Il y a 60 ans, le drame sanglant du métro Charonne à Paris

Une foule assiste au cortège funèbre de Maurice Pochard tué lors de la manifestation du 8 février 1962 en faveur de la paix en Algérie et contre l'OAS, le 28 avril 1962 à Paris. (Photo, AFP)
Une foule assiste au cortège funèbre de Maurice Pochard tué lors de la manifestation du 8 février 1962 en faveur de la paix en Algérie et contre l'OAS, le 28 avril 1962 à Paris. (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 04 février 2022

Il y a 60 ans, le drame sanglant du métro Charonne à Paris

  • Le 8 février 1962, une manifestation pour la paix en Algérie se soldait par neuf morts au métro Charonne à Paris
  • Les Français se sont pourtant déjà majoritairement prononcés pour l'autodétermination de l'Algérie et les accords d'Evian proclameront bientôt, le 18 mars, un cessez-le-feu ouvrant la voie à l'indépendance

PARIS : Le 8 février 1962, une manifestation pour la paix en Algérie se soldait par neuf morts au métro Charonne à Paris et devenait, peu avant la fin de la guerre d'Algérie, un symbole sanglant de la répression d'Etat.

Les jours précédents, une série d'attentats de l'OAS (Organisation armée secrète), opposée à l'indépendance de la colonie française, ont fait plusieurs blessés graves, dont l'un, visant André Malraux, a horriblement défiguré une fillette de 4 ans.

Les Français se sont pourtant déjà majoritairement prononcés pour l'autodétermination de l'Algérie et les accords d'Evian proclameront bientôt, le 18 mars, un cessez-le-feu ouvrant la voie à l'indépendance.

Le bref rassemblement pacifique prévu le 8 février Place de la Bastille, à l'appel du Parti communiste, du PSU, de la CGT et d'autres syndicats comme la CFTC, la FEN et l'Unef ainsi que des organisations de gauche, est interdit par le préfet Maurice Papon, sur fond d'état d'urgence en vigueur depuis avril 1961.

Mais les organisateurs appellent "les travailleurs et tous les antifascistes de la région parisienne à proclamer leur indignation, leur volonté de faire échec au fascisme et d'imposer la paix en Algérie".

Cing cortèges de manifestants partis de différentes stations du métro doivent rejoindre la Bastille pour écouter leur intervention, mais la police a ordre de disperser coûte que coûte les rassemblements. 

Nombre y parviennent toutefois, malgré des heurts déjà violents avec les forces de l'ordre, et un texte est lu. Mais c'est au retour que le drame éclatera.

«Pourquoi pas moi ?»

Boulevard Voltaire, des heurts entre les CRS qui chargent, "matraques en avant", et "les manifestants qui s'étaient coiffés de cageots à légumes pour se protéger la tête" et "jettent des pierres et des pavés", ont fait plusieurs blessés, écrit à l'époque l'AFP.

Des manifestants cherchant à fuir une charge policière s'engouffrent dans le métro Charonne. Une bousculade meurtrière s'ensuit, des policiers poursuivent les manifestants pour les frapper, d'autres jettent vers ceux qui tentent de ressortir les lourdes grilles qui entourent les arbres.

Des personnes bloqués par les portillons d'accès aux quais sont étouffées sous la pression, d'autres meurent le crâne fracassé sous les coups. On relèvera huit morts, dont trois femmes et un apprenti de 15 ans. Un homme mourra huit semaines plus tard de ses blessures. Tous sont syndiqués à la CGT et membres du PC, à l'exception d'une victime.

"La précipitation dans le métro, les portillons fermés, puis le grand trou noir": Jacqueline Guichard, alors jeune employée des chèques postaux, adhérente à la CGT et au PC, a évoqué en 2002 cette terrible fin de journée.

"Nous sommes parties à 7 ou 8 copines", a-t-elle raconté. Parmi elles, Anne-Claude Godeau, 24 ans, qui n'en reviendra pas.

