Ambassadeur de France au Maroc: pas de crise entre Rabat et Paris mais uniquement des «quiproquos»

Christophe Lecourtier, l’ambassadeur de France au Maroc. (Photo, Ambassade de France au Maroc)
Christophe Lecourtier, l’ambassadeur de France au Maroc. (Photo, Ambassade de France au Maroc)
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Publié le Lundi 06 mars 2023

Ambassadeur de France au Maroc: pas de crise entre Rabat et Paris mais uniquement des «quiproquos»

  • Lors d’un entretien exclusif avec Arab News en français, Christophe Lecourtier, l’ambassadeur de France au Maroc, rejette le terme de crise diplomatique entre les deux pays. Il évoque des «incompréhensions, des «quiproquos», voire de «petites turbulences»
  • «Quel intérêt la France aurait à utiliser le Parlement européen contre le Maroc, un partenaire majeur ?», explique Christophe Lecourtier, réagissant à une polémique après le vote par Bruxelles d’une résolution critique à l’égard du Maroc

PARIS: Les liens profonds qui unissent la France au Maroc ne datent pas d’hier. Les mots ne manquent pas pour les qualifier: partenariat d’exception, exemplaire, relation de solidarité, fraternelle, de confiance… Et pourtant, aujourd’hui, il semblerait que ces relations ne soient plus au beau fixe. Pour nombre d’observateurs, des signaux ne trompent pas. La visite du président français dans le royaume, qui était prévue pour le début d’année, se fait de plus en plus attendre, et le non-remplacement de l’ambassadeur marocain en France depuis la mi-janvier pose question. Parmi les autres dossiers chauds, l’épineuse question du Sahara occidental, où Rabat reproche à Paris sa position ambiguë, les allégations de corruption, les soupçons d'espionnage, ou le vote récent par le Parlement européen d’une résolution critique à l’égard du Maroc, qui aurait été poussée par la France selon Rabat. On peut enfin mentionner les restrictions sur l’octroi de visas pour les Marocains, qui, même si elles ont été levées récemment, ont laissé des séquelles. Ces signes de crispation qui se multiplient sont-ils révélateurs d’une crise diplomatique entre les deux alliés historiques?

Lors d’un entretien exclusif avec Arab News en français, Christophe Lecourtier, l’ambassadeur de France au Maroc, rejette ce terme. Il évoque plutôt des «incompréhensions, des «quiproquos», voire de «petites turbulences». Des termes qui sont au diapason de récents propos tenus par Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse sur sa stratégie en Afrique. Le président français a en effet déclaré qu’il allait continuer à «avancer» pour renforcer la relation de la France avec l’Algérie et le Maroc au-delà des «polémiques» et que ses relations personnelles avec le roi Mohammed VI étaient «amicales». Des propos démentis par une source officielle du gouvernement marocain, qui a déclaré au mensuel Jeune Afrique que «les relations n’étaient ni amicales, ni bonnes, pas plus entre les deux gouvernements qu’entre le Palais et l’Élysée».

Pour Christophe Lecourtier, tout juste nommé au poste d’ambassadeur il y a deux mois, l’heure est à «la clarification afin de retrouver un dialogue constructif avec le Maroc».

Macron viendra, viendra pas?

Un dialogue qui devrait davantage se matérialiser avec la visite attendue d’Emmanuel Macron. L’ambassadeur de France au Maroc assure à Arab News en français qu’elle aura bien lieu. Le diplomate n’a communiqué aucune date, mais le président français devrait très vraisemblablement se rendre au Maroc au cours du premier trimestre 2023. Pour Christophe Lecourtier, le «report» de la visite n’est pas lié aux tensions qui traversent les deux pays. «Cette visite fait l’objet de beaucoup de travail en amont de part et d’autre, afin de refonder le partenariat d’exception qui existe entre la France et le Maroc», explique l’ambassadeur. «Nous avons construit, depuis l’indépendance du Maroc, une relation très intéressante mais aujourd'hui nous sommes dans un autre siècle, il y a d'autres enjeux pour le Maroc. La France aussi a changé et il est donc assez logique, et même nécessaire, de revisiter notre partenariat», poursuit l’ambassadeur, qui regrette que la Covid-19 ait compliqué les relations entre les deux pays.

Pour M. Lecourtier, «la visite du président de la République, lorsqu'elle interviendra, doit permettre de poser avec le Maroc un certain nombre de jalons importants pour démontrer ce caractère d'exception entre les deux pays et qui se prolongera dans les dix, vingt ans à venir. Le terme d'exception veut bien dire ce qu'il veut dire. Il y a donc des exigences de part et d’autre».

