La chasse, un débat très français qui s'envenime à l'approche de l'élection

Les chasseurs à Cognocoli-Monticchu, sur l'île méditerranéenne française de Corse, le 21 août 2021. (Photo, AFP)
Les chasseurs à Cognocoli-Monticchu, sur l'île méditerranéenne française de Corse, le 21 août 2021. (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 07 janvier 2022

La chasse, un débat très français qui s'envenime à l'approche de l'élection

  • Un parti politique, Chasse Pêche Nature et Traditions (CPNT), a même existé en France, recueillant plus de 4% des voix à la présidentielle de 2012
  • Le conflit, récurrent, n'a fait que s'envenimer ces dernières années, avec l'importance croissante dans le débat public des questions liées à l'écologie

POUQUES-LORMES : Dans la brume froide et matinale d'une campagne du centre de la France, Michel s'accroupit, scrute, touche le sol gelé. Et se redresse, les yeux brillants, après avoir repéré les traces fraîches du sanglier ou du chevreuil que ses amis chasseurs vont traquer quelques heures plus tard.

"J'adore, j'adore. Je préfère presque trouver que tuer, savoir que je ne me suis pas trompé et que les animaux sont bien là", chuchote cet agriculteur de 62 ans, qui chasse depuis des décennies, tous les dimanches, dans sa région du Morvan.

Toute la journée, lui et ses compagnons, huit "enfants du pays" et deux citadins, vêtus de leurs vestes orange, vont mener la battue au sanglier. "Une passion", "une émotion", indéfectiblement liées à "l'amour de la nature", clament-ils, très conscients d'être au cœur d'un débat de société tendu, qui s'exacerbe toujours en France à l'approche d'une élection.

Si le nombre de chasseurs (1,2 million actifs, sur quelque 4 millions possédant un permis) est en baisse constante, la France reste le pays européen qui en compte le plus, devant l’Espagne et l’Italie.

Un électorat très hétérogène, cajolé -à l'exception des écologistes- par tous les prétendants à la fonction suprême, le président sortant Emmanuel Macron en tête.

Peu après son arrivée au pouvoir en 2017, il avait diminué de moitié le prix du permis national de chasse (passé de 400 à 200 euros) et participé à un "tableau de chasse", l'exposition du gibier après une battue, au château de Chambord. Son ministre de l'Ecologie Nicolas Hulot avait théâtralement démissionné en 2018, protestant contre le poids des "lobbies", dont celui des chasseurs.

Un parti politique, Chasse Pêche Nature et Traditions (CPNT), a même existé en France, recueillant plus de 4% des voix à la présidentielle de 2012.

"Il y a bien sûr un contexte électoral, on prend beaucoup plus soin des chasseurs que des randonneurs ou des cueilleurs de champignons, parce qu'ils pèsent plus dans le débat et qu'ils sont très bien organisés", soupire Guy Hervé, président de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) de l'Yonne (centre).

"Evidemment que nous sommes un poids. Et on vendra notre vision des choses pour 2022", assénait récemment Willy Schraen, le tout puissant patron de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), appuyant sur l'image d'une France rurale, de terroirs et de traditions, que cherchent à récupérer les candidats à la fonction suprême.

Crispations

Une partie des chasseurs pourtant sont des citadins ou des néo-ruraux. A l'instar de Thierry, Parisien en voie d'installation définitive dans le Morvan, venu à la chasse il y a cinq ans, qui regrette aujourd'hui "l'incompréhension totale et les crispations" entre pro et anti-chasse.

"On a des représentations complètement fausses des chasseurs, on les voit comme des viandards qui cherchent à tuer, tuer, tuer. Moi, ce que je vois, c'est du respect, et des journées entre copains dans la nature", défend cet ancien professeur.

Le conflit, récurrent, n'a fait que s'envenimer ces dernières années, avec l'importance croissante dans le débat public des questions liées à l'écologie, au bien-être animal, au partage de la nature.

