américain mais la victoire des talibans donne de l'air aussi à l'ISKP". 


Au-delà des haines fratricides, il pointe des convergences d'objectifs: "L'EI communique régulièrement sur le fait que les Occidentaux ne peuvent rester éternellement" en terre étrangère; à cet égard, le triomphe des talibans "légitime leur façon de faire". 


Colin Clarke rappelle lui aussi que le chaos et la guerre constituent les conditions élémentaires du développement de tout groupe djihadiste, quelle que soit son obédience. "L'effondrement de l'armée afghane est une étrange réminiscence de ce que nous avons vu en Irak en 2011. Je crains que la même situation se reproduise en Afghanistan, avec simultanément le développement de l'EI et la résurrection d'Al-Qaïda".


Là réside peut-être la plus grande leçon que les talibans aient livré à la sphère djihadiste mondiale: patience et détermination peuvent triompher, quel que soit l'ennemi. Un enseignement galvanisant pour tous les mouvements aux ambitions locales, adversaires ou alliés des nouveaux patrons de Kaboul. 


"Pour beaucoup de groupes qui poursuivent un agenda local, les talibans ont constitué l'archétype de la bonne application de cette stratégie", constate froidement, dans une vidéo postée sur Youtube, Charles Lister, chercheur au Middle-East Institute. 


Téhéran promet de venger l'attaque meurtrière contre un mariage, Washington annonce une enquête

Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
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  • Les tensions entre les États-Unis et l’Iran reprennent dans le Golfe, avec de nouvelles frappes iraniennes contre des positions militaires américaines
  • Téhéran accuse Washington d’une frappe ayant tué quatre personnes lors d’un mariage. Les États-Unis enquêtent mais se disent sceptiques

TEHERAN: L'Iran a de nouveau visé jeudi des cibles militaires américaines dans le Golfe, jurant de venger l'attaque qui a tué quatre personnes lors d'un mariage mardi soir, frappe pour laquelle Washington a annoncé une enquête.

Les Etats-Unis, qui ne s'étaient jusqu'ici pas exprimés officiellement sur cette attaque, mènent "une enquête approfondie", a indiqué devant la presse le vice-président américain JD Vance, tout en se disant "sceptique".

"Je dirais que les médias d'Etat iraniens n'ont pas vraiment rendu compte de manière fiable de ce qui s'est passé dans ce conflit jusqu'à présent, je suis donc extrêmement sceptique à ce sujet", a-t-il déclaré.

Après un mois d'accalmie, les affrontements entre Washington et Téhéran ont repris dimanche à l'initiative de l'armée américaine, qui a dit vouloir empêcher des roquettes chargées de mines marines d'être tirées dans le stratégique détroit d'Ormuz.

Téhéran a répondu en ciblant ses voisins du Golfe, comme depuis le début du conflit déclenché par une offensive américano-israélienne fin février.

Pour autant, le vice-président américain s'est refusé de parler d'"une guerre", alors que le conflit est un sujet de mécontentement pour les électeurs américains à l'approche des élections législatives de novembre.

"Je n'appellerais pas ça une guerre. En ce moment, il n'y a pas d'échange de tirs", a-t-il dit.

- Vidéos partagées -

La frappe ayant ciblé un mariage, imputée par l'Iran aux Etats-Unis, s'est produite dans le district de Sirik (sud-est), et a également blessé près de 70 personnes.

Les vidéos montrant des décorations de fêtes au milieu de débris et de taches de sang ont été largement partagées en Iran. Le New York Times, qui a analysé les témoignages et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et interrogé des experts militaires, affirme qu'il s'agissait bien d'une frappe américaine.

"Le sang pur de ces martyrs (...) ne restera pas impuni et sera certainement vengé", a assuré jeudi Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution, puissante armée idéologique iranienne.

Au total dans la nuit de mardi à mercredi, au moins 19 personnes dont sept membres des forces armées ont été tuées lors de bombardements en Iran, l'un des bilans les plus élevés de ces derniers mois.

L'Iran a aussi annoncé jeudi la mort de six membres de sa marine dans des frappes américaines, sans qu'on sache s'ils comptaient parmi les 19 personnes tuées.

Jeudi, son armée a notamment visé des "hangars d'avions de combat de l'armée terroriste américaine dans la base aérienne Ahmad al-Jaber au Koweït", selon un communiqué militaire.