"On défilait depuis un moment, la nuit tombait, on criait +Paix en Algérie+. C'était revendicatif, mais sans plus. A Charonne, la tête de la manif nous a donné l'ordre de nous disperser. Et puis, ça a commencé", poursuit Mme Guichard. "Subitement, la police avec casques et matraques a chargé" et la foule s'est engouffrée dans le métro: "Pourquoi on est entré dans ce métro ? Je ne saurai jamais. Pourquoi Anne-Claude a pris des coups ? Pourquoi pas moi ? Je ne le saurai pas non plus."

Charonne 1962, ces souvenirs de la répression «qui ne s'effacent pas»

Ce 8 février 1962, elle n'entend pas le bruit mat des matraques sur les corps et les crânes, elle ne perçoit pas les supplications des manifestants. Ecrasée sous un magma humain métro Charonne à Paris, Maryse Tripier n'a qu'une obsession: respirer.

Soixante ans plus tard, la patine du temps n'a rien dissipé de cette page sanglante de la guerre d'Algérie. "Ca fait partie des souvenirs qui ne s'effacent pas", assure la septuagénaire.

"C'était une situation irréelle", poursuit celle qui est restée communiste "par devoir" pour les dizaines de personnes blessées et les neuf autres tuées lors de l'intervention des forces de l'ordre.

La plus jeune avait 16 ans, un de moins qu'elle, venue défiler à Paris avec des milliers d'autres à l'appel de la CGT, de l'Unef ou du Parti communiste (PCF) contre l'Organisation armée secrète (OAS), le bras armé clandestin des ultras de l'Algérie française.

"On connaissait la violence policière", raconte Nicolas Devers-Dreyfus, 15 ans à l'époque. "La guerre était arrivée en métropole", entre attentats du FLN algérien et plastiquages en série de l'OAS, résume ce fils de résistants.

A 19h30 boulevard Voltaire, "l'ordre de dispersion vient d'être donné, la foule allait se disloquer".

Mais le lycéen aperçoit "cette ligne d'imperméables noir luisants". Elle barre l'accès à la place de la Nation et se met en branle. Il s'enfuit et se réfugie derrière une porte cochère. De là il entend "le piétinement de la charge policière".

«Des gens et du sang»

Quelques mètres plus bas, Maryse Tripier entend "tout le monde crier", puis plus rien. La peur la saisit, le mouvement de la foule la précipite dans les escaliers du métro, devenus goulot d'étranglement. Elle chute.

"Il y avait les marches, quelqu'un, et moi. Et puis après beaucoup de gens au-dessus, et du sang. J'avais peur qu'ils m'étouffent". "Il va y avoir des ambulances qui vont venir à mon secours", se persuade-t-elle. "J'étais naïve, j'avais foi en les institutions".

A l'extérieur, les bidules, ces manches de pioches brandies par la police, frappent. Les gaz lacrymogènes et grilles d'arbre en fonte tombent sur les corps.

Quand le calme revient après 21h30, des dizaines de chaussures et des tâches de sang témoignent de la violence de la répression.

Maryse est extirpée des marches et se retrouve hagarde sur le quai du métro. Ce n'est que le 13 février, dans le silence des centaines de milliers de personnes réunies pour les funérailles des manifestants tués, qu'elle saisira l'ampleur du drame.

Ce 8 février, le président Charles "de Gaulle ne veut pas que l'indépendance soit arrachée par la rue, qu'elle soit algérienne ou celle du mouvement ouvrier. Maurice Papon, préfet de combat, doit tenir la rue", explique Emmanuel Blanchard, maître de conférences en sciences politiques à l'université de Versailles-Saint-Quentin.

Mais la rue se souviendra de cette brutalité.

Une mémoire rouge

"Vu le contexte d'alors, les mensonges du ministre de l'Intérieur, vers qui porter plainte ? Nous étions plus dans le politique que dans le juridique", explique Maryse Tripier qui n'attend pas de réparations, en dépit des séquelles physiques et morales.

D'autres ont intenté des actions en justice, mais les enquêtes judiciaire et administrative n'ont mené nulle part. Mme Tripier continue toutefois à réclamer la reconnaissance de ce "crime d'Etat".

