Pour le Premier ministre Kurti, les musulmans qui ne reconnaissent pas le Kosovo commettent une grave erreur

Kurti, vu ici dans son bureau de Pristina en train d'être interviewé par le rédacteur en chef d'Arab News, Faisal J. Abbas, a déclaré que les attaques des Houthis contre l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis étaient des "actions terroristes". (AN Photo/Ziad Alarfaj)
Kurti, vu ici dans son bureau de Pristina en train d'être interviewé par le rédacteur en chef d'Arab News, Faisal J. Abbas, a déclaré que les attaques des Houthis contre l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis étaient des "actions terroristes". (AN Photo/Ziad Alarfaj)
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Publié le Jeudi 17 février 2022

Pour le Premier ministre Kurti, les musulmans qui ne reconnaissent pas le Kosovo commettent une grave erreur

  • «L’escalade Russie-Ukraine pourrait rendre la Serbie plus agressive, mais nous n’avons pas peur»
  • «Les attaques des Houthis visant l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont des actes terroristes»

PRISTINA: Il y a quatorze ans, la République du Kosovo a déclaré son indépendance et est devenue, à l’époque, le plus récent pays du monde. Soutenu par son principal allié, les États-Unis, et protégé par la présence de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan), mandatée par l’Organisation des nations unies (ONU), le Kosovo entame sa quinzième année d’indépendance en faisant face à plusieurs défis, ainsi qu’à des dangers évidents et présents.

En dépit de l’appui de certains des États les plus grands et les plus influents du monde, le Kosovo ne fait toujours pas partie de l’ONU et il n’est reconnu que par moins de cent des cent quatre-vingt-treize États membres.
De même, bien que ce pays se situe au cœur de l’Europe et bénéficie d’un soutien considérable de la part de l’Union européenne (UE), il n’est toujours pas membre de l’UE et les Kosovars ne peuvent toujours pas voyager sans visa en Europe.
La cause principale de la plupart des problèmes du Kosovo est le désaccord ancien et profondément ancré avec son voisin du nord, la Serbie. Les deux pays faisaient partie de l’ancienne Yougoslavie et, après son effondrement, ils ont participé à une décennie sanglante dans les Balkans au cours des années 1990.

La Serbie refuse de reconnaître le Kosovo ou de présenter ses excuses pour les atrocités commises durant la guerre de 1998-1999 qui n’a pris fin qu’avec l’intervention de l’Otan. Bien entendu, le statu quo et la non-reconnaissance mutuelle empêchent les deux pays d’adhérer à l’UE, où cinq pays ne reconnaissent toujours pas le Kosovo.
Les précédents dirigeants kosovars ont tenté d’engager un dialogue avec la Serbie. Cependant, depuis son entrée en fonction en mars 2021, le Premier ministre actuel, Albin Kurti, a signalé à plusieurs reprises que les pourparlers avec Belgrade n’étaient pas une priorité.

Le Kosovo en bref

* Kosovo se traduit par «champ des merles» en serbe
* C’est la seconde nation la plus récente dans le monde
* Le pays a déclaré son indépendance vis-à-vis de la Serbie le 17 février 2008
* Plus de 40 % de la population a moins de 25 ans
* Le Kosovo occupe une surface de 10 887 km2
* Les langues les plus parlées y sont l’albanais et le serbe
* La majorité de la population est de confession musulmane

«Nous ne voulions donc pas négliger le dialogue avec la Serbie, mais il ne peut pas être notre seule priorité. Lorsque ce gouvernement a été formé, j’ai dit que les emplois, la justice et la lutte contre la pandémie de Covid-19 étaient nos trois priorités. La quatrième priorité pourrait être le dialogue avec la Serbie», indique-t-il à Arab News lors d’une interview dans son bureau à Pristina.
«Ce dialogue que nous abordons de manière constructive et créative avec différentes propositions est un dialogue sur le statut des relations entre le Kosovo et la Serbie. Le Kosovo et la Serbie ne se reconnaissent pas mutuellement. La solution est donc la reconnaissance mutuelle.»

