Comment Raqqa, autrefois capitale syrienne du califat de Daëch, a retrouvé son éclat culturel arabe

Au Centre culturel et artistique de Raqqa, une peinture murale présente les vêtements traditionnels des différents groupes ethniques de Raqqa. (Photo AN/Ali Ali)
Au Centre culturel et artistique de Raqqa, une peinture murale présente les vêtements traditionnels des différents groupes ethniques de Raqqa. (Photo AN/Ali Ali)
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Publié le Dimanche 16 octobre 2022

Comment Raqqa, autrefois capitale syrienne du califat de Daëch, a retrouvé son éclat culturel arabe

  • La statue de l’ancêtre culturel de Raqqa, Haroun al-Rachid, qui avait été détruite par Daëch, a été remplacée devant une foule de spectateurs début septembre, symbolisant le lent mais inexorable retour aux sources de la ville
  • Bien que la ville ait été détruite six fois au cours de sa longue histoire, bon nombre de ses sites historiques séculaires témoignent encore de son importance

RAQQA, Syrie: Cela fait cinq ans maintenant que les Forces démocratiques syriennes ont hissé leur drapeau sur la place principale de Raqqa, qui, pendant quatre ans, était la capitale autoproclamée de Daëch. Les rues et les places de la ville ont été le théâtre d’horribles atrocités – passages à tabac, tortures, décapitations et autres actes ignobles.

Les médias internationaux, qui ont retenu leur souffle en regardant l’opération de libération de Raqqa, ont presque immédiatement déserté les lieux, une fois la ville libérée de l’emprise du groupe terroriste, laissant à nouveau les gens seuls dans les décombres de leur ancienne grande ville.

Cependant, l’essor culturel a trouvé un chemin au milieu des ruines. Des groupes d’écrivains, d’artistes et d’intellectuels mettent tout en œuvre pour restaurer la culture de Raqqa, malgré la page sombre laissée par Daech.

La région qui entoure Raqqa est habitée depuis le troisième millénaire avant J.-C. Elle a acquis une certaine notoriété lorsque le calife abbasside Haroun al-Rachid, lui-même amoureux de la culture et de la tradition, a choisi la ville comme résidence impériale en 796 après J.-C.

Bien que la ville ait été détruite six fois au cours de sa longue histoire, bon nombre de ses sites historiques séculaires témoignent encore de son importance.

Lorsque le groupe Daëch est entré par effraction à Raqqa en 2014, déclarant que la ville était sa capitale, la communauté artistique et culturelle locale a immédiatement été prise de panique.

«L’arrivée des groupes armés a conduit à la dissolution de notre groupe. Nous ne pouvions plus ni chanter ni faire quoi que ce soit d’autre. J’ai même été arrêté deux fois par Daëch», déclare le chanteur traditionnel Melek Mohammed al-Saleh à Arab News.

«Les militants ont dit que je ce que je faisais était de l’ordre du blasphème, haram et l’œuvre de Satan», dit-il, le regard perplexe.

La statue récemment restaurée du calife Haroun al-Rachid, l’un des ancêtres de Raqqa. (Photo AN/Ali Ali)
La statue récemment restaurée du calife Haroun al-Rachid, l’un des ancêtres de Raqqa. (Photo AN/Ali Ali)

M. Al-Saleh ajoute sur un ton plus sérieux: «Ils sont venus anéantir notre culture. Ils ont détruit notre musée. Ils ont rasé toutes nos antiquités.»

«Ils ont été envoyés pour éliminer l’histoire de cette ville et de ce pays, parce qu’eux-mêmes n’ont pas d’histoire. Ils n’ont pas d’opinions ou d’objectifs. Ils n’ont que la destruction pour seul but.»

M. Al-Saleh a eu une carrière remarquable de chanteur traditionnel pendant des décennies. De retour dans sa ville natale de Raqqa depuis Alep dans les années 1990, il a créé un groupe musical de sept membres appelé Njoom. Le groupe faisait des tournées non seulement dans le gouvernorat de Raqqa, mais dans l’ensemble de la Syrie, se produisant lors de mariages et de festivals culturels.

Lorsque Daëch est arrivé, la culture et le patrimoine de la ville ont été attaqués. Tous les centres culturels ont servi de départements pour les différents bureaux de Daëch. Ils ont saisi les instruments de musique dans les maisons et les ont brisés. Ils ont détruit des cassettes, des CD et des téléviseurs. Les mariages, autrefois des événements joviaux accompagnés de musique et de danse à Raqqa, sont devenus beaucoup trop silencieux et solennels.

