Au procès d'un des « Beatles» de l'EI, un ancien otage revit ses 14 mois d'enfer

El Shafee el-Sheikh comparaît désormais devant la justice américaine.  Cet homme de 33 ans, déchu de sa nationalité britannique, est accusé d'avoir fait partie d'un groupe de geôliers surnommés "les Beatles" par leurs otages en raison de leur accent britannique. (AFP PHOTO / HO / SYRIAN DEMOCRATIC FORCES (SDF).
El Shafee el-Sheikh comparaît désormais devant la justice américaine. Cet homme de 33 ans, déchu de sa nationalité britannique, est accusé d'avoir fait partie d'un groupe de geôliers surnommés "les Beatles" par leurs otages en raison de leur accent britannique. (AFP PHOTO / HO / SYRIAN DEMOCRATIC FORCES (SDF).
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Publié le Vendredi 01 avril 2022

Au procès d'un des « Beatles» de l'EI, un ancien otage revit ses 14 mois d'enfer

  • Federico Motka, qui a été détenu pendant 14 mois par le groupe Etat islamique (EI), a livré un témoignage glaçant au deuxième jour du procès d'El Shafee el-Sheikh, devant la justice américaine
  • A la barre, Federico Motka a repris cette appellation. "George, Ringo et John étaient là dès le premier jour" et quasi jusqu'au dernier, a-t-il assuré

ALEXANDRIA: Battu, électrocuté, obligé de se battre contre d'autres otages ou d'assister à une exécution: un humanitaire italien a raconté jeudi, au procès d'un de ses ravisseurs, les sévices endurés aux mains de jihadistes britanniques particulièrement sadiques.


Federico Motka, qui a été détenu pendant 14 mois par le groupe Etat islamique (EI), a livré un témoignage glaçant au deuxième jour du procès d'El Shafee el-Sheikh, devant la justice américaine.


Cet homme de 33 ans, déchu de sa nationalité britannique, est accusé d'avoir fait partie d'un groupe de geôliers surnommés "les Beatles" par leurs otages en raison de leur accent britannique.


A la barre, Federico Motka a repris cette appellation. "George, Ringo et John étaient là dès le premier jour" et quasi jusqu'au dernier, a-t-il assuré.


"Bienvenue en Syrie, clébard", avait lancé l'un d'eux lors de sa capture et celle de son collègue britannique David Haines, le 12 mars 2013, donnant d'emblée le ton des humiliations à venir.


Après un premier mois ponctué "de coups ici et là et d'intimidations", l'Italien a connu son premier tabassage en règle "avec un câble épais en caoutchouc" parce qu'il avait échangé, contre leurs consignes, avec un prisonnier syrien.


S'en est suivi "le régime des punitions", la période la plus difficile de sa captivité, qui durera jusqu'en mai 2014.

«Impossible de respirer»

Transférés dans une prison surnommée "la Boîte" en raison de son exiguïté, Federico Motka et David Haines sont soumis à des séances d'électrocution, sont obligés de rester des heures dans des positions inconfortables, privés de nourriture, battus...


Deux journalistes, le Britannique John Cantlie et l'Américain James Foley, sont dans une autre cellule. "On ne les voyait pas, mais on entendait leurs cris."


Un jour, les bruits qui leur parviennent sont différents: les "Beatles" soumettent les journalistes à des simulations de noyade. L'Italien n'y échappera pas.


Après avoir eu sa tête plongée dans un seau d'eau, il doit retirer son pull. "+Ringo+ l'a appuyé sur mon visage, +George+ l'imbibait d'eau avec un tuyau, c'était impossible de respirer", décrit-il.


Un autre jour, les quatre prisonniers sont réunis pour la première fois. "Ils nous ont ordonné de nous battre entre nous. (...) On était tellement faibles qu'on avait à peine la force de lever les bras, John (Cantlie) et James (Foley) ont fini par s'évanouir."


Au début du ramadan, les quatre hommes, amaigris et fragilisés, sont transférés dans une autre prison et placés sous la supervision d'un groupe de jihadistes francophones avec d'autres otages européens.


Mieux nourris, ils peuvent parler avec leurs gardes sans se faire battre. C'était "un virage à 180 degrés", dit-il.

Cruauté 

Les "Beatles", toujours masqués, font un passage en septembre. "David et moi étions terrifiés" de les revoir.


