Ethiopie/conflit au Tigré: un pas sur une voie négociée semée d'embûches

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed s'adresse au public lors du premier congrès du Parti de la prospérité au pouvoir à Addis-Abeba, Éthiopie, le 11 mars 2022 (Photo, AFP).
Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed s'adresse au public lors du premier congrès du Parti de la prospérité au pouvoir à Addis-Abeba, Éthiopie, le 11 mars 2022 (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 19 juin 2022

Ethiopie/conflit au Tigré: un pas sur une voie négociée semée d'embûches

  • Les armes se sont globalement tues au Tigré depuis une trêve en mars
  • Gouvernement et rebelles du TPLF (Front de libération du peuple du Tigré) savent une victoire militaire impossible mais le statu quo n'arrange personne

ADDIS ABEBA: Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a, pour la première fois depuis le début du conflit au Tigré il y a 19 mois, ouvert publiquement la voie à des négociations.

Contextes sécuritaire, économique et humanitaire en Ethiopie l'y contraignent, avec le risque de s'aliéner ses anciens alliés.

Statu quo au Tigré

Les armes se sont globalement tues au Tigré depuis une trêve en mars. Gouvernement et rebelles du TPLF (Front de libération du peuple du Tigré) savent une victoire militaire impossible mais le statu quo n'arrange personne.

Ce processus de négociations est "le résultat de longs mois d'impasse n'ayant laissé aux deux parties aucune option satisfaisante", affirme à l'AFP Ben Hunter, analyste Afrique de l'Est au cabinet d'analyses de risques Verisk Maplecroft.

Côté TPLF, la situation humanitaire catastrophique au Tigré "rend à elle seule (le statu quo) non viable", explique à l'AFP Awet Weldemichael, expert de la Corne de l'Afrique à la Queen's University (Canada).

Les convois humanitaires vers le Tigré ont repris depuis avril, mais l'aide acheminée est, selon l'ONU, insuffisante et la région, reconquise pour l'essentiel par le TPLF courant 2021, reste privée d'électricité, télécommunications, services bancaire ou carburant.

Abiy Ahmed subit, lui, d'intenses pressions diplomatiques, notamment des États-Unis - où deux projets de sanctions sont à l'étude - à l'heure où l'économie éthiopienne souffre et où une grave crise alimentaire, causée notamment par l'une des pires sécheresses de l'histoire récente, rend vitale l'aide internationale.

Inflation et nouveaux fronts

L'inflation a à nouveau battu des records en mai (37,2%, et 43,9% pour les seuls produits alimentaires), tandis que les réserves en devises fondent.

"La guerre est au coeur du désastre économique actuel", souligne Awet Gebremichael : coût intrinsèque, perte de productivité et "beaucoup de partenaires internationaux (...) hésitent à injecter les devises, dont le pays a besoin, dans une économie ravagée par la guerre".

Abiy Ahmed fait aussi face à de nouveaux fronts.

"La marge de manoeuvre d'Abiy se réduit en raison de l'escalade du conflit en Oromia", sa région natale, la plus peuplée et la plus vaste du pays, estime Ben Hunter.

L'armée tente d'y endiguer le regain d'activité de l'Armée de libération oromo (OLA), classée "organisation terroriste" par les autorités et alliée depuis l'an dernier avec le TPLF.

En attaquant mardi la capitale de la région de Gambella, frontalière de l'Oromia, l'OLA "a démontré sa capacité à attaquer un centre administratif régional", une première et le signe d'une "nette escalade", analyse Ben Hunter.

Mécontentement des alliés amhara

Le Premier ministre fait également face à un mécontentement croissant en Amhara, deuxième région la plus peuplée, frontalière du Tigré.

Les milices locales Fano, notamment, ont épaulé l'armée fédérale au Tigré et les nationalistes amhara, mécontents que le Premier ministre ait renoncé à anéantir le TPLF, le suspectent désormais de vouloir faire la paix à leurs dépens.

"Les négociations en cours en coulisses (...) entre le TPLF et Abiy ne prennent pas en compte (...) les inquiétudes des Amharas", décryptait récemment pour l'AFP Tewodrose Tirfe, un des fondateurs de l'Association Amhara d'Amérique, basée aux États-Unis.

Principales inquiétudes, les zones de Wolkait et Raya, revendiquées par les Amhara depuis que le TPLF les a intégrées au Tigré lorsqu'il a pris le pouvoir en 1991.

