La nouvelle fermeté japonaise face à Moscou, une façon d'avertir Pékin

Le président russe Vladimir Poutine (D) s'entretient avec l'ex Premier ministre japonais Shinzo Abe (G) lors d'une visite à la salle de judo Kodokan à Tokyo le 16 décembre 2016. (AFP)
Le président russe Vladimir Poutine (D) s'entretient avec l'ex Premier ministre japonais Shinzo Abe (G) lors d'une visite à la salle de judo Kodokan à Tokyo le 16 décembre 2016. (AFP)
Short Url
Publié le Lundi 21 mars 2022

La nouvelle fermeté japonaise face à Moscou, une façon d'avertir Pékin

  • Lorsque Moscou s'est emparé de la Crimée en 2014, la réponse japonaise avait été jugée tiède. Mais cette fois, Tokyo s'est aligné sur ses alliés occidentaux
  • Le Japon a surtout en tête la Chine qui a des ambitions régionales croissantes, notamment l'objectif de «réunifier» Taïwan à la «mère patrie» et ses revendications sur des îles contestées

TOKYO: Le Japon a rompu avec sa diplomatie passée dans sa réponse ferme à l'invasion russe de l'Ukraine, et le conflit pourrait remodeler sa stratégie de défense face aux ambitions régionales de Pékin, selon des analystes.


Lorsque Moscou s'est emparé de la Crimée en 2014, la réponse japonaise avait été jugée tiède. Mais cette fois, Tokyo s'est aligné sur ses alliés occidentaux en adoptant des sanctions sans précédent et en envoyant une aide militaire non létale à Kiev. 


"Le Japon a déjà été accusé de payer pour s'en sortir, autrement dit de donner de l'argent sans s'impliquer directement dans aucune crise", rappelle Valérie Niquet, spécialiste de l'Asie à la Fondation pour la recherche stratégique.


Cette fois, le Japon "met l'accent sur ce qu'il fait (...) pour montrer qu'il ne se contente pas de rester les bras croisés et d'attendre de voir comment ça va évoluer". 


La rapidité avec laquelle Tokyo a pris des mesures contre Moscou et des personnalités russes a été "vraiment remarquable", dit Tobias Harris, expert du Japon au sein du groupe de réflexion Center for American Progress. "Cela va beaucoup plus loin que ce que je pensais".
Cela reflète en partie la nature extraordinaire du conflit, mais plusieurs autres facteurs sont en jeu, notamment le départ de l'ancien Premier ministre Shinzo Abe, qui avait longtemps cherché à resserrer les liens avec Moscou. 


M. Abe, qui a démissionné en 2020 pour raisons de santé, avait espéré que des relations plus chaleureuses débloqueraient le contentieux relatif aux îles Kouriles du Sud, annexées par Moscou à la fin de la Seconde Guerre mondiale et que Tokyo appelle les "Territoires du Nord". Ce différend territorial empêche la signature d'un traité de paix entre les deux pays.

Message à la Chine 
Mais désormais, le Japon a surtout en tête la Chine qui a des ambitions régionales croissantes, notamment l'objectif de "réunifier" Taïwan à la "mère patrie" et ses revendications sur des îles contestées appelées Senkaku par Tokyo et Diaoyu par Pékin.


Dans le passé, Tokyo craignait que des actions fermes à l'égard de la Russie ne poussent Moscou dans les bras de Pékin, explique James D.J. Brown, professeur de sciences politiques à la Temple University de Tokyo. 


"Aujourd'hui, ça s'est complètement inversé", dit-il à l'AFP. L'opinion est que "le Japon doit être dur avec la Russie, sinon il crée un précédent et encourage peut-être la Chine à penser qu'elle pourrait faire la même chose". 


A court terme, le Japon devrait complètement revoir son approche sur la Russie lors du réexamen de sa stratégie de sécurité nationale, prévu fin 2022. "Il est certain que la Russie sera décrite comme une menace", estime Valérie Niquet.

«Partage nucléaire» en débat 
La guerre russo-ukrainienne pourrait aussi renforcer l'influence de ceux qui à Tokyo appellent à plus de dépenses militaires. 
Lors de la campagne pour les législatives de 2021, le Parti libéral-démocrate (PLD, droite au pouvoir) s'est fixé comme objectif à long terme de porter le budget de la défense à plus de 2% du PIB, contre 1% habituellement. 

