Le président israélien en Turquie pour «relancer» les relations

Le président turc Recep Tayyip erdogan accueille au Palais présidentiel d'Ankara le président israélien Isaac Herzog, qui entame une visite historique en Turquie. (Photo, AFP)
Le président turc Recep Tayyip erdogan accueille au Palais présidentiel d'Ankara le président israélien Isaac Herzog, qui entame une visite historique en Turquie. (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Mercredi 09 mars 2022

Le président israélien en Turquie pour «relancer» les relations

Le président turc Recep Tayyip erdogan accueille au Palais présidentiel d'Ankara le président israélien Isaac Herzog, qui entame une visite historique en Turquie. (Photo, AFP)
  • Le président israélien, Isaac Herzog, est arrivé à Ankara pour la première visite d'un chef d'Etat israélien en Turquie depuis 2007
  • La visite, préparée depuis des semaines, intervient alors que les deux pays ont lancé séparément une médiation entre la Russie et l'Ukraine et le conflit pourrait s'immiscer dans leur entretien

ANKARA: Le président israélien, Isaac Herzog, est arrivé mercredi en Turquie où il va effectuer la première visite d'un chef d'Etat israélien depuis 2007, avec pour ambition de "relancer" des relations bilatérales qui s'étaient tendues ces dix dernières années. 

M. Herzog, dont le poste est largement honorifique, doit rencontrer à Ankara son homologue Recep Tayyip Erdogan qui s'est fait ces dernières années l'ardent défenseur de la cause palestinienne, compliquant les relations avec l'Etat hébreu. 

"Nous ne serons pas d'accord sur tout et les relations entre Israël et la Turquie ont certainement connu des hauts et des bas et des moments difficiles ces dernières années, mais nous allons essayer de relancer les relations et de les construire de manière mesurée et prudente", a déclaré M. Herzog juste avant son départ.  

La visite, préparée depuis des semaines, intervient alors que les deux pays ont lancé séparément une médiation entre la Russie et l'Ukraine et le conflit pourrait s'immiscer dans leur entretien. 

Les ministres des Affaires étrangères russe et ukrainien se retrouvent jeudi à Antalya (sud) pour la première fois depuis le début de l'offensive de Moscou contre l'Ukraine, le 24 février. 

Mais les questions bilatérales vont probablement dominer la rencontre, après plus de dix ans de froid diplomatique. 

Les relations sont tendues depuis l'affaire du Mavi Marmara en 2010, lorsque des forces israéliennes ont lancé un assaut meurtrier sur un navire turc tentant d'acheminer de l'aide à la bande de Gaza, enclave palestinienne sous blocus israélien. 

Les deux pays avaient ensuite rappelé leurs ambassadeurs en 2018 après la mort de manifestants palestiniens à Gaza. 

Recep Tayyip Erdogan a récemment dit s'attendre à ce que la visite de M. Herzog, avec lequel il s'est entretenu à plusieurs reprises depuis l'investiture de l'Israélien en juillet, "ouvre un nouveau chapitre" dans leurs rapports. 

"Il est possible que des ambassadeurs soient renommés (à Ankara et Tel Aviv) à l'issue de cette rencontre", a estimé Sinan Ulgen, directeur du centre d'Etudes Edam à Istanbul. 

A la mi-novembre, M. Erdogan avait échangé avec son homologue israélien et le Premier ministre Naftali Bennett - le premier entretien entre un Premier ministre israélien et M. Erdogan depuis 2013 -, quelques heures après la libération et le retour dans leur pays d'un couple de touristes israéliens accusés d'espionnage et détenus en Turquie. 

Cet incident s'est avéré être "un tournant" car il a permis de "générer un dialogue entre les parties israélienne et turque et a créé une opportunité pour de meilleures relations", note Gallia Lindenstrauss, analyste israélienne à l'Institut des études stratégiques à Tel Aviv. 

«Modération» 

Selon des responsables israéliens, MM. Herzog et Erdogan pourraient aussi discuter de la possibilité d'exporter du gaz israélien vers l'Europe via la Turquie, une question au centre de l'actualité alors que les Européens cherchent à réduire leur dépendance au gaz russe. 

Israël avait conclu en 2020 un accord avec Chypre et la Grèce portant sur la construction d'un gazoduc devant acheminer du gaz vers l'Europe, un projet qui avait suscité l'opposition de la Turquie. 

Israël, Chypre et la Grèce, trois alliés en Méditerranée orientale, ont entretenu des relations difficiles avec Ankara. 

Mais le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis est attendu dimanche à Istanbul. 

Les trois pays participent également au Forum du gaz de la Méditerranée orientale avec d'autres pays de la région, mais qui exclut la Turquie. 

En janvier, le président turc s'était dit prêt à coopérer avec Israël sur le projet de gazoduc, marquant la volonté d'Ankara de renouer les liens. 

La frustration découlant de son exclusion des discussions sur le gaz, ainsi qu'une crise économique domestique et des rapports qui se sont récemment distendus avec Washington, poussent la Turquie à vouloir reprendre contact avec Israël, décrypte Mme Lindenstrauss.  

Le président israélien s'est rendu fin février à Athènes pour une visite destinée à rassurer son allié grec avant le déplacement en Turquie. 

Pour Gallia Lindenstrauss, le réchauffement des relations entre Israël et la Turquie pourrait "se révéler être une bonne nouvelle pour la Grèce et Chypre aussi, s'il se traduit par plus de modération dans la politique étrangère turque". 

Isaac Herzog doit également rencontrer jeudi des membres de la communauté juive à Istanbul. Mais la neige qui s'invite fait planer une menace sur cette partie du voyage. 


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Short Url
  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Short Url
  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Short Url
  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.