Pourtant, d’autres éléments compliquent encore la possibilité d’une normalisation et d’une adhésion mutuelle à l’UE. Pour commencer, il y a le spectre du passé. Quelques mois après son élection, M. Kurti a parlé de relancer les projets visant à poursuivre la Serbie pour génocide devant un tribunal international et il a rejeté certains appels occidentaux en faveur du vote de sa minorité serbe lors d’un référendum serbe, que Pristina considère comme «inconstitutionnel».
L’autre aspect est que les responsables kosovars accusent ouvertement leurs homologues serbes d’être bien plus intéressés par la perspective de faire partie de l’orbite russe plutôt que de l’orbite européenne.
«La Serbie entretient des relations culturelles, historiques et militaires étroites avec Moscou», affirme M. Kurti. Interrogé sur l’impact que les relations étroites entre Belgrade et Moscou pourraient avoir sur son pays si une guerre éclatait entre la Russie et l’Ukraine, M. Kurti répond que cela pourrait pousser la Serbie à devenir «plus agressive», et que Pristina «suit la situation de très près, mais nous n’avons pas peur».

Malgré cette assurance affichée, un certain nombre d’opposants aux récentes décisions de la politique étrangère américaine estiment que le Kosovo a plusieurs raisons de s’inquiéter, étant donné que pour beaucoup de ses alliés et amis, ni Washington ni l’Otan ne se sont révélés être des amis dans le besoin ces dernières années.

Je pense que le peuple du Kosovo, mais aussi celui des Balkans et de l’Europe, devrait être mieux au fait des réformes et du progrès en cours en Arabie saoudite. Nous voulons renforcer notre coopération avec ce pays. C’est une nation très riche, autant en culture et en histoire qu’en ressources économiques.

Albin Kurti

En Ukraine, les «lignes rouges» de l’ancien président américain, Barack Obama, n’ont guère dissuadé la Russie de s’emparer de la Crimée en 2014. Plus récemment, dans le cadre du recentrage de l’actuelle administration Biden sur la cessation des «guerres éternelles», le monde a vu des images douloureuses d’Afghans cherchant désespérément à s’échapper de l’aéroport de Kaboul après que Washington a accepté de rendre l’Afghanistan aux talibans, vingt ans après avoir mené une guerre pour apporter la démocratie au pays et mettre fin au règne du même groupe extrémiste.

Toutefois, M. Kurti est fermement convaincu que l’Otan est au Kosovo pour y rester, et que si la situation se dégrade, les Kosovars sont capables de se défendre. «Je pense que le Kosovo compte des personnes exceptionnelles, dotées d’une grande volonté et d’un grand courage, d’une part. D’autre part, je pense que nos forces de défense et de sécurité et l’Otan, notamment les États-Unis, ne sont pas près de partir», affirme-t-il. «Nous sommes certains que nous serons victorieux dans n’importe quelle sorte de crise future qui pourrait se produire, mais que nous ne voulons pas avoir.»

En effet, M. Kurti est tellement convaincu de l’engagement de l’Otan envers son pays qu’il estime qu’il est plus probable que son pays, le Kosovo, rejoigne l’alliance en tant que membre à part entière bien avant qu’il n’obtienne le statut de membre de l’UE.
«Je pense que c’est le cas pour deux raisons. Premièrement, dans l’UE, cinq pays sur vingt-sept ne reconnaissent pas le Kosovo, alors que dans l’Otan, il y en a quatre sur trente. Donc un pays de moins qui ne reconnaît pas le Kosovo dans l’Otan par rapport à l’UE», explique-t-il.
«De plus, les critères et les normes à respecter pour adhérer à l’Otan ne sont pas aussi complexes que pour adhérer à l’UE. Il est donc réaliste de s’attendre à ce que nous adhérions d’abord à l’Otan, puis à l’UE.»
En outre, l’Otan n’exige pas que ses membres soient des États membres de l’ONU ou de l’UE. Ainsi, si Pristina parvient à convaincre l’Espagne, la Grèce, la Roumanie et la Slovaquie, la vision du Premier ministre pourrait devenir réalité dans les prochaines années, estiment les observateurs.

Relations avec le monde musulman

Si les membres de l’UE qui ne reconnaissent pas le Kosovo soutiennent qu’ils ne veulent pas encourager les mouvements séparatistes dans leur pays, il est remarquable qu’à l'heure actuelle, un peu plus de la moitié seulement des membres de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) reconnaissent le Kosovo, un pays à majorité musulmane. Les pays musulmans modérés, comme l’Arabie saoudite, qui est une puissance régionale, et les Émirats arabes unis (EAU), sont en tête des pays qui reconnaissent le Kosovo.

