L'immigration, débat star de la campagne présidentielle

La police sécurise la zone lors d'une opération d'évacuation d'un camp de migrants de fortune installé sous un tunnel piétonnier passant sous le périphérique entre Paris et la banlieue nord-est du Pré Saint Gervais tôt le 10 décembre 2021. (Christophe Archambault/AFP)
La police sécurise la zone lors d'une opération d'évacuation d'un camp de migrants de fortune installé sous un tunnel piétonnier passant sous le périphérique entre Paris et la banlieue nord-est du Pré Saint Gervais tôt le 10 décembre 2021. (Christophe Archambault/AFP)
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Publié le Mardi 22 février 2022

L'immigration, débat star de la campagne présidentielle

  • Si l'ampleur prise par le sujet interpelle, les spécialistes s'accordent à dire que le thème, lui, est un grand classique des scrutins présidentiels
  • Depuis 125 ans au moins, l'immigration provoque des poussées de fièvre politique

PARIS : A droite et à l'extrême droite, le sujet migratoire est omniprésent dans la campagne présidentielle. Une place démesurée dans le débat, au regard des chiffres, mais révélatrice d'un «impensé» de la France, qui ne s'assume pas comme pays d'immigration, estiment historiens et démographes.

Si l'ampleur prise par le sujet interpelle, les spécialistes s'accordent à dire que le thème, lui, est un grand classique des scrutins présidentiels, quelle que soit par ailleurs la situation du pays en matière de flux migratoires.

«Le pourcentage d'immigrés, la réalité de l'immigration, n'a jamais eu de rapport avec l'omniprésence de la question dans certaines franges politiques. C'est un sujet cyclique et nous sommes au pic d'un cycle», observe l'historien Pascal Blanchard, auteur de l'«Atlas des immigrations» (2021, Autrement).

Depuis 125 ans au moins, l'immigration provoque des poussées de fièvre politique: du massacre des travailleurs italiens à Aigues-Mortes en 1893 et l'assassinat du président Sadi Carnot par un anarchiste italien en 1894, en passant par l'entre-deux guerres. A l'époque, en 1930, la France est le pays qui compte le plus fort taux d'immigrés au monde.

Aujourd'hui, le niveau de la demande d'asile, symboliquement scruté depuis la crise migratoire de 2015, a bien atteint un record en 2019 (151.000 dossiers), qui n'a reflué depuis qu'en raison de la pandémie. Mais dans l'ensemble, la France est revenue dans le rang: elle est en dessous de la moyenne par le nombre d'étrangers sur son sol (7,6%), 15e sur les 27 pays de l'Union européenne d'après Eurostat.

Comment expliquer, alors, que la question soit si brûlante ?

Amalgames

D'abord parce qu'il s'agit d'un thème «de mobilisation qui marche, qui est fédérateur pour la droite et l'extrême droite» qui le font «monter en puissance depuis sept, huit ans», jusqu'à déployer aujourd'hui «une vision très radicale», analyse Pascal Blanchard. 

Son explosion s'appuie aussi sur «un impensé français»: «Nous sommes historiquement un grand pays d'immigration qui ne s'est jamais pensé comme un grand pays d'immigration», estime l'historien.

L'immigration «ne fait pas partie du Panthéon analytique français», explique-t-il. «On met ça sous le tapis, du coup le sujet se cristallise de manière particulière», là où le voisin allemand, par exemple, s'assume comme «pays d'assimilation», fut-ce en invoquant la «rationalité économique».

Le thème fleurit aussi, depuis quelques années, sur la disparition d'un discours alternatif.

«Pour être élu, il faut forcément mobiliser le +nous+ français. Dans le passé, la gauche est parvenue à contrer ce discours identitaire en privilégiant la question sociale et en l'élargissant aux questions humanitaires», relève Gérard Noiriel, historien spécialiste de l'immigration.

Pour lui, «ce qui distingue le plus notre époque, ce n'est pas l'ampleur de l'immigration, mais la tension de plus en plus vive entre un champ politique qui reste national et les autres sphères d'activité qui sont déjà fortement mondialisées», comme l'économie ou l'immigration.