Dans la forêt domaniale de Branches, dans l'Yonne, des pancartes sauvages sont piquées sur les arbres à chaque entrée de chemin: "Chasse les samedi, dimanche et jours fériés. Promenades dangereuses". Et l'exaspération monte chez les opposants, eux aussi très organisés, confortés par une série d'accidents en France ces derniers mois, qui a relancé le débat sur la sécurité.

Leur nombre a certes baissé régulièrement depuis 20 ans mais sept personnes ont encore été tuées sur la saison de chasse 2020/2021 (peu active du fait de la crise sanitaire) contre 11 en 2019/2020.

Pas de chasse le week-end ?

Une pétition réclamant l'interdiction de la chasse le mercredi et le dimanche a recueilli plus de 120.000 signatures cet automne et poussé le Sénat à créer une commission sur la sécurité.

Le candidat écologiste à la présidentielle Yannick Jadot a proposé une interdiction pendant le week-end et les vacances scolaires, suscitant un tollé. "Moi, je suis comme tout le monde, je travaille la semaine. La chasse, c'est le week-end", s'exaspère Christian, un membre de la battue de Pouques-Lormes.

La France est le seul pays permettant de pratiquer tous les jours pendant la saison, alors que la Grande-Bretagne, l'Italie, les Pays-Bas ou encore le Portugal ont instauré un ou plusieurs jours de non-chasse.

Par ailleurs, le nombre d'espèces chassées en France (90), dont certaines classées comme menacées, est le plus important d'Europe, au grand dam des protecteurs des animaux.

Ceux-ci se battent depuis des années pour obtenir l'interdiction de certaines chasses traditionnelles ou non sélectives, comme celle à la glu. Le Conseil d'Etat leur a donné raison mais "c'est un combat de chaque instant, pour chaque espèce", explique Guy Hervé, de la LPO.

"La LPO n'est pas anti-chasse, elle est contre certaines chasses cruelles ou visant des espèces en danger", insiste-t-il, disant en revanche comprendre l'argument de "régulation" avancé par les chasseurs de sangliers, une espèce proliférante qui ravage les cultures en France.

Mais pour le militant Pierre Rigaux, ancien membre de la LPO prônant, lui, l'interdiction totale de la chasse, "les positions sont définitivement irréconciliables".

"On peut négocier à la marge et enrober le débat avec du blabla sur la régulation, sur l'éthique du chasseur, sur le fait que l'animal combat à armes égales... Mais au fond, le débat ne peut pas aboutir. On ne peut pas demander à un torero de trouver un accord avec un anti-corrida".

En France, la controverse sur la chasse tourne à «la guerre de religion», selon un anthropologue

Le débat très virulent entre pro et antichasse en France tourne quasiment à la "guerre de religion", estime l'anthropologue italien Sergio dalla Bernardina, déplorant que les deux parties ne parviennent plus à trouver un langage commun.

Q: Comment évoluent les représentations sur la chasse ?

R: "La figure du chasseur a été extrêmement populaire pendant des siècles: que l'on pense aux traités de chasse au Moyen Age, aux peintres animaliers des XVIIe et XVIIIe siècles, aux écrivains comme Karen Blixen, Ernest Hemingway, Jack London...

C'était toujours vrai il y a encore une quarantaine d'années. Je pense par exemple à l'Almanach du chasseur, représenté comme un homme joyeux et honnête, qui faisait le tour du village pour montrer son gibier, dans la liesse. Dans l'imaginaire collectif, le chasseur, c'est celui qui éloigne la sauvagerie, celui qui sauve le Petit Chaperon Rouge.

Tout a changé à partir du moment où nous avons commencé à comprendre que la nature est en danger. La nature sauvage, pendant des siècles, c'était l'ennemi, la pourriture, la vermine, une entité envahissante et proliférante mettant en danger le travail de domestication des hommes.

Et puis c'est devenu quelque chose de rare et de précieux, qu'il faut protéger.

Et le chasseur est devenu une figure très négative".

Q: Comment expliquez-vous la tension en France entre pro et antichasse ?