Mais que pense le Premier ministre kosovar des autres pays musulmans qui ne reconnaissent pas le Kosovo, en particulier un grand pays islamique comme l’Iran?

«Nous pensons que le refus de certains pays à majorité musulmane de reconnaître le Kosovo est une grave erreur. Je crois qu’ils ont été mal informés par la Serbie. Et certains d’entre eux adoptent cette position parce qu’ils entretiennent des liens étroits avec la Fédération de Russie.»
«Cependant, je demande instamment à tous les pays du monde, dans l’intérêt de la paix à long terme, de la sécurité durable et de la reconnaissance des droits des peuples à la liberté et à l’autodétermination, de reconnaître l’indépendance du Kosovo. D’une certaine manière, ceux qui ne reconnaissent pas l’indépendance du Kosovo, avec ou sans intention, tombent dans le piège du soutien à la Serbie du temps des milices qui ont commis un génocide au Kosovo.»

Autre paradoxe, la non-reconnaissance du pays par l’Autorité palestinienne. On pourrait penser que les représentants d’un peuple qui se bat depuis sept décennies contre l’occupation illégale de son territoire par Israël seraient parmi les premiers à reconnaître le Kosovo.
Cela étant, l’ex-dirigeant de l’Autorité, Yasser Arafat, avait été longuement critiqué pour ses liens étroits avec le président serbe de l’époque, Slobodan Milosevic.
Même si Israël et le Kosovo ne se sont formellement mutuellement reconnus que l’année dernière, la politique de Tel-Aviv n’a jamais été hostile à ce pays. Avant même cette reconnaissance, orchestrée par l’administration Trump, Israël avait soutenu l’inclusion du Kosovo aux programmes du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale.

kurti
Kurti, vu ici dans son bureau de Pristina en train d'être interviewé par le rédacteur en chef d'Arab News, Faisal J. Abbas, a déclaré que les attaques des Houthis contre l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis étaient des "actions terroristes". (AN Photo/Ziad Alarfaj)

L’annonce de la reconnaissance par le Kosovo de Jérusalem comme capitale d’Israël a choqué de nombreux pays musulmans, très sensibles à la question.

Sachant cela, quel sentiment règne-t-il à Pristina concernant l’Autorité palestinienne et la cause de son peuple? «Je pense que, de la même façon que nous sommes conscients des souffrances du peuple palestinien, ces derniers ne devraient pas négliger celles qu’endurent les Albanais du Kosovo, qui ont survécu au génocide commis par la Serbie», répond M. Kurti.
La reconnaissance de Jérusalem s’est-elle faite en riposte à la position palestinienne vis-à-vis du Kosovo? Le Premier ministre dément tout lien existant entre ces deux aspects.
«Ça n’a rien à voir avec notre position envers le peuple palestinien et sa cause. Nous souhaitons entretenir de bonnes relations avec la Palestine et avec l’Autorité palestinienne.»

L’année dernière, le Kosovo s’est joint à plusieurs pays arabes et musulmans pour qualifier la milice libanaise du Hezbollah, affiliée à l’Iran, d’«organisation terroriste». Interrogé sur les prémices de cette décision, Albin Kurti répond qu’il «n’est pas difficile de reconnaître les terroristes et les extrémistes violents».
«En accord avec nos valeurs et nos idéaux, sur lesquels nous bâtissons notre nation et avec lesquels nous guidons nos générations futures, nous avons pris cette décision et nous faisons partie d’une coalition globale qui lutte contre les terroristes», ajoute-t-il.

«Nous condamnons ainsi toutes les attaques et les actions du Hezbollah, mais aussi celles de Daech.» Au sujet des attaques houthies récentes sur Abu Dhabi et sur plusieurs positions en Arabie saoudite, M. Kurti se déclare horrifié par les images de ces attaques récemment conduites contre ces deux pays, qualifiant ces événements d’«intolérables». Suffisamment pour qu’il pense que les Houthis doivent être considérés comme des terroristes? «Oui, je pense que toutes les attaques visant des civils sont des actes terroristes.»

