En Ukraine, des agriculteurs inquiets face aux restrictions des pays voisins

Petro Potapenko examine les restes de céréales invendues dans un entrepôt de sa ferme dans la région de Kiev, le 19 avril 2023. (Photo, AFP)
Petro Potapenko examine les restes de céréales invendues dans un entrepôt de sa ferme dans la région de Kiev, le 19 avril 2023. (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Vendredi 21 avril 2023

En Ukraine, des agriculteurs inquiets face aux restrictions des pays voisins

  • La Pologne et d'autres pays de l'Union européenne frontaliers de l'Ukraine ont récemment imposé des interdictions temporaires sur les exportations de céréales ukrainiennes à la suite de protestations des agriculteurs locaux face à l'effondrement des prix
  • Dès l'annonce de l'interdiction polonaise, les fabricants ukrainiens d'huile de tournesol ont cessé d'acheter des graines, faute de garantie de pouvoir exporter leur production vers l'UE

KYPIATCHKA: Petro Potapenko observe des tas de grains dans son silo dans la région de Kiev. Comme nombre d'autres agriculteurs ukrainiens, il se demande s'il va pouvoir exporter sa production face aux restrictions imposées par plusieurs voisins.

"C'est un gros problème, nous avons encore d'importants excédents de céréales", avoue ce fermier de 34 ans, dont le père a fondé l'exploitation il y a trois décennies dans le village de Kypiatchka, à une centaine de kilomètres au sud de Kiev.

La Pologne et d'autres pays de l'Union européenne frontaliers de l'Ukraine ont récemment imposé des interdictions temporaires sur les exportations de céréales ukrainiennes à la suite de protestations des agriculteurs locaux face à l'effondrement des prix, lié à un afflux de grain.

Une conséquence de l'invasion russe lancée en février 2022, qui a fortement limité le traditionnel circuit d'exportation des céréales ukrainiennes via la Mer Noire, et a réorienté une part considérable de ces exportations vers l'UE.

La semaine dernière, Varsovie a interdit l'entrée de dizaines de types de denrées alimentaires ukrainiennes, principalement des céréales, et ce sans consulter Kiev, l'un des principaux exportateurs mondiaux, ni la Commission européenne, s'attirant leurs critiques.

La Hongrie, la Slovaquie et la Bulgarie ont suivi en imposant des interdictions temporaires similaires.

Sur le terrain, les conséquences ont été immédiates pour M. Potapenko, qui a aujourd'hui du mal à vendre ses excédents de tournesol.

Dès l'annonce de l'interdiction polonaise, les fabricants ukrainiens d'huile de tournesol ont cessé d'acheter des graines, faute de garantie de pouvoir exporter leur production vers l'UE. "Du coup, je ne peux plus vendre mes graines", explique le fermier.

"L'Europe est fermée, les ports sont fermés, nous n'avons plus nulle part où vendre nos céréales", se lamente Igor Novytsky, directeur adjoint d'une entreprise agricole de la région de Tcherkassy (centre).

Si les restrictions continuent, de nombreux fermiers ukrainiens, surtout dans l'est, "vont tout simplement faire faillite", craint-il.

Industrie chamboulée 

Si la Pologne a annoncé la reprise du transit dès vendredi après des discussions, les agriculteurs ukrainiens sont loin d'être rassurés.

D'autant que Varsovie a promis de contrôler strictement le transit, notamment avec des scellés électroniques munis de traceurs GPS sur les transports. Par ailleurs, les douaniers polonais vont convoyer les camions pendant une semaine.

"Ce sera peut-être un peu mieux" que le blocus total, mais "des contrôles supplémentaires" à la frontière augmenteront les frais logistiques, prédit M. Potapenko.

"Plus le transporteur perd de temps, plus il vous facturera plus tard pour le temps passé à faire la queue, à passer les inspections", dit-il.

Les tensions entre Kiev et ses voisins européens sont apparues alors que planent des incertitudes sur le renouvellement prévu le 18 mai du couloir céréalier en mer Noire, par lequel transitent selon les estimations 60% des exportations ukrainiennes.

La Russie, autre grand exportateur mondial de céréales, a menacé de suspendre cet accord crucial pour l'approvisionnement mondial, se plaignant que sa propre production était entravée par les sanctions.