Le diplomate tient à mettre en avant les avancées réalisées par le Maroc, qui rappelle-t-il, a élaboré un nouveau modèle de développement. Une stratégie «très claire et ambitieuse», se félicite-t-il. «L’enjeu est aujourd’hui de voir comment la France peut contribuer à apporter sa pierre, parmi d’autres partenaires, pour permettre la réussite de cet agenda.»

Vers un renforcement du partenariat économique?

Les relations économiques entre Paris et Rabat sont très étroites. La France est le deuxième partenaire commercial du Maroc après l’Espagne. Selon la dernière étude du Trésor français, la France a investi près de 11 milliards d’euros en 2019 au Maroc. Le pays représente plus de 35% du stock d’investissements étrangers (IDE) du royaume chérifien.

Fort de son profil résolument tourné vers le financier et l’économique (il a notamment dirigé le cabinet de Christine Lagarde avant de devenir directeur général de Business France), Christophe Lecourtier serait-il l’homme de la situation pour œuvrer au renforcement du partenariat économique entre les deux pays? Les relations tumultueuses entre la France et le Maroc pourraient-elles plomber les échanges commerciaux?

Ce n’est absolument pas le cas, assure l’ambassadeur de France, qui rappelle les différents projets existants et en développement. Fin 2018, le Maroc a en effet inauguré la première ligne à grande vitesse (LGV) d’Afrique, fruit d’un partenariat entre l’Office national des chemins de fer (ONCF) et la SNCF. Un grand succès technique, industriel et commercial, dont tous les Marocains peuvent être fiers», affirme l'ambassadeur. Le royaume souhaite faire construire une nouvelle ligne à grande-vitesse Marrakech-Agadir et prolonger l’actuel LGV Tanger-Casablanca. La France est-elle favorite pour remporter le marché? Pour l’ambassadeur, le ferroviaire français continuera  d’accompagner le développement du Maroc dans les années à venir, et il appartient aux entreprises françaises de faire aux autorités marocaines et à l’ONCF une offre qui soit la plus compétitive possible. Le Maroc tend en effet de plus en plus à diversifier ses partenaires, et des pays comme la Chine et l’Espagne n’ont pas caché leur désir de remporter ce juteux marché, évalué à plus de 75 milliards de dirhams (environ 6,8 milliards d’euros).

Pour le diplomate, le partenariat économique ne se limite pas à la ligne grande vitesse. «La France peut apporter sa contribution à bien d’autres projets», assure-t-il, en citant le secteur automobile – dont Renault est le fer de lance, avec 11 000 emplois directs dépendant de l’entreprise française au Maroc – ou  le secteur de l’énergie, pour lequel le Maroc a de grandes ambitions.

Résolution contre le Maroc au Parlement européen: la France a-t-elle joué un rôle?

Parmi les sujets de friction entre la France et le Maroc, il y a évidemment l’adoption le 19 janvier par les eurodéputés d’une résolution condamnant la liberté de la presse au Maroc, à laquelle viennent s’ajouter des soupçons d’une implication de Rabat dans le scandale de corruption qui secoue le Parlement européen depuis décembre.

Le vote des eurodéputés a entraîné une levée de boucliers médiatique au Maroc. La classe politique marocaine a aussi vivement réagi en accusant la France d’être à l’origine de la résolution, affirmant qu’un proche de la présidence française, Stéphane Séjourné, chef du groupe centriste Renaissance (Renew) à Bruxelles avait «orchestré» une campagne antimarocaine. L’ambassadeur français réaffirme à Arab News en français que «cette résolution n’engage pas la France».

«Il y a des constructions qu’on lit sur les réseaux sociaux ou dans la presse qui sont extraordinairement alambiquées et qui prêtent à la France un rôle qu’elle n’a pas joué», affirme Christophe Lecourtier. «Quel intérêt la France aurait à utiliser le Parlement européen contre le Maroc, qui est un partenaire majeur et avec lequel elle nourrit de grands projets pour l’avenir?», s’interroge l’ambassadeur.

Le jour de ce vote, un autre événement n’est pas passé inaperçu: le roi Mohammed VI a mis officiellement fin aux fonctions de Mohammed Benchaâboun, ambassadeur du Maroc à Paris.  Aucun ambassadeur n’a été nommé depuis. Si le timing interroge, M. Lecourtier rejette toutefois toute corrélation, et assure qu’il ne faut pas en tirer «des conséquences ou des conclusions définitives». «L’ambassadeur du Maroc en France est revenu dans son pays pour occuper des fonctions importantes pour lesquelles il avait déjà été désigné (sa nomination avait été rendue publique le 18 octobre 2022)», assure-t-il. «Cela s’est passé récemment», renchérit-il.

