Liban: la crise financière s’aggrave, les banques entament une grève

La Bank of Beirut est fermée le premier jour d’une grève de deux jours à Beyrouth, au Liban, le 21 mars 2022 (Photo, Reuters).
La Bank of Beirut est fermée le premier jour d’une grève de deux jours à Beyrouth, au Liban, le 21 mars 2022 (Photo, Reuters).
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Publié le Mardi 22 mars 2022

Liban: la crise financière s’aggrave, les banques entament une grève

  • Les autorités bancaires sont mécontentes des décisions judiciaires rendues à leur encontre
  • Le pouvoir judiciaire décide de poursuivre le gouverneur de la Banque centrale et son frère

BEYROUTH: Les banques libanaises ont déclaré lundi une grève de deux jours pour protester contre les décisions judiciaires prises à l’encontre de Fransabank, Credit Bank, Banque du Liban et d’Outre-Mer, Bank of Beirut, Société générale, Bankmed et Bank Audi.
Les établissements financiers ont qualifié ces décisions d’arbitraires, notant que certaines actions en justice intentées par les déposants sont liées à leurs demandes de récupération des fonds en dollars américains retenus par les banques depuis plus de deux ans.
Cette grève place les banques sur une trajectoire de collision avec le pouvoir judiciaire. Les banques et l’élite politique attendent maintenant les résultats des réunions entre le ministre de la Justice, Henry Khoury, et les chefs du pouvoir judiciaire, comme l’a ordonné le Premier ministre Najib Mikati sur la base du principe de séparation des pouvoirs.
La situation s’est aggravée lundi après que la juge Ghada Aoun, procureure générale près la cour d’appel du Mont-Liban, a ordonné la saisie temporaire de biens immobiliers appartenant à Raja Salamé — le frère de Riad Salamé, gouverneur de la Banque centrale du Liban (BDL) — qui a été arrêté vendredi dans le cadre d’activités impliquant le trésor public «dont le gaspillage a été prouvé selon les enquêtes préliminaires».
La juge Aoun a indiqué qu’elle avait maintenant déféré Raja Salamé aux procureurs après l’avoir précédemment renvoyé devant le premier juge d’instruction du Mont Liban, Nicolas Mansour.
Riad Salamé, quant à lui, ne s’est pas présenté lundi à une audition au cours de laquelle il devait comparaître devant un juge. En conséquence, la procureure générale a porté plainte contre lui, contre la femme d’affaires Anna Kozakova et contre un certain nombre de sociétés pour «enrichissement illicite et blanchiment d’argent», et a transmis les dossiers au juge Mansour.
En réponse aux allégations portées contre lui, Riad Salamé a affirmé à Reuters: «J’ai ordonné un audit et il a été prouvé que l’argent public n’était pas la source de ma richesse.»
Les enquêtes préliminaires de la juge Aoun ont été menées en réponse à un procès intenté par le groupe militant Rouwwad al-Adalah, qui se traduit par «pionniers de la justice».
Le Syndicat des employés des banques, qui soutient les banques dans leur grève, espère que «le pouvoir judiciaire abordera objectivement la crise des banques, car les dernières décisions judiciaires n’ont pas seulement affecté les banques concernées mais les ont contournées pour toucher l’ensemble du secteur bancaire», notant que les résultats de cette crise seront désastreux pour le secteur à l’étranger.
Le débat politique et juridique a suscité des débats sur la légalité et l’illégalité des procédures et sur les effets économiques du ciblage des banques. On craint que les banques n’intensifient leur action, qui pourrait aller jusqu’à une grève illimitée pour protester contre les décisions du pouvoir judiciaire en faveur des déposants.
L’Association des banques du Liban a appelé «les autorités politiques à prendre les mesures nécessaires pour mettre fin aux violations juridiques commises à l’encontre des banques et aux infractions scandaleuses de certaines parties, notamment le pouvoir judiciaire, qui enfreignent les lois et continuent de recourir à des pratiques arbitraires et barbares qui aboutiraient à un chaos judiciaire».
Les banques privées rejettent la responsabilité de la crise des dépôts sur les autorités politiques et la BDL, qui ont continué à contracter des prêts et à ne pas les rembourser. Les banques ont continué à prêter de l’argent à l’État tout en sachant que cet argent ne serait pas remboursé en raison de la corruption.
La Fédération des syndicats des employés des banques a réclamé que le public soit informé «des raisons qui ont conduit à l’évaporation des dépôts des banques et à l’aggravation de la crise entre les déposants et les banques», et a mentionné que «les gouvernements successifs ont poursuivi leurs politiques d’emprunt et continué à dépenser de l’argent sans aucun contrôle jusqu’à ce que le pays sombre dans la crise».
Elle a également remis en question le rôle du «Conseil supérieur de la magistrature et de l’Autorité d’inspection judiciaire dans le contrôle du travail des juges, et la mesure dans laquelle certains juges adhèrent aux principes du travail judiciaire, notamment en ce qui concerne le secteur bancaire.»
Lundi, le taux de change du dollar américain par rapport à la livre libanaise a encore augmenté en raison de la grève des banques, faisant craindre à la population une nouvelle hausse des prix. Les travailleurs des secteurs public et privé et les retraités ont exprimé leur colère de ne pas pouvoir retirer leurs salaires et pensions des banques.
Le groupe Sarkhat al-Moudiin, qui se traduit par «cri des déposants», et d’autres groupes militants ont menacé «de redoubler d’efforts dans les prochains jours pour déterminer les responsabilités criminelles et financières qui ont conduit à la crise financière actuelle, en vue de tenir les politiciens responsables et afin que chacun obtienne ce qu’il mérite.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
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  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
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  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.