Mario Draghi ou la realpolitik en matière de gaz russe

Le Premier ministre italien Mario Draghi (Photo, AFP).
Le Premier ministre italien Mario Draghi (Photo, AFP).
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Publié le Samedi 12 mars 2022

Mario Draghi ou la realpolitik en matière de gaz russe

  • L'Italie importe 95% du gaz qu'elle consomme, dont environ 45% provient de la Russie
  • L'objectif affiché par Rome: réduire «au plus vite» sa dépendance.

MILAN : Quand Mario Draghi parle de gaz russe, il marche sur des oeufs: comment affirmer sa farouche opposition à l'invasion de l'Ukraine sans compromettre les achats de cette précieuse matière première par l'Italie? Tout comme l'Allemagne, la péninsule aurait gros à perdre si Moscou fermait le robinet à gaz.

Très dépendante du gaz russe, l'Italie a dû se résoudre à des sanctions dures à l'égard de la Russie et figure désormais, comme les autres membres de l'Union européenne, sur la liste noire des pays jugés "hostiles" par Moscou.

A l'instar de l'Allemagne, l'autre grande économie européenne qui rechigne à se sevrer du jour au lendemain du gaz russe, l'Italie verrait, selon des sources diplomatiques, d'un mauvais œil un embargo européen sur les hydrocarbures russes, similaire à celui annoncé mardi par le président américain Joe Biden.

L'Italie importe 95% du gaz qu'elle consomme, dont environ 45% provient de la Russie. Pour l'Allemagne, 55% de ses achats gaziers sont fournis par Moscou. Mais si le gaz représente 42% de la consommation d'énergie de l'Italie, ce taux n'est que de 25% pour l'Allemagne.

L'objectif affiché par Rome: réduire "au plus vite" sa dépendance. "Ce n'est pas évident comme tâche, mais il faut le faire", a reconnu M. Draghi mercredi devant les députés. "Il y va de notre sécurité et de notre liberté", a ajouté le chef du gouvernement italien.

L'Italie, qui a tourné la page de l'énergie nucléaire il y a plus de trois décennies, prévoit de porter sa production annuelle de gaz naturel de 3,34 milliards à 5 milliards de m3 et d'augmenter ses importations de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance des États-Unis.

Rome mène une offensive diplomatique tous azimuts pour se libérer du joug russe: le ministre des Affaires étrangères Luigi Di Maio s'est ainsi rendu fin février en Algérie, deuxième fournisseur de gaz de l'Italie, pour augmenter les cadences.

« Economie de guerre »

D'autres producteurs au passé trouble pourraient monter en puissance, comme l'Azerbaïdjan, la Tunisie ou encore la Libye. Et Mario Draghi s'est entretenu par téléphone avec l'émir du Qatar Tamim ben Hamad Al Thani pour obtenir des livraisons accrues de GNL.

Toutefois, "ces augmentations ne suffisent pas à compenser une éventuelle coupure du gaz en provenance de Russie", a commenté à l'AFP Roberto Bianchini, directeur de l'Observatoire du financement climatique de l'école Polytechnique de Milan.

"Nous nous préparons à une économie de guerre, en espérant ne pas y arriver", a confié le sous-secrétaire aux Affaires étrangères Manlio Di Stefano.

"Si l'approvisionnement en gaz était coupé, nous aurions deux semaines de pleine autonomie, deux semaines sans industrie, puis l'obscurité totale", a-t-il lâché.

Un avertissement réaliste ou exagéré? 

"L'Italie a en ce moment l'une des plus importantes réserves de gaz en Europe, remplies à 30%, elle peut importer plus de GNL et réactiver des centrales à charbon pour éviter ce scénario, donc il n'y aura pas de black-out", a assuré à l'AFP Simone Tagliapietra, professeur d'énergie à l'Université catholique de Milan.

Avec la flambée des prix, l'UE  paiera à partir d'avril un milliard d'euros par jour à Moscou pour régler ses achats de gaz et de pétrole, selon ses calculs.

Pour Roberto Bianchini, une interruption des livraisons russes "pourrait entraîner la nécessité de suspendre temporairement la consommation de certaines entreprises".

Retour du charbon? 

Le ministre de la Transition écologique Roberto Cingolani a admis que la sortie du gaz russe serait un travail de longue haleine. 