Enfin, au moment où l'agenda fait s'entrechoquer campagne et procès des attentats du 13 novembre 2015, «l'impact du discours sur l'immigration dans l'opinion s'explique par la multiplication des attentats terroristes commis par des criminels qui se réclament de l'islam», souligne Gérard Noiriel.

Cet amalgame «immigration, islamisme, quartiers populaires, tout ça fabrique une matrice» qui infuse dans la société, reprend Pascal Blanchard.

«Anachronique»

A une époque où la moindre affirmation des candidats est soumise à vérification, «la bataille de chiffres pour savoir s'il y a 250.000 ou 300.000 immigrés entrés en France n'est pas le sujet», poursuit-il.

«Pour leurs électeurs, qu'ils soient 7%, 10% ou 14%, c'est de toute façon trop. Ce n'est pas rationnel, ça joue sur des réalités visuelles, comme lorsqu'on a entendu que l'équipe de France (de football) n'était plus l'équipe de France car il y a trop de Noirs.»

«Ne parler que de chiffres est une impasse», juge également l'actuel patron de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, Didier Leschi.

«La question n'est pas +est-ce qu'il en faut plus ou moins ?+, mais celle de l'intégration», dans un pays où l'immigration est «en grande partie liée à l'échec des espérances portées par la décolonisation», considère l'auteur de «Ce grand dérangement, l'immigration en face» (2020, Gallimard). «Or, aujourd'hui le débat est porté par des gens qui font fi de la question sociale et focalisent l'attention sur les difficultés d'une partie de l'immigration qui a du mal à s'intégrer.»

Le «décalage complet entre réalité de l'immigration, relativement faible, et le ressenti ou l'affirmation» d'une pression migratoire insoutenable donnent à cette campagne «un côté anachronique», constate le démographe Hervé Le Bras.

Et quand bien même faudrait-il répondre en se basant purement sur les chiffres, le compte n'y est pas, explique-t-il.

«En 2019, selon l'Insee, il y a eu 109.000 immigrés de plus en France. Alors sur 67 millions de Français, combien de temps faudra-t-il pour qu'il y ait un grand remplacement ?»

«L'impression qu'on est nuisibles»

A moins de deux mois de l'élection présidentielle, les débats sur l'immigration «donnent la migraine» à Georgette*, une travailleuse sans-papiers ivoirienne déjà éprouvée par deux années de pandémie, qui préfère souvent laisser sa télévision éteinte.

«C'est trop. On a l'impression qu'on est juste nuisibles, qu'on n'apporte rien à la société», s'agace cette employée d'une société de nettoyage de 36 ans, qui vit en région parisienne.

«On prend soin de leurs enfants, on prend soin de leurs parents, on prend soin de leurs maisons» dit-elle, soupirant à l'évocation du nom d’Éric Zemmour. «Je veux dire à monsieur Zemmour que quand vous arrivez dans vos bureaux propres, c'est grâce à nous !».

Traditionnel enjeu de campagne, l'immigration est devenue un sujet plus électrique encore après l'entrée en lice à l'automne du polémiste et la droitisation des débats. Plusieurs candidats de tous bords ont depuis multiplié les prises de paroles, suscitant parfois la polémique.

Georgette est arrivée d'Abidjan «un 24 décembre» il y a sept ans, laissant sur place ses deux enfants. Elle espère une régularisation par son travail, grâce à une circulaire permettant de la demander si l'on dispose d'un certain nombre de fiches de paie et d'une présence d'au moins trois ans sur le sol français.

Mais l'angoisse du durcissement des règles contre les sans-papiers -qui sont entre 600.000 et 700.000 en France, selon le ministère de l’Intérieur- plane dans son esprit et les prises de parole sans fard d’Éric Zemmour l'inquiètent.

«Zemmour, c'est le pire»

«Zemmour, c'est le pire», acquiesce Yakouba, venu du Mali il y a cinq ans, peu surpris de «l'agressivité» d'un homme «capable de faire des doigts d'honneur comme à Marseille», en référence à une visite mouvementée en novembre dans la cité phocéenne.