Le Kosovo (comme la Bosnie) a vu nombre de ses citoyens partir rejoindre Daech il y a quelques années. Le Premier ministre du pays n’a cependant aucune tolérance pour l’idéologie extrémiste.
«Plusieurs centaines de personnes venant du Kosovo ont malheureusement participé à ces guerres absolutistes. Certains n’en sont jamais revenus, et pour ceux qui sont impliqués, nous avons mis en place des programmes de réhabilitation. Parmi eux, plusieurs purgent également des peines de prison», explique Albin Kurti.
«Il y a eu de la manipulation de la part de certains individus. Je peux imaginer que du fait de leur manque d’éducation, du fait que certains étaient chômeurs ou en état de misère sociale, nous devons faire preuve de compréhension dans cette situation. Ce qui ne nous empêchera jamais de condamner fermement l’extrémisme violent.»

La «kurtinomie» et la Vision 2030 saoudienne

Au début de l’interview, M. Kurti a félicité les dirigeants et le peuple saoudiens en amont du «Jour de la fondation», récemment mis en place, et qui sera célébré chaque 22 février.
Au fur et à mesure de l’évolution de la discussion, le Premier ministre semble de plus en plus au courant des derniers développements qui ont lieu en Arabie saoudite.

«Je pense que le peuple du Kosovo, mais aussi celui des Balkans et de l’Europe, devrait être mieux au fait des réformes et du progrès en cours en Arabie saoudite. Nous voulons renforcer notre coopération avec ce pays. C’est une nation très riche, tant sur le plan culturel qu’historique, qu’en ressources économiques.»

Les réformes auxquelles Albin Kurti fait référence sont, bien sûr, celles mises en place par le prince héritier, Mohammed ben Salmane, dans l’optique de sa Vision 2030. De la diversification de son économie, pour s’écarter de sa dépendance au pétrole, à la création d’emplois pour sa jeunesse qui forme la majorité de sa population. Sans oublier les libertés sociales nouvelles et les réformes religieuses, inimaginables auparavant, et sa lutte incessante contre la corruption.

Pour sa part, le parti de M. Kurti a remporté l’élection au Kosovo l’année dernière avec un programme basé sur l’emploi et la justice, focalisé sur la création d’opportunités nouvelles pour les femmes et la jeunesse et une promesse de tenir tête à la corruption.

Il ne suffit pas de ne pas être corrompu, il faut être incorruptible. Là-dessus je pense que notre gouvernement est composé de ministres bien éduqués, de bons professionnels – des gens qui ne font pas de politique pour s’enrichir.

Albin Kurti

Il voit dans cette ressemblance l’occasion pour les deux pays de collaborer davantage, invitant Riyad à en profiter pour investir massivement au Kosovo.
«Avec notre gouvernement, nous luttons contre la corruption, pour laquelle nous n’avons aucune tolérance. Nous faisons également croître notre économie. Nos exportations ont augmenté de deux tiers l’année dernière par rapport à la précédente. Les recettes budgétaires ont augmenté d’un tiers. Notre volume d’affaires s’est également accru, tandis que l’investissement étranger direct a augmenté de plus de 50 %. Ces chiffres montrent que le Kosovo progresse. Et la meilleure façon de progresser davantage et d’investir dans les avancées déjà existantes.»

Quel est le secret de cette «kurtinomie»? Selon l’homme qui guide les réformes en cours, il s’agit de donner aux gens l’espoir et les raisons de croire dans ce programme. «Lorsque les gens ont de l’espoir, ils ont plus tendance à consommer plutôt qu’à épargner, si tant est que notre économie soit croissante. De la même façon, s’ils voient que leur gouvernement n’est pas corrompu, ils seront plus enclins à payer leurs impôts et leurs autres contributions. C’est pourquoi les recettes budgétaires de l’imposition au Kosovo ont augmenté d’un tiers sans que l’on change de politique fiscale.»
«Il s’agit également de rappeler que l’administration en charge des taxes fait preuve d’une meilleure discipline qu’autrefois. Combattre le crime et la corruption flatte non seulement les valeurs du peuple, mais aussi la santé de notre économie. De plus, notre diaspora, qui est importante notamment dans la partie germanophone de l’Europe, a transféré plus de fonds vers le pays qu’autrefois.»

«Nous avons en outre établi un tribunal commercial. Cela nous permettra de développer un bon environnement pour les affaires. Le Kosovo utilise l’euro comme devise et sa population est très jeune. L’âge moyen y est de 30 ans, même si notre peuple est ancien. Nous sommes situés au cœur des Balkans, à proximité des marchés européens. Le Kosovo est aussi un pays qui n’oublie pas ses amis et qui souhaite entretenir de bonnes relations avec toutes les nations éprises de paix dans le monde.»