Pendant des années, Charonne a occulté la répression de la manifestation d'Algériens du 17 octobre 1961 dont la mémoire "était difficile à porter car, en plus "de la dissimulation de l'Etat", elle était celle d'une "organisation clandestine, qualifiée de terroriste par l'Etat français", explique M. Blanchard.

A l'opposé, "le PCF, principal parti de l'époque, peut mobiliser la société et proposer un récit qui replace les +martyrs de Charonne+ dans le récit d'une histoire longue du mouvement ouvrier", poursuit M. Blanchard. Or, "la transition mémorielle" et "l'affaiblissement progressif de la mémoire rouge et son contre-récit" ont contribué selon lui à reléguer Charonne dans l'oubli.

Les événements du 17 octobre ont fait leur apparition dans les années 1990 dans les manuels scolaires du secondaire, à la faveur de photos, de livres ou de films dédiés, confirme Benoît Falaize, spécialiste de l'histoire de l'enseignement à Sciences Po. Depuis l'an 2000, il n'est en revanche plus fait mention de Charonne.

«Le comble de l'absurde»

A l'avant, Jacqueline perd de vue ses camarades et se retrouve coincée contre les portillons. En haut, de premières victimes tombent. Elle parvient, hagarde, à rentrer chez elle vers 21h00 : "J'ai compris le désastre en écoutant la radio...".

Pour l'historien Pierre Vidal-Naquet, disparu en 2006, "c'est le comble de l'absurde. On a du mal à comprendre cette violence de la police alors que le gouvernement est en pleine négociation avec les représentants algériens pour un accord de paix signé un mois plus tard. Et pourtant ce fut une répression d'Etat", déclarait-il 40 ans après la tragédie.

"Sans doute de Gaulle voulait-il montrer que son autorité était intacte".

Il n'avait pas non plus "intérêt à ce que le Parti communiste fasse démonstration de sa force", analysera l'historien Olivier Le Cour Grandmaison. 

Ce "massacre d'Etat", selon l'historien Alain Dewerpe, sera suivi le 13 février du rassemblement de 100 000 à 200 000 personnes pour les obsèques des victimes.

Il occultera longtemps dans la mémoire collective un autre drame sanglant, celui de la répression policière de la manifestation du 17 octobre 1961 au cours de laquelle plusieurs dizaines d'Algériens protestant à l'appel de la fédération de France du FLN contre le couvre-feu décrété par le même Maurice Papon trouvèrent la mort à Paris.

Une occultation que l'historien Gilles Manceron explique notamment par le silence imposé par les autorités françaises autour du massacre de 1961 et une mobilisation moindre de la gauche française, qui n'en était pas l'organisatrice.

Charonne 1962: le pouvoir «a laissé la bride sur le cou» à la police parisienne

Le gouvernement de Michel Debré a "laissé la bride sur le cou" à la police parisienne le 8 février 1962, conduisant à la sanglante répression d'une manifestation au métro Charonne, rappelle Jean-Marc Berlière, historien de la police.

Les policiers auteurs des violences n'ont pas été sanctionnés et le Premier ministre a même "félicité" après coup le préfet de police Maurice Papon, souligne M. Berlière.

Dans quel contexte se déroule la manifestation anti-OAS du 8 février 1962 ?

On est à la fin de la guerre d'Algérie (1954-1962), les accords d'Evian sont en train d'être négociés. L'OAS (Organisation armée secrète), hostile à la future indépendance, multiplie les attentats en janvier 1962.

Cela provoque des manifestations contre l'OAS menées par la gauche, surtout les communistes, qui donnent lieu à des affrontements de plus en plus sévères.

Du côté du gouvernement, il y a une espèce de peur panique, le Premier ministre Michel Debré et Roger Frey, le ministre de l'Intérieur, n'ont plus qu'une crainte, c'est celle de la subversion de l'OAS, qui suscite beaucoup de sympathie dans l'armée et dans la gendarmerie. On s'accroche à l’idée que la police reste finalement le dernier obstacle.