Lui aussi espère la régularisation grâce à son emploi de plongeur dans un restaurant parisien, même si les délais de rendez-vous en préfecture sont parfois extrêmement longs.

En pleine épidémie de Covid-19, entre la mi-mars et la fin 2020, il a pu compter sur très peu de ressources, étant sans emploi stable et exclu du «quoi qu'il en coûte» gouvernemental. Non déclarés par leur employeur, les travailleurs au noir n'ont souvent pu toucher aucune aide du gouvernement, et donc aucun chômage partiel.

La misère et la faim ont particulièrement touché ces travailleurs enserrés par la précarité durant cette période.

«Le gouvernement a parlé de tout le monde sauf des sans-papiers, alors qu'on faisait partie des premiers de corvée, sinon on n'avait pas de revenus», s'énerve Anthioumane Touré, un ancien agent de nettoyage dans le métro.

Après un contrôle d'identité à Montpellier pendant une manifestation, il est sous le coup d'une procédure d'expulsion vers le Mali, qu'il a quitté il y a six ans.

Employé de la «deuxième ligne» pendant la première vague dans un supermarché Carrefour de banlieue parisienne, Gollé Sylla, un Malien de 33 ans, confie pour sa part se sentir «complètement abandonné» par la France.

En décembre, il a demandé à son employeur la signature d'un document indispensable à son dossier de régularisation, révélant au passage qu'il travaillait jusqu'alors sous alias, c'est-à-dire grâce aux papiers d'une autre personne en règle.

Il s'agit d'une pratique courante chez les sans-papiers afin d'obtenir les fiches de paie nécessaires à la demande de régularisation par le travail. En 2019, 40.000 titres de séjour pour motifs économiques ont été délivrés. Mais en retour, il s'est vu notifier une procédure de rupture de contrat.

«Ce sont les oubliés», regrette auprès de l'AFP Marilyne Poulain, responsable du collectif migrants à la CGT. De plus, «en ayant tenu le pays à bout de bras ils se retrouvent stigmatisés dans une grande partie des discours des personnes qui se présentent à l'élection présidentielle».

La syndicaliste rappelle que le gouvernement a permis en 2021 à de nombreux ressortissants étrangers mobilisés contre la crise sanitaire d'être naturalisés, mais seulement lorsqu'ils étaient en situation régulière.

Face au climat politique actuel, «on n'a pas de défense», reconnait Amadou, un Sénégalais de 30 ans, employé d'un restaurant des beaux quartiers parisiens. «On n'osera jamais aller à la télévision dire ce qu'on en pense.»

*Les personnes dont seul le prénom apparaît ont souhaité ne pas révéler leur nom de famille

L'immigration en cinq chiffres

Voici cinq chiffres illustrant l'immigration en France, sujet omniprésent dans les débats à moins de cinquante jours de l'élection présidentielle.

7,6% d'étrangers

La France compte 5,1 millions d'étrangers (non naturalisés), soit 7,6% de la population (contre 6,5% en 1975 et 4,4% en 1946), selon l'Insee.

Parmi eux, 800.000 sont nés en France de nationalité étrangère. En vertu du droit du sol, ceux-ci acquièrent automatiquement la nationalité française à leur majorité s'ils remplissent certaines conditions.

Cette part d'étrangers classe la France 15e sur 27 dans l'Union européenne, selon Eurostat, légèrement en-dessous de la moyenne de l'UE (8,2%) et derrière les autres grands pays de l'UE: Allemagne (12,5%), Espagne (11%) et Italie (8,4%).

110.000 personnes deviennent françaises chaque année

Au cours de la dernière décennie, autour de 110.000 personnes ont acquis la nationalité française chaque année, selon l'Insee. La moitié environ l'acquiert par naturalisation, environ un quart par mariage et un autre quart par déclaration anticipée (un mineur étranger né en France peut demander la nationalité avant sa majorité).

Les acquisitions de la nationalité ont nettement diminué par rapport à la décennie précédente, puisqu'elles oscillaient autour des 140.000 par an entre 2000 et 2010.

