Comment le Grand Musée égyptien entend reconquérir le passé antique du pays

Le complexe du Grand Musée égyptien de Gizeh, au Caire, abritera les trésors antiques du pays. (Photo fournie)
Le complexe du Grand Musée égyptien de Gizeh, au Caire, abritera les trésors antiques du pays. (Photo fournie)
Short Url
Publié le Lundi 02 janvier 2023

Comment le Grand Musée égyptien entend reconquérir le passé antique du pays

Le complexe du Grand Musée égyptien de Gizeh, au Caire, abritera les trésors antiques du pays. (Photo fournie)
  • Comme tous les archéologues-aventuriers occidentaux de son temps, le plan de M. Carter était d’expédier la majeure partie des trésors en Europe et de les vendre aux musées
  • C’est sans aucun doute le bon moment pour que le patrimoine de l’Égypte soit restauré à sa place légitime, afin qu’il puisse être exposé dans le vaste nouveau temple du pays, au profit de tous les Égyptiens et des nombreux touristes

LONDRES: En raison de retards sans fin, de bouleversements politiques et, plus récemment, de la malédiction de la pandémie de Covid-19, le Grand Musée égyptien a tardé à voir le jour.

Cependant, 2023 est l’année où le complexe moderne présenté comme le plus grand musée du monde consacré à une seule civilisation doit enfin ouvrir ses portes, juste à temps pour aider l’Égypte à relancer son industrie touristique qui lui a cruellement fait défaut.

L’ouverture du musée sera plus qu’une simple occasion de relancer l’économie chancelante du pays. Elle représente une victoire culturelle symbolique, non seulement pour l’Égypte, mais aussi pour toute une région dont l’Histoire ancienne a été pillée par des générations d’aventuriers occidentaux.

Personne ne sait comment le jeune pharaon Toutankhamon est mort à l’âge de 18 ans, il y a près de 3 344 ans. Les théories – dont aucune n’a été prouvée – incluent le paludisme, un accident, un trouble osseux et même un meurtre.

Nous savons que, lorsque le «petit roi» a senti que sa fin prématurée était proche, il aurait été réconforté par la conviction que ses nombreux biens seraient enterrés avec son corps momifié et partiraient bientôt vers l’au-delà, où une glorieuse vie après la mort l’attendrait en compagnie du dieu Osiris.

Mais ce voyage éternel a été brutalement interrompu en 1922 lorsque l’archéologue britannique et marchand d’antiquités ponctuel, Howard Carter, découvre la tombe de Toutankhamon.

1
Le seul endroit où il sera possible de voir les cinq mille quatre cents objets de la collection Toutankhamon sera désormais le Grand Musée égyptien du Caire. (AFP)

Comme tous les archéologues-aventuriers occidentaux de son temps, le plan de M. Carter était d’expédier la majeure partie des trésors en Europe et de les vendre aux musées.

Ce plan était considéré comme normal à l’apogée du pillage du patrimoine. Il prenait la forme d’une prétendue recherche scientifique sur les innombrables milliers d’objets, de statues, de biens funéraires, de cercueils, de sarcophages et de momies de l’Égypte ancienne que l’on trouve aujourd’hui dispersés dans le monde occidental, ainsi que dans les grands et petits musées.

Dans le cas de M. Carter, cependant, l’importance de la découverte était telle que, même si l’Égypte était un protectorat britannique à l’époque, les autorités égyptiennes ont réussi à plus ou moins déjouer ses plans. Howard Carter et ses collègues auraient tout de même réussi à sortir divers objets hors d’Égypte, avant de les vendre à un certain nombre de musées occidentaux.

En 2010, l’Égypte a salué la restitution par le Metropolitan Museum de New York (Met) de dix-neuf pièces extraites de la tombe de Toutankhamon. «Ces objets n’auraient jamais dû quitter l’Égypte et ils devraient donc appartenir, à juste titre, au gouvernement égyptien», déclarait Thomas P. Campbell, directeur du Met à l’époque.

Quoi qu’il en soit, depuis les années 1960, il semble que la collection Toutankhamon ait passé plus de temps hors d’Égypte qu’à l’intérieur du pays, circulant dans des expositions sans fin à travers le monde.

La première exposition itinérante, baptisée «Toutankhamon, le trésor du pharaon», a été vue dans vingt-quatre villes des États-Unis et du Canada entre 1961 et 1966. Entre 1961 et 2021, une grande partie du trésor a passé trente ans hors d’Égypte – trois décennies au cours desquelles des générations de jeunes Égyptiens ont été privées de l’accès à certains des éléments les plus totémiques de leur patrimoine.