Au sujet de la lutte contre la corruption, M. Kurti admet que son gouvernement a fort à faire. «La corruption au Kosovo était élevée dans le passé et n’a pas été complètement éradiquée. Elle était cependant assez concentrée dans les strates supérieures de la société, et elle n’a pas vraiment ruisselé vers le bas.» Cette concentration, «nous y avons mis un terme précisément à ce niveau, avec le changement de gouvernement à la suite d’élections démocratiques. Mais il ne suffit pas de ne pas être corrompu, il faut être incorruptible. Sur ce point, j’estime que notre gouvernement est composé de ministres bien éduqués, de bons professionnels – des gens qui ne font pas de politique pour s’enrichir. Nous y croyons et nous le disons à nos amis et activistes: ceux qui souhaitent s’enrichir peuvent tenter leur chance dans le privé. Au sein du service public et des institutions de l’État, on est tenus de servir. Notre vocation est donc de servir, à l’aide de nos compétences et de nos connaissances.»

Quant aux opportunités futures? Albin Kurti cite le secteur de la technologie de communication et d’information (TCI), ceux du traitement du bois et du métal et les secteurs de l’agriculture et des énergies renouvelables. En tant que Premier ministre, il dit avoir hâte de s’engager pleinement dans la promotion de ces aspects de l’économie.


Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Téhéran promet de venger l'attaque meurtrière contre un mariage, Washington annonce une enquête

Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
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  • Les tensions entre les États-Unis et l’Iran reprennent dans le Golfe, avec de nouvelles frappes iraniennes contre des positions militaires américaines
  • Téhéran accuse Washington d’une frappe ayant tué quatre personnes lors d’un mariage. Les États-Unis enquêtent mais se disent sceptiques

TEHERAN: L'Iran a de nouveau visé jeudi des cibles militaires américaines dans le Golfe, jurant de venger l'attaque qui a tué quatre personnes lors d'un mariage mardi soir, frappe pour laquelle Washington a annoncé une enquête.

Les Etats-Unis, qui ne s'étaient jusqu'ici pas exprimés officiellement sur cette attaque, mènent "une enquête approfondie", a indiqué devant la presse le vice-président américain JD Vance, tout en se disant "sceptique".

"Je dirais que les médias d'Etat iraniens n'ont pas vraiment rendu compte de manière fiable de ce qui s'est passé dans ce conflit jusqu'à présent, je suis donc extrêmement sceptique à ce sujet", a-t-il déclaré.

Après un mois d'accalmie, les affrontements entre Washington et Téhéran ont repris dimanche à l'initiative de l'armée américaine, qui a dit vouloir empêcher des roquettes chargées de mines marines d'être tirées dans le stratégique détroit d'Ormuz.

Téhéran a répondu en ciblant ses voisins du Golfe, comme depuis le début du conflit déclenché par une offensive américano-israélienne fin février.

Pour autant, le vice-président américain s'est refusé de parler d'"une guerre", alors que le conflit est un sujet de mécontentement pour les électeurs américains à l'approche des élections législatives de novembre.

"Je n'appellerais pas ça une guerre. En ce moment, il n'y a pas d'échange de tirs", a-t-il dit.

- Vidéos partagées -

La frappe ayant ciblé un mariage, imputée par l'Iran aux Etats-Unis, s'est produite dans le district de Sirik (sud-est), et a également blessé près de 70 personnes.

Les vidéos montrant des décorations de fêtes au milieu de débris et de taches de sang ont été largement partagées en Iran. Le New York Times, qui a analysé les témoignages et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et interrogé des experts militaires, affirme qu'il s'agissait bien d'une frappe américaine.

"Le sang pur de ces martyrs (...) ne restera pas impuni et sera certainement vengé", a assuré jeudi Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution, puissante armée idéologique iranienne.

Au total dans la nuit de mardi à mercredi, au moins 19 personnes dont sept membres des forces armées ont été tuées lors de bombardements en Iran, l'un des bilans les plus élevés de ces derniers mois.

L'Iran a aussi annoncé jeudi la mort de six membres de sa marine dans des frappes américaines, sans qu'on sache s'ils comptaient parmi les 19 personnes tuées.

