A la frontière, les insulaires taïwanais imperturbables face aux tambours de guerre chinois

Yang Yin-shih, ancien combattant de 92 ans, lit son journal à portée de missile de l'ennemi. (Photo, AFP)
Yang Yin-shih, ancien combattant de 92 ans, lit son journal à portée de missile de l'ennemi. (Photo, AFP)
Des résidents âgés jouent aux cartes sur les îles Kinmen, le 10 août 2022. (Photo, AFP)
Des résidents âgés jouent aux cartes sur les îles Kinmen, le 10 août 2022. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 17 août 2022

A la frontière, les insulaires taïwanais imperturbables face aux tambours de guerre chinois

Yang Yin-shih, ancien combattant de 92 ans, lit son journal à portée de missile de l'ennemi. (Photo, AFP)
Des résidents âgés jouent aux cartes sur les îles Kinmen, le 10 août 2022. (Photo, AFP)
  • Le nonagénaire, qui a assisté au bombardement le plus meurtrier des îles proches du continent il y a plus de 60 ans, estime que ces dernières alertes n'étaient que du menu fretin
  • Malgré les souvenirs douloureux de la guerre et les tensions actuelles, beaucoup d'habitants de Kinmen conservent une opinion favorable de la Chine

KINMEN: Non loin des chars rouillés et des piques anti-débarquement qui parsèment la plage d'une île taïwanaise tout près de la Chine continentale, Yang Yin-shih, ancien combattant de 92 ans, lit son journal à portée de missile de l'ennemi. 

La maison de M. Yang se trouve à quelques kilomètres de la côte chinoise, dans les îles Kinmen, où les habitants peuvent observer de leurs propres yeux la puissance militaire qui les menace. 

Le régime communiste a mené des exercices militaires sans précédent autour de Taïwan, île démocratique qu'il revendique, après la visite début août à Taipei de Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis. 

Avec les vaisseaux chinois dans le détroit de Taïwan et les missiles tirés dans les eaux entourant l'île, le risque d'une invasion se fait plus pressant. Pékin n'a mis fin à ses exercices qu'après avoir réitéré ses menaces envers Taipei. 

M. Yang conserve toute sa placidité, quand bien même son île de 140.000 habitants se trouve à moins de 10 kilomètres de la ville chinoise de Xiamen. 

« Je ne suis pas nerveux. Kinmen est calme et tranquille », confie-t-il en esquissant un sourire au milieu de sa routine matinale faite de télévision et de balades dans le quartier. 

Le nonagénaire, qui a assisté au bombardement le plus meurtrier des îles proches du continent il y a plus de 60 ans, estime que ces dernières alertes n'étaient que du menu fretin. 

En 1958, la Chine a tiré plus d'un million d'obus sur Kinmen et les îles à proximité, tuant 618 personnes et blessant plus de 2 600 autres. 

Ce bombardement était « plus éprouvant pour les nerfs, la situation était plus tendue à l'époque », raconte M. Yang. 

« Il est difficile d'évaluer la situation - si (la Chine) a l'intention d'intimider ou a des plans d'attaque ». 

« Joindre les deux bouts »  

Malgré les souvenirs douloureux de la guerre et les tensions actuelles, beaucoup d'habitants de Kinmen conservent une opinion favorable de la Chine, après des années d'échanges commerciaux et de voyage à travers l'étroit bras de mer. 

Le ferry ne fonctionne plus à cause de Covid-19, mais Yang Shang-lin, un professionnel du tourisme de 34 ans, espère la réouverture prochaine de Kinmen aux visiteurs chinois, malgré les semonces de Pékin. 

« Taïwan est plus libre et nous ne voulons pas être gouvernés par la Chine », explique-t-il, »mais nous devons joindre les deux bouts ». 

Mais l'île est maintenant divisée. D'autres habitants sont prêts à défendre leur terre contre une agression chinoise. 

« S'il y a une guerre, je me battrai », clame Huang Zi-chen, un ingénieur civil de 27 ans. 

« Je suis né dans ce pays et je dois être là contre vents et marées lorsqu'il a besoin de moi », explique-t-il lors d'une pause en pleine supervision d'un projet de construction. 

« Pas peur »  

Alors que les îlots de Kinmen avaient pu un temps constituer une barrière naturelle à une invasion, elles pourraient désormais être facilement franchies par Pékin et son puissant arsenal de missiles, d'avions de chasse et de porte-aéronefs. 