A partir de novembre, ils reviendront de manière plus régulière dans le cadre de leurs efforts pour obtenir des millions de dollars de rançon: ils récupèrent des adresses mail, prennent des photos ou des vidéos pour prouver que leurs otages sont toujours en vie...


Leur cruauté se manifeste à nouveau.


Un jour, ils forcent leurs otages à regarder des photos d'un ancien prisonnier russe. "On voyait le crâne de Sergueï, mort, avec des impacts de balles, et il fallait qu'un par un on la décrive à voix haute."


Une autre fois, Federiko Motka et quatre autres Européens sont obligés d'assister à l'exécution d'un captif syrien. "George chorégraphiait la scène, Ringo était derrière la caméra et John a tiré."


Les cinq otages tiennent des messages à l'adresse de leurs proches. L'un d'eux suggère que sans paiement de rançon, "nous serons les prochains".


Les Espagnols, Français, Danois, Allemand sont finalement libérés. Lui le sera le 25 mai 2014.


Mais les Américains et les Britanniques, dont les pays refusent de verser des rançons, seront exécutés quelques mois plus tard, et leur mort mise en scène dans d'autres vidéos de propagande.


Leur meurtre vaut à El Shafee el-Sheikh, arrêté en 2018 par les forces kurdes syriennes, de faire face à la justice américaine.


Pour l'accusation, il était "Ringo". Lui nie avoir été un des "Beatles", malgré des interviews accablantes données à des médias avant son transfert aux Etats-Unis.


Son procès, le premier d'un jihadiste de l'EI de cet acabit sur le sol américain, doit durer au moins trois semaines.


Téhéran promet de venger l'attaque meurtrière contre un mariage, Washington annonce une enquête

Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
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  • Les tensions entre les États-Unis et l’Iran reprennent dans le Golfe, avec de nouvelles frappes iraniennes contre des positions militaires américaines
  • Téhéran accuse Washington d’une frappe ayant tué quatre personnes lors d’un mariage. Les États-Unis enquêtent mais se disent sceptiques

TEHERAN: L'Iran a de nouveau visé jeudi des cibles militaires américaines dans le Golfe, jurant de venger l'attaque qui a tué quatre personnes lors d'un mariage mardi soir, frappe pour laquelle Washington a annoncé une enquête.

Les Etats-Unis, qui ne s'étaient jusqu'ici pas exprimés officiellement sur cette attaque, mènent "une enquête approfondie", a indiqué devant la presse le vice-président américain JD Vance, tout en se disant "sceptique".

"Je dirais que les médias d'Etat iraniens n'ont pas vraiment rendu compte de manière fiable de ce qui s'est passé dans ce conflit jusqu'à présent, je suis donc extrêmement sceptique à ce sujet", a-t-il déclaré.

Après un mois d'accalmie, les affrontements entre Washington et Téhéran ont repris dimanche à l'initiative de l'armée américaine, qui a dit vouloir empêcher des roquettes chargées de mines marines d'être tirées dans le stratégique détroit d'Ormuz.

Téhéran a répondu en ciblant ses voisins du Golfe, comme depuis le début du conflit déclenché par une offensive américano-israélienne fin février.

Pour autant, le vice-président américain s'est refusé de parler d'"une guerre", alors que le conflit est un sujet de mécontentement pour les électeurs américains à l'approche des élections législatives de novembre.

"Je n'appellerais pas ça une guerre. En ce moment, il n'y a pas d'échange de tirs", a-t-il dit.

- Vidéos partagées -

La frappe ayant ciblé un mariage, imputée par l'Iran aux Etats-Unis, s'est produite dans le district de Sirik (sud-est), et a également blessé près de 70 personnes.

Les vidéos montrant des décorations de fêtes au milieu de débris et de taches de sang ont été largement partagées en Iran. Le New York Times, qui a analysé les témoignages et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et interrogé des experts militaires, affirme qu'il s'agissait bien d'une frappe américaine.

"Le sang pur de ces martyrs (...) ne restera pas impuni et sera certainement vengé", a assuré jeudi Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution, puissante armée idéologique iranienne.

Au total dans la nuit de mardi à mercredi, au moins 19 personnes dont sept membres des forces armées ont été tuées lors de bombardements en Iran, l'un des bilans les plus élevés de ces derniers mois.

L'Iran a aussi annoncé jeudi la mort de six membres de sa marine dans des frappes américaines, sans qu'on sache s'ils comptaient parmi les 19 personnes tuées.