R: "Le débat devient de plus en plus hystérique, quasiment une guerre de religion. Les deux camps se caricaturent, ne sont plus capables de trouver un langage commun. Or, derrière ce conflit il y a toute une série de questions fondamentales.

Quelle est la bonne manière de gérer la nature sauvage?

Les chasseurs, qui se prétendent +les premiers écolos de France+, disent: pour protéger il faut intervenir, réguler, gérer, alors que les +écologistes+ au sens large disent, non, la nature a besoin d'être laissée tranquille, elle s'autogère, s'il y a trop de cerfs ou de chevreuils, on va laisser les loups s'en charger.

L'autre sujet fondamental, c'est le thème de la souffrance animale, le fait que la frontière entre humain et animal est devenue très ténue.

Toute mise à mort devient un +animalicide+. Il y a aussi une sorte de +mise en religion+ de la nature sauvage. Désormais, les animaux sauvages sont aussi vénérés, idolâtrés. Lorsqu'on repère dans les Alpes italiennes un bouquetin albinos, ah, miracle, c'est comme si on avait vu apparaître la Sainte Vierge. Entendre le chant du loup la nuit ou le brame du cerf devient une expérience mystique.

Enfin il y a la question de la mise en tourisme et du commerce de la nature sauvage, et de savoir qui en est propriétaire".

Q: Les tensions autour de la chasse constituent-elles un débat très français ?

R: "Je dirais qu'au niveau européen, il y a de grandes différences entre le Nord et le Sud. Le Sud a été plutôt sylvophobe, un peu hostile à la forêt, alors que les sociétés germaniques l'ont toujours considérée davantage comme une ressource. Dans le Sud, le gibier est considéré comme n'appartenant à personne, on peut faire ce qu'on veut. Dans le Nord, c'est un bien, une ressource commune. Ce sont des différences de culture.

Les tensions entre pro et antichasse existent bien sûr dans les autres pays, comme chez moi en Italie, mais j'ai l'impression que l'association de la chasse et du pouvoir est très présente dans l'imaginaire français. C'est un argument électoral important.

Derrière cet enjeu de "la chasse", il y a aussi l'identification à la ruralité, le terroir, l'authenticité, face à des urbains ou des "néo-ruraux" parfois perçus comme des néocolonialistes".


Glucksmann assure être prêt à débattre avec les autres candidats de la primaire de la gauche

Raphaël Glucksmann a assuré vendredi qu'il n'avait "pas de problème" avec le fait de débattre, contrairement aux accusations de ses rivaux de la primaire de la gauche socialiste et démocratique. (AFP)
Raphaël Glucksmann a assuré vendredi qu'il n'avait "pas de problème" avec le fait de débattre, contrairement aux accusations de ses rivaux de la primaire de la gauche socialiste et démocratique. (AFP)
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  • Raphaël Glucksmann a affirmé que "quand on est de gauche, on doit faire un débat sur le service public", mais qu'il n'a "aucun problème pour débattre aussi sur des chaînes privées"
  • France Inter est par ailleurs en ébullition depuis l'annonce de l'arrivée comme éditorialiste d'un responsable du magazine Valeurs actuelles, Charles Sapin

PARIS: Raphaël Glucksmann a assuré vendredi qu'il n'avait "pas de problème" avec le fait de débattre, contrairement aux accusations de ses rivaux de la primaire de la gauche socialiste et démocratique.

Le candidat du petit parti Place publique défend la tenue d'un seul débat télévisé sur le service public, alors que ses rivaux socialistes en réclament trois et lui reprochent d'avoir "peur" de débattre.

Raphaël Glucksmann a expliqué sur BFMTV/RMC qu'il veut que leur débat ait "le maximum d'exposition", ce que le rendez-vous unique proposé par France Télévisions et France Inter assurerait selon lui.

"Ensuite s'il y a un accord entre les chaînes, s'il n'y a pas d'exclusivité, moi j'ai pas de problème à faire des débats, c'est pas la question, on verra, on négociera", a-t-il dit.