Le pouvoir laisse donc la bride sur le cou à la police parisienne et lui donne la responsabilité de régler le problème dans la rue, en semblant promettre une forme d'impunité, exactement comme ce qu'il s'est passé le 17 octobre 1961, quatre mois plus tôt (quand une manifestation pacifique d'Algériens à Paris a été réprimée dans le sang, des dizaines de morts selon les historiens, ndlr).

Qui étaient les policiers auteurs des violences qui ont fait 9 morts ? Ont-ils été sanctionnés?

Il s'agissait de la brigade d'intervention du troisième district, à la réputation détestable. Elle était composée de 80 policiers, surtout des jeunes dont la plupart venaient des pompiers de Paris, des sportifs qui n’avaient peur de rien.

C'était toujours violent traditionnellement entre la police et les communistes, notamment avec cette brigade. Elle s'était déjà illustrée méchamment le 17 octobre 1961.

Après les faits, il y a eu un début d'enquête, des auditions par leurs collègues de la police judiciaire, des convocations chez un juge d'instruction. Mais devant les protestations des intéressés et de leur chef, le juge a été promu et déplacé et tout s'est arrêté là.

Michel Debré a félicité le préfet de police, Maurice Papon - et donc en quelque sorte les policiers -, quelques jours plus tard pour sa fermeté et, en 1966, une loi a amnistié tous les faits en rapport avec la guerre d'Algérie.

Les policiers de cette brigade ont été pour la plupart mutés dans des postes et des compagnies plus attrayantes. Ils n'ont pas été décorés mais c'était quand même une espèce de gratification symbolique.

Quelles conséquences a eu ce drame pour l'action de la police ?

Curieusement, Charonne est l'une des causes d’un apaisement relatif du maintien de l’ordre par la suite.

Les violences vont continuer, elles sont récurrentes mais il y aura une espèce de réserve, l'idée qu'aucune idéologie ne peut justifier des morts de femmes, de militants. Que la cause algérienne ne valait pas la peine de s'entretuer entre Français, entre métropolitains.

L'émotion, la colère, dans les jours qui ont suivi, ont été considérables: les obsèques au Père Lachaise, la contre-manifestation place de la République les jours suivants et les articles dans la presse en attestent.

Un policier que j’avais rencontré m'a toujours dit +moi, le 17 octobre ne m’a jamais empêché de dormir, les Algériens nous tiraient dessus, c'était la guerre. Mais Charonne ça m’a traumatisé+.

Beaucoup pensent que le souvenir traumatisant de Charonne explique une relative modération en mai 1968. Ce n'est que six ans plus tard, ce sont les mêmes policiers."


Glucksmann assure être prêt à débattre avec les autres candidats de la primaire de la gauche

Raphaël Glucksmann a assuré vendredi qu'il n'avait "pas de problème" avec le fait de débattre, contrairement aux accusations de ses rivaux de la primaire de la gauche socialiste et démocratique. (AFP)
Raphaël Glucksmann a assuré vendredi qu'il n'avait "pas de problème" avec le fait de débattre, contrairement aux accusations de ses rivaux de la primaire de la gauche socialiste et démocratique. (AFP)
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  • Raphaël Glucksmann a affirmé que "quand on est de gauche, on doit faire un débat sur le service public", mais qu'il n'a "aucun problème pour débattre aussi sur des chaînes privées"
  • France Inter est par ailleurs en ébullition depuis l'annonce de l'arrivée comme éditorialiste d'un responsable du magazine Valeurs actuelles, Charles Sapin

PARIS: Raphaël Glucksmann a assuré vendredi qu'il n'avait "pas de problème" avec le fait de débattre, contrairement aux accusations de ses rivaux de la primaire de la gauche socialiste et démocratique.

Le candidat du petit parti Place publique défend la tenue d'un seul débat télévisé sur le service public, alors que ses rivaux socialistes en réclament trois et lui reprochent d'avoir "peur" de débattre.

Raphaël Glucksmann a expliqué sur BFMTV/RMC qu'il veut que leur débat ait "le maximum d'exposition", ce que le rendez-vous unique proposé par France Télévisions et France Inter assurerait selon lui.