Jeudi, son armée a notamment visé des "hangars d'avions de combat de l'armée terroriste américaine dans la base aérienne Ahmad al-Jaber au Koweït", selon un communiqué militaire.

Aux Emirats arabes unis, ce sont les systèmes radar américains qui ont été visés sur la base aérienne al-Minhad, d'après la même source.

Le Koweït a dénoncé une "ignoble agression". Les Emirats n'ont pas confirmé avoir été ciblés, et on ne connaît pas l'étendue d'éventuels dégâts.

- "A tout moment" -

Le même scénario se répète depuis le début de la guerre, tandis que les négociations pour y mettre fin restent dans l'impasse.

Au cœur du conflit, le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures que l'Iran verrouille désormais depuis des mois.

Les Etats-Unis appliquent en représailles un blocus naval sur les ports iraniens. Jeudi, JD Vance a affirmé que le passage de pétrole et de gaz avait "presque" retrouvé ses niveaux d'avant-guerre dans le détroit.

Washington n'a de son côté pas bombardé l'Iran ces dernières heures, même si Donald Trump a averti que les Etats-Unis restaient prêts à frapper "à tout moment".

Alors que Donald Trump peine à trouver une issue à ce conflit impopulaire et coûteux, l'administration américaine mise aussi sur la pression économique, avec par exemple l'annonce de divers nouvelles sanctions à venir contre les partenaires commerciaux de Téhéran.

Les cours du pétrole sont repartis à la hausse ces derniers jours du fait du regain de violences, le Brent, référence mondiale, évoluant au-dessus de 95 dollars.

Les investisseurs restent sceptiques "quant à une normalisation prochaine des flux énergétiques transitant par le détroit d'Ormuz", observe Jim Reid, économiste pour la Deutsche Bank.


Israël se dit prêt à répondre «avec force» à toute attaque iranienne

Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
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  • Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment"
  • "Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi

JERUSALEM: Israël s'est dit mercredi prêt à riposter "avec force" à une éventuelle attaque iranienne, en pleine reprise des hostilités entre Téhéran et Washington.

Israël a lancé la guerre au Moyen-Orient aux côtés des Etats-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire après la signature d'un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran en avril, même lorsque que celui-ci a volé en éclats avec de nouveaux affrontements.

Mercredi, l'Iran a mené des frappes sur plusieurs pays de la région en réponse à des bombardements américains.

"Pour le moment, (les Iraniens) mènent des frappes dans toute la région, sauf sur nous. Mais il est possible qu'ils nous attaquent et nous y sommes préparés", a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz, lors d'une conférence organisée par le média israélien Ynet.

Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment".

"Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi.

M. Katz a de son côté également avancé que les avions militaires israéliens étaient "prêts à décoller", et affirmé que les Iraniens "aimaient bien attaquer lors des fêtes juives".

Israël a plusieurs fois fait face dans son histoire à des attaques lors de fêtes juives - mais pas de la part de l'Iran - un souvenir qui affleure à chaque fois qu'approchent des périodes fériées.

C'est le cas par exemple de la guerre du Kippour en 1973, déclenchée par une attaque surprise de l'Egypte et de la Syrie le jour de Yom Kippour. Ou de l'attaque sans précédent menée par le Hamas palestinien le 7 octobre 2023, jour de Shabbat et de la fête juive de Simchat Torah.

Les fêtes juives d'automne commenceront à la tombée de la nuit le 11 septembre avec Rosh Hashana, le Nouvel An juif, suivi de Yom Kippour du 20 au 21 septembre et de Souccot à partir du 25 septembre.

L'activité ralentit considérablement en Israël pendant cette période, mais l'armée et les forces de sécurité restent traditionnellement très mobilisées.


Allemagne: ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat près d'une centrale thermique

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
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  • "Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte"
  • Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage"

BERLIN: La police allemande a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat mardi contre un poste électrique près d'une centrale thermique à Jänschwalde (est), qui a endommagé plusieurs lignes électriques et provoqué une brève interruption de l'alimentation.

"Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte", a indiqué la préfecture de police du Land de Brandebourg à Potsdam.

Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage".

Lors d'une conférence de presse donnée mercredi à Düsseldorf (ouest), le ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, Herbert Reul, a déclaré qu'il existait "un soupçon initial de sabotage dirigé contre l'ordre constitutionnel".

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche", a ajouté M. Reul.