C'est "maintenant un objectif qu'ils peuvent atteindre de manière réaliste", juge M. Brown. 

La discussion sur l'obtention d'une capacité de frappe, comme des drones d'attaque, a fait l'objet de controverses en raison de la Constitution pacifiste du Japon depuis 1947, qui limite ses moyens militaires à l'autodéfense.


Mais "les images que nous avons vues en Ukraine seront utiles à ceux qui veulent que le Japon ait une défense nationale plus robuste", relève M. Harris. "L'autodéfense ressemblera de plus en plus à une feuille de vigne". 


Plus polémique encore, le PLD veut débattre de la dissuasion nucléaire, après que des parlementaires, dont M. Abe, ont suggéré d'envisager la possibilité d'un "partage nucléaire" avec Washington. 


Il est toutefois peu probable que cela se produise à court terme. Si le Japon s'appuie sur le parapluie nucléaire américain, sa tradition politique lui interdit de produire, de posséder ou d'héberger des armes atomiques. 


Mais le simple fait d'avoir un débat sur ce sujet dans un pays qui a subi les bombardements de Hiroshima et Nagasaki souligne les effets profonds de la crise russo-ukrainienne. "Je pense que nous n'avons pas encore vu pleinement l'impact que cette guerre aura sur les discussions internes du Japon", conclut M. Harris.


A noter toutefois que les sanctions japonaises contre Moscou n'ont pas concerné jusqu'ici l'énergie et un projet de gazoduc en Extrême-Orient, entre Sakhakine et Hokkaido. 


Téhéran promet de venger l'attaque meurtrière contre un mariage, Washington annonce une enquête

Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Short Url
  • Les tensions entre les États-Unis et l’Iran reprennent dans le Golfe, avec de nouvelles frappes iraniennes contre des positions militaires américaines
  • Téhéran accuse Washington d’une frappe ayant tué quatre personnes lors d’un mariage. Les États-Unis enquêtent mais se disent sceptiques

TEHERAN: L'Iran a de nouveau visé jeudi des cibles militaires américaines dans le Golfe, jurant de venger l'attaque qui a tué quatre personnes lors d'un mariage mardi soir, frappe pour laquelle Washington a annoncé une enquête.

Les Etats-Unis, qui ne s'étaient jusqu'ici pas exprimés officiellement sur cette attaque, mènent "une enquête approfondie", a indiqué devant la presse le vice-président américain JD Vance, tout en se disant "sceptique".

"Je dirais que les médias d'Etat iraniens n'ont pas vraiment rendu compte de manière fiable de ce qui s'est passé dans ce conflit jusqu'à présent, je suis donc extrêmement sceptique à ce sujet", a-t-il déclaré.

Après un mois d'accalmie, les affrontements entre Washington et Téhéran ont repris dimanche à l'initiative de l'armée américaine, qui a dit vouloir empêcher des roquettes chargées de mines marines d'être tirées dans le stratégique détroit d'Ormuz.

Téhéran a répondu en ciblant ses voisins du Golfe, comme depuis le début du conflit déclenché par une offensive américano-israélienne fin février.

Pour autant, le vice-président américain s'est refusé de parler d'"une guerre", alors que le conflit est un sujet de mécontentement pour les électeurs américains à l'approche des élections législatives de novembre.

"Je n'appellerais pas ça une guerre. En ce moment, il n'y a pas d'échange de tirs", a-t-il dit.

- Vidéos partagées -

La frappe ayant ciblé un mariage, imputée par l'Iran aux Etats-Unis, s'est produite dans le district de Sirik (sud-est), et a également blessé près de 70 personnes.

Les vidéos montrant des décorations de fêtes au milieu de débris et de taches de sang ont été largement partagées en Iran. Le New York Times, qui a analysé les témoignages et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et interrogé des experts militaires, affirme qu'il s'agissait bien d'une frappe américaine.

"Le sang pur de ces martyrs (...) ne restera pas impuni et sera certainement vengé", a assuré jeudi Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution, puissante armée idéologique iranienne.

Au total dans la nuit de mardi à mercredi, au moins 19 personnes dont sept membres des forces armées ont été tuées lors de bombardements en Iran, l'un des bilans les plus élevés de ces derniers mois.

L'Iran a aussi annoncé jeudi la mort de six membres de sa marine dans des frappes américaines, sans qu'on sache s'ils comptaient parmi les 19 personnes tuées.