Jeudi, son armée a notamment visé des "hangars d'avions de combat de l'armée terroriste américaine dans la base aérienne Ahmad al-Jaber au Koweït", selon un communiqué militaire.

Aux Emirats arabes unis, ce sont les systèmes radar américains qui ont été visés sur la base aérienne al-Minhad, d'après la même source.

Le Koweït a dénoncé une "ignoble agression". Les Emirats n'ont pas confirmé avoir été ciblés, et on ne connaît pas l'étendue d'éventuels dégâts.

- "A tout moment" -

Le même scénario se répète depuis le début de la guerre, tandis que les négociations pour y mettre fin restent dans l'impasse.

Au cœur du conflit, le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures que l'Iran verrouille désormais depuis des mois.

Les Etats-Unis appliquent en représailles un blocus naval sur les ports iraniens. Jeudi, JD Vance a affirmé que le passage de pétrole et de gaz avait "presque" retrouvé ses niveaux d'avant-guerre dans le détroit.

Washington n'a de son côté pas bombardé l'Iran ces dernières heures, même si Donald Trump a averti que les Etats-Unis restaient prêts à frapper "à tout moment".

Alors que Donald Trump peine à trouver une issue à ce conflit impopulaire et coûteux, l'administration américaine mise aussi sur la pression économique, avec par exemple l'annonce de divers nouvelles sanctions à venir contre les partenaires commerciaux de Téhéran.

Les cours du pétrole sont repartis à la hausse ces derniers jours du fait du regain de violences, le Brent, référence mondiale, évoluant au-dessus de 95 dollars.

Les investisseurs restent sceptiques "quant à une normalisation prochaine des flux énergétiques transitant par le détroit d'Ormuz", observe Jim Reid, économiste pour la Deutsche Bank.


Israël se dit prêt à répondre «avec force» à toute attaque iranienne

Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
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  • Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment"
  • "Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi

JERUSALEM: Israël s'est dit mercredi prêt à riposter "avec force" à une éventuelle attaque iranienne, en pleine reprise des hostilités entre Téhéran et Washington.

Israël a lancé la guerre au Moyen-Orient aux côtés des Etats-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire après la signature d'un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran en avril, même lorsque que celui-ci a volé en éclats avec de nouveaux affrontements.

Mercredi, l'Iran a mené des frappes sur plusieurs pays de la région en réponse à des bombardements américains.

"Pour le moment, (les Iraniens) mènent des frappes dans toute la région, sauf sur nous. Mais il est possible qu'ils nous attaquent et nous y sommes préparés", a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz, lors d'une conférence organisée par le média israélien Ynet.

Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment".

"Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi.

M. Katz a de son côté également avancé que les avions militaires israéliens étaient "prêts à décoller", et affirmé que les Iraniens "aimaient bien attaquer lors des fêtes juives".

Israël a plusieurs fois fait face dans son histoire à des attaques lors de fêtes juives - mais pas de la part de l'Iran - un souvenir qui affleure à chaque fois qu'approchent des périodes fériées.

C'est le cas par exemple de la guerre du Kippour en 1973, déclenchée par une attaque surprise de l'Egypte et de la Syrie le jour de Yom Kippour. Ou de l'attaque sans précédent menée par le Hamas palestinien le 7 octobre 2023, jour de Shabbat et de la fête juive de Simchat Torah.

Les fêtes juives d'automne commenceront à la tombée de la nuit le 11 septembre avec Rosh Hashana, le Nouvel An juif, suivi de Yom Kippour du 20 au 21 septembre et de Souccot à partir du 25 septembre.

L'activité ralentit considérablement en Israël pendant cette période, mais l'armée et les forces de sécurité restent traditionnellement très mobilisées.


Allemagne: ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat près d'une centrale thermique

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
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  • "Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte"
  • Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage"

BERLIN: La police allemande a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat mardi contre un poste électrique près d'une centrale thermique à Jänschwalde (est), qui a endommagé plusieurs lignes électriques et provoqué une brève interruption de l'alimentation.

"Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte", a indiqué la préfecture de police du Land de Brandebourg à Potsdam.

Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage".

Lors d'une conférence de presse donnée mercredi à Düsseldorf (ouest), le ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, Herbert Reul, a déclaré qu'il existait "un soupçon initial de sabotage dirigé contre l'ordre constitutionnel".

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche", a ajouté M. Reul.