Le débat sur le service public est prévu le 6 octobre, tandis que les deux autres évoqués pourraient avoir lieu le 16 septembre sur TF1 et le 29 septembre sur BFMTV.

Raphaël Glucksmann a affirmé que "quand on est de gauche, on doit faire un débat sur le service public", mais qu'il n'a "aucun problème pour débattre aussi sur des chaînes privées".

"Le service public est attaqué aujourd'hui, en permanence", a-t-il dit.

France Inter est par ailleurs en ébullition depuis l'annonce de l'arrivée comme éditorialiste d'un responsable du magazine Valeurs actuelles, Charles Sapin.

Questionné à ce sujet, Raphaël Glucksmann a répondu que Valeurs actuelles "participe à l'offensive de l'extrême droite" mais qu'il n'a pas à "commenter" les choix éditoriaux du service public.

Celui-ci est "indépendant" et n'est "pas à nos ordres", a-t-il dit.

"Il faut des éditorialistes de droite sur le service public, je pense qu'il y en a plein d'ailleurs. J'écoute le service public et je peux vous dire que je ne suis pas toujours d'accord avec leurs éditorialistes", a déclaré le candidat.


Après la tapisserie de Bayeux, premier entretien Burnham-Macron pour "renforcer" les relations

Le Premier ministre britannique Andy Burnham (à droite) serre la main du président français Emmanuel Macron lors de leur rencontre pour des discussions bilatérales au 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 3 septembre 2026. (AFP)
Le Premier ministre britannique Andy Burnham (à droite) serre la main du président français Emmanuel Macron lors de leur rencontre pour des discussions bilatérales au 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 3 septembre 2026. (AFP)
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  • Emmanuel Macron et Andy Burnham veulent renforcer le partenariat franco-britannique, notamment sur l’Ukraine, la coopération avec l’UE et la lutte contre les traversées de la Manche
  • Malgré cette volonté de rapprochement, des divergences persistent sur les relations post-Brexit et les questions commerciales, tandis que les deux dirigeants veulent aussi défendre les institutions démocratiques face à la montée des extrêmes

LONDRES: Le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham et le président français Emmanuel Macron ont affiché jeudi à Londres leur volonté de "renforcer" les relations entre le Royaume-Uni et la France, mais aussi l'Union européenne, au lendemain d'une première rencontre autour de la tapisserie de Bayeux.

Le prêt au British Museum pour un an de cette broderie millénaire, décrivant la conquête de l'Angleterre en l'an 1066 par Guillaume le Conquérant, "montre ce que notre collaboration peut permettre de réaliser", a souligné le chef de gouvernement travailliste au début de l'entretien, soulignant qu'Emmanuel Macron était le premier dirigeant étranger qu'il accueillait au 10, Downing Street.

Aux côtés de celui qu'il a décrit comme le "plus proche voisin" de son pays et un "ami très important", Andy Burnham a aussi évoqué un bilan positif de leur coopération "sur l'Ukraine", sur la lutte contre les traversées de la Manche par des migrants à bord de petites embarcations, et "sur le renforcement de la relation entre le Royaume-Uni et l'UE".

Emmanuel Macron a lui assuré avoir "la volonté et l'engagement de nous rapprocher encore davantage".

- "Sujets difficiles" -

A l'issue d'un déjeuner en présence de leurs épouses et avant de quitter Londres, le président français a salué une "très bonne discussion".

A l'approche d'un sommet crucial entre l'UE et le Royaume-Uni attendu d'ici la fin de l'année, ce rapprochement était en haut de l'agenda de cette première rencontre.

Interrogé mercredi soir par des journalistes, le Premier ministre britannique avait estimé que "dix ans après le Brexit, les gens ici en ont assez des divisions. Ils voient que nous devons travailler plus étroitement ensemble".

Il a toutefois souligné qu'il y avait des "sujets difficiles" sur lesquels il espérait "trouver ensemble un moyen de surmonter" les obstacles, citant le plan de l'UE pour soutenir l'industrie "made in Europe", qui pourrait selon lui avoir des "répercussions sur l'industrie sidérurgique" britannique.

