Un livre, une phrase: le roman affranchi de la ponctuation

En 1968, Georges Perec publiait ce qui pourrait être qualifié de nouvelle, «L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation». (AFP)
En 1968, Georges Perec publiait ce qui pourrait être qualifié de nouvelle, «L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation». (AFP)
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Publié le Mardi 31 août 2021

Un livre, une phrase: le roman affranchi de la ponctuation

  • «Mort aux girafes» de Pierre Demarty, qui sort jeudi, rejoint une tradition qui commence à être fournie: celle du roman en un bloc
  • «On se perdrait à chercher un sens à ce livre dont les phrases sécrètent d'une façon vertigineuse ses propres métamorphoses»

PARIS: Pas besoin de scander un livre de points: une seule phrase parfois suffit, comme l'avaient montré Perec ou Sollers, et comme le confirme, par un récit loufoque mais cohérent, l'un des romans de la rentrée littéraire.


"Mort aux girafes" (éditions du Tripode) de Pierre Demarty, qui sort jeudi, rejoint une tradition qui commence à être fournie: celle du roman en un bloc.


"Ce n'était pas le projet au départ", confie à l'AFP l'écrivain, qui a songé à cette forme en éditant (au Seuil) "Les Lionnes" de l'Américaine Lucy Ellmann, monologue sans ponctuation six fois plus long, avec 1.150 pages.


"J'avais écrit presque tout le livre et je le trouvais trop éclaté, sans la colle pour le faire tenir. Jusqu'au moment où j'ai écrit un monologue de 20 pages en une phrase, que je n'ai pas gardé, mais qui se tenait", raconte-t-il.


Deux grands noms de la littérature s'étaient lancés dans l'aventure à quelques années d'intervalle. Ce ne sont pas leurs textes les plus célèbres, loin de là, mais en 1968, Georges Perec publiait ce qui pourrait être qualifié de nouvelle, "L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation", et en 1973, Philippe Sollers un roman, "H", tous deux sans ponctuation.


Le premier est un bijou d'humour, qui montre avec un texte tortueux qu'un schéma bien pensé vaut mieux qu'un long écrit.


Le second est abscons. "On se perdrait à chercher un sens à ce livre dont les phrases sécrètent d'une façon vertigineuse ses propres métamorphoses", estime à l'époque Le Nouvel Observateur. Pour le célèbre linguiste Roland Barthes, un ami de Sollers, entre la phrase "artefact" et "la bouillie", "une troisième forme apparaît, qui garde de la phrase sa séduction langagière, mais évite sa découpe, sa clôture" (revue "Critique").

«Ne pas être gêné»
Sollers récidivera en 1981 dans "Paradis", sans ponctuation encore, et plus connu. Quand il lit à voix haute ce récit, on entend des virgules et points invisibles à l'oeil. "C'est un parti pris esthétique", explique-t-il alors à la télévision.


D'autres avatars à la même époque sont moins connus, depuis "Eden, Eden, Eden" de Pierre Guyotat (1970), inventaire d'horreurs de la guerre d'Algérie entre des milliers de points-virgules, jusqu'à "La Danse du fumiste" (1979) du Belge Paul Edmond, monologue d'une seule phrase... coupée par un point-virgule en plein milieu.


Parmi les expériences récentes, certaines ont rencontré un gros succès.


"Zone" de Matthias Enard, lecture exigeante qui parle des conflits des Balkans et du Proche-Orient, a cumulé prix Décembre 2008 et prix du Livre Inter en 2009.


Les éditions du Tripode elles-mêmes avaient sorti en 2016 "Anguille sous roche" du Comorien Ali Zamir, où une migrante en train de se noyer revoit défiler toute son existence. "Récit éblouissant", a dit un jour le président Emmanuel Macron devant l'Académie française.


"Verre cassé", monologue humoristique qui avait révélé le Congolais Alain Mabanckou en 2005, et qui ne compte que des virgules et des guillemets, a été classé 99e meilleur livre du siècle par le quotidien britannique The Guardian en 2019. "C'est un roman qui est raconté par un soûlard, qui boit tous les jours (...) Il ne devait pas être gêné par la ponctuation, il devait laisser les choses couler", avait alors expliqué l'auteur à la chaîne Africanews.


Dans "Mort aux girafes", le narrateur est au contraire extrêmement lucide, et on finit par oublier l'absence de points. Son auteur voulait "que ce soit clos, grammaticalement cohérent et que tout s'enchaîne avec naturel. Laisser aller la folie du discours, et d'un autre côté maintenir une rigueur de la langue".