Aux Emirats arabes unis, ce sont les systèmes radar américains qui ont été visés sur la base aérienne al-Minhad, d'après la même source.

Le Koweït a dénoncé une "ignoble agression". Les Emirats n'ont pas confirmé avoir été ciblés, et on ne connaît pas l'étendue d'éventuels dégâts.

- "A tout moment" -

Le même scénario se répète depuis le début de la guerre, tandis que les négociations pour y mettre fin restent dans l'impasse.

Au cœur du conflit, le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures que l'Iran verrouille désormais depuis des mois.

Les Etats-Unis appliquent en représailles un blocus naval sur les ports iraniens. Jeudi, JD Vance a affirmé que le passage de pétrole et de gaz avait "presque" retrouvé ses niveaux d'avant-guerre dans le détroit.

Washington n'a de son côté pas bombardé l'Iran ces dernières heures, même si Donald Trump a averti que les Etats-Unis restaient prêts à frapper "à tout moment".

Alors que Donald Trump peine à trouver une issue à ce conflit impopulaire et coûteux, l'administration américaine mise aussi sur la pression économique, avec par exemple l'annonce de divers nouvelles sanctions à venir contre les partenaires commerciaux de Téhéran.

Les cours du pétrole sont repartis à la hausse ces derniers jours du fait du regain de violences, le Brent, référence mondiale, évoluant au-dessus de 95 dollars.

Les investisseurs restent sceptiques "quant à une normalisation prochaine des flux énergétiques transitant par le détroit d'Ormuz", observe Jim Reid, économiste pour la Deutsche Bank.


Israël se dit prêt à répondre «avec force» à toute attaque iranienne

Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
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  • Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment"
  • "Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi

JERUSALEM: Israël s'est dit mercredi prêt à riposter "avec force" à une éventuelle attaque iranienne, en pleine reprise des hostilités entre Téhéran et Washington.

Israël a lancé la guerre au Moyen-Orient aux côtés des Etats-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire après la signature d'un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran en avril, même lorsque que celui-ci a volé en éclats avec de nouveaux affrontements.

Mercredi, l'Iran a mené des frappes sur plusieurs pays de la région en réponse à des bombardements américains.

"Pour le moment, (les Iraniens) mènent des frappes dans toute la région, sauf sur nous. Mais il est possible qu'ils nous attaquent et nous y sommes préparés", a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz, lors d'une conférence organisée par le média israélien Ynet.

Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment".

"Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi.

M. Katz a de son côté également avancé que les avions militaires israéliens étaient "prêts à décoller", et affirmé que les Iraniens "aimaient bien attaquer lors des fêtes juives".

Israël a plusieurs fois fait face dans son histoire à des attaques lors de fêtes juives - mais pas de la part de l'Iran - un souvenir qui affleure à chaque fois qu'approchent des périodes fériées.

C'est le cas par exemple de la guerre du Kippour en 1973, déclenchée par une attaque surprise de l'Egypte et de la Syrie le jour de Yom Kippour. Ou de l'attaque sans précédent menée par le Hamas palestinien le 7 octobre 2023, jour de Shabbat et de la fête juive de Simchat Torah.

Les fêtes juives d'automne commenceront à la tombée de la nuit le 11 septembre avec Rosh Hashana, le Nouvel An juif, suivi de Yom Kippour du 20 au 21 septembre et de Souccot à partir du 25 septembre.

L'activité ralentit considérablement en Israël pendant cette période, mais l'armée et les forces de sécurité restent traditionnellement très mobilisées.


Allemagne: ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat près d'une centrale thermique

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
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  • "Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte"
  • Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage"

BERLIN: La police allemande a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat mardi contre un poste électrique près d'une centrale thermique à Jänschwalde (est), qui a endommagé plusieurs lignes électriques et provoqué une brève interruption de l'alimentation.

"Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte", a indiqué la préfecture de police du Land de Brandebourg à Potsdam.

Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage".

Lors d'une conférence de presse donnée mercredi à Düsseldorf (ouest), le ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, Herbert Reul, a déclaré qu'il existait "un soupçon initial de sabotage dirigé contre l'ordre constitutionnel".

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche", a ajouté M. Reul.