Pour Yang, employé d'un service de location de voitures, « les disparités des forces armées sont beaucoup trop importantes » pour Taïwan, ce qui laisse peu d'espoir à une contre-offensive, en particulier en raison de la taille réduite de Kinmen et de sa proximité avec le continent. 

« Je ne voudrais pas me rendre sur le champ de bataille étant donné qu'il n'y aurait aucune chance de l'emporter », ajoute-t-il. 

James Chen, 18 ans, l'un des rares étudiants de son âge à n'avoir pas quitté les lieux pour étudier ou travailler dans les grandes villes de Taïwan, est d'avis que seuls les militaires professionnels devraient combattre. 

« Je pense qu'il y a une probabilité de 50% pour que la Chine emploie la force contre Taiwan. Mais nous n'avons aucun contrôle sur la Chine. Alors nous devrions juste être nous-mêmes. » 

Ainsi, pour l'essentiel, le quotidien se poursuit comme de coutume à Kinmen. 

Les habitants ne se pressent ni dans les bunkers pour s'y réfugier, ni dans les supermarchés pour faire leurs réserves, mais plutôt chez eux pour des karaokés ou à l'extérieur pour dîner entre amis. 

En pleine partie de cartes avec ses voisines dans une des rues calmes de l'île, Cheng Hsiu-hua, 73 ans, balaie d'un revers de main la possibilité d'un débarquement des troupes de Pékin sur leurs rives. 

« Non, nous n'avons pas peur. Elles (les troupes chinoises) ne viendront pas ici », affirme-t-elle. 

Yang explique qu'il préférerait une réunification pacifique à un conflit, et adresse un message au gouvernement chinois, enseigné par le bombardement dont il a été témoin il y a plusieurs décennies. 

« Ne partez pas en guerre. La guerre apporte souffrances et misère », souligne-t-il. « La mort frappera des deux côtés. » 


Téhéran promet de venger l'attaque meurtrière contre un mariage, Washington annonce une enquête

Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
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  • Les tensions entre les États-Unis et l’Iran reprennent dans le Golfe, avec de nouvelles frappes iraniennes contre des positions militaires américaines
  • Téhéran accuse Washington d’une frappe ayant tué quatre personnes lors d’un mariage. Les États-Unis enquêtent mais se disent sceptiques

TEHERAN: L'Iran a de nouveau visé jeudi des cibles militaires américaines dans le Golfe, jurant de venger l'attaque qui a tué quatre personnes lors d'un mariage mardi soir, frappe pour laquelle Washington a annoncé une enquête.

Les Etats-Unis, qui ne s'étaient jusqu'ici pas exprimés officiellement sur cette attaque, mènent "une enquête approfondie", a indiqué devant la presse le vice-président américain JD Vance, tout en se disant "sceptique".

"Je dirais que les médias d'Etat iraniens n'ont pas vraiment rendu compte de manière fiable de ce qui s'est passé dans ce conflit jusqu'à présent, je suis donc extrêmement sceptique à ce sujet", a-t-il déclaré.

Après un mois d'accalmie, les affrontements entre Washington et Téhéran ont repris dimanche à l'initiative de l'armée américaine, qui a dit vouloir empêcher des roquettes chargées de mines marines d'être tirées dans le stratégique détroit d'Ormuz.

Téhéran a répondu en ciblant ses voisins du Golfe, comme depuis le début du conflit déclenché par une offensive américano-israélienne fin février.

Pour autant, le vice-président américain s'est refusé de parler d'"une guerre", alors que le conflit est un sujet de mécontentement pour les électeurs américains à l'approche des élections législatives de novembre.

"Je n'appellerais pas ça une guerre. En ce moment, il n'y a pas d'échange de tirs", a-t-il dit.

- Vidéos partagées -

La frappe ayant ciblé un mariage, imputée par l'Iran aux Etats-Unis, s'est produite dans le district de Sirik (sud-est), et a également blessé près de 70 personnes.

Les vidéos montrant des décorations de fêtes au milieu de débris et de taches de sang ont été largement partagées en Iran. Le New York Times, qui a analysé les témoignages et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et interrogé des experts militaires, affirme qu'il s'agissait bien d'une frappe américaine.

"Le sang pur de ces martyrs (...) ne restera pas impuni et sera certainement vengé", a assuré jeudi Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution, puissante armée idéologique iranienne.

Au total dans la nuit de mardi à mercredi, au moins 19 personnes dont sept membres des forces armées ont été tuées lors de bombardements en Iran, l'un des bilans les plus élevés de ces derniers mois.