"Ensuite s'il y a un accord entre les chaînes, s'il n'y a pas d'exclusivité, moi j'ai pas de problème à faire des débats, c'est pas la question, on verra, on négociera", a-t-il dit.

Le débat sur le service public est prévu le 6 octobre, tandis que les deux autres évoqués pourraient avoir lieu le 16 septembre sur TF1 et le 29 septembre sur BFMTV.

Raphaël Glucksmann a affirmé que "quand on est de gauche, on doit faire un débat sur le service public", mais qu'il n'a "aucun problème pour débattre aussi sur des chaînes privées".

"Le service public est attaqué aujourd'hui, en permanence", a-t-il dit.

France Inter est par ailleurs en ébullition depuis l'annonce de l'arrivée comme éditorialiste d'un responsable du magazine Valeurs actuelles, Charles Sapin.

Questionné à ce sujet, Raphaël Glucksmann a répondu que Valeurs actuelles "participe à l'offensive de l'extrême droite" mais qu'il n'a pas à "commenter" les choix éditoriaux du service public.

Celui-ci est "indépendant" et n'est "pas à nos ordres", a-t-il dit.

"Il faut des éditorialistes de droite sur le service public, je pense qu'il y en a plein d'ailleurs. J'écoute le service public et je peux vous dire que je ne suis pas toujours d'accord avec leurs éditorialistes", a déclaré le candidat.


Après la tapisserie de Bayeux, premier entretien Burnham-Macron pour "renforcer" les relations

Le Premier ministre britannique Andy Burnham (à droite) serre la main du président français Emmanuel Macron lors de leur rencontre pour des discussions bilatérales au 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 3 septembre 2026. (AFP)
Le Premier ministre britannique Andy Burnham (à droite) serre la main du président français Emmanuel Macron lors de leur rencontre pour des discussions bilatérales au 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 3 septembre 2026. (AFP)
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  • Emmanuel Macron et Andy Burnham veulent renforcer le partenariat franco-britannique, notamment sur l’Ukraine, la coopération avec l’UE et la lutte contre les traversées de la Manche
  • Malgré cette volonté de rapprochement, des divergences persistent sur les relations post-Brexit et les questions commerciales, tandis que les deux dirigeants veulent aussi défendre les institutions démocratiques face à la montée des extrêmes

LONDRES: Le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham et le président français Emmanuel Macron ont affiché jeudi à Londres leur volonté de "renforcer" les relations entre le Royaume-Uni et la France, mais aussi l'Union européenne, au lendemain d'une première rencontre autour de la tapisserie de Bayeux.

Le prêt au British Museum pour un an de cette broderie millénaire, décrivant la conquête de l'Angleterre en l'an 1066 par Guillaume le Conquérant, "montre ce que notre collaboration peut permettre de réaliser", a souligné le chef de gouvernement travailliste au début de l'entretien, soulignant qu'Emmanuel Macron était le premier dirigeant étranger qu'il accueillait au 10, Downing Street.

Aux côtés de celui qu'il a décrit comme le "plus proche voisin" de son pays et un "ami très important", Andy Burnham a aussi évoqué un bilan positif de leur coopération "sur l'Ukraine", sur la lutte contre les traversées de la Manche par des migrants à bord de petites embarcations, et "sur le renforcement de la relation entre le Royaume-Uni et l'UE".

Emmanuel Macron a lui assuré avoir "la volonté et l'engagement de nous rapprocher encore davantage".

- "Sujets difficiles" -

A l'issue d'un déjeuner en présence de leurs épouses et avant de quitter Londres, le président français a salué une "très bonne discussion".

A l'approche d'un sommet crucial entre l'UE et le Royaume-Uni attendu d'ici la fin de l'année, ce rapprochement était en haut de l'agenda de cette première rencontre.

Interrogé mercredi soir par des journalistes, le Premier ministre britannique avait estimé que "dix ans après le Brexit, les gens ici en ont assez des divisions. Ils voient que nous devons travailler plus étroitement ensemble".