"Même si nous ne sommes pas toujours d'accord sur tout, nous nous respectons (...) et restons ouverts à la discussion sur tous les sujets, y compris la relance des relations entre le Royaume-Uni et l'Union européenne", avait de son côté commenté Emmanuel Macron dans son discours au British Museum.

Paris veut éviter que Londres fasse du "cherry-picking", autrement dit que les Britanniques ne retiennent du marché intérieur européen que ce qui les avantage.

La lutte contre l'arrivée de migrants sur de petites embarcations via la Manche est également un sujet prioritaire pour Londres.

Le gouvernement britannique, qui a enregistré cet été le nombre le plus bas d'arrivées de migrants depuis 2019, a salué le succès de son accord de coopération avec la France, reconduit pour trois ans en avril, et Andy Burnham a plaidé pour "accomplir davantage encore".

- Méga-canots -

Afin d'empêcher la traversée de "méga-canots", comme celui qui a récemment transporté 230 personnes, une équipe de 45 agents doit prochainement être déployée sur les côtes du nord-ouest de la France, soit "un quasi-triplement" des moyens dans cette zone, a fait savoir Downing Street dans un communiqué.

Autre sujet au menu: le renforcement de l'aide à l'Ukraine à un moment où les attaques russes de drones et de missiles balistiques s'intensifient et font un nombre croissant de victimes civiles.

Andy Burnham a effectué le 24 août sa première visite à Kiev, pour une réunion de la Coalition des volontaires, le groupe de pays qui soutiennent l'Ukraine, que le Royaume-Uni codirige avec la France.

Lors de ce premier entretien, qui se tenait à la veille d'une rencontre entre Jordan Bardella du Rassemblement National et Nigel Farage du parti anti-immigration Reform UK, Emmanuel Macron et Andy Burnham ont aussi évoqué "la montée des extrêmes" dans leurs pays, soulignant leur "intérêt commun" à montrer que des institutions démocratiques modérées peuvent répondre aux problèmes de leurs concitoyens, selon une source diplomatique.

Pendant sa visite au British Museum mercredi soir, le président français, qui quittera l'Élysée en mai, a dit espérer que son pays et le Royaume-Uni puissent "tisser un lien aussi étroit que les fils" de la tapisserie.

Le roi Charles III, accompagné de la reine Camilla, a quant à lui salué un prêt qui constitue "un précieux symbole de confiance".


Présidentielle: Hollande fait ses propositions pour séduire jusqu'au centre

Il propose un projet pour "unir" la France mais refuse pour l'instant de se déclarer candidat: François Hollande égrène dans son nouveau livre près d'une centaine de propositions, dont certaines, à contre-courant du programme des socialistes, semblent destinées à séduire jusqu'au centre. (AFP)
Il propose un projet pour "unir" la France mais refuse pour l'instant de se déclarer candidat: François Hollande égrène dans son nouveau livre près d'une centaine de propositions, dont certaines, à contre-courant du programme des socialistes, semblent destinées à séduire jusqu'au centre. (AFP)
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  • Dans "Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche" (Robert Laffont), l'ancien président, qui avait renoncé à se représenter en 2017 au vu de sa très forte impopularité à la fin de son quinquennat, estime qu'il faut "changer de méthode"
  • Il ne dira ses intentions qu'en décembre et refuse en attendant de participer à la primaire de la gauche, espérant se poser en recours si le vainqueur de ce processus de départage s'effondre

PARIS: Il propose un projet pour "unir" la France mais refuse pour l'instant de se déclarer candidat: François Hollande égrène dans son nouveau livre près d'une centaine de propositions, dont certaines, à contre-courant du programme des socialistes, semblent destinées à séduire jusqu'au centre.

Dans "Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche" (Robert Laffont), l'ancien président, qui avait renoncé à se représenter en 2017 au vu de sa très forte impopularité à la fin de son quinquennat, estime qu'il faut "changer de méthode, de perspectives et d'ambition".