Le contrôle des bateaux chargés de grains dans le Bosphore, élément clé de l'accord scellé entre Kiev et Moscou sous l'égide de la Turquie et de l'ONU, a déjà ralenti et l'Ukraine accuse la Russie de faire traîner les inspections de céréales.

En Ukraine, beaucoup croient voir la main de Moscou derrière la crise avec les pays voisins qui ont jusqu'à présent fortement soutenu Kiev face à l'invasion russe.

"Cela sent l'implication russe", assure auprès de l'AFP Andriï Dykoun, chef de l'association Conseil agraire ukrainien. "Quelqu'un organise les protestations (de fermiers européens), les médiatise, cela ne se passe pas tout seul", croit-il savoir.

Lancée dans l'est, le sud et le nord de l'Ukraine, l'invasion russe de 2022 a chamboulé l'industrie agricole de ce pays au moment où, réputé pour ses terres noires très fertiles, il était le quatrième exportateur mondial de maïs et en passe de devenir le troisième exportateur de blé.

Depuis, de vastes territoires cultivés se trouvent sous occupation russe, dans la zone des combats ou encore voient leurs champs parsemés de mines et obus.

Les surfaces semées ont diminué et la récolte de céréales et oléagineux a chuté de 106 millions de tonnes en 2021 - un record - à 65 million de tonnes en 2022. Elle pourrait encore baisser à environ 50-55 millions de tonnes cette année, selon des experts.


Téhéran promet de venger l'attaque meurtrière contre un mariage, Washington annonce une enquête

Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Short Url
  • Les tensions entre les États-Unis et l’Iran reprennent dans le Golfe, avec de nouvelles frappes iraniennes contre des positions militaires américaines
  • Téhéran accuse Washington d’une frappe ayant tué quatre personnes lors d’un mariage. Les États-Unis enquêtent mais se disent sceptiques

TEHERAN: L'Iran a de nouveau visé jeudi des cibles militaires américaines dans le Golfe, jurant de venger l'attaque qui a tué quatre personnes lors d'un mariage mardi soir, frappe pour laquelle Washington a annoncé une enquête.

Les Etats-Unis, qui ne s'étaient jusqu'ici pas exprimés officiellement sur cette attaque, mènent "une enquête approfondie", a indiqué devant la presse le vice-président américain JD Vance, tout en se disant "sceptique".

"Je dirais que les médias d'Etat iraniens n'ont pas vraiment rendu compte de manière fiable de ce qui s'est passé dans ce conflit jusqu'à présent, je suis donc extrêmement sceptique à ce sujet", a-t-il déclaré.

Après un mois d'accalmie, les affrontements entre Washington et Téhéran ont repris dimanche à l'initiative de l'armée américaine, qui a dit vouloir empêcher des roquettes chargées de mines marines d'être tirées dans le stratégique détroit d'Ormuz.

Téhéran a répondu en ciblant ses voisins du Golfe, comme depuis le début du conflit déclenché par une offensive américano-israélienne fin février.

Pour autant, le vice-président américain s'est refusé de parler d'"une guerre", alors que le conflit est un sujet de mécontentement pour les électeurs américains à l'approche des élections législatives de novembre.

"Je n'appellerais pas ça une guerre. En ce moment, il n'y a pas d'échange de tirs", a-t-il dit.

- Vidéos partagées -

La frappe ayant ciblé un mariage, imputée par l'Iran aux Etats-Unis, s'est produite dans le district de Sirik (sud-est), et a également blessé près de 70 personnes.

Les vidéos montrant des décorations de fêtes au milieu de débris et de taches de sang ont été largement partagées en Iran. Le New York Times, qui a analysé les témoignages et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et interrogé des experts militaires, affirme qu'il s'agissait bien d'une frappe américaine.

"Le sang pur de ces martyrs (...) ne restera pas impuni et sera certainement vengé", a assuré jeudi Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution, puissante armée idéologique iranienne.

Au total dans la nuit de mardi à mercredi, au moins 19 personnes dont sept membres des forces armées ont été tuées lors de bombardements en Iran, l'un des bilans les plus élevés de ces derniers mois.

L'Iran a aussi annoncé jeudi la mort de six membres de sa marine dans des frappes américaines, sans qu'on sache s'ils comptaient parmi les 19 personnes tuées.