Passées sous contrôle amhara à la faveur du conflit, ces deux zones "sont des lignes rouges pour les Amharas" et les Fano sont prêtes à "combattre" Abiy si elles sont franchies, avertit-il, alors que le TPLF conditionne, lui, toute solution à la crise à un retour à la situation pré-conflit.

Ce mécontentement en Amhara explique, selon lui, les milliers d'arrestations menées depuis mi-mai dans la région : des déserteurs et des criminels, selon le gouvernement ; des "voix divergentes", tels que miliciens Fano, opposants, journalistes ou universitaires, affirme Tewodrose Tirfe.

Les défis d'Abiy Ahmed

Pour Abiy Ahmed, satisfaire le TPLF sans mécontenter ses alliés ni menacer son propre pouvoir relève du grand écart.

Actuellement occupé par les forces amhara et érythréennes, le "Tigré occidental est une partie non négociable du Tigré", a ainsi fait savoir le TPLF.

Or, "Abiy aura du mal à persuader les nationalistes amhara de céder le contrôle du Tigré occidental, car ils estiment que c'est historiquement une terre amhara", souligne Ben Hunter.

Et accorder au TPLF la large autonomie politique qu'il réclame risque de susciter les revendications similaires d'autres régions et affaiblir le pouvoir de M. Abiy.

Quant à l'Erythrée, ennemie historique du TPLF et alliée d'Addis Abeba au Tigré, son président "Issaias Afeworki veut défaire militairement le Tigré tout en affaiblissant l'Ethiopie et va tenter d'entretenir le feu", estime Ben Hunter.

"M. Abiy court les mêmes risques que quiconque commence un conflit avec une équipe mais tente ensuite unilatéralement de faire la paix avec l'adversaire", constate M. Awet: "le mieux serait qu'il essaie d'amener tous ses alliés à s'asseoir avec le TPLF, plutôt que d'y aller tout seul".


Téhéran promet de venger l'attaque meurtrière contre un mariage, Washington annonce une enquête

Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
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  • Les tensions entre les États-Unis et l’Iran reprennent dans le Golfe, avec de nouvelles frappes iraniennes contre des positions militaires américaines
  • Téhéran accuse Washington d’une frappe ayant tué quatre personnes lors d’un mariage. Les États-Unis enquêtent mais se disent sceptiques

TEHERAN: L'Iran a de nouveau visé jeudi des cibles militaires américaines dans le Golfe, jurant de venger l'attaque qui a tué quatre personnes lors d'un mariage mardi soir, frappe pour laquelle Washington a annoncé une enquête.

Les Etats-Unis, qui ne s'étaient jusqu'ici pas exprimés officiellement sur cette attaque, mènent "une enquête approfondie", a indiqué devant la presse le vice-président américain JD Vance, tout en se disant "sceptique".

"Je dirais que les médias d'Etat iraniens n'ont pas vraiment rendu compte de manière fiable de ce qui s'est passé dans ce conflit jusqu'à présent, je suis donc extrêmement sceptique à ce sujet", a-t-il déclaré.

Après un mois d'accalmie, les affrontements entre Washington et Téhéran ont repris dimanche à l'initiative de l'armée américaine, qui a dit vouloir empêcher des roquettes chargées de mines marines d'être tirées dans le stratégique détroit d'Ormuz.

Téhéran a répondu en ciblant ses voisins du Golfe, comme depuis le début du conflit déclenché par une offensive américano-israélienne fin février.

Pour autant, le vice-président américain s'est refusé de parler d'"une guerre", alors que le conflit est un sujet de mécontentement pour les électeurs américains à l'approche des élections législatives de novembre.

"Je n'appellerais pas ça une guerre. En ce moment, il n'y a pas d'échange de tirs", a-t-il dit.

- Vidéos partagées -

La frappe ayant ciblé un mariage, imputée par l'Iran aux Etats-Unis, s'est produite dans le district de Sirik (sud-est), et a également blessé près de 70 personnes.

Les vidéos montrant des décorations de fêtes au milieu de débris et de taches de sang ont été largement partagées en Iran. Le New York Times, qui a analysé les témoignages et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et interrogé des experts militaires, affirme qu'il s'agissait bien d'une frappe américaine.

"Le sang pur de ces martyrs (...) ne restera pas impuni et sera certainement vengé", a assuré jeudi Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution, puissante armée idéologique iranienne.

Au total dans la nuit de mardi à mercredi, au moins 19 personnes dont sept membres des forces armées ont été tuées lors de bombardements en Iran, l'un des bilans les plus élevés de ces derniers mois.