Prix de la littérature arabe 2026: 9 ouvrages en lice pour la 14e édition

La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
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  • Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie
  • À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité

PARIS: La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe.

Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie. À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité.

Créé en 2013, le Prix de la littérature arabe figure parmi les rares distinctions françaises consacrées à la création littéraire du monde arabe. Il récompense chaque année l’œuvre d’un auteur ou d’une autrice originaire de l’un des pays de la Ligue arabe, pour un ouvrage écrit en arabe et traduit en français, ou directement rédigé en français.

Le prix, doté de 8 000 euros, concerne les ouvrages publiés entre le 15 août 2025 et le 30 septembre 2026.

Une attention particulière est également accordée au travail de traduction. Une mention spéciale, dotée de 2 000 euros, récompensera le traducteur ou la traductrice d’un ouvrage retenu dans la sélection finale, afin de mettre en lumière le rôle essentiel de la traduction dans la circulation des œuvres arabes auprès du lectorat francophone.


Sorbonne Abu Dhabi: une rentrée sous le signe de la culture, de l’innovation et de la recherche

À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
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  • Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA
  • L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public

ABU DHABI: À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA.

L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public. Sur le plan académique et scientifique, le SUAD–IIT Delhi Abu Dhabi Computational Materials School proposera une rencontre autour des matériaux computationnels, en collaboration avec IIT Delhi Abu Dhabi.

Cette programmation illustre la diversité de la vie de SUAD, à la croisée de la culture, de la recherche, de l’innovation et de la vie universitaire.


Jean-Paul Rappeneau, le réalisateur français de «Cyrano de Bergerac», est mort à 94 ans

Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
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  • C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès
  • Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991

PARIS: Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils.

Jean-Paul Rappeneau, l'un des doyens du cinéma hexagonal, a tourné avec les plus grands comédiens français, de Yves Montand ("Le Sauvage") à Catherine Deneuve ("La vie de château"), en passant par Gérard Depardieu, Jean-Paul Belmondo ("Les Mariés de l'An II") ou Isabelle Adjani ("Tout feu tout flamme").

C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès.

Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991, dont celui de meilleur film, et avait valu à Jean-Paul Rappeneau celui de meilleur réalisateur.

"Nous ne pouvions nous contenter d'une simple mise en images de la pièce (...). Le vrai pari du film, c'est que les personnages y parlent en vers", expliquait-il.

Totalisant plus de 10 millions d'entrées dans le monde, le film avait aussi décroché cinq nominations aux Oscars.

Connu pour son perfectionnisme, Jean-Paul Rappeneau choisissait ses projets avec soin, ne craignant pas de laisser s'écouler de longues années entre chaque film.

"Je ne suis pas comme un pommier qui fait tomber ses fruits chaque automne. Mon rythme, c'est plutôt un film tous les cinq ou six  ans. Je ne vois pas pourquoi on devrait enchaîner les projets. A moins bien sûr d'avoir besoin d'argent...", disait-il à l'hebdomadaire Paris Match en 2015.

Populaire et exigeant 

Né le 8 avril 1932 dans une famille nombreuse, il avait abandonné des études de droit pour se lancer dans le cinéma, notamment auprès de Louis Malle ("Au revoir les enfants")dont il devient l'assistant, co-écrivant le scénario de "Zazie dans le métro".

Il avait fait ses premiers pas de réalisateur en signant en 1966 "La vie de château", dans lequel Catherine Deneuve campe une épouse rongée par l'ennui aux côtés de Philippe Noiret.

Si ses débuts coïncident avec l'éclosion de la Nouvelle Vague, il s'était toujours tenu à distance de ce mouvement qui révolutionna le cinéma français dans les années 50-60. "A l'exception d'+A bout de souffle+ et d'+Hiroshima mon amour+, aucun des films (de la Nouvelle Vague) ne me plaisait vraiment", disait-il.

Tenant d'un cinéma populaire et exigeant, Jean-Paul Rappeneau avait ensuite enchaîné les succès.

En 1995, il avait relevé un autre défi en portant à l'écran "Le Hussard sur le toit", avec Olivier Martinez et Juliette Binoche, tiré du roman de Jean Giono, réputé difficile à adapter.

Son dernier film, la comédie dramatique "Belles Familles", remontait à 2015 et mettait en scène Mathieu Amalric, Karin Viard et Marine Vacth.

En 2025, Jean-Paul Rappeneau avait publié ses mémoires ("Vive allure") dans lesquelles transparaissait son approche singulière du métier de cinéaste. "Quand un film se termine, disait-il, je suis comme un naufragé sur la plage, j'attends le prochain voyage".