Jeudi, son armée a notamment visé des "hangars d'avions de combat de l'armée terroriste américaine dans la base aérienne Ahmad al-Jaber au Koweït", selon un communiqué militaire.

Aux Emirats arabes unis, ce sont les systèmes radar américains qui ont été visés sur la base aérienne al-Minhad, d'après la même source.

Le Koweït a dénoncé une "ignoble agression". Les Emirats n'ont pas confirmé avoir été ciblés, et on ne connaît pas l'étendue d'éventuels dégâts.

- "A tout moment" -

Le même scénario se répète depuis le début de la guerre, tandis que les négociations pour y mettre fin restent dans l'impasse.

Au cœur du conflit, le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures que l'Iran verrouille désormais depuis des mois.

Les Etats-Unis appliquent en représailles un blocus naval sur les ports iraniens. Jeudi, JD Vance a affirmé que le passage de pétrole et de gaz avait "presque" retrouvé ses niveaux d'avant-guerre dans le détroit.

Washington n'a de son côté pas bombardé l'Iran ces dernières heures, même si Donald Trump a averti que les Etats-Unis restaient prêts à frapper "à tout moment".

Alors que Donald Trump peine à trouver une issue à ce conflit impopulaire et coûteux, l'administration américaine mise aussi sur la pression économique, avec par exemple l'annonce de divers nouvelles sanctions à venir contre les partenaires commerciaux de Téhéran.

Les cours du pétrole sont repartis à la hausse ces derniers jours du fait du regain de violences, le Brent, référence mondiale, évoluant au-dessus de 95 dollars.

Les investisseurs restent sceptiques "quant à une normalisation prochaine des flux énergétiques transitant par le détroit d'Ormuz", observe Jim Reid, économiste pour la Deutsche Bank.


Israël se dit prêt à répondre «avec force» à toute attaque iranienne

Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Short Url
  • Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment"
  • "Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi

JERUSALEM: Israël s'est dit mercredi prêt à riposter "avec force" à une éventuelle attaque iranienne, en pleine reprise des hostilités entre Téhéran et Washington.

Israël a lancé la guerre au Moyen-Orient aux côtés des Etats-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire après la signature d'un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran en avril, même lorsque que celui-ci a volé en éclats avec de nouveaux affrontements.

Mercredi, l'Iran a mené des frappes sur plusieurs pays de la région en réponse à des bombardements américains.

"Pour le moment, (les Iraniens) mènent des frappes dans toute la région, sauf sur nous. Mais il est possible qu'ils nous attaquent et nous y sommes préparés", a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz, lors d'une conférence organisée par le média israélien Ynet.

Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment".

"Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi.

M. Katz a de son côté également avancé que les avions militaires israéliens étaient "prêts à décoller", et affirmé que les Iraniens "aimaient bien attaquer lors des fêtes juives".

Israël a plusieurs fois fait face dans son histoire à des attaques lors de fêtes juives - mais pas de la part de l'Iran - un souvenir qui affleure à chaque fois qu'approchent des périodes fériées.

C'est le cas par exemple de la guerre du Kippour en 1973, déclenchée par une attaque surprise de l'Egypte et de la Syrie le jour de Yom Kippour. Ou de l'attaque sans précédent menée par le Hamas palestinien le 7 octobre 2023, jour de Shabbat et de la fête juive de Simchat Torah.

Les fêtes juives d'automne commenceront à la tombée de la nuit le 11 septembre avec Rosh Hashana, le Nouvel An juif, suivi de Yom Kippour du 20 au 21 septembre et de Souccot à partir du 25 septembre.

L'activité ralentit considérablement en Israël pendant cette période, mais l'armée et les forces de sécurité restent traditionnellement très mobilisées.


Allemagne: ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat près d'une centrale thermique

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Short Url
  • "Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte"
  • Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage"

BERLIN: La police allemande a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat mardi contre un poste électrique près d'une centrale thermique à Jänschwalde (est), qui a endommagé plusieurs lignes électriques et provoqué une brève interruption de l'alimentation.

"Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte", a indiqué la préfecture de police du Land de Brandebourg à Potsdam.

Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage".

Lors d'une conférence de presse donnée mercredi à Düsseldorf (ouest), le ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, Herbert Reul, a déclaré qu'il existait "un soupçon initial de sabotage dirigé contre l'ordre constitutionnel".

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche", a ajouté M. Reul.