Selon Eurostat, en 2019 la France était en proportion le 10e pays de l'UE en matière d'acquisition de la nationalité, à égalité avec l'Allemagne mais derrière l'Italie ou l'Espagne.

272.000 titres de séjours

En 2021, les titres de séjour accordés par la France ont presque retrouvé leur niveau d'avant la crise sanitaire liée au Covid-19, avec 272.000 délivrances, selon le ministère de l'Intérieur. Ils ont été émis pour l'essentiel sur des motifs familiaux (88.000) ou étudiants (85.000).

La crise a en revanche fait chuter les demandes d'asile. 122.000 ont été déposées en 2021, un cumul qui, quoiqu'en hausse par rapport à 2020, reste très inférieur aux 151.000 demandes de 2019. Les trois principaux pays d'origine sont l'Afghanistan, la Côte d'Ivoire et le Bangladesh.

La France est, en proportion de sa population, le 11e pays ayant reçu le plus de demandes d'asile, selon Eurostat (données 2020).

10.000 expulsions

En 2021, un peu plus de 10.000 étrangers en situation irrégulière ont été expulsés par la contrainte du territoire français, toujours selon le ministère. Ces "éloignements forcés" sont en nette baisse depuis la crise puisqu'ils avaient culminé à près de 19.000 en 2019.

Les expulsions sont rendues plus compliquées par "la fermeture des frontières, les refus de test Covid (obligatoire pour renvoyer vers certains pays) et les refus de laissez-passer consulaires par les pays d'origine", selon le ministère de l'Intérieur.

Outre les expulsions, près de 7.000 étrangers en situation irrégulière ont quitté la France en 2021 de leur plein gré.

Il n'y a pas de chiffres officiels du nombre d'étrangers en situation irrégulière en France mais le nombre de bénéficiaires de l'Aide médicale d’État, qui leur est dédiée pour les soins médicaux, sert d'indicateur officieux (383.000 en 2020).

Un excédent budgétaire de 1% du PIB

Les immigrés contribuent au budget français à hauteur de 1,02% du PIB, selon une étude de l'OCDE publiée en octobre qui porte sur 25 pays développés pour la période 2006-2018.

Cela veut dire que les impôts et cotisations versées par la population immigrée font plus que compenser les prestations et services publics dont ils bénéficient (hors budget de la défense et remboursement de la dette publique).

Cet excédent est toutefois moins élevé en France que dans la moyenne des pays étudiés (1,56% du PIB), en raison d'une population immigrée plus vieillissante.


Glucksmann assure être prêt à débattre avec les autres candidats de la primaire de la gauche

Raphaël Glucksmann a assuré vendredi qu'il n'avait "pas de problème" avec le fait de débattre, contrairement aux accusations de ses rivaux de la primaire de la gauche socialiste et démocratique. (AFP)
Raphaël Glucksmann a assuré vendredi qu'il n'avait "pas de problème" avec le fait de débattre, contrairement aux accusations de ses rivaux de la primaire de la gauche socialiste et démocratique. (AFP)
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  • Raphaël Glucksmann a affirmé que "quand on est de gauche, on doit faire un débat sur le service public", mais qu'il n'a "aucun problème pour débattre aussi sur des chaînes privées"
  • France Inter est par ailleurs en ébullition depuis l'annonce de l'arrivée comme éditorialiste d'un responsable du magazine Valeurs actuelles, Charles Sapin

PARIS: Raphaël Glucksmann a assuré vendredi qu'il n'avait "pas de problème" avec le fait de débattre, contrairement aux accusations de ses rivaux de la primaire de la gauche socialiste et démocratique.

Le candidat du petit parti Place publique défend la tenue d'un seul débat télévisé sur le service public, alors que ses rivaux socialistes en réclament trois et lui reprochent d'avoir "peur" de débattre.

Raphaël Glucksmann a expliqué sur BFMTV/RMC qu'il veut que leur débat ait "le maximum d'exposition", ce que le rendez-vous unique proposé par France Télévisions et France Inter assurerait selon lui.