L’existence du Grand Musée égyptien tant attendu mettra fin à cette situation honteuse.

Les cinq mille quatre cents objets ensevelis avec le roi il y a plus de 3 300 ans, notamment l’emblématique masque doré, ont finalement été rassemblés au même endroit pour la première fois depuis qu’ils ont été déterrés par M. Carter dans la Vallée des Rois.

Pierre de Rosette au British Museum.
Pierre de Rosette au British Museum.

Désormais, ils seront à leur place, au seul endroit où il sera possible de les voir – en Égypte, au Grand Musée égyptien.

C’est un musée pas comme les autres. S’étendant sur près de 500 000 mètres carrés, le bâtiment offre aux visiteurs une vue panoramique spectaculaire sur les pyramides voisines de Gizeh.

Outre la «tête d’affiche», Toutankhamon, le musée abrite plus de cent mille objets du riche passé égyptien, datant de la préhistoire jusqu’aux périodes grecque et romaine en passant par l’époque pharaonique. Une statue de onze mètres de Ramsès II domine le vaste atrium d’entrée du musée, qui a été construit autour de l’imposante figure de granit de 83 tonnes.

En Occident, les conservateurs de musée marmonnent sur les capacités supérieures des institutions occidentales à protéger le patrimoine des autres pays qu’ils jugent, par déduction, incapables de le faire.

L’Égypte, cependant, possède une expertise incontestée, voire inégalée, en matière de protection et de conservation des objets de son passé. Un centre de conservation du musée est opérationnel depuis 2010, ayant fait ses preuves avec le cercueil extérieur en bois de Toutankhamon, qui a fait l’objet d’une conservation minutieuse de huit mois.

Le British Museum affirme qu’il est un «musée pour le monde» – un lieu où toute l’Histoire de l’évolution de la civilisation mondiale peut être vue par le monde entier, en un seul endroit. C’est très bien, à condition de vivre à Londres, ou d’avoir les moyens et l’envie de s’y rendre. Mais pour la plupart des Égyptiens, ce n’est pas une option.
 

L’égyptologue anglais Howard Carter (1873-1939) travaillant sur le sarcophage doré de Toutankhamon en Égypte en 1922. (Images Getty/Apic)
L’égyptologue anglais Howard Carter (1873-1939) travaillant sur le sarcophage doré de Toutankhamon en Égypte en 1922. (Images Getty/Apic)

En 2003, la dernière fois que l’Égypte a fait une tentative déterminée, mais finalement vaine, de persuader la Grande-Bretagne de se séparer de la pierre de Rosette, l’une des icônes du patrimoine égyptien, le British Daily Telegraph a fait remarquer avec mépris que «si la pierre devait être déplacée – à ce stade, au musée du Caire – elle serait vue par beaucoup moins de personnes qu’aujourd'hui, quelque 2,5 millions de visiteurs par an, contre 5,5 millions qui visitent le British Museum chaque année».

Combien parmi ces 5,5 millions sont des Égyptiens, et combien d’autres personnes en provenance du monde entier pourraient se rendre en Égypte pour contempler la pierre si elle se trouvait au Grand Musée égyptien?

L’ouverture du musée intervient un siècle après la découverte de la tombe de Toutankhamon et deux cents ans après le déchiffrement de la pierre de Rosette, l’ancienne stèle qui détenait la clé de la traduction des hiéroglyphes égyptiens.

Dans le passé, l’Égypte a tenté à plusieurs reprises de récupérer la pierre de Rosette. Pillée par les troupes de Napoléon lors de sa campagne en Égypte de 1798 à 1801, elle fut à son tour saisie par les Britanniques et expédiée au Royaume-Uni en 1802, avant d’être présentée au British Museum par le roi George III.

En 2003, l’égyptologue Zahi Hawass, alors directeur du Conseil suprême des Antiquités au Caire et futur ministre des Antiquités, déclarait à la presse britannique que «si les Britanniques veulent qu’on se souvienne d’eux, s’ils veulent restaurer leur réputation, ils devraient restituer la pierre de Rosette, car c’est l’icône de notre identité égyptienne».

