Les «passeports dorés», planche de salut pour des Libanais fortunés

Parmi 199 pays classés selon la liberté de mouvement offerte par leur passeport, l'index Henley place le passeport de Saint-Christophe et Niévès au 25e rang, alors que celui du Liban figure parmi les plus mal lotis (AFP).
Parmi 199 pays classés selon la liberté de mouvement offerte par leur passeport, l'index Henley place le passeport de Saint-Christophe et Niévès au 25e rang, alors que celui du Liban figure parmi les plus mal lotis (AFP).
Short Url
Publié le Dimanche 22 mai 2022

Les «passeports dorés», planche de salut pour des Libanais fortunés

  • Depuis fin avril, il est d'ailleurs impossible pour les Libanais de renouveler leur passeport ou d'en obtenir un, les autorités ayant annoncé avoir cessé d'en imprimer faute de moyens
  • Le passeport de Saint-Christophe et Niévès permet à son détenteur de se rendre dans plus de 150 pays sans visa

BEYROUTH: Pour en finir avec les tracas de visa, Jad a déboursé près de 130 000 euros pour deux "passeports dorés" des Caraïbes, l'un pour lui et l'autre pour son épouse.

Un mois après avoir procédé au paiement, il y a un an, cet homme d'affaires de 43 ans a reçu un colis contenant deux passeports des îles de Saint-Christophe et Niévès (ou Saint-Kitts et Nevis), un archipel des Caraïbes situé au nord-ouest de la Guadeloupe.

Parmi 199 pays classés selon la liberté de mouvement offerte par leur passeport, l'index Henley place le passeport de Saint-Christophe et Niévès au 25e rang, alors que celui du Liban figure parmi les plus mal lotis.

Depuis fin avril, il est d'ailleurs impossible pour les Libanais de renouveler leur passeport ou d'en obtenir un, les autorités ayant annoncé avoir cessé d'en imprimer faute de moyens.

Depuis 2019, le Liban traverse une crise économique sans précédent, l'une des pires dans l'histoire du monde depuis 1850, selon la Banque mondiale. La monnaie nationale a perdu plus de 90% de sa valeur et environ 80% de la population libanaise est plongée dans la pauvreté.

"Il y a trois ans, je n'aurais jamais imaginé acheter une nouvelle citoyenneté", explique Jad, affirmant avoir longtemps souffert des procédures de délivrance de visas pour ses voyages d'affaires. 

"Mais, maintenant, à cause de la crise au Liban et parce que nous en avons les moyens, nous avons décidé d'aller de l'avant", a-t-il dit.

Le passeport de Saint-Christophe et Niévès permet à son détenteur de se rendre dans plus de 150 pays sans visa. 

Pratique controversée

Le programme des "passeports dorés" délivrés à de riches investisseurs étrangers en échange de paiements est une pratique controversée en plein essor dans plusieurs pays, qui a surtout profité à des Russes et Chinois fortunés, mais aussi à de riches Irakiens, Yéménites et Syriens. 

Depuis le début de la crise dans leur pays, des Libanais aisés vivant en dehors du pays, s'y intéressent de plus en plus. 

Lorsque Jad s'est rendu pour la première fois à Paris avec son nouveau passeport, des agents de sécurité lui ont dit: "Vous venez d'un beau pays", se rappelle-t-il. "Mais je n'y suis jamais allé", ironise-t-il.

A la différence d'autres programmes de "passeports dorés" en place ailleurs dans le monde, celui de Saint-Christophe et Niévès permet aux investisseurs de devenir citoyens sans devoir y mettre les pieds.

Selon Jad, plusieurs Libanais cherchent eux aussi à acquérir un passeport des îles, alors que d'autres investissent dans l'immobilier au Portugal et en Grèce pour bénéficier des programmes de "résidence par investissement" (ou "visas dorés").

"Ce n'est pas seulement une tendance, c'est une solution", dit-il.

L'homme de 35 ans a donc acheté des passeports de Saint-Christophe et Niévès pour sa famille de quatre personnes l'an dernier, encouragé par un important rabais offert par les îles, dont l'économie a été ébranlée par la pandémie.

En temps normal, un passeport de Saint-Christophe et Niévès coûte environ 142 000 euros.

Demande croissante

L'intérêt croissant pour les "passeports dorés" représente une aubaine pour les cabinets de conseil au Liban, même si peu de Libanais peuvent se permettre un tel luxe.

Des publicités faisant la promotion de leurs services sont partout: sur les réseaux sociaux, dans les rues, et même à l'aéroport de Beyrouth.

"Nous avons connu une croissance de plus de 40% entre 2020 et 2021", a déclaré Ziad Karkaji, fondateur de Global Pass, une ancienne agence immobilière qui s'est reconvertie en cabinet de conseil.

Selon Jose Charo, directeur du bureau de Beyrouth de la compagnie suisse Passport Legacy, les Libanais représentent désormais 25% de leur clientèle.

Leur nombre a quintuplé depuis la crise économique, mais aussi après l'explosion au port de Beyrouth en août 2020, a déclaré M. Charo. 

"L'industrie ne va pas cesser de croître", a-t-il ajouté. Les Libanais "achètent leur liberté."


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Short Url
  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Short Url
  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Short Url
  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.