Le «chantage» nucléaire de Poutine est «extrêmement dangereux»

Pour Béatrice Fihn, Nobel de la Paix 2017, Vladimir Poutine a changé le paradigme de la dissuasion. Là où l'arsenal nucléaire devait empêcher un conflit, Moscou l'utilise pour le faciliter au contraire. (Photo, AFP)
Pour Béatrice Fihn, Nobel de la Paix 2017, Vladimir Poutine a changé le paradigme de la dissuasion. Là où l'arsenal nucléaire devait empêcher un conflit, Moscou l'utilise pour le faciliter au contraire. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 09 mars 2022

Le «chantage» nucléaire de Poutine est «extrêmement dangereux»

  • Quelques jours seulement après avoir lancé ses troupes contre l'Ukraine le 24 février, le président russe a mis en alerte toutes les composantes de la force de dissuasion
  • «Non seulement c'est destiné à instiller de la peur dans le monde entier, mais il s'agit aussi de faire assez peur pour empêcher d'aider l'Ukraine», a estimé Béatrice Fihn

GENÈVE : Le président russe Vladimir Poutine exerce un "chantage" nucléaire pour empêcher le monde d'aider l'Ukraine, un exercice "extrêmement dangereux", a dénoncé mardi la responsable d'ICAN, récompensée du prix Nobel de la Paix en 2017.

"Je pense que c'est un des moments les plus effrayants en termes d'armes nucléaires", a confié Béatrice Fihn, qui dirige la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (ICAN), dans un entretien à l'AFP.

Pour cette Suédoise de 40 ans, le niveau de menace nucléaire n'a jamais été aussi élevé et elle avoue que "c'est incroyablement inquiétant et pesant".

Quelques jours seulement après avoir lancé ses troupes contre l'Ukraine le 24 février, le président russe a mis en alerte toutes les composantes de la force de dissuasion.

Une décision "extrêmement inhabituelle", a souligné la cheffe du renseignement américain Avril Haines devant le Congrès mardi, soulignant que cela ne s'était pas produit "depuis les années 60".

"C'est extrêmement dangereux", estime Mme Fihn: "Non seulement c'est destiné à instiller de la peur dans le monde entier, mais il s'agit aussi de faire assez peur pour empêcher d'aider l'Ukraine."

Terreur

Pour Mme Fihn, Vladimir Poutine a changé le paradigme de la dissuasion. Là où l'arsenal nucléaire devait empêcher un conflit, Moscou l'utilise pour le faciliter au contraire.

"La Russie l'utilise quasiment pour faire du chantage pour pouvoir envahir l'Ukraine et personne ne peut intervenir", analyse Mme Fihn et d'ajouter: "La menace nucléaire est maintenant utilisée de façon extrêmement malveillante et mauvaise, pour envahir illégalement un autre pays qui n'est pas doté de l'arme nucléaire."

Mais pour l'instant elle pense qu'il est peu probable que le président russe ait recours à l'arme ultime.

Mais "cela ne peut-être exclu" et "nous commençons à craindre que cela n'arrive", avoue-t-elle.

"Des malentendus peuvent très vite s'amplifier" et nous pourrions "tomber dans l'utilisation du nucléaire par accident."

«Cri d'alarme»

Mais à quelque chose malheur pourrait être bon, si cette crise sert de "cri d’alarme" et pousse les puissances nucléaires à désarmer.

"Si nous survivons à cela, nous n'aurons pas toujours autant de chance", souligne la responsable d'Ican.

"Nous ne pouvons pas laisser des pays infliger cela à d'autres pays, pour la seule raison qu’ils ont des armes nucléaires", souligne t-elle.

ICAN a remporté le Nobel de la paix pour avoir oeuvré sans relâche au Traité d'interdiction des armes nucléaires, qui a été ratifié par 59 pays, mais aucune des puissances nucléaires.

Mme Fihn affirme que depuis la crise, l'intérêt pour le traité a grandi et elle note que même des pays qui disposent de l'arme ultime ont critiqué le président Poutine.