En 2020, M. Hawass a renouvelé sa campagne, élargissant les revendications de l’Égypte pour inclure le retour du buste de Néfertiti du Musée égyptien de Berlin, le zodiaque de Dendérah et plusieurs autres pièces du Louvre à Paris.

La pression exercée sur les institutions internationales a augmenté en décembre, lorsque l’Allemagne a restitué au Nigeria vingt et un objets qui figuraient parmi les milliers pillés par les troupes britanniques du royaume ouest-africain du Bénin il y a 125 ans. Plus de cent bronzes du Bénin sont également détenus par l’université de Cambridge, qui a également accepté le mois dernier de les restituer à leur pays d’origine.

L’ancien ministre égyptien des Antiquités, Zahi Hawass, qui a fait campagne pour le retour des objets égyptiens. (AFP)
L’ancien ministre égyptien des Antiquités, Zahi Hawass, qui a fait campagne pour le retour des objets égyptiens. (AFP)

Cependant, la majeure partie des objets béninois sont en possession du British Museum, qui affirme entretenir «d’excellentes relations de travail à long terme avec des collègues et des institutions nigérianes», mais a néanmoins jusqu'à présent refusé de restituer les objets.

Le musée ne témoigne par ailleurs d’aucune volonté de se séparer de ses objets égyptiens. En plus des trente-huit objets «trouvés ou acquis» par Howard Carter à la gloire de Toutankhamon, il contient plus de quarante-cinq mille autres objets de l’Égypte ancienne – dont moins de deux mille sont exposés.

En février 2020, le Dr Khaled el-Anany, ministre du Tourisme et des Antiquités, affirmait que l’Égypte était «en négociations directes avec le British Museum et d’autres musées», insistant sur le fait que «tous les objets qui sont illégalement sortis de l’Égypte y retourneront».

Comme toujours, le musée joue sa carte de «musée du monde».

«Au British Museum, les visiteurs peuvent voir la pierre de Rosette aux côtés d’autres monuments de temples pharaoniques, mais aussi dans le contexte plus large d’autres cultures anciennes, permettant à un public mondial d’examiner les identités culturelles et d’explorer le réseau complexe de l’Histoire humaine interconnectée», déclare un porte-parole du British Museum à Arab News.

1
Une statue de onze mètres de Ramsès II au Grand Musée égyptien. (Photo fournie)

Le British Museum souligne également qu’il est l’un des quatre musées européens à collaborer avec le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités pour rénover le musée égyptien de la place Tahrir dans le cadre d’un projet de 3,1 millions d’euros financé par l’Union européenne (UE). Mais cela compense-t-il vraiment des siècles de pillage?

Reste à savoir si les musées du monde entier qui abritent des objets pris à l’Égypte à l’époque impérialiste saisiront cette occasion en or pour les restituer, renforçant ainsi leur réputation.

C’est sans aucun doute le bon moment pour que le patrimoine de l’Égypte soit restauré à sa place légitime, afin qu’il puisse être exposé dans le vaste nouveau temple du pays, au profit de tous les Égyptiens et des nombreux touristes – venus de partout dans le monde – qui devront certes faire le voyage pour le voir.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Prix de la littérature arabe 2026: 9 ouvrages en lice pour la 14e édition

La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe. (AFP)
Short Url
  • Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie
  • À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité

PARIS: La Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du monde arabe (IMA) ont dévoilé, jeudi 3 septembre, la sélection officielle de la 14e édition du Prix de la littérature arabe. Neuf ouvrages ont été retenus pour cette distinction qui met chaque année en lumière la richesse et la diversité des littératures du monde arabe.

Cette nouvelle sélection réunit des auteurs et autrices issus de plusieurs pays arabes, notamment l’Algérie, le Koweït, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie. À travers des univers littéraires et des thématiques variés, les ouvrages sélectionnés témoignent de la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine et de sa diversité.

Créé en 2013, le Prix de la littérature arabe figure parmi les rares distinctions françaises consacrées à la création littéraire du monde arabe. Il récompense chaque année l’œuvre d’un auteur ou d’une autrice originaire de l’un des pays de la Ligue arabe, pour un ouvrage écrit en arabe et traduit en français, ou directement rédigé en français.

Le prix, doté de 8 000 euros, concerne les ouvrages publiés entre le 15 août 2025 et le 30 septembre 2026.

Une attention particulière est également accordée au travail de traduction. Une mention spéciale, dotée de 2 000 euros, récompensera le traducteur ou la traductrice d’un ouvrage retenu dans la sélection finale, afin de mettre en lumière le rôle essentiel de la traduction dans la circulation des œuvres arabes auprès du lectorat francophone.