"Ensuite s'il y a un accord entre les chaînes, s'il n'y a pas d'exclusivité, moi j'ai pas de problème à faire des débats, c'est pas la question, on verra, on négociera", a-t-il dit.

Le débat sur le service public est prévu le 6 octobre, tandis que les deux autres évoqués pourraient avoir lieu le 16 septembre sur TF1 et le 29 septembre sur BFMTV.

Raphaël Glucksmann a affirmé que "quand on est de gauche, on doit faire un débat sur le service public", mais qu'il n'a "aucun problème pour débattre aussi sur des chaînes privées".

"Le service public est attaqué aujourd'hui, en permanence", a-t-il dit.

France Inter est par ailleurs en ébullition depuis l'annonce de l'arrivée comme éditorialiste d'un responsable du magazine Valeurs actuelles, Charles Sapin.

Questionné à ce sujet, Raphaël Glucksmann a répondu que Valeurs actuelles "participe à l'offensive de l'extrême droite" mais qu'il n'a pas à "commenter" les choix éditoriaux du service public.

Celui-ci est "indépendant" et n'est "pas à nos ordres", a-t-il dit.

"Il faut des éditorialistes de droite sur le service public, je pense qu'il y en a plein d'ailleurs. J'écoute le service public et je peux vous dire que je ne suis pas toujours d'accord avec leurs éditorialistes", a déclaré le candidat.


Après la tapisserie de Bayeux, premier entretien Burnham-Macron pour "renforcer" les relations

Le Premier ministre britannique Andy Burnham (à droite) serre la main du président français Emmanuel Macron lors de leur rencontre pour des discussions bilatérales au 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 3 septembre 2026. (AFP)
Le Premier ministre britannique Andy Burnham (à droite) serre la main du président français Emmanuel Macron lors de leur rencontre pour des discussions bilatérales au 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 3 septembre 2026. (AFP)
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  • Emmanuel Macron et Andy Burnham veulent renforcer le partenariat franco-britannique, notamment sur l’Ukraine, la coopération avec l’UE et la lutte contre les traversées de la Manche
  • Malgré cette volonté de rapprochement, des divergences persistent sur les relations post-Brexit et les questions commerciales, tandis que les deux dirigeants veulent aussi défendre les institutions démocratiques face à la montée des extrêmes

LONDRES: Le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham et le président français Emmanuel Macron ont affiché jeudi à Londres leur volonté de "renforcer" les relations entre le Royaume-Uni et la France, mais aussi l'Union européenne, au lendemain d'une première rencontre autour de la tapisserie de Bayeux.

Le prêt au British Museum pour un an de cette broderie millénaire, décrivant la conquête de l'Angleterre en l'an 1066 par Guillaume le Conquérant, "montre ce que notre collaboration peut permettre de réaliser", a souligné le chef de gouvernement travailliste au début de l'entretien, soulignant qu'Emmanuel Macron était le premier dirigeant étranger qu'il accueillait au 10, Downing Street.

Aux côtés de celui qu'il a décrit comme le "plus proche voisin" de son pays et un "ami très important", Andy Burnham a aussi évoqué un bilan positif de leur coopération "sur l'Ukraine", sur la lutte contre les traversées de la Manche par des migrants à bord de petites embarcations, et "sur le renforcement de la relation entre le Royaume-Uni et l'UE".

Emmanuel Macron a lui assuré avoir "la volonté et l'engagement de nous rapprocher encore davantage".

- "Sujets difficiles" -

A l'issue d'un déjeuner en présence de leurs épouses et avant de quitter Londres, le président français a salué une "très bonne discussion".

A l'approche d'un sommet crucial entre l'UE et le Royaume-Uni attendu d'ici la fin de l'année, ce rapprochement était en haut de l'agenda de cette première rencontre.

Interrogé mercredi soir par des journalistes, le Premier ministre britannique avait estimé que "dix ans après le Brexit, les gens ici en ont assez des divisions. Ils voient que nous devons travailler plus étroitement ensemble".