Daëch a interrogé M. Al-Saleh, lui disant qu’il avait «oublié Dieu» et a même menacé de le décapiter. Le groupe a cependant été surpris de découvrir que M. Al-Saleh était un musulman pieux qui savait beaucoup de choses sur la foi islamique. «J’ai passé douze heures avec eux. J’ai eu des discussions religieuses avec eux. Ma foi était forte, mais pas la leur. Ils se sont trompés», explique-t-il.

Il poursuit en disant: «Ils étaient choqués; ils m’ont demandé comment un chanteur pouvait savoir tant de choses sur la religion, parce que, selon eux, les chanteurs étaient des infidèles. Ils m’ont demandé de leur servir de juge.»

M. Al-Saleh a refusé de travailler pour le groupe et a finalement été libéré. Il a continué à chanter, mais en secret – les concerts musicaux de son groupe se déroulant la nuit dans des maisons privées, généralement avec un garde à l’extérieur à l’affût des patrouilles de Daëch.

Au moment où Raqqa se reconstruisait, les départements culturels de la nouvelle Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie ont commencé à chercher dans la ville les artistes restants. M. Al-Saleh a été nommé membre du Syndicat des artistes et exhibe fièrement sa carte d’identité syndicale.

Adepte de l’équitation et propriétaire de chevaux, Amer Medad pose ici avec l’un de ses chevaux arabes. (Photo AN/Ali Ali)
Adepte de l’équitation et propriétaire de chevaux, Amer Medad pose ici avec l’un de ses chevaux arabes. (Photo AN/Ali Ali)

Tous les membres de son ancien groupe musical sont morts ou ont quitté le pays. Il a donc créé un nouveau groupe comprenant onze membres. De plus, il enseigne à son fils les rudiments de la musique traditionnelle de Raqqa, «afin que la nouvelle génération n’oublie pas nos traditions».

«Depuis quatre ou cinq ans, nous mettons tout en œuvre pour redonner à notre culture son éclat, ou encore l’améliorer. Cela prendra beaucoup de temps, cependant», précise-t-il.

Daëch était à la fois en colère contre l’écriture libre et la musique traditionnelle. Mohammed Bachir al-Ani, un poète de Deir Ez-zor, a été exécuté avec son fils pour «blasphème». De nombreux écrivains ont été contraints de fuir, dont l’écrivaine originaire de Raqqa, Fawziya al-Marai.

«En voyant ma ville totalement détruite, j’ai eu l’impression que ma tête allait exploser. Tout était en ruine», confie l’écrivaine à Arab News, en se remémorant son retour à Raqqa après avoir vécu en Turquie lorsque sa ville était sous l’occupation de Daëch.

« Ce n’est pas uniquement la ville qui a été détruite. Tout à l’intérieur de moi a été détruit», affirme-t-elle. «J’ai perdu tout ce que j’avais de plus beau dans ces ruines.»

Cette écrivaine prolifique de 74 ans compte à son actif plus de dix recueils de poésie et de nouvelles depuis qu’elle a commencé à écrire à la fin des années 1990.

La plupart de ses écrits s’inspirent des traditions de Raqqa – en particulier les robes et le folklore des femmes arabes – et du fleuve Euphrate. Elle a assisté à des festivals littéraires plusieurs fois par an, rencontrant de célèbres poètes syriens comme Nizar Qabbani et Abdal Salam al-Ujayli, originaire de Raqqa.

Quand Daëch a attaqué la ville, «je me suis enfuie. Si j’étais restée, ils m’auraient tuée. Ils me cherchaient par mon nom», dit-elle.

Inauguration de la statue du calife Haroun al-Rachid, précédemment détruite par Daëch, dans l’un des parcs de Raqqa. (Photo AN/Ali Ali)
Inauguration de la statue du calife Haroun al-Rachid, précédemment détruite par Daëch, dans l’un des parcs de Raqqa. (Photo AN/Ali Ali)

Ses livres, qu’elle appelait ses enfants, ont tous été brûlés par le groupe terroriste. «J’avais vingt-cinq à cinquante exemplaires de chaque livre et, quand je suis revenue, il n’en restait plus aucun», rapporte-t-elle.

Ce ne sont pas seulement ses livres qui ont été détruits – mais toute la communauté intellectuelle qu’elle a passé des décennies à mettre en place. «Aucun de mes amis n’est resté. Ils ont tous fui et trouvé refuge en Europe», souligne-t-elle.

L’écrivaine était déterminée à participer à la reconstruction de la culture de sa ville bien-aimée. Devenue conseillère au sein du Département des arts et de la culture de l’administration autonome, elle organise désormais des salons littéraires réguliers dans le fushat hiwar (espace de conversation) de la ville pour lire et discuter littérature.