"Je pense qu'il y a une brèche et que nous pouvons réellement commencer à travailler au désarmement", explique-t-elle, ajoutant qu'une fois le conflit achevé Moscou ne devrait pas être autorisé à garder son arsenal.

"Ils vont devoir faire quelque chose pour pouvoir retourner au sein de la communauté internationale et ce quelque chose devrait être le désarmement nucléaire", espère la responsable.

En attendant, elle affirme recevoir de nombreux messages de gens inquiets et comment parler de la situation à leurs enfants.

"Tout le monde est terrifié", selon Mme Fihn, qui reconnaît que la situation lui pèse: "J'ai passé les dix dernières années à parler de ce qui arrive quant une arme nucléaire est utilisée, ce qui arrive aux corps, ce qui arrive aux villes" et "je trouve que c'est très dur d'en parler maintenant".


Téhéran promet de venger l'attaque meurtrière contre un mariage, Washington annonce une enquête

Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
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  • Les tensions entre les États-Unis et l’Iran reprennent dans le Golfe, avec de nouvelles frappes iraniennes contre des positions militaires américaines
  • Téhéran accuse Washington d’une frappe ayant tué quatre personnes lors d’un mariage. Les États-Unis enquêtent mais se disent sceptiques

TEHERAN: L'Iran a de nouveau visé jeudi des cibles militaires américaines dans le Golfe, jurant de venger l'attaque qui a tué quatre personnes lors d'un mariage mardi soir, frappe pour laquelle Washington a annoncé une enquête.

Les Etats-Unis, qui ne s'étaient jusqu'ici pas exprimés officiellement sur cette attaque, mènent "une enquête approfondie", a indiqué devant la presse le vice-président américain JD Vance, tout en se disant "sceptique".

"Je dirais que les médias d'Etat iraniens n'ont pas vraiment rendu compte de manière fiable de ce qui s'est passé dans ce conflit jusqu'à présent, je suis donc extrêmement sceptique à ce sujet", a-t-il déclaré.

Après un mois d'accalmie, les affrontements entre Washington et Téhéran ont repris dimanche à l'initiative de l'armée américaine, qui a dit vouloir empêcher des roquettes chargées de mines marines d'être tirées dans le stratégique détroit d'Ormuz.

Téhéran a répondu en ciblant ses voisins du Golfe, comme depuis le début du conflit déclenché par une offensive américano-israélienne fin février.

Pour autant, le vice-président américain s'est refusé de parler d'"une guerre", alors que le conflit est un sujet de mécontentement pour les électeurs américains à l'approche des élections législatives de novembre.

"Je n'appellerais pas ça une guerre. En ce moment, il n'y a pas d'échange de tirs", a-t-il dit.

- Vidéos partagées -

La frappe ayant ciblé un mariage, imputée par l'Iran aux Etats-Unis, s'est produite dans le district de Sirik (sud-est), et a également blessé près de 70 personnes.

Les vidéos montrant des décorations de fêtes au milieu de débris et de taches de sang ont été largement partagées en Iran. Le New York Times, qui a analysé les témoignages et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et interrogé des experts militaires, affirme qu'il s'agissait bien d'une frappe américaine.

"Le sang pur de ces martyrs (...) ne restera pas impuni et sera certainement vengé", a assuré jeudi Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution, puissante armée idéologique iranienne.

Au total dans la nuit de mardi à mercredi, au moins 19 personnes dont sept membres des forces armées ont été tuées lors de bombardements en Iran, l'un des bilans les plus élevés de ces derniers mois.

L'Iran a aussi annoncé jeudi la mort de six membres de sa marine dans des frappes américaines, sans qu'on sache s'ils comptaient parmi les 19 personnes tuées.

Jeudi, son armée a notamment visé des "hangars d'avions de combat de l'armée terroriste américaine dans la base aérienne Ahmad al-Jaber au Koweït", selon un communiqué militaire.

Aux Emirats arabes unis, ce sont les systèmes radar américains qui ont été visés sur la base aérienne al-Minhad, d'après la même source.