Il a toutefois souligné qu'il y avait des "sujets difficiles" sur lesquels il espérait "trouver ensemble un moyen de surmonter" les obstacles, citant le plan de l'UE pour soutenir l'industrie "made in Europe", qui pourrait selon lui avoir des "répercussions sur l'industrie sidérurgique" britannique.

"Même si nous ne sommes pas toujours d'accord sur tout, nous nous respectons (...) et restons ouverts à la discussion sur tous les sujets, y compris la relance des relations entre le Royaume-Uni et l'Union européenne", avait de son côté commenté Emmanuel Macron dans son discours au British Museum.

Paris veut éviter que Londres fasse du "cherry-picking", autrement dit que les Britanniques ne retiennent du marché intérieur européen que ce qui les avantage.

La lutte contre l'arrivée de migrants sur de petites embarcations via la Manche est également un sujet prioritaire pour Londres.

Le gouvernement britannique, qui a enregistré cet été le nombre le plus bas d'arrivées de migrants depuis 2019, a salué le succès de son accord de coopération avec la France, reconduit pour trois ans en avril, et Andy Burnham a plaidé pour "accomplir davantage encore".

- Méga-canots -

Afin d'empêcher la traversée de "méga-canots", comme celui qui a récemment transporté 230 personnes, une équipe de 45 agents doit prochainement être déployée sur les côtes du nord-ouest de la France, soit "un quasi-triplement" des moyens dans cette zone, a fait savoir Downing Street dans un communiqué.

Autre sujet au menu: le renforcement de l'aide à l'Ukraine à un moment où les attaques russes de drones et de missiles balistiques s'intensifient et font un nombre croissant de victimes civiles.

Andy Burnham a effectué le 24 août sa première visite à Kiev, pour une réunion de la Coalition des volontaires, le groupe de pays qui soutiennent l'Ukraine, que le Royaume-Uni codirige avec la France.

Lors de ce premier entretien, qui se tenait à la veille d'une rencontre entre Jordan Bardella du Rassemblement National et Nigel Farage du parti anti-immigration Reform UK, Emmanuel Macron et Andy Burnham ont aussi évoqué "la montée des extrêmes" dans leurs pays, soulignant leur "intérêt commun" à montrer que des institutions démocratiques modérées peuvent répondre aux problèmes de leurs concitoyens, selon une source diplomatique.

Pendant sa visite au British Museum mercredi soir, le président français, qui quittera l'Élysée en mai, a dit espérer que son pays et le Royaume-Uni puissent "tisser un lien aussi étroit que les fils" de la tapisserie.

Le roi Charles III, accompagné de la reine Camilla, a quant à lui salué un prêt qui constitue "un précieux symbole de confiance".


Présidentielle: Hollande fait ses propositions pour séduire jusqu'au centre

Il propose un projet pour "unir" la France mais refuse pour l'instant de se déclarer candidat: François Hollande égrène dans son nouveau livre près d'une centaine de propositions, dont certaines, à contre-courant du programme des socialistes, semblent destinées à séduire jusqu'au centre. (AFP)
Il propose un projet pour "unir" la France mais refuse pour l'instant de se déclarer candidat: François Hollande égrène dans son nouveau livre près d'une centaine de propositions, dont certaines, à contre-courant du programme des socialistes, semblent destinées à séduire jusqu'au centre. (AFP)
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  • Dans "Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche" (Robert Laffont), l'ancien président, qui avait renoncé à se représenter en 2017 au vu de sa très forte impopularité à la fin de son quinquennat, estime qu'il faut "changer de méthode"
  • Il ne dira ses intentions qu'en décembre et refuse en attendant de participer à la primaire de la gauche, espérant se poser en recours si le vainqueur de ce processus de départage s'effondre

PARIS: Il propose un projet pour "unir" la France mais refuse pour l'instant de se déclarer candidat: François Hollande égrène dans son nouveau livre près d'une centaine de propositions, dont certaines, à contre-courant du programme des socialistes, semblent destinées à séduire jusqu'au centre.

Dans "Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche" (Robert Laffont), l'ancien président, qui avait renoncé à se représenter en 2017 au vu de sa très forte impopularité à la fin de son quinquennat, estime qu'il faut "changer de méthode, de perspectives et d'ambition".

