Maroc: face au manque d'eau, des villageois entre larmes et fatalisme

Un enfant accroupi sur de la terre fissurée au barrage d'Al Massira dans le village d'Ouled Essi Masseoud au milieu de la pire sécheresse qu'ait connue le Maroc depuis au moins quatre décennies (Photo, AFP).
Un enfant accroupi sur de la terre fissurée au barrage d'Al Massira dans le village d'Ouled Essi Masseoud au milieu de la pire sécheresse qu'ait connue le Maroc depuis au moins quatre décennies (Photo, AFP).
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Publié le Samedi 13 août 2022

Maroc: face au manque d'eau, des villageois entre larmes et fatalisme

  • Privée d'eau potable courante, cette localité située au pied de collines s'approvisionne uniquement dans les fontaines publiques ou dans les puits privés
  • A l'échelle nationale, les barrages cumulent un taux de remplissage de seulement 27%

OULED ESSI MASSEOUD: "Voir des villageois courant chaque matin à la fontaine ou chez un voisin pour récupérer de l'eau donne envie de pleurer", confie Mohamed Sbaï, qui a abandonné l'agriculture à cause des sécheresses successives qui frappent son village isolé, à 140 km de Casablanca.

Village aux terres autrefois fertiles, Ouled Essi Masseoud est désormais durement touché par le stress hydrique qui menace tout le Maroc.

Privée d'eau potable courante, cette localité située au pied de collines s'approvisionne uniquement dans les fontaines publiques ou dans les puits privés.

"Les fontaines ne sont opérationnelles qu'un à deux jours par semaine, les puits commencent à se tarir et le fleuve à côté s'assèche de plus en plus", explique à l'AFP M. Sbaï, ancien paysan.

"La rareté de l'eau nous fait souffrir", poursuit le sexagénaire, en route pour récupérer de l'eau chez des voisins.

La situation est critique au regard de la position géographique d'Ouled Essi Masseoud, situé dans la province agricole de Settat, proche du fleuve Oum Errabiâ et du barrage d'Al Massira, le deuxième plus grand du Maroc.

Le taux de remplissage de ce réservoir --qui alimente en eau potable plusieurs villes, dont la capitale économique marocaine Casablanca et ses 3 millions d'habitants-- n'atteint que 5%, selon les derniers chiffres officiels.

Sur place, l'ampleur du désastre est spectaculaire. Le réservoir d'Al Massira n'est plus qu'un étang bordé de quelques kilomètres de terre craquelée, jonchée de petits coquillages.

Stress « structurel » 

A l'échelle nationale, les barrages cumulent un taux de remplissage de seulement 27%. Une situation inquiétante précipitée par la pire sécheresse que traverse le Maroc depuis au moins 40 ans.

Avec 600 mètres cubes d'eau par habitant et par an, le pays d'Afrique du Nord est déjà largement sous le seuil de la pénurie d'eau, estimé à 1.700 m3 par habitant et par an, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

A titre de comparaison, la disponibilité en eau dans les années 1960 était quatre fois supérieure, à 2.600 m3.

Cette donne place le royaume chérifien en "situation de stress hydrique structurel", selon un récent rapport de la Banque mondiale sur l'économie marocaine.

Face à l'urgence, les autorités ont réagi en rationnant la consommation d'eau.

Le ministère de l'Intérieur a ordonné aux autorités locales de restreindre la distribution d'eau quand c'est nécessaire et interdit l'arrosage des espaces verts et des golfs avec de l'eau potable.

Les prélèvements illégaux dans des puits, des sources ou des cours d'eau sont également prohibés.

A plus long terme, le Maroc a programmé la construction de 20 stations de dessalement d'eau de mer d'ici 2030 qui devrait fournir une bonne partie de ses besoins en eau potable, selon le ministère de l'Equipement.

"Nous sommes dans une gestion de crise plutôt que dans une gestion de risque anticipé", souligne auprès de l'AFP l'expert en ressources hydriques Mohamed Jalil, qui juge également "difficile de faire un suivi efficace des mesures prises par les autorités".

« Arboriculture aquavore »

L'autre talon d'Achille du pays est sa politique agricole "qui privilégie une arboriculture fruitière aquavore et marginalise les petits producteurs", souligne l'agronome Mohamed Srairi.

Selon M. Srairi, cette agriculture mise sur l'irrigation goutte à goutte, qui aboutit paradoxalement à une consommation accrue d'eau, pour rendre cultivable des zones arides.

Le Maroc "a triplé" ses surfaces irriguées avec cette technologie et cela peut "avoir modifié les décisions de culture de manière à augmenter plutôt qu'à diminuer la quantité totale d’eau consommée par le secteur agricole", selon la Banque mondiale.

De fait, plus de 80% des eaux au Maroc vont à l'agriculture, un secteur clé de son économie, qui représente 14% du PIB.

Non loin du barrage d'Al Massira, Mohamed, un nonagénaire, est posté devant un petit lopin de terre asséché.

"On ne laboure plus car il n'y a plus d'eau", souffle-t-il, tout en disant "accepter tout de même l'adversité car on n'a pas le choix".

Les jeunes générations du village semblent moins résilientes.

"Avec la sécheresse, on vit dans un situation précaire", lâche d'un ton désolé Soufiane, un berger déscolarisé de 14 ans, en regardant le barrage. "J'ai l'impression que ça va encore empirer à l'avenir".


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
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  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
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  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.