"Nous importons 29 milliards de m3 de gaz de Russie par an, dont 15 milliards seront fournis d'ici la fin du printemps par d'autres pays. Il nous faudra 24 à 30 mois pour devenir totalement indépendants".

Si Mario Draghi mise sur un recours accru aux énergies renouvelables, il n'exclut pas de relancer la demi-douzaine de centrales à charbon encore en activité et vouées à la disparition en 2025.

"Pour éviter un black-out, la seule [option] alternative est d'utiliser la capacité des centrales à charbon", malgré l'impact néfaste sur l'environnement, juge M. Bianchini.

Mario Draghi avait demandé en février que les sanctions européennes "ciblent des secteurs restreints, sans inclure l'énergie".

"I'Italie est parfaitement en accord avec les autres pays de l'UE, en premier lieu la France et l'Allemagne", a-t-il assuré mercredi devant les députés, ajoutant qu'elle était "prête à prendre de nouvelles mesures restrictives, si nécessaire".

Des couacs sont apparus au sein du gouvernement lorsqu'il s'agissait fin février de négocier au sein de l'Europe l'exclusion de la Russie du réseau de messagerie bancaire Swift, rouage essentiel de la finance internationale.

Au même moment où Luigi Di Maio prônait à Bruxelles une ligne dure pour bannir la Russie du Swift, le ministre de l'Economie Daniele Franco défendait à Paris l'option que "certains pays, y compris l'Italie, continuent à payer le gaz naturel russe".


Téhéran promet de venger l'attaque meurtrière contre un mariage, Washington annonce une enquête

Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
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  • Les tensions entre les États-Unis et l’Iran reprennent dans le Golfe, avec de nouvelles frappes iraniennes contre des positions militaires américaines
  • Téhéran accuse Washington d’une frappe ayant tué quatre personnes lors d’un mariage. Les États-Unis enquêtent mais se disent sceptiques

TEHERAN: L'Iran a de nouveau visé jeudi des cibles militaires américaines dans le Golfe, jurant de venger l'attaque qui a tué quatre personnes lors d'un mariage mardi soir, frappe pour laquelle Washington a annoncé une enquête.

Les Etats-Unis, qui ne s'étaient jusqu'ici pas exprimés officiellement sur cette attaque, mènent "une enquête approfondie", a indiqué devant la presse le vice-président américain JD Vance, tout en se disant "sceptique".

"Je dirais que les médias d'Etat iraniens n'ont pas vraiment rendu compte de manière fiable de ce qui s'est passé dans ce conflit jusqu'à présent, je suis donc extrêmement sceptique à ce sujet", a-t-il déclaré.

Après un mois d'accalmie, les affrontements entre Washington et Téhéran ont repris dimanche à l'initiative de l'armée américaine, qui a dit vouloir empêcher des roquettes chargées de mines marines d'être tirées dans le stratégique détroit d'Ormuz.

Téhéran a répondu en ciblant ses voisins du Golfe, comme depuis le début du conflit déclenché par une offensive américano-israélienne fin février.

Pour autant, le vice-président américain s'est refusé de parler d'"une guerre", alors que le conflit est un sujet de mécontentement pour les électeurs américains à l'approche des élections législatives de novembre.

"Je n'appellerais pas ça une guerre. En ce moment, il n'y a pas d'échange de tirs", a-t-il dit.

- Vidéos partagées -

La frappe ayant ciblé un mariage, imputée par l'Iran aux Etats-Unis, s'est produite dans le district de Sirik (sud-est), et a également blessé près de 70 personnes.

Les vidéos montrant des décorations de fêtes au milieu de débris et de taches de sang ont été largement partagées en Iran. Le New York Times, qui a analysé les témoignages et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et interrogé des experts militaires, affirme qu'il s'agissait bien d'une frappe américaine.

"Le sang pur de ces martyrs (...) ne restera pas impuni et sera certainement vengé", a assuré jeudi Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution, puissante armée idéologique iranienne.

Au total dans la nuit de mardi à mercredi, au moins 19 personnes dont sept membres des forces armées ont été tuées lors de bombardements en Iran, l'un des bilans les plus élevés de ces derniers mois.

L'Iran a aussi annoncé jeudi la mort de six membres de sa marine dans des frappes américaines, sans qu'on sache s'ils comptaient parmi les 19 personnes tuées.