Sorbonne Abu Dhabi: une rentrée sous le signe de la culture, de l’innovation et de la recherche

À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. (Photo capture d'écran)
Short Url
  • Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA
  • L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public

ABU DHABI: À l’occasion de sa rentrée universitaire, la Sorbonne University Abu Dhabi (SUAD) lance une nouvelle saison riche en rendez-vous culturels, scientifiques et communautaires. Parmi les prochains événements figure Voices of AI 2026, la deuxième édition du Forum France–Émirats arabes unis consacré à l’intelligence artificielle, qui réunira les acteurs autour des enjeux et des évolutions de l’IA.

L’université accueillera également Heritage and Horizons, une exposition artistique explorant les liens entre patrimoine et nouvelles perspectives, ainsi qu’un marché fermier local, organisé sur le campus et ouvert au public. Sur le plan académique et scientifique, le SUAD–IIT Delhi Abu Dhabi Computational Materials School proposera une rencontre autour des matériaux computationnels, en collaboration avec IIT Delhi Abu Dhabi.

Cette programmation illustre la diversité de la vie de SUAD, à la croisée de la culture, de la recherche, de l’innovation et de la vie universitaire.


Jean-Paul Rappeneau, le réalisateur français de «Cyrano de Bergerac», est mort à 94 ans

Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
Short Url
  • C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès
  • Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991

PARIS: Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils.

Jean-Paul Rappeneau, l'un des doyens du cinéma hexagonal, a tourné avec les plus grands comédiens français, de Yves Montand ("Le Sauvage") à Catherine Deneuve ("La vie de château"), en passant par Gérard Depardieu, Jean-Paul Belmondo ("Les Mariés de l'An II") ou Isabelle Adjani ("Tout feu tout flamme").

C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès.

Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991, dont celui de meilleur film, et avait valu à Jean-Paul Rappeneau celui de meilleur réalisateur.

"Nous ne pouvions nous contenter d'une simple mise en images de la pièce (...). Le vrai pari du film, c'est que les personnages y parlent en vers", expliquait-il.

Totalisant plus de 10 millions d'entrées dans le monde, le film avait aussi décroché cinq nominations aux Oscars.

Connu pour son perfectionnisme, Jean-Paul Rappeneau choisissait ses projets avec soin, ne craignant pas de laisser s'écouler de longues années entre chaque film.

"Je ne suis pas comme un pommier qui fait tomber ses fruits chaque automne. Mon rythme, c'est plutôt un film tous les cinq ou six  ans. Je ne vois pas pourquoi on devrait enchaîner les projets. A moins bien sûr d'avoir besoin d'argent...", disait-il à l'hebdomadaire Paris Match en 2015.

Populaire et exigeant 

Né le 8 avril 1932 dans une famille nombreuse, il avait abandonné des études de droit pour se lancer dans le cinéma, notamment auprès de Louis Malle ("Au revoir les enfants")dont il devient l'assistant, co-écrivant le scénario de "Zazie dans le métro".

Il avait fait ses premiers pas de réalisateur en signant en 1966 "La vie de château", dans lequel Catherine Deneuve campe une épouse rongée par l'ennui aux côtés de Philippe Noiret.

Si ses débuts coïncident avec l'éclosion de la Nouvelle Vague, il s'était toujours tenu à distance de ce mouvement qui révolutionna le cinéma français dans les années 50-60. "A l'exception d'+A bout de souffle+ et d'+Hiroshima mon amour+, aucun des films (de la Nouvelle Vague) ne me plaisait vraiment", disait-il.

Tenant d'un cinéma populaire et exigeant, Jean-Paul Rappeneau avait ensuite enchaîné les succès.

En 1995, il avait relevé un autre défi en portant à l'écran "Le Hussard sur le toit", avec Olivier Martinez et Juliette Binoche, tiré du roman de Jean Giono, réputé difficile à adapter.

Son dernier film, la comédie dramatique "Belles Familles", remontait à 2015 et mettait en scène Mathieu Amalric, Karin Viard et Marine Vacth.

En 2025, Jean-Paul Rappeneau avait publié ses mémoires ("Vive allure") dans lesquelles transparaissait son approche singulière du métier de cinéaste. "Quand un film se termine, disait-il, je suis comme un naufragé sur la plage, j'attends le prochain voyage".