L’épineux dossier du Sahara occidental

Un autre dossier sensible concerne la politique étrangère du Maroc: le dossier du Sahara, considéré comme une cause nationale. Le Maroc souhaite que la France emboîte le pas des États-Unis, qui ont reconnu clairement la souveraineté du Maroc sur ce territoire. L’ambassadeur rappelle à ce sujet que la position de la France est «restée constante». La ministre des Affaires étrangères, Catherine Colonna, l’a très clairement rappelé lors de sa venue au Maroc à la mi-décembre, souligne le diplomate. «La France a toujours été aux côtés du Maroc, notamment auprès des instances compétentes, notamment aux Nations unies, à une époque où le Maroc avait plus de difficultés à faire comprendre ses positions. La France a été depuis de nombreuses années dans une logique visant à soutenir les positions du Maroc sur le règlement de cette affaire», souligne-t-il.

France-Maroc-Algérie: la difficile équation

Considérés tantôt comme des frères ennemis, tantôt comme des rivaux régionaux, Alger et Rabat sont à couteaux tirés depuis des années. Ils ont d’ailleurs rompu leurs liens diplomatiques. Pour nombre d’observateurs, le rapprochement entre la France et l’Algérie, récemment fragilisé, aurait créé un refroidissement des relations entre Paris et Rabat. Certains vont même jusqu’à dire que la France doit se fâcher avec Rabat pour se rapprocher d’Alger.

«Nous ne sommes pas dans une logique où ce qu’on fait avec l’un s’apprécie par rapport à l’autre», assure Christophe Lecourtier. L’ambassadeur regrette que les relations entre la France, le Maroc et l'Algérie soient décrites comme «une sorte de balance», comme s’il était nécessaire de faire un choix entre les deux pays. «C’est une version qui est assez éloignée de la réalité», précise-t-il. «La France a des raisons historiques, mais aussi humaines de préserver et de faire évoluer sa relation avec le Maroc, mais il est aussi assez naturel qu'elle puisse parler à l'Algérie», poursuit M. Lecourtier, qui rappelle que les enjeux sont différents dans ces pays.

Les visas: un vrai retour à la «normale»?

Autre sujet de discorde et qui a fait couler beaucoup d’encre, la politique française de restrictions des visas pour le Maghreb. En septembre 2021, Emmanuel Macron avait décidé de réduire de moitié les permis d’entrée accordés aux Marocains. Un moyen pour Paris de sanctionner la réticence du Maroc à réadmettre ses ressortissants en situation irrégulière en France.

Une mesure qui a suscité de vives réactions au Maroc, mais aussi dans l’Hexagone. Certains y ont vu une mesure «inhumaine», «discriminatoire», voire «humiliante». Lors de son déplacement au Maroc, la ministre française des Affaires étrangères avait annoncé un «retour à la normale» pour l’octroi de visas aux Marocains. Le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, a quant à lui salué «une décision unilatérale» française qui «va dans le bon sens». Un collectif d’associations au Maroc dénonce toutefois un «retour à la normale» qui tarde à se concrétiser, avec un nombre «trop important de refus sans raisons» et une procédure jugée trop complexe, avec notamment le recours à des opérateurs privés.

 

L’ambassadeur de France au Maroc assure cependant à Arab News en français que la délivrance des visas a repris son cours normal. Il affirme que le taux de refus est revenu à peu près au niveau de 2019 et qu’il a été divisé par deux par rapport à l'année 2022. Il y a d’innombrables rendez-vous, environ 8 000 par semaine, dit-il.

Les demandes de visa sont traitées rapidement, avec bienveillance, confie-t-il, même s’il admet qu’il y a «des sujets qui parasitent un peu cette reprise». M. Lecourtier fait ainsi allusion à l’action d’officines, d’intermédiaires qui ne rendent parfois pas suffisamment lisible l’évolution de la politique française des visas. «Nous allons trouver des solutions à cette situation», rassure-t-il.