Il a toutefois souligné qu'il y avait des "sujets difficiles" sur lesquels il espérait "trouver ensemble un moyen de surmonter" les obstacles, citant le plan de l'UE pour soutenir l'industrie "made in Europe", qui pourrait selon lui avoir des "répercussions sur l'industrie sidérurgique" britannique.

"Même si nous ne sommes pas toujours d'accord sur tout, nous nous respectons (...) et restons ouverts à la discussion sur tous les sujets, y compris la relance des relations entre le Royaume-Uni et l'Union européenne", avait de son côté commenté Emmanuel Macron dans son discours au British Museum.

Paris veut éviter que Londres fasse du "cherry-picking", autrement dit que les Britanniques ne retiennent du marché intérieur européen que ce qui les avantage.

La lutte contre l'arrivée de migrants sur de petites embarcations via la Manche est également un sujet prioritaire pour Londres.

Le gouvernement britannique, qui a enregistré cet été le nombre le plus bas d'arrivées de migrants depuis 2019, a salué le succès de son accord de coopération avec la France, reconduit pour trois ans en avril, et Andy Burnham a plaidé pour "accomplir davantage encore".

- Méga-canots -

Afin d'empêcher la traversée de "méga-canots", comme celui qui a récemment transporté 230 personnes, une équipe de 45 agents doit prochainement être déployée sur les côtes du nord-ouest de la France, soit "un quasi-triplement" des moyens dans cette zone, a fait savoir Downing Street dans un communiqué.

Autre sujet au menu: le renforcement de l'aide à l'Ukraine à un moment où les attaques russes de drones et de missiles balistiques s'intensifient et font un nombre croissant de victimes civiles.

Andy Burnham a effectué le 24 août sa première visite à Kiev, pour une réunion de la Coalition des volontaires, le groupe de pays qui soutiennent l'Ukraine, que le Royaume-Uni codirige avec la France.

Lors de ce premier entretien, qui se tenait à la veille d'une rencontre entre Jordan Bardella du Rassemblement National et Nigel Farage du parti anti-immigration Reform UK, Emmanuel Macron et Andy Burnham ont aussi évoqué "la montée des extrêmes" dans leurs pays, soulignant leur "intérêt commun" à montrer que des institutions démocratiques modérées peuvent répondre aux problèmes de leurs concitoyens, selon une source diplomatique.

Pendant sa visite au British Museum mercredi soir, le président français, qui quittera l'Élysée en mai, a dit espérer que son pays et le Royaume-Uni puissent "tisser un lien aussi étroit que les fils" de la tapisserie.

Le roi Charles III, accompagné de la reine Camilla, a quant à lui salué un prêt qui constitue "un précieux symbole de confiance".


Présidentielle: Hollande fait ses propositions pour séduire jusqu'au centre

Il propose un projet pour "unir" la France mais refuse pour l'instant de se déclarer candidat: François Hollande égrène dans son nouveau livre près d'une centaine de propositions, dont certaines, à contre-courant du programme des socialistes, semblent destinées à séduire jusqu'au centre. (AFP)
Il propose un projet pour "unir" la France mais refuse pour l'instant de se déclarer candidat: François Hollande égrène dans son nouveau livre près d'une centaine de propositions, dont certaines, à contre-courant du programme des socialistes, semblent destinées à séduire jusqu'au centre. (AFP)
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  • Dans "Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche" (Robert Laffont), l'ancien président, qui avait renoncé à se représenter en 2017 au vu de sa très forte impopularité à la fin de son quinquennat, estime qu'il faut "changer de méthode"
  • Il ne dira ses intentions qu'en décembre et refuse en attendant de participer à la primaire de la gauche, espérant se poser en recours si le vainqueur de ce processus de départage s'effondre

PARIS: Il propose un projet pour "unir" la France mais refuse pour l'instant de se déclarer candidat: François Hollande égrène dans son nouveau livre près d'une centaine de propositions, dont certaines, à contre-courant du programme des socialistes, semblent destinées à séduire jusqu'au centre.

Dans "Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche" (Robert Laffont), l'ancien président, qui avait renoncé à se représenter en 2017 au vu de sa très forte impopularité à la fin de son quinquennat, estime qu'il faut "changer de méthode, de perspectives et d'ambition".