L'Iran a aussi annoncé jeudi la mort de six membres de sa marine dans des frappes américaines, sans qu'on sache s'ils comptaient parmi les 19 personnes tuées.

Jeudi, son armée a notamment visé des "hangars d'avions de combat de l'armée terroriste américaine dans la base aérienne Ahmad al-Jaber au Koweït", selon un communiqué militaire.

Aux Emirats arabes unis, ce sont les systèmes radar américains qui ont été visés sur la base aérienne al-Minhad, d'après la même source.

Le Koweït a dénoncé une "ignoble agression". Les Emirats n'ont pas confirmé avoir été ciblés, et on ne connaît pas l'étendue d'éventuels dégâts.

- "A tout moment" -

Le même scénario se répète depuis le début de la guerre, tandis que les négociations pour y mettre fin restent dans l'impasse.

Au cœur du conflit, le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures que l'Iran verrouille désormais depuis des mois.

Les Etats-Unis appliquent en représailles un blocus naval sur les ports iraniens. Jeudi, JD Vance a affirmé que le passage de pétrole et de gaz avait "presque" retrouvé ses niveaux d'avant-guerre dans le détroit.

Washington n'a de son côté pas bombardé l'Iran ces dernières heures, même si Donald Trump a averti que les Etats-Unis restaient prêts à frapper "à tout moment".

Alors que Donald Trump peine à trouver une issue à ce conflit impopulaire et coûteux, l'administration américaine mise aussi sur la pression économique, avec par exemple l'annonce de divers nouvelles sanctions à venir contre les partenaires commerciaux de Téhéran.

Les cours du pétrole sont repartis à la hausse ces derniers jours du fait du regain de violences, le Brent, référence mondiale, évoluant au-dessus de 95 dollars.

Les investisseurs restent sceptiques "quant à une normalisation prochaine des flux énergétiques transitant par le détroit d'Ormuz", observe Jim Reid, économiste pour la Deutsche Bank.


Israël se dit prêt à répondre «avec force» à toute attaque iranienne

Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
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  • Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment"
  • "Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi

JERUSALEM: Israël s'est dit mercredi prêt à riposter "avec force" à une éventuelle attaque iranienne, en pleine reprise des hostilités entre Téhéran et Washington.

Israël a lancé la guerre au Moyen-Orient aux côtés des Etats-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire après la signature d'un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran en avril, même lorsque que celui-ci a volé en éclats avec de nouveaux affrontements.

Mercredi, l'Iran a mené des frappes sur plusieurs pays de la région en réponse à des bombardements américains.

"Pour le moment, (les Iraniens) mènent des frappes dans toute la région, sauf sur nous. Mais il est possible qu'ils nous attaquent et nous y sommes préparés", a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz, lors d'une conférence organisée par le média israélien Ynet.

Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment".

"Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi.

M. Katz a de son côté également avancé que les avions militaires israéliens étaient "prêts à décoller", et affirmé que les Iraniens "aimaient bien attaquer lors des fêtes juives".

Israël a plusieurs fois fait face dans son histoire à des attaques lors de fêtes juives - mais pas de la part de l'Iran - un souvenir qui affleure à chaque fois qu'approchent des périodes fériées.

C'est le cas par exemple de la guerre du Kippour en 1973, déclenchée par une attaque surprise de l'Egypte et de la Syrie le jour de Yom Kippour. Ou de l'attaque sans précédent menée par le Hamas palestinien le 7 octobre 2023, jour de Shabbat et de la fête juive de Simchat Torah.

Les fêtes juives d'automne commenceront à la tombée de la nuit le 11 septembre avec Rosh Hashana, le Nouvel An juif, suivi de Yom Kippour du 20 au 21 septembre et de Souccot à partir du 25 septembre.

L'activité ralentit considérablement en Israël pendant cette période, mais l'armée et les forces de sécurité restent traditionnellement très mobilisées.


Allemagne: ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat près d'une centrale thermique

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
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  • "Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte"
  • Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage"

BERLIN: La police allemande a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat mardi contre un poste électrique près d'une centrale thermique à Jänschwalde (est), qui a endommagé plusieurs lignes électriques et provoqué une brève interruption de l'alimentation.

"Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte", a indiqué la préfecture de police du Land de Brandebourg à Potsdam.

Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage".

Lors d'une conférence de presse donnée mercredi à Düsseldorf (ouest), le ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, Herbert Reul, a déclaré qu'il existait "un soupçon initial de sabotage dirigé contre l'ordre constitutionnel".

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche", a ajouté M. Reul.