«Maintenant, nous organisons des festivals et des sessions de formation pour nos jeunes sur la façon d’écrire des histoires et de la poésie. Nous menons toujours des activités pour redonner à notre culture son éclat d’antan. Nous saisissons toujours l’occasion de dire aux jeunes que l’avenir est entre leurs mains», indique-t-elle.

Shahla al-Ujayli, la nièce d’Abdal Salam al-Ujayli, a perpétué la tradition littéraire de son oncle en écrivant plusieurs livres, dont un où le protagoniste participe à l’un des passe-temps culturels les plus célèbres de Raqqa: les courses de chevaux.

Pendant plus de mille ans, Raqqa était célèbre pour son patrimoine équestre. La race arabe unique de chevaux était utilisée comme moyen de travail, de transport et, éventuellement, comme symbole de statut.

«Le cheval était un symbole de la famille. Si une famille possédait un cheval, cela signifiait qu’elle était riche. Ensuite, c’est devenu une tradition culturelle, transmise des grands-parents aux parents puis aux enfants», déclare Amer Medad, propriétaire d’un cheval, à Arab News.

M. Medad estime que s’il y avait autrefois entre trois et quatre mille chevaux arabes d’origine à Raqqa, le nombre actuel n’est que de 400 environ.

Un artiste peint au Centre culturel et artistique de Raqqa. (Photo AN/Ali Ali)
Une artiste peint au Centre culturel et artistique de Raqqa. (Photo AN/Ali Ali)

Il se souvient qu’en 1983, le premier centre de courses hippiques de Raqqa a été créé. Il s’agissait d’une installation de fortune dans le jardin d’un propriétaire foncier local qui ne mesurait que mille mètres carrés environ. Un homme local issu d’une célèbre famille équestre a fait don de dix chevaux pour soutenir la création du premier club équestre.

L’équipe du club a commencé à s’entraîner et a finalement réussi à concourir au niveau national. C’était la plus pauvre parmi tous les gouvernorats syriens et n’avait que ses propres chevaux. Les participants se sont entraînés dans le désert plutôt que dans un hippodrome réglementaire. Comme ils n’avaient même pas plusieurs uniformes, ils ont été contraints d’ échanger entre eux un seul uniforme.

Malgré cela, les participants ont toujours remporté les médailles de bronze, d’argent ou d’or lors des compétitions. Leur talent était si inégalé qu’il aurait, selon M. Medad, attiré l’attention de Bassel al-Assad, le défunt frère de l’actuel président syrien Bachar al-Assad, qui était lui-même un champion équestre.

Bassel a financé la construction d’un hippodrome et d’installations équestres à Raqqa, qui a été achevée en 1989. L’équipe a participé à des courses à travers le monde arabe, notamment au Qatar, en Jordanie et en Égypte. Bien que la popularité des courses de chevaux ait finalement diminué, elles faisaient toujours partie de la culture traditionnelle locale. Tout cela a changé lorsque Daëch est arrivé dans la ville.

Daëch a détruit l’hippodrome, le parsemant de mines terrestres. Les combattants ont utilisé les installations de Raqqa comme lieu de détention de quatre mille chevaux volés, selon un travailleur local. «Ils ont volé les chevaux. Ils les utilisaient même pour se nourrir», soutient M. Medad. Il se remémore un incident au cours duquel un militant de Daëch a abordé l’un de ses amis pour acheter un cheval qu’il avait l’intention de manger.

L’écrivaine Fawziya al-Marai, 74 ans, tient une ancienne photo d’elle-même, avec une photo du regretté poète syrien Abdal Salam al-Ujayli en arrière-plan. (Photo AN/Ali Ali)
L’écrivaine Fawziya al-Marai, 74 ans, tient une ancienne photo d’elle-même, avec une photo du regretté poète syrien Abdal Salam al-Ujayli en arrière-plan. (Photo AN/Ali Ali)

M. Medad a demandé pourquoi le militant achèterait un si beau cheval juste pour le manger.

«Les militants de Daëch m’ont réprimandé, disant que je ne pouvais pas interdire ce que Dieu avait permis. Ils m’ont demandé de me rendre à leur tribunal. Je me suis enfui pendant quinze jours et, à ce moment-là, le militant qui voulait me poursuivre en justice a été tué et j’ai pu enfin rentrer chez moi.»

Cinq ans plus tard, l’hippodrome a été déminé et l’établissement a été reconstruit à 50%, selon M. Medad. On y a déjà organisé un festival local et il est prévu d’en organiser un autre à l’échelle nationale. C’est la première course de ce type à Raqqa depuis que Daëch a pris la ville, à la mi-octobre.