Il ajoute qu’en 2022, le Maroc a été, juste après l'Inde, le premier bénéficiaire des visas  Schengen accordés par la France, et cela même pendant une année où les conditions n'étaient pas optimales. L’ambassadeur se dit optimiste. «Nous allons faire une très bonne année 2023 et tourner la page d'une année difficile et qui a effectivement pu être mal perçue par toute une série de personnes habituées à se rendre en France et qui se sont émues d'un traitement moins favorable que par le passé.»

L’éducation et la langue française en recul au Maroc?

Les liens entre les Marocains et la France ont toujours été très forts, que ce soit en ce qui concerne le tourisme, les échanges commerciaux ou l’éducation.

Le français a une place privilégiée dans le paysage linguistique marocain. Selon l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), 13,5 millions de Marocains sont francophones, soit  36% de la population. Les Marocains occupent également la première place des étudiants étrangers en France, et sont plus de 45 000, représentant 12% des étudiants étrangers. Cependant, nombre d’observateurs et d’experts en linguistique observent un «déclin progressif» de la langue de Molière au Maroc. Cette tendance à s’éloigner de la langue française, mais aussi du système d’éducation français, s’expliquerait par une sorte de «désamour» de la France, lié à une crise qui ne dit pas son nom entre les deux pays.

 

Pour l’ambassadeur de France au Maroc, les faits parlent d’eux-mêmes. Il assure qu’il n’y a jamais eu autant d’élèves dans les écoles françaises. Il y a d’ailleurs, selon lui, des projets d’écoles qui sont à l’étude pour accroître davantage l’offre en matière d’établissements scolaires en français.

«Dans la réforme de l’Éducation nationale, au Maroc, il y a aussi la volonté de réintroduire le français de la primaire à la fin des études secondaires», soutient-t-il. «À charge pour nous d’offrir le meilleur et de demeurer attractifs. Nous devons nous réinventer et ne pas donner le sentiment que l’on fait partie des meubles. C’est un challenge, mais je suis très optimiste!». L’ambassadeur estime qu’il est tout à fait naturel et souhaitable que les Marocains puissent apprendre d'autres langues, mais «qu’au vu de la proximité géographique, des liens qui nous unissent, le français doit forcément être considéré comme un atout. Dans les années à venir, le français sera l’une des langues les plus parlées au monde, de plus en plus de personnes vont parler la langue en Afrique subsaharienne. Pour le Maroc qui rayonne dans cette partie du monde, parler le français est un véritable atout», fait-il remarquer.

Le Maroc: un partenaire pivot en Afrique

Le Maroc est bien présent en Afrique et joue un rôle majeur sur le continent. Le pays est le premier investisseur en Afrique de l’Ouest et figure parmi les cinq premiers en Afrique subsaharienne. Sur la période 2009-2019, ses investissements directs sur l’ensemble du continent ont enregistré une croissance moyenne de 8,3% par an. C’est un fait, le Maroc constitue une porte d’entrée privilégiée vers l’Afrique. Récemment, le président français a émis le souhait de nouer de nouvelles relations avec les États du continent et a affirmé que «l’Afrique n’est pas un pré carré», refusant de voir dans le continent un terrain de compétition.

«La dynamique du Maroc vers l’Afrique nous intéresse beaucoup. Le Maroc a une relation séculaire avec l’Afrique subsaharienne. La France a noué des relations beaucoup plus tard. Je pense qu'au XXIᵉ siècle, il y a énormément de choses qu'on doit pouvoir faire avec le Maroc et pas simplement dans le business, par exemple concernant les défis autour de la sécurité alimentaire – dans un contexte de changement climatique qui pose de grands défis à beaucoup de pays du Sahel –, mais aussi de la transition énergétique. Le Maroc est très en pointe sur ces sujets-là, la France aussi», assure Christophe Lecourtier. Travailler avec le Maroc permettrait d’être «encore plus efficace avec les pays concernés», ajoute-t-il.

Qu’il s’agisse d’une crise ou juste de «petites turbulences», la France et le Maroc vivent une période charnière. L’ambassadeur de France fraîchement nommé a la lourde tâche d’œuvrer à la réconciliation, il se dit enthousiasmé par son nouveau poste. «Il y a énormément de choses à faire pour construire l'avenir de la présence française au Maroc, l'avenir de la relation bilatérale et avec modestie l'avenir du Maroc. Il y a tellement de perspectives d'évolution dans ce pays. C’est une mission très exaltante!»

Sur un plan plus personnel, le diplomate ne cache pas son attachement pour le Maroc: «C’est un pays que j'aime depuis longtemps, mais que je réapprends à voir à la fois avec les yeux d’ambassadeur mais aussi avec le cœur!»

 


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
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  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
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  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.