Impasse politique : l'ONU prévient que l'avenir du Soudan est en suspens

Perthes s'exprimait lors d'une réunion du Conseil de sécurité pour discuter des derniers développements au Soudan, quelques jours après qu'un autre manifestant pacifique a été tué par les autorités (Photo, MINUATS).
Perthes s'exprimait lors d'une réunion du Conseil de sécurité pour discuter des derniers développements au Soudan, quelques jours après qu'un autre manifestant pacifique a été tué par les autorités (Photo, MINUATS).
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Publié le Mercredi 25 mai 2022

Impasse politique : l'ONU prévient que l'avenir du Soudan est en suspens

  • Le représentant spécial de l'organisation pour le Soudan a souligné la nécessité d'un dialogue entre les civils et les autorités militaires
  • Volker Perthes a également mis en garde contre les «perturbateurs», qui ne souhaitent pas une transition pacifique vers la démocratie et refusent les efforts visant à trouver une solution négociée

NEW YORK: L'ONU a exhorté mardi les autorités au pouvoir au Soudan à rassurer le public en affirmant qu'elles sont favorables au dialogue, seul moyen de parvenir à une solution politique aux troubles qui secouent le pays.

Volker Perthes, le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU pour le Soudan, a affirmé que pour remettre la transition politique dans le pays sur les rails, les autorités doivent d'abord libérer les détenus restants, mettre fin aux arrestations arbitraires et lever l'état d'urgence.

Le temps presse pour trouver une solution politique qui permette de sortir de la situation actuelle, a-t-il ajouté, qui reste précaire et dont les enjeux sont considérables, notamment la stabilité politique, sociale et économique du pays.

Perthes s'exprimait lors d'une réunion du Conseil de sécurité consacrée aux derniers développements au Soudan, quelques jours après qu'un autre manifestant pacifique a été tué par les autorités. Le nombre de manifestants tués depuis le coup d'État militaire du 25 octobre dernier s'élève désormais à 96.

«Si les autorités veulent instaurer la confiance, il est essentiel que les responsables des violences contre les manifestants soient tenus de rendre des comptes», a assuré Perthes.

Le dernier rapport du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, sur le Soudan, indique que l'absence d'accord politique et de gouvernement «pleinement crédible» affecte la situation en matière de sécurité.

La réunion du Conseil de sécurité s'est également tenue à la suite d'affrontements armés entre les communautés arabe et masalit à Kereneik, dans le Darfour occidental, en avril, au cours desquels, selon les premières informations, 150 personnes ont été tuées, de nombreuses autres blessées, des milliers déplacées, et des maisons, un poste de police, un hôpital et un marché ont été incendiés.

Perthes s'est félicité de la décision des groupes armés et des forces régulières d'accepter le comité permanent de cessez-le-feu, présidé par la mission des Nations unies dans le pays, en tant qu'institution conjointe chargée d'aider à maîtriser le conflit, mais a averti que, malgré cela, «le risque d'une nouvelle flambée de violence reste élevé».

Bien qu'il ait salué la récente libération de 86 détenus comme un pas important vers la création de conditions propices au rétablissement de la confiance, il a souligné qu'au moins 111 personnes sont toujours détenues à Khartoum, à Port Soudan et dans d'autres villes.

Les manifestations pacifiques se poursuivent au Soudan au milieu des demandes publiques de changement et de rétablissement du processus de transition démocratique, alors même que plusieurs partis politiques et coalitions forment de nouvelles alliances et présentent des propositions de pourparlers avec leurs rivaux.

Perthes a déclaré aux membres du Conseil de sécurité: «Alors que le Soudan continue de faire face à de nouvelles incertitudes, le sentiment d'urgence partagé, associé à leur vision d'un avenir meilleur, pousse de nombreuses parties à rechercher un terrain d'entente et à s'ouvrir davantage au dialogue.»

«Il y a également une reconnaissance croissante de la nécessité d'un dialogue entre civils et militaires.»

Il a toutefois ajouté que certaines parties prenantes clés continuent de rejeter les appels à des discussions en face à face avec leurs homologues et préfèrent y participer indirectement. C'est pourquoi, le 12 mai, les Nations unies ont lancé des pourparlers indirects afin d'aborder plusieurs questions fondamentales, notamment «le mandat et la composition des principaux organes constitutionnels, la future relation entre les composantes militaire et civile, ainsi que le mécanisme et les critères de sélection d'un premier ministre».

Une fois qu'un accord sera atteint sur ces questions, Perthes a souligné qu'un mécanisme trilatéral comprenant les Nations unies, l'Union africaine et l'Autorité intergouvernementale pour le développement, un bloc commercial africain composé de huit pays, se réunira pour des négociations.

Il a toutefois mis en garde contre les «“provocateurs”, qui ne veulent pas d'une transition pacifique vers la démocratie ou refusent une solution par le dialogue. Les parties soudanaises ne doivent pas permettre à ces provocateurs de compromettre la possibilité de trouver une sortie négociée à la crise».

L'envoyé a également souligné que la protection des civils exige que l'on s'attaque aux causes profondes du conflit, notamment des décennies de marginalisation, les problèmes fonciers et le retour des personnes déplacées et des réfugiés.

L'impasse politique, combinée à une crise économique, à de mauvaises récoltes et à des chocs d'approvisionnement mondiaux, continue de faire payer un lourd tribut socio-économique au Soudan, où les besoins humanitaires ne cessent d’augmenter dans un contexte de hausse de 250% des prix des denrées alimentaires. Selon les Nations unies, le nombre de personnes souffrant de faim aiguë dans le pays devrait doubler, pour atteindre environ 18 millions d'ici septembre de cette année.

Perthes a déploré le fait que le plan d'intervention humanitaire 2022 pour le Soudan n'ait reçu qu'un financement «lamentable» de 13%, les donateurs internationaux et les institutions financières hésitant à fournir une assistance qui passe par les systèmes étatiques en l'absence d'un accord politique visant à rétablir la légitimité constitutionnelle.

«Bien que la responsabilité première de ces changements incombe aux parties prenantes soudanaises elles-mêmes, je m'inquiète des conséquences à long terme, car nous assistons à une nouvelle érosion des capacités de l’état et du capital humain déjà fragiles du Soudan», a-t-il avisé.

Perthes a également prévenu qu'une partie de l'aide cruciale de l'Association internationale de développement (IDA) du Groupe de la Banque mondiale allouée au Soudan ira à d'autres pays d'ici la fin juin si un accord politique ne peut être conclu dans le pays d'ici là.

«Si une solution à l'impasse actuelle n'est pas trouvée, les conséquences se feront sentir au-delà des frontières du Soudan et pendant une génération», a averti Perthes.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
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  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
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  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.