Tunisie: lutte à mort entre Kaïs Saïed et Rached Ghannouchi

Le président tunisien, Kaïs Saïed,  (à droite) reçoit le chef d'Ennahdha et président du parlement, Rached Ghannouchi, au palais présidentiel, à Carthage (Photo, AFP)
Le président tunisien, Kaïs Saïed, (à droite) reçoit le chef d'Ennahdha et président du parlement, Rached Ghannouchi, au palais présidentiel, à Carthage (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 14 octobre 2020

Tunisie: lutte à mort entre Kaïs Saïed et Rached Ghannouchi

  • Le chef de l’État et le président de l’Assemblée des représentants du peuple: chacun rêve de se débarrasser de l’autre
  • Le président du mouvement Ennahdha, qui a longtemps envisagé de se présenter à la dernière élection présidentielle d’octobre 2019, se comporte comme un chef de l’État bis

TUNIS: Chacun, du chef de l’État et du président de l’Assemblée des représentants du peuple, rêve de se débarrasser de l’autre. Et fait tout pour y parvenir.

Les Tunisiens ont ces jours-ci l’impression de vivre le remake d’un mauvais film qu’ils ont déjà vu, celui du bras de fer ayant opposé feu le président Béji Caïd Essebsi à Youssef Chahed, qu’il avait fait roi en le nommant chef du gouvernement en août 2016. L’idylle entre les deux hommes avait pris fin à cause d’une querelle entre le fils spirituel de l’ancien président et son fils biologique, Hafedh Caïd Essebsi.

Quatre ans plus tard, les personnages ont changé, mais le paysage est le même: celui d’une véritable guerre fratricide opposant le président Kaïs Saïed au mouvement Ennahdha et, plus particulièrement, à son président, Rached Ghannouchi. Certes, les deux belligérants sont sur la même longueur d’ondes idéologique – conservatrice en l’occurrence. Le chef de l’État et les nahdhaouis sont favorables à l’application de la peine de mort et contre l’égalité entre hommes et femmes en matière d’héritage.

En outre, le parti islamiste a essayé d’adouber le candidat Kaïs Saïed en appelant à voter pour lui lors du second tour de l’élection présidentielle. Malgré ce geste et leur proximité idéologique, le locataire du palais de Carthage et Ennahdha se livrent depuis quelques mois une lutte à mort. Deux volontés hégémoniques sont en train de s’affronter.

En effet, ni le président de la République ni celui de l’Assemblée ne sont satisfait du périmètre que leur accorde la Constitution et chacun d’eux fait tout pour l’élargir et augmenter ses prérogatives. Kaïs Saïed essaie depuis le début de grignoter celles du chef du gouvernement. Rached Ghannouchi s’emploie quant à lui, depuis qu’il a accédé à la présidence de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), à empiéter sur le terrain du chef de l’État dans le domaine diplomatique.

Le président du mouvement Ennahdha, qui a longtemps envisagé de se présenter à la dernière élection présidentielle d’octobre 2019 avant de se raviser et d’opter pour les législatives, se comporte comme un «chef de l’État bis».

Sous couvert de ce qu’il appelle la «diplomatie parlementaire», il a multiplié les initiatives dans ce domaine, en particulier dans deux dossiers très sensibles pour la Tunisie à propos desquels il a pris des initiatives fort critiquées: les relations avec la Turquie et la guerre civile en Libye.

Deux mois après son élection à la présidence de l’ARP, le 13 novembre 2019, M. Ghannouchi se rend en visite à Ankara pour y rencontrer le président Recep Tayyip Erdogan, provoquant une levée de boucliers au sein de la classe politique et de l’opinion publique non islamistes, qui lui dénient le droit de prendre une telle initiative en qualité de président de l’Assemblée. Et qui l’accusent de servir les intérêts de son parti plutôt que ceux de la Tunisie, comme le président du mouvement Ennahdha aime à la répéter.

Le mentor turc

En effet, M. Ghannouchi s’est rendu une première fois en Turquie près de deux semaines après la proclamation des résultats des législatives du 6 octobre 2019 et en pleine négociation pour la formation du nouveau gouvernement à l’initiative du parti islamiste, et une seconde fois quelques heures seulement après que celui-ci eut échoué à obtenir la confiance de l’ARP. Voilà qui permet à ses détracteurs d’accuser le président du mouvement Ennahdha d’être allé recueillir les «conseils» de son mentor turc.

La manière dont le président de l’ARP gère le dossier libyen est également problématique, car elle s’écarte de la neutralité qui caractérise la position officielle de la Tunisie.

Deux faits en témoignent: d’abord, l’absence de relations de la présidence du mouvement Ennahdha et de l’Assemblée avec l’est de la Libye, et notamment son vis-à-vis, Aguila Salah, président de la Chambre des représentants.

Ensuite, les félicitations adressées par M. Ghannouchi au chef du gouvernement de Tripoli, Fayez Al-Sarraj, après la reprise, le 18 mai 2020, de la base d’Al Wattia, près de la frontière tunisienne, par les forces gouvernementales libyennes, exprimant ainsi son soutien au camp pro-turc en Libye.

Il n’en fallait pas plus pour que Kaïs Saïed se mette en mode contre-attaque. Depuis juillet dernier, le chef de l’État multiplie les déclarations assassines – «Je suis le seul président», lance-t-il au début du mois de juillet à l’adresse de Rached Ghannouchi, mais sans le désigner nommément.

Surtout, Kaïs Saïed qui pousse à l’accélération de l’enquête judiciaire dans deux affaires embarrassantes pour le mouvement Ennahdha et ses dirigeants. Les assassinats, le 6 février et le 25 juillet 2015, de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, deux figures de l’opposition, dont les avocats en charge imputent la responsabilité au mouvement Ennahdha, qui la rejette.

S’y ajoute l’épisode de mars 2020, quand la voiture de fonction de M. Anouar Maarouf, alors ministre des Technologies de l’Information et de l’Économie numérique, – a été emboutie par sa fille, comme l’affirment plusieurs témoins, ou par son chauffeur, comme le soutient l’ex-membre du gouvernement.

Si M. Maarouf ne risque pas gros dans cette affaire, les autres dirigeants de son parti encourent la prison et même la dissolution de leur formation si les accusations d’implication dans les assassinats se confirment.

En riposte, les responsables nahdhaouis, leurs médias et ce que d’aucuns appellent leur «armée bleue», c’est-à-dire leurs relais sur les réseaux sociaux, ont depuis quelques semaines intensifié leurs attaques contre le président. Mais pas seulement.

Ennahdha et ses alliés – parmi lesquels le plus important est le parti Qalb Tounes («Au cœur de la Tunisie»), dont le président, M. Nabil Karoui, a récemment évoqué ce scénario – ont décidé d’accélérer la mise en place de la Cour constitutionnelle pour éventuellement lui soumettre une motion de censure visant à destituer Kaïs Saïed. L’ARP puis la Cour constitutionnelle devront voter cette motion à la majorité des deux tiers. Ce qui n’est pas gagné d’avance.

Or, si aucun des deux adversaires ne l’emporte, c’est la Tunisie qui risque de payer. La présente guéguerre pourrait empêcher le pays de se concentrer totalement sur le règlement de ses urgents problèmes économiques et sociaux. Et de reporter ses espoirs de déblocage sur les prochaines élections, en 2024.


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
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  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
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  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.