Il ne dira ses intentions qu'en décembre et refuse en attendant de participer à la primaire de la gauche, espérant se poser en recours si le vainqueur de ce processus de départage s'effondre.

Mais "si émettre des idées, c'est être en campagne", alors "oui", il est en campagne, a-t-il concédé jeudi, à la foire de Châlons-en-Champagne (Marne).

Le député de Corrèze, qui a débattu récemment avec le candidat d'Horizons Edouard Philippe et a fait une apparition aux journées d'été du PS à Blois, sera la semaine prochaine à la fête de la rose de Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire), avant d'enchaîner les séances de dédicaces de son livre.

"L'enjeu, c'est d'unir les Français", face à la bipolarisation de la société entre "des extrêmes qui jouent la division" et une situation internationale tendue, où la France doit affirmer son indépendance vis-à-vis des États-Unis et de la Russie, a-t-il expliqué mercredi.

Pour cela, "il va falloir aller au-delà des formations politiques", a-t-il glissé à Blois. Celui qui théorise la nécessité de "l'union sacrée des démocrates" et préconise d'aller chercher dès le premier tour les électeurs du centre au moment où la macronie est en fin de règne, assure ne pas vouloir proposer du "Hollande 2012" réchauffé.

Sur certains points, il se place même à rebours de son parti, comme sur la taxe Zucman pour les ultra-riches, devenue à ses yeux "un slogan. Pas une réponse" ou sur les retraites.

"Candidat de centre-droit" 

Alors que le PS veut revenir à un âge légal de départ à 62 ans, il propose de le fixer à 63 ans puis d'allonger progressivement la durée de cotisation.

"L'âge pivot doit tenir compte de l'allongement de l'espérance de vie et être corrigé en permanence", a-t-il justifié.

L'ex-chef de l'Etat veut aussi "limiter à 1% pendant cinq ans l'indexation des pensions, ce qui procurerait un gain équivalent au report d'un an de l'âge de départ", et "ajouter une part de capitalisation", qui serait contrôlée par les partenaires sociaux.

De quoi faire bondir le patron des socialistes Olivier Faure: "Vous ne me trouverez pas aux côtés de ceux qui défendent ce modèle", a-t-il déclaré à Blois.

Autre nouveauté sur le plan économique, pour améliorer la feuille de paie, François Hollande suggère d'"augmenter le salaire net en diminuant les cotisations salariales". Cette perte de recettes pour la sécurité sociale serait alors compensée par un prélèvement sur le capital, via une "progressivité de la taxe sur les revenus financiers" et "un relèvement progressif de 20 à 24% du taux normal de la TVA", pourtant considérée par Olivier Faure comme "l'impôt le plus injuste".

Il estime que ce nouveau système permettrait de "relever les salaires d'environ 10% pour tous".

Et pour faire passer l'amère pilule, il propose de supprimer la TVA réduite à 5,5 %, qui s'applique sur les produits alimentaires et les travaux énergétiques, et de faire de même, mais de façon ponctuelle, pour les carburants.

Il souhaite aussi réduire les impôts de production en diminuant les aides aux entreprises, comme le propose Édouard Philippe.

De quoi séduire les centristes? François Hollande "articule des idées qui sont plus compatibles qu'elles ne l'étaient" auparavant, a reconnu le président du MoDem François Bayrou.

"On a l'impression que c'est un candidat de centre-droit. C'est un positionnement intéressant", note un cadre Horizons, tandis qu'un candidat à l'élection présidentielle constate qu'il "parle quand même très à droite pour un candidat de gauche".

"Je suis socialiste", répond l'ancien président, qui garde des marqueurs de gauche: il prévoit de "mettre à contribution les gros héritages et les patrimoines supérieurs à 10 millions d'euros brut", de porter à 30% la représentation des salariés dans les conseils d'administration des entreprises, ou de mettre en place un chèque de 10.000 euros baptisé "entrée dans la vie", pour les jeunes qui effectueront le service civique.