Il ne dira ses intentions qu'en décembre et refuse en attendant de participer à la primaire de la gauche, espérant se poser en recours si le vainqueur de ce processus de départage s'effondre.

Mais "si émettre des idées, c'est être en campagne", alors "oui", il est en campagne, a-t-il concédé jeudi, à la foire de Châlons-en-Champagne (Marne).

Le député de Corrèze, qui a débattu récemment avec le candidat d'Horizons Edouard Philippe et a fait une apparition aux journées d'été du PS à Blois, sera la semaine prochaine à la fête de la rose de Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire), avant d'enchaîner les séances de dédicaces de son livre.

"L'enjeu, c'est d'unir les Français", face à la bipolarisation de la société entre "des extrêmes qui jouent la division" et une situation internationale tendue, où la France doit affirmer son indépendance vis-à-vis des États-Unis et de la Russie, a-t-il expliqué mercredi.

Pour cela, "il va falloir aller au-delà des formations politiques", a-t-il glissé à Blois. Celui qui théorise la nécessité de "l'union sacrée des démocrates" et préconise d'aller chercher dès le premier tour les électeurs du centre au moment où la macronie est en fin de règne, assure ne pas vouloir proposer du "Hollande 2012" réchauffé.

Sur certains points, il se place même à rebours de son parti, comme sur la taxe Zucman pour les ultra-riches, devenue à ses yeux "un slogan. Pas une réponse" ou sur les retraites.

"Candidat de centre-droit" 

Alors que le PS veut revenir à un âge légal de départ à 62 ans, il propose de le fixer à 63 ans puis d'allonger progressivement la durée de cotisation.

"L'âge pivot doit tenir compte de l'allongement de l'espérance de vie et être corrigé en permanence", a-t-il justifié.

L'ex-chef de l'Etat veut aussi "limiter à 1% pendant cinq ans l'indexation des pensions, ce qui procurerait un gain équivalent au report d'un an de l'âge de départ", et "ajouter une part de capitalisation", qui serait contrôlée par les partenaires sociaux.

De quoi faire bondir le patron des socialistes Olivier Faure: "Vous ne me trouverez pas aux côtés de ceux qui défendent ce modèle", a-t-il déclaré à Blois.

Autre nouveauté sur le plan économique, pour améliorer la feuille de paie, François Hollande suggère d'"augmenter le salaire net en diminuant les cotisations salariales". Cette perte de recettes pour la sécurité sociale serait alors compensée par un prélèvement sur le capital, via une "progressivité de la taxe sur les revenus financiers" et "un relèvement progressif de 20 à 24% du taux normal de la TVA", pourtant considérée par Olivier Faure comme "l'impôt le plus injuste".

Il estime que ce nouveau système permettrait de "relever les salaires d'environ 10% pour tous".

Et pour faire passer l'amère pilule, il propose de supprimer la TVA réduite à 5,5 %, qui s'applique sur les produits alimentaires et les travaux énergétiques, et de faire de même, mais de façon ponctuelle, pour les carburants.

Il souhaite aussi réduire les impôts de production en diminuant les aides aux entreprises, comme le propose Édouard Philippe.

De quoi séduire les centristes? François Hollande "articule des idées qui sont plus compatibles qu'elles ne l'étaient" auparavant, a reconnu le président du MoDem François Bayrou.

"On a l'impression que c'est un candidat de centre-droit. C'est un positionnement intéressant", note un cadre Horizons, tandis qu'un candidat à l'élection présidentielle constate qu'il "parle quand même très à droite pour un candidat de gauche".

"Je suis socialiste", répond l'ancien président, qui garde des marqueurs de gauche: il prévoit de "mettre à contribution les gros héritages et les patrimoines supérieurs à 10 millions d'euros brut", de porter à 30% la représentation des salariés dans les conseils d'administration des entreprises, ou de mettre en place un chèque de 10.000 euros baptisé "entrée dans la vie", pour les jeunes qui effectueront le service civique.