Jeudi, son armée a notamment visé des "hangars d'avions de combat de l'armée terroriste américaine dans la base aérienne Ahmad al-Jaber au Koweït", selon un communiqué militaire.

Aux Emirats arabes unis, ce sont les systèmes radar américains qui ont été visés sur la base aérienne al-Minhad, d'après la même source.

Le Koweït a dénoncé une "ignoble agression". Les Emirats n'ont pas confirmé avoir été ciblés, et on ne connaît pas l'étendue d'éventuels dégâts.

- "A tout moment" -

Le même scénario se répète depuis le début de la guerre, tandis que les négociations pour y mettre fin restent dans l'impasse.

Au cœur du conflit, le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures que l'Iran verrouille désormais depuis des mois.

Les Etats-Unis appliquent en représailles un blocus naval sur les ports iraniens. Jeudi, JD Vance a affirmé que le passage de pétrole et de gaz avait "presque" retrouvé ses niveaux d'avant-guerre dans le détroit.

Washington n'a de son côté pas bombardé l'Iran ces dernières heures, même si Donald Trump a averti que les Etats-Unis restaient prêts à frapper "à tout moment".

Alors que Donald Trump peine à trouver une issue à ce conflit impopulaire et coûteux, l'administration américaine mise aussi sur la pression économique, avec par exemple l'annonce de divers nouvelles sanctions à venir contre les partenaires commerciaux de Téhéran.

Les cours du pétrole sont repartis à la hausse ces derniers jours du fait du regain de violences, le Brent, référence mondiale, évoluant au-dessus de 95 dollars.

Les investisseurs restent sceptiques "quant à une normalisation prochaine des flux énergétiques transitant par le détroit d'Ormuz", observe Jim Reid, économiste pour la Deutsche Bank.


Israël se dit prêt à répondre «avec force» à toute attaque iranienne

Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
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  • Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment"
  • "Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi

JERUSALEM: Israël s'est dit mercredi prêt à riposter "avec force" à une éventuelle attaque iranienne, en pleine reprise des hostilités entre Téhéran et Washington.

Israël a lancé la guerre au Moyen-Orient aux côtés des Etats-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire après la signature d'un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran en avril, même lorsque que celui-ci a volé en éclats avec de nouveaux affrontements.

Mercredi, l'Iran a mené des frappes sur plusieurs pays de la région en réponse à des bombardements américains.

"Pour le moment, (les Iraniens) mènent des frappes dans toute la région, sauf sur nous. Mais il est possible qu'ils nous attaquent et nous y sommes préparés", a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz, lors d'une conférence organisée par le média israélien Ynet.

Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment".

"Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi.

M. Katz a de son côté également avancé que les avions militaires israéliens étaient "prêts à décoller", et affirmé que les Iraniens "aimaient bien attaquer lors des fêtes juives".

Israël a plusieurs fois fait face dans son histoire à des attaques lors de fêtes juives - mais pas de la part de l'Iran - un souvenir qui affleure à chaque fois qu'approchent des périodes fériées.

C'est le cas par exemple de la guerre du Kippour en 1973, déclenchée par une attaque surprise de l'Egypte et de la Syrie le jour de Yom Kippour. Ou de l'attaque sans précédent menée par le Hamas palestinien le 7 octobre 2023, jour de Shabbat et de la fête juive de Simchat Torah.

Les fêtes juives d'automne commenceront à la tombée de la nuit le 11 septembre avec Rosh Hashana, le Nouvel An juif, suivi de Yom Kippour du 20 au 21 septembre et de Souccot à partir du 25 septembre.

L'activité ralentit considérablement en Israël pendant cette période, mais l'armée et les forces de sécurité restent traditionnellement très mobilisées.


Allemagne: ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat près d'une centrale thermique

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
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  • "Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte"
  • Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage"

BERLIN: La police allemande a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat mardi contre un poste électrique près d'une centrale thermique à Jänschwalde (est), qui a endommagé plusieurs lignes électriques et provoqué une brève interruption de l'alimentation.

"Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte", a indiqué la préfecture de police du Land de Brandebourg à Potsdam.

Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage".

Lors d'une conférence de presse donnée mercredi à Düsseldorf (ouest), le ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, Herbert Reul, a déclaré qu'il existait "un soupçon initial de sabotage dirigé contre l'ordre constitutionnel".

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche", a ajouté M. Reul.