Jeudi, son armée a notamment visé des "hangars d'avions de combat de l'armée terroriste américaine dans la base aérienne Ahmad al-Jaber au Koweït", selon un communiqué militaire.

Aux Emirats arabes unis, ce sont les systèmes radar américains qui ont été visés sur la base aérienne al-Minhad, d'après la même source.

Le Koweït a dénoncé une "ignoble agression". Les Emirats n'ont pas confirmé avoir été ciblés, et on ne connaît pas l'étendue d'éventuels dégâts.

- "A tout moment" -

Le même scénario se répète depuis le début de la guerre, tandis que les négociations pour y mettre fin restent dans l'impasse.

Au cœur du conflit, le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures que l'Iran verrouille désormais depuis des mois.

Les Etats-Unis appliquent en représailles un blocus naval sur les ports iraniens. Jeudi, JD Vance a affirmé que le passage de pétrole et de gaz avait "presque" retrouvé ses niveaux d'avant-guerre dans le détroit.

Washington n'a de son côté pas bombardé l'Iran ces dernières heures, même si Donald Trump a averti que les Etats-Unis restaient prêts à frapper "à tout moment".

Alors que Donald Trump peine à trouver une issue à ce conflit impopulaire et coûteux, l'administration américaine mise aussi sur la pression économique, avec par exemple l'annonce de divers nouvelles sanctions à venir contre les partenaires commerciaux de Téhéran.

Les cours du pétrole sont repartis à la hausse ces derniers jours du fait du regain de violences, le Brent, référence mondiale, évoluant au-dessus de 95 dollars.

Les investisseurs restent sceptiques "quant à une normalisation prochaine des flux énergétiques transitant par le détroit d'Ormuz", observe Jim Reid, économiste pour la Deutsche Bank.


Israël se dit prêt à répondre «avec force» à toute attaque iranienne

Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Short Url
  • Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment"
  • "Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi

JERUSALEM: Israël s'est dit mercredi prêt à riposter "avec force" à une éventuelle attaque iranienne, en pleine reprise des hostilités entre Téhéran et Washington.

Israël a lancé la guerre au Moyen-Orient aux côtés des Etats-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire après la signature d'un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran en avril, même lorsque que celui-ci a volé en éclats avec de nouveaux affrontements.

Mercredi, l'Iran a mené des frappes sur plusieurs pays de la région en réponse à des bombardements américains.

"Pour le moment, (les Iraniens) mènent des frappes dans toute la région, sauf sur nous. Mais il est possible qu'ils nous attaquent et nous y sommes préparés", a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz, lors d'une conférence organisée par le média israélien Ynet.

Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment".

"Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi.

M. Katz a de son côté également avancé que les avions militaires israéliens étaient "prêts à décoller", et affirmé que les Iraniens "aimaient bien attaquer lors des fêtes juives".

Israël a plusieurs fois fait face dans son histoire à des attaques lors de fêtes juives - mais pas de la part de l'Iran - un souvenir qui affleure à chaque fois qu'approchent des périodes fériées.

C'est le cas par exemple de la guerre du Kippour en 1973, déclenchée par une attaque surprise de l'Egypte et de la Syrie le jour de Yom Kippour. Ou de l'attaque sans précédent menée par le Hamas palestinien le 7 octobre 2023, jour de Shabbat et de la fête juive de Simchat Torah.

Les fêtes juives d'automne commenceront à la tombée de la nuit le 11 septembre avec Rosh Hashana, le Nouvel An juif, suivi de Yom Kippour du 20 au 21 septembre et de Souccot à partir du 25 septembre.

L'activité ralentit considérablement en Israël pendant cette période, mais l'armée et les forces de sécurité restent traditionnellement très mobilisées.


Allemagne: ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat près d'une centrale thermique

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Short Url
  • "Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte"
  • Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage"

BERLIN: La police allemande a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat mardi contre un poste électrique près d'une centrale thermique à Jänschwalde (est), qui a endommagé plusieurs lignes électriques et provoqué une brève interruption de l'alimentation.

"Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte", a indiqué la préfecture de police du Land de Brandebourg à Potsdam.

Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage".

Lors d'une conférence de presse donnée mercredi à Düsseldorf (ouest), le ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, Herbert Reul, a déclaré qu'il existait "un soupçon initial de sabotage dirigé contre l'ordre constitutionnel".

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche", a ajouté M. Reul.