Le Koweït a dénoncé une "ignoble agression". Les Emirats n'ont pas confirmé avoir été ciblés, et on ne connaît pas l'étendue d'éventuels dégâts.

- "A tout moment" -

Le même scénario se répète depuis le début de la guerre, tandis que les négociations pour y mettre fin restent dans l'impasse.

Au cœur du conflit, le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures que l'Iran verrouille désormais depuis des mois.

Les Etats-Unis appliquent en représailles un blocus naval sur les ports iraniens. Jeudi, JD Vance a affirmé que le passage de pétrole et de gaz avait "presque" retrouvé ses niveaux d'avant-guerre dans le détroit.

Washington n'a de son côté pas bombardé l'Iran ces dernières heures, même si Donald Trump a averti que les Etats-Unis restaient prêts à frapper "à tout moment".

Alors que Donald Trump peine à trouver une issue à ce conflit impopulaire et coûteux, l'administration américaine mise aussi sur la pression économique, avec par exemple l'annonce de divers nouvelles sanctions à venir contre les partenaires commerciaux de Téhéran.

Les cours du pétrole sont repartis à la hausse ces derniers jours du fait du regain de violences, le Brent, référence mondiale, évoluant au-dessus de 95 dollars.

Les investisseurs restent sceptiques "quant à une normalisation prochaine des flux énergétiques transitant par le détroit d'Ormuz", observe Jim Reid, économiste pour la Deutsche Bank.


Israël se dit prêt à répondre «avec force» à toute attaque iranienne

Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
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  • Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment"
  • "Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi

JERUSALEM: Israël s'est dit mercredi prêt à riposter "avec force" à une éventuelle attaque iranienne, en pleine reprise des hostilités entre Téhéran et Washington.

Israël a lancé la guerre au Moyen-Orient aux côtés des Etats-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire après la signature d'un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran en avril, même lorsque que celui-ci a volé en éclats avec de nouveaux affrontements.

Mercredi, l'Iran a mené des frappes sur plusieurs pays de la région en réponse à des bombardements américains.

"Pour le moment, (les Iraniens) mènent des frappes dans toute la région, sauf sur nous. Mais il est possible qu'ils nous attaquent et nous y sommes préparés", a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz, lors d'une conférence organisée par le média israélien Ynet.

Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment".

"Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi.

M. Katz a de son côté également avancé que les avions militaires israéliens étaient "prêts à décoller", et affirmé que les Iraniens "aimaient bien attaquer lors des fêtes juives".

Israël a plusieurs fois fait face dans son histoire à des attaques lors de fêtes juives - mais pas de la part de l'Iran - un souvenir qui affleure à chaque fois qu'approchent des périodes fériées.

C'est le cas par exemple de la guerre du Kippour en 1973, déclenchée par une attaque surprise de l'Egypte et de la Syrie le jour de Yom Kippour. Ou de l'attaque sans précédent menée par le Hamas palestinien le 7 octobre 2023, jour de Shabbat et de la fête juive de Simchat Torah.

Les fêtes juives d'automne commenceront à la tombée de la nuit le 11 septembre avec Rosh Hashana, le Nouvel An juif, suivi de Yom Kippour du 20 au 21 septembre et de Souccot à partir du 25 septembre.

L'activité ralentit considérablement en Israël pendant cette période, mais l'armée et les forces de sécurité restent traditionnellement très mobilisées.


Allemagne: ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat près d'une centrale thermique

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
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  • "Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte"
  • Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage"

BERLIN: La police allemande a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat mardi contre un poste électrique près d'une centrale thermique à Jänschwalde (est), qui a endommagé plusieurs lignes électriques et provoqué une brève interruption de l'alimentation.

"Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte", a indiqué la préfecture de police du Land de Brandebourg à Potsdam.

Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage".

Lors d'une conférence de presse donnée mercredi à Düsseldorf (ouest), le ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, Herbert Reul, a déclaré qu'il existait "un soupçon initial de sabotage dirigé contre l'ordre constitutionnel".

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche", a ajouté M. Reul.