Tareq Bitar, le juge libanais face à la classe politique

Des manifestants ont brûlé des portraits du magistrat Tareq Bitar, le 14 octobre 2021, lors d'un rassemblement pour exiger son limogeage (Photo, AFP)
Des manifestants ont brûlé des portraits du magistrat Tareq Bitar, le 14 octobre 2021, lors d'un rassemblement pour exiger son limogeage (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 14 octobre 2021

Tareq Bitar, le juge libanais face à la classe politique

Des manifestants ont brûlé des portraits du magistrat Tareq Bitar, le 14 octobre 2021, lors d'un rassemblement pour exiger son limogeage (Photo, AFP)
  • Une manifestation organisée jeudi à Beyrouth par le Hezbollah et le mouvement Amal, son allié, pour exiger le départ du juge a tourné au drame, des tirs contre le rassemblement ayant fait des morts
  • Le juge dérange la classe politique, habituée à jouer des allégeances communautaires pour parvenir à ses fins

BEYROUTH: En tissant ses filets autour de plusieurs responsables malgré les pressions et les menaces, le juge Tareq Bitar, chargé de l’enquête sur l'explosion au port de Beyrouth, est devenu pour une partie des Libanais une icône de la lutte contre une classe politique honnie.  

Mais ce discret magistrat de 47 ans s’est également mis à dos le puissant mouvement chiite armé Hezbollah et ses partisans, qui l'accusent de politiser l'enquête et exigent son remplacement.  

Une manifestation organisée jeudi à Beyrouth par le Hezbollah et le mouvement Amal, son allié, pour exiger le départ du juge a tourné au drame, des tirs contre le rassemblement ayant fait des morts. Des manifestants ont brûlé des portraits du magistrat.  

Mais sur les réseaux sociaux, les messages d’appui au juge fleurissent, surtout depuis qu’il a été menacé selon des fuites dans la presse par un responsable du Hezbollah, dans un pays à l’histoire jalonnée d’assassinats politiques.   

Le juge est la cible de violentes attaques verbales depuis qu'il a émis mardi un mandat d'arrêt contre un député et ex-ministre d'Amal, allié du Hezbollah.  

Avec sa réputation de juge incorruptible et sa volonté de mettre en examen des barons du cartel politique au pouvoir depuis des décennies, il incarne pour beaucoup le symbole d’une justice indépendante, un des derniers piliers du Liban sur le point de s’effondrer.  

« Il allie la conscience à l’audace, des qualités essentielles pour un juge », témoigne Youssef Lahoud, l’un des avocats des familles des victimes de l’explosion au port de Beyrouth qui a fait le 4 août 2020 au moins 214 morts et plus de 6 500 blessés.  

« Pas d'affiliation politique »   

Pour M. Lahoud, le juge « jouit de la confiance » des familles des victimes du drame, causé par le stockage sans mesures de précaution d'énormes quantités de nitrate d'ammonium, mais aussi des proches des personnes arrêtées.   

Pointées du doigt pour négligence criminelle, les autorités libanaises sont accusées de torpiller l'enquête locale pour éviter des inculpations.  

Le juge dérange la classe politique, habituée à jouer des allégeances communautaires pour parvenir à ses fins.  

« On ne lui connaît pas d’affiliation politique », alors que beaucoup de magistrats se réclament des grands partis représentant leur communauté religieuse, affirme un proche du juge sous couvert de l'anonymat.  

« C’est bien là le problème des politiciens avec le juge Bitar: ils n’ont aucun moyen de pression sur lui. »  

« Audace »   

Le juge parle rarement à la presse. Mais les hommes politiques de tous bords qu’il poursuit et cherche à interroger dans le cadre de l'enquête l'accusent de ne pas cacher devant ses interlocuteurs sa conviction qu'il est temps de changer la classe politique.  

Ce juge chrétien s’est forgé au cours des années une réputation de magistrat «intègre et incorruptible », de l’aveu même de ses détracteurs.  

Sûr de lui, au point de l’arrogance selon certains, il évite de se montrer en public.  

« Lorsqu’il a été chargé de l’enquête, on a eu du mal à trouver une photo de lui », affirme le proche du juge.  

Austère et au sourire rare, il n’accepte aucune invitation à dîner, décline toutes les réceptions, et évite toutes les occasions sociales de peur d’être accusé de complaisance, selon lui. « Son audace les dérange. Il constitue un phénomène sans précédent au Palais de justice. »  

Né en 1974 dans le village d'Aydamoun au Liban nord, il vit dans une banlieue du nord de Beyrouth avec son épouse pharmacienne et ses deux enfants, désormais gardés par des militaires.  

Après un diplôme de droit à l’Université libanaise, il a commencé sa carrière au Liban nord, s’y affirmant comme un magistrat indépendant, avant de présider la Cour criminelle de Beyrouth.  

Il a traité plusieurs cas complexes. L'un de plus récents, l’affaire d'Ella Tannous qui a soulevé un tollé au Liban: le juge a condamné en 2020 deux hôpitaux privés et deux médecins à verser de lourdes indemnités à la famille de cette fillette victime d’une erreur médicale et qui avait dû être amputée de ses bras et jambes, se mettant à dos le corps médical qui s’était mis en grève. 


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
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  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
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  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.