La statue de l’ancêtre culturel de Raqqa, Haroun al-Rachid, qui avait été détruite par Daëch, a été remplacée devant une foule de spectateurs début septembre, symbolisant le lent mais inexorable retour aux sources de la ville.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Prix de la littérature arabe 2026: 9 ouvrages en lice pour la 14e édition

La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
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  • Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie
  • À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité

PARIS: La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe.

Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie. À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité.

Créé en 2013, le Prix de la littérature arabe figure parmi les rares distinctions françaises consacrées à la création littéraire du monde arabe. Il récompense chaque année l’œuvre d’un auteur ou d’une autrice originaire de l’un des pays de la Ligue arabe, pour un ouvrage écrit en arabe et traduit en français, ou directement rédigé en français.

Le prix, doté de 8 000 euros, concerne les ouvrages publiés entre le 15 août 2025 et le 30 septembre 2026.

Une attention particulière est également accordée au travail de traduction. Une mention spéciale, dotée de 2 000 euros, récompensera le traducteur ou la traductrice d’un ouvrage retenu dans la sélection finale, afin de mettre en lumière le rôle essentiel de la traduction dans la circulation des œuvres arabes auprès du lectorat francophone.


Sorbonne Abu Dhabi: une rentrée sous le signe de la culture, de l’innovation et de la recherche

À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
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  • Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA
  • L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public

ABU DHABI: À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA.

L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public. Sur le plan académique et scientifique, le SUAD–IIT Delhi Abu Dhabi Computational Materials School proposera une rencontre autour des matériaux computationnels, en collaboration avec IIT Delhi Abu Dhabi.

Cette programmation illustre la diversité de la vie de SUAD, à la croisée de la culture, de la recherche, de l’innovation et de la vie universitaire.


Jean-Paul Rappeneau, le réalisateur français de «Cyrano de Bergerac», est mort à 94 ans

Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
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  • C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès
  • Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991

PARIS: Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils.

Jean-Paul Rappeneau, l'un des doyens du cinéma hexagonal, a tourné avec les plus grands comédiens français, de Yves Montand ("Le Sauvage") à Catherine Deneuve ("La vie de château"), en passant par Gérard Depardieu, Jean-Paul Belmondo ("Les Mariés de l'An II") ou Isabelle Adjani ("Tout feu tout flamme").

C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès.

Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991, dont celui de meilleur film, et avait valu à Jean-Paul Rappeneau celui de meilleur réalisateur.

"Nous ne pouvions nous contenter d'une simple mise en images de la pièce (...). Le vrai pari du film, c'est que les personnages y parlent en vers", expliquait-il.

Totalisant plus de 10 millions d'entrées dans le monde, le film avait aussi décroché cinq nominations aux Oscars.

Connu pour son perfectionnisme, Jean-Paul Rappeneau choisissait ses projets avec soin, ne craignant pas de laisser s'écouler de longues années entre chaque film.

"Je ne suis pas comme un pommier qui fait tomber ses fruits chaque automne. Mon rythme, c'est plutôt un film tous les cinq ou six  ans. Je ne vois pas pourquoi on devrait enchaîner les projets. A moins bien sûr d'avoir besoin d'argent...", disait-il à l'hebdomadaire Paris Match en 2015.

Populaire et exigeant 

Né le 8 avril 1932 dans une famille nombreuse, il avait abandonné des études de droit pour se lancer dans le cinéma, notamment auprès de Louis Malle ("Au revoir les enfants")dont il devient l'assistant, co-écrivant le scénario de "Zazie dans le métro".

Il avait fait ses premiers pas de réalisateur en signant en 1966 "La vie de château", dans lequel Catherine Deneuve campe une épouse rongée par l'ennui aux côtés de Philippe Noiret.

Si ses débuts coïncident avec l'éclosion de la Nouvelle Vague, il s'était toujours tenu à distance de ce mouvement qui révolutionna le cinéma français dans les années 50-60. "A l'exception d'+A bout de souffle+ et d'+Hiroshima mon amour+, aucun des films (de la Nouvelle Vague) ne me plaisait vraiment", disait-il.

Tenant d'un cinéma populaire et exigeant, Jean-Paul Rappeneau avait ensuite enchaîné les succès.

En 1995, il avait relevé un autre défi en portant à l'écran "Le Hussard sur le toit", avec Olivier Martinez et Juliette Binoche, tiré du roman de Jean Giono, réputé difficile à adapter.

Son dernier film, la comédie dramatique "Belles Familles", remontait à 2015 et mettait en scène Mathieu Amalric, Karin Viard et Marine Vacth.

En 2025, Jean-Paul Rappeneau avait publié ses mémoires ("Vive allure") dans lesquelles transparaissait son approche singulière du métier de cinéaste. "Quand un film se termine, disait-il, je suis comme un naufragé sur la plage, j'attends le prochain voyage".