Soudan: Burhane limoge les civils, les anti-putsch restent dans la rue

Des milliers de Soudanais manifestent chaque semaine quasiment depuis le coup d’Etat d’octobre (Photo, AFP).
Des milliers de Soudanais manifestent chaque semaine quasiment depuis le coup d’Etat d’octobre (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 07 juillet 2022

Soudan: Burhane limoge les civils, les anti-putsch restent dans la rue

  • Le général Burhane a commencé par limoger mercredi, dans un communiqué officiel, les cinq membres civils du Conseil souverain qu'il préside
  • Depuis son coup d'Etat, 114 manifestants ont été tués et des milliers blessés dans la répression des rassemblements pro-démocratie, selon des médecins

KHARTOUM: Le général putschiste Abdel Fattah al-Burhane a limogé mercredi les membres civils du pouvoir soudanais, au septième jour d'une nouvelle vague de mobilisation dans la rue des pro-démocratie, qui entendent durcir leur bras de fer avec une armée quasiment toujours au pouvoir depuis l'indépendance.

Mardi, le principal bloc civil avait rejeté la proposition du leader de facto du Soudan de laisser la place à un gouvernement civil en remplaçant le Conseil souverain, actuellement la plus haute autorité du pays, par un Conseil suprême des forces armées. 

Si les civils ne veulent pas former de gouvernement tant que le général Burhane ne s'est pas retiré, ce dernier semble mettre en place les premières étapes du plan qu'il a proposé à la surprise générale lundi soir. 

Il a commencé par limoger mercredi, dans un communiqué officiel, les cinq membres civils du Conseil souverain qu'il préside. Certains d'entre eux avaient affirmé la veille à la presse locale n'avoir reçu aucune notification officielle, découvrant, surpris, ne plus avoir leurs véhicules de fonction. 

« Une trahison » 

Le général Burhane avait choisi ces cinq personnalités apolitiques et peu connues du public peu après son coup d'Etat. Elles passaient pour ne jouer qu'un rôle mineur au sein du Conseil souverain. 

Lors de son putsch le 25 octobre 2021, il avait confisqué le pouvoir aux civils, en limogeant l'ensemble des civils du gouvernement et du Conseil souverain, mettant fin à la transition initiée après la chute du dictateur Omar el-Béchir en 2019. 

Depuis son coup d'Etat, 114 manifestants ont été tués et des milliers blessés dans la répression des rassemblements pro-démocratie, selon des médecins. 

Aujourd'hui, les Forces pour la liberté et le changement (FLC), colonne vertébrale du gouvernement civil limogé lors du putsch, appellent à « maintenir la pression populaire », dénonçant la proposition de Burhane comme une « trahison » et une « tactique » pour maintenir la mainmise de l'armée sur la politique et l'économie. 

Malgré la mort il y a une semaine de neuf personnes dans des défilés anti-putsch, les manifestants restent mobilisés pour la septième journée d'affilée, maintenant barricades et campements dans Khartoum et ses banlieues. 

Ils ont même déclaré mardi un nouveau sit-in illimité à Wad Madani, à 200km au sud de Khartoum. Et mercredi après-midi, ils appellent à un « défilé des femmes » à Khartoum alors que ces dernières ont joué un rôle majeur en 2019. 

Lors de la « révolution » qui a renversé le général Béchir, les manifestants avaient maintenu leurs sit-in huit mois. Ils avaient alors obtenu que l'armée partage le pouvoir avec les civils pour mener le pays vers ses premières élections démocratiques. 

« Nous ne partirons pas d'ici avant d'obtenir un gouvernement civil », déclarait mardi un des manifestants depuis Wad Madani, Mahmoud Mirghani. 

« Loup déguisé en mouton »  

« On a lancé ce sit-in en réponse au discours de Burhane le putschiste, on veut la liberté, la paix, la justice et un gouvernement civil », renchérissait une autre manifestante, Safa Abderrahim. 

L'ONU a dit mardi espérer que l'annonce du général Burhane « crée une opportunité pour obtenir un accord ». 

Les Etats-Unis ont pour leur part jugé qu'il était « trop tôt » pour en évaluer l'impact, appelant toutes les parties à chercher un accord vers « un gouvernement dirigé par des civils » avec des « élections libres ». 

Mais pour Yasser Arman, cadre des FLC, »le discours de Burhane s'adresse surtout à la communauté internationale dont certains membres veulent des solutions rapides (...) privilégiant la stabilité à la démocratie ». 

Pour ce dirigeant civil, Burhane veut « choisir un Premier ministre qui sera un loup déguisé en mouton et prendra ses ordres auprès du Conseil suprême des forces armées, ainsi l'armée gardera les pouvoirs souverains et exécutifs sous prétexte d'une solution politique ». 

Pour la rue aussi, le nerf de la guerre se trouve dans les caisses vides de l'Etat, alors que le pays est privé de  son aide internationale depuis le putsch et pris entre dévaluation exponentielle et inflation à plus de 200%. 

« Tout le peuple soudanais a vu l'économie s'écrouler depuis le coup d'Etat », lançait mardi un manifestant à Khartoum alors qu'aujourd'hui encore 80% des ressources échappent au contrôle du ministère des Finances. 

On ignore quelle est la part des militaires dans l'économie, mais ils tiennent de nombreuses entreprises allant de l'élevage de volailles au BTP. 

« Burhane doit remettre à la justice tous ceux qui ont tué (des manifestants) et il est le premier d'entre eux », affirmait mardi un manifestant à Khartoum sous couvert d'anonymat. 


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
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  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
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  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.