Après le drame de la Manche, des familles kurdes en Irak sans nouvelles de disparus

Abou Zaniar a lui aussi perdu la trace de son fils de 20 ans: «le 23 novembre on s'est parlé, mais depuis aucune information sur son sort», déplore-t-il. (Photo, AFP)
Abou Zaniar a lui aussi perdu la trace de son fils de 20 ans: «le 23 novembre on s'est parlé, mais depuis aucune information sur son sort», déplore-t-il. (Photo, AFP)
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Publié le Dimanche 28 novembre 2021

Après le drame de la Manche, des familles kurdes en Irak sans nouvelles de disparus

Abou Zaniar a lui aussi perdu la trace de son fils de 20 ans: «le 23 novembre on s'est parlé, mais depuis aucune information sur son sort», déplore-t-il. (Photo, AFP)
  • «Il nous a dit qu'il allait passer en Grande-Bretagne. Il nous a envoyé un message sur Messenger», raconte Qader Abdallah dans son salon à Qadrawa, petit village du Kurdistan, dans le nord de l'Irak
  • La tragédie de mercredi est le pire drame migratoire dans la Manche, sillonnée quotidiennement par des migrants tentant de rallier les côtes anglaises à bord de fragiles embarcations

QADRAWA: La dernière fois que Mohamed a parlé à son père, resté au Kurdistan irakien, c'était pour lui annoncer qu'il allait traverser la Manche. Entre temps, le naufrage d'une embarcation a fait 27 morts et le patriarche craint désormais le pire. 

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La dernière fois que Mohamed a parlé à son père, resté au Kurdistan irakien, c'était pour lui annoncer qu'il allait traverser la Manche, raconte Qader Abdallah. (Photo, AFP)

« Il nous a dit qu'il allait passer en Grande-Bretagne. Il nous a envoyé un message sur Messenger », raconte Qader Abdallah dans son salon à Qadrawa, petit village du Kurdistan, dans le nord de l'Irak. 

« On lui a dit que c'était dangereux, qu'il y avait des risques avec cette traversée. Il a voulu nous rassurer en nous disant que de nombreux passages ont eu lieu par cette mer et qu'il n'y avait pas eu de problèmes », ajoute l'homme de 49 ans. 

C'était le 23 novembre. Le lendemain, la France annonçait le naufrage d’une embarcation dans la Manche ayant fait au moins 27 morts. 

Depuis, à Qadrawa, plusieurs familles sont sans nouvelles de fils portés disparu. Etaient-ils à bord de cette embarcation funeste? Sont-ils arrivés en Grande-Bretagne? Difficile de le savoir pour le moment, l'enquête n'ayant encore rien révélé sur l'identité des victimes, leur nationalité ou sur les causes du naufrage. 

Il y a un mois, Mohamed, 20 ans, s'envolait pour la Turquie depuis l'aéroport d'Erbil. Il rallie clandestinement l'Italie, puis la France. Il voulait rejoindre ses deux frères, installés depuis deux ans en Grande-Bretagne. 

« Notre famille s'était mise d'accord pour qu'il parte en Europe », reconnaît M. Abdallah.  

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Une photo de Zaniar Mustafa, dont le sort est encore inconnu après qu'il devait traverser la Manche, est vue sur le téléphone de son père lors d'une interview à son domicile dans le village de Qadrawa, le 28 novembre 2021. (Photo, AFP)

« Meilleur avenir »  

« Tous les jeunes essayent de se rendre en Europe pour trouver un meilleur avenir », « les conditions de vie sont difficiles » au Kurdistan, explique-t-il. « Les jeunes ont manifesté à cause de la dégradation de la situation économique qui les empêche de trouver un emploi. » 

La tragédie de mercredi est le pire drame migratoire dans la Manche, sillonnée quotidiennement par des migrants tentant de rallier les côtes anglaises à bord de fragiles embarcations. 

Ces traversées se sont développées depuis 2018 face au bouclage du port de Calais, dans le nord de la France, et d'Eurotunnel, que les migrants empruntaient en se cachant dans des véhicules.  

Abou Zaniar a lui aussi perdu la trace de son fils de 20 ans: « le 23 novembre on s'est parlé, mais depuis aucune information sur son sort », déplore-t-il. 

Il y a un mois, le jeune homme est parti par avion en Turquie, d'où il a pu se rendre clandestinement en Italie, puis en France. 

« On s'est mis d'accord avec un passeur pour qu'il le conduise en Grande-Bretagne en échange de 3.300 dollars (environ 2 900 euros). 

Il essaye de joindre le passeur par téléphone, en vain. La ligne est fermée. Il appelle alors des proches de cet individu pour se plaindre: « c'était pas ça notre accord, il nous avait promis de faire arriver Zaniar sain et sauf en Angleterre ». 

« Si mon fils a survécu cette fois-ci, je l’enverrai de nouveau en Europe », s'entête toutefois Abou Zaniar. « Il n'y a pas de vie possible dans la région du Kurdistan, les diplômés ne trouvent pas de travail. » 

Il y a deux ans, Zaniar avait déjà tenté de gagner l'Europe occidentale par la Bulgarie, où il avait été arrêté, maltraité en prison, puis expulsé vers son pays.  

Selon les sauveteurs, les naufragés de la Manche s'entassaient à bord d'un bateau pneumatique à fond souple d'une dizaine de mètres. Seuls un Irakien et un Somalien ont été sauvés. 

L'Irakien serait-il Mohamed Khaled? Sa mère Cheleir Ahmed le pense, après avoir reçu un coup de fil de son fils. 

Le jeune homme de 22 ans s'est rendu il y a deux mois au Bélarus, avant de rallier la France grâce à des passeurs. « Son état de santé est très mauvais parce qu'il est resté longtemps dans l'eau. Il m'a informé que lui et un migrant africain avaient survécu. »  

A bord de l'embarcation, dit-elle, 32 personnes, des jeunes et des familles, qui se seraient tous noyés. 

 


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
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  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
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  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.