L'Iran a aussi annoncé jeudi la mort de six membres de sa marine dans des frappes américaines, sans qu'on sache s'ils comptaient parmi les 19 personnes tuées.

Jeudi, son armée a notamment visé des "hangars d'avions de combat de l'armée terroriste américaine dans la base aérienne Ahmad al-Jaber au Koweït", selon un communiqué militaire.

Aux Emirats arabes unis, ce sont les systèmes radar américains qui ont été visés sur la base aérienne al-Minhad, d'après la même source.

Le Koweït a dénoncé une "ignoble agression". Les Emirats n'ont pas confirmé avoir été ciblés, et on ne connaît pas l'étendue d'éventuels dégâts.

- "A tout moment" -

Le même scénario se répète depuis le début de la guerre, tandis que les négociations pour y mettre fin restent dans l'impasse.

Au cœur du conflit, le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures que l'Iran verrouille désormais depuis des mois.

Les Etats-Unis appliquent en représailles un blocus naval sur les ports iraniens. Jeudi, JD Vance a affirmé que le passage de pétrole et de gaz avait "presque" retrouvé ses niveaux d'avant-guerre dans le détroit.

Washington n'a de son côté pas bombardé l'Iran ces dernières heures, même si Donald Trump a averti que les Etats-Unis restaient prêts à frapper "à tout moment".

Alors que Donald Trump peine à trouver une issue à ce conflit impopulaire et coûteux, l'administration américaine mise aussi sur la pression économique, avec par exemple l'annonce de divers nouvelles sanctions à venir contre les partenaires commerciaux de Téhéran.

Les cours du pétrole sont repartis à la hausse ces derniers jours du fait du regain de violences, le Brent, référence mondiale, évoluant au-dessus de 95 dollars.

Les investisseurs restent sceptiques "quant à une normalisation prochaine des flux énergétiques transitant par le détroit d'Ormuz", observe Jim Reid, économiste pour la Deutsche Bank.


Israël se dit prêt à répondre «avec force» à toute attaque iranienne

Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
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  • Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment"
  • "Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi

JERUSALEM: Israël s'est dit mercredi prêt à riposter "avec force" à une éventuelle attaque iranienne, en pleine reprise des hostilités entre Téhéran et Washington.

Israël a lancé la guerre au Moyen-Orient aux côtés des Etats-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire après la signature d'un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran en avril, même lorsque que celui-ci a volé en éclats avec de nouveaux affrontements.

Mercredi, l'Iran a mené des frappes sur plusieurs pays de la région en réponse à des bombardements américains.

"Pour le moment, (les Iraniens) mènent des frappes dans toute la région, sauf sur nous. Mais il est possible qu'ils nous attaquent et nous y sommes préparés", a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz, lors d'une conférence organisée par le média israélien Ynet.

Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment".

"Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi.

M. Katz a de son côté également avancé que les avions militaires israéliens étaient "prêts à décoller", et affirmé que les Iraniens "aimaient bien attaquer lors des fêtes juives".

Israël a plusieurs fois fait face dans son histoire à des attaques lors de fêtes juives - mais pas de la part de l'Iran - un souvenir qui affleure à chaque fois qu'approchent des périodes fériées.

C'est le cas par exemple de la guerre du Kippour en 1973, déclenchée par une attaque surprise de l'Egypte et de la Syrie le jour de Yom Kippour. Ou de l'attaque sans précédent menée par le Hamas palestinien le 7 octobre 2023, jour de Shabbat et de la fête juive de Simchat Torah.

Les fêtes juives d'automne commenceront à la tombée de la nuit le 11 septembre avec Rosh Hashana, le Nouvel An juif, suivi de Yom Kippour du 20 au 21 septembre et de Souccot à partir du 25 septembre.

L'activité ralentit considérablement en Israël pendant cette période, mais l'armée et les forces de sécurité restent traditionnellement très mobilisées.


Allemagne: ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat près d'une centrale thermique

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
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  • "Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte"
  • Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage"

BERLIN: La police allemande a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat mardi contre un poste électrique près d'une centrale thermique à Jänschwalde (est), qui a endommagé plusieurs lignes électriques et provoqué une brève interruption de l'alimentation.

"Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte", a indiqué la préfecture de police du Land de Brandebourg à Potsdam.

Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage".

Lors d'une conférence de presse donnée mercredi à Düsseldorf (ouest), le ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, Herbert Reul, a déclaré qu'il existait "un soupçon initial de sabotage dirigé contre l'ordre constitutionnel".

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche", a ajouté M. Reul.