Soudan: Après les conflits tribaux, l'impossible retour à la normale

Des Soudanais qui ont fui les affrontements ethniques dans l'État du Nil bleu au Soudan dans une clinique d'un camp de déplacés à Damazin, à quelque 450 km au sud de Khartoum (Photo, AFP).
Des Soudanais qui ont fui les affrontements ethniques dans l'État du Nil bleu au Soudan dans une clinique d'un camp de déplacés à Damazin, à quelque 450 km au sud de Khartoum (Photo, AFP).
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Publié le Samedi 27 août 2022

Soudan: Après les conflits tribaux, l'impossible retour à la normale

  • Dans le Nil Bleu, des dignitaires tribaux ont signé un cessez-le-feu sous conditions et la vraie réconciliation se fait toujours attendre, laissant planer le spectre de la violence
  • En juillet, 105 Soudanais ont été tués et 31.000 déplacés après un affrontement entre les Haoussas, l'un des plus grands groupes ethniques d'Afrique, et les Bartas, qui se revendiquent comme les habitants originels de l'État du Nil Bleu

DAMAZINE, Soudan : Ayoub Haroun préfère rester dans un camp de fortune car il a trop peur des balles perdues dans son village du sud du Soudan, où un conflit tribal a emporté plusieurs de ses proches et sa maison.

En juillet, 105 Soudanais ont été tués et 31.000 déplacés après un affrontement entre les Haoussas, l'un des plus grands groupes ethniques d'Afrique, et les Bartas, autre tribu africaine qui se revendique comme celle des habitants originels de l'État du Nil Bleu, frontalier de l'Ethiopie.

«Les tirs n'ont pas arrêté, de jour comme de nuit» pendant une semaine, raconte à l'AFP M. Haroun, qui vit désormais dans une école de Damazine, le chef-lieu du Nil Bleu. En quelques heures, le bâtiment a été transformé en camp de déplacés pour accueillir les familles qui accouraient des villages alentour devenus champs de bataille.

«Mon frère et mon neveu sont morts et ma maison a été brûlée, comme celles de tous mes proches», raconte encore ce fermier haoussa.

Puis, les armes se sont tues, la violence s'est déplacée vers d'autres Etats du Soudan où des Haoussas en colère ont incendié des bâtiments administratifs. A travers le pays, des manifestants prodémocratie ont répondu par des cortèges «pour la coexistence» et «contre le tribalisme».

Dans le Nil Bleu, des dignitaires tribaux ont signé un cessez-le-feu sous conditions et la vraie réconciliation se fait toujours attendre, laissant planer le spectre de la violence.

- «Habiles agriculteurs» -

Depuis le putsch du général Abdel Fattah al-Burhane en octobre 2021, cette menace pèse dans tous les Etats du Soudan.

Avec le vide sécuritaire laissé par Khartoum -- occupé à mobiliser les forces de l'ordre contre les manifestants antiputsch et étranglé financièrement par les sanctions internationales -- groupes armés et tribus peuvent faire régner la loi du plus fort.

Dans le Nil Bleu, la violence s'est transformée: sous la dictature islamo-militaire d'Omar el-Béchir (1989-2019), rebelles et régime s'y livraient une guerre meurtrière. Mais les conflits tribaux, pour l'accès à l'eau ou à la terre, qui déchirent les autres Etats étaient une rareté.

En juillet, un siècle de rancoeur a brutalement ressurgi.

Les Haoussas sont arrivés dans les années 1920 «à la recherche de pâturages pour leurs troupeaux», selon l'International Crisis Group (ICG).

Au fil du temps, ils ont acquis «un poids économique», ajoute un chercheur local, qui préfère s'exprimer sous couvert d'anonymat.

D'une part, parce que «habiles agriculteurs, ils ont cultivé les berges du Nil Bleu» et de l'autre, parce qu'ils se sont toujours tenus à l'écart de la rébellion anti-Béchir, explique-t-il à l'AFP.

Mais la coutume locale n'en a que faire: seules les tribus déjà implantées dans le Nil Bleu, comme les Bartas, peuvent posséder des terres.

«Les terres sont une ligne rouge: elles n'appartiennent qu'aux tribus autochtones», martèle ainsi à l'AFP Obeid Abou Chotal, dignitaire des Bartas.

- «Accès aux terres» -

Les Haoussas, eux, répondent, avoir seulement réclamé «que l'Etat et les autres tribus reconnaissent un conseil tribal pour s'occuper de leurs affaires», répond à l'AFP l'un de leurs leaders, Abdelaziz Al-Nour.

Un Haoussa glisse malgré tout que ce conseil devait en réalité surtout gérer «l'accès aux terres».

Pour régler ces questions de ressources -- majeures dans un pays où l'agriculture représente 43% des emplois et 30% du PIB -- les groupes rebelles avaient misé sur l'accord de paix de 2020 avec Khartoum. Mais pour M. Abou Chotal, ce texte «n'a pas du tout apporté la paix», et au Nil Bleu comme ailleurs, de plus en plus de tribus veulent le revoir de fond en comble.

Loin des négociations entre responsables, M. Haroun, lui, veut seulement «que tout redevienne comme avant».

Dans l'autre camp, Sayda Ibrahim, de la tribu Al-Fonj, alliée des Bartas, veut elle aussi en finir avec la violence. «Toute notre vie, on a vu les différentes tribus vivre en harmonie», se rappelle-t-elle.

Depuis que cette harmonie a été brisée, le marché d'al-Roseires, où les Bartas et les Haoussas ont incendié les échoppes des uns et des autres, «tout le monde est parti», se lamente Mohamed Adam.

«On ne travaille presque plus», poursuit celui qui s'obstine malgré tout à ouvrir boutique, au cas où les déplacés reviennent un jour.


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
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  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
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  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.