Il ne dira ses intentions qu'en décembre et refuse en attendant de participer à la primaire de la gauche, espérant se poser en recours si le vainqueur de ce processus de départage s'effondre.

Mais "si émettre des idées, c'est être en campagne", alors "oui", il est en campagne, a-t-il concédé jeudi, à la foire de Châlons-en-Champagne (Marne).

Le député de Corrèze, qui a débattu récemment avec le candidat d'Horizons Edouard Philippe et a fait une apparition aux journées d'été du PS à Blois, sera la semaine prochaine à la fête de la rose de Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire), avant d'enchaîner les séances de dédicaces de son livre.

"L'enjeu, c'est d'unir les Français", face à la bipolarisation de la société entre "des extrêmes qui jouent la division" et une situation internationale tendue, où la France doit affirmer son indépendance vis-à-vis des États-Unis et de la Russie, a-t-il expliqué mercredi.

Pour cela, "il va falloir aller au-delà des formations politiques", a-t-il glissé à Blois. Celui qui théorise la nécessité de "l'union sacrée des démocrates" et préconise d'aller chercher dès le premier tour les électeurs du centre au moment où la macronie est en fin de règne, assure ne pas vouloir proposer du "Hollande 2012" réchauffé.

Sur certains points, il se place même à rebours de son parti, comme sur la taxe Zucman pour les ultra-riches, devenue à ses yeux "un slogan. Pas une réponse" ou sur les retraites.

"Candidat de centre-droit" 

Alors que le PS veut revenir à un âge légal de départ à 62 ans, il propose de le fixer à 63 ans puis d'allonger progressivement la durée de cotisation.

"L'âge pivot doit tenir compte de l'allongement de l'espérance de vie et être corrigé en permanence", a-t-il justifié.

L'ex-chef de l'Etat veut aussi "limiter à 1% pendant cinq ans l'indexation des pensions, ce qui procurerait un gain équivalent au report d'un an de l'âge de départ", et "ajouter une part de capitalisation", qui serait contrôlée par les partenaires sociaux.

De quoi faire bondir le patron des socialistes Olivier Faure: "Vous ne me trouverez pas aux côtés de ceux qui défendent ce modèle", a-t-il déclaré à Blois.

Autre nouveauté sur le plan économique, pour améliorer la feuille de paie, François Hollande suggère d'"augmenter le salaire net en diminuant les cotisations salariales". Cette perte de recettes pour la sécurité sociale serait alors compensée par un prélèvement sur le capital, via une "progressivité de la taxe sur les revenus financiers" et "un relèvement progressif de 20 à 24% du taux normal de la TVA", pourtant considérée par Olivier Faure comme "l'impôt le plus injuste".

Il estime que ce nouveau système permettrait de "relever les salaires d'environ 10% pour tous".

Et pour faire passer l'amère pilule, il propose de supprimer la TVA réduite à 5,5 %, qui s'applique sur les produits alimentaires et les travaux énergétiques, et de faire de même, mais de façon ponctuelle, pour les carburants.

Il souhaite aussi réduire les impôts de production en diminuant les aides aux entreprises, comme le propose Édouard Philippe.

De quoi séduire les centristes? François Hollande "articule des idées qui sont plus compatibles qu'elles ne l'étaient" auparavant, a reconnu le président du MoDem François Bayrou.

"On a l'impression que c'est un candidat de centre-droit. C'est un positionnement intéressant", note un cadre Horizons, tandis qu'un candidat à l'élection présidentielle constate qu'il "parle quand même très à droite pour un candidat de gauche".

"Je suis socialiste", répond l'ancien président, qui garde des marqueurs de gauche: il prévoit de "mettre à contribution les gros héritages et les patrimoines supérieurs à 10 millions d'euros brut", de porter à 30% la représentation des salariés dans les conseils d'administration des entreprises, ou de mettre en place un chèque de 10.000 euros baptisé "entrée dans la vie", pour les jeunes qui effectueront le service civique.