Moscou fourbit ses armes pour la contre-offensive ukrainienne

Un ukrainien marche dans une rue parmi des bâtiments résidentiels fortement endommagés dans la ville de première ligne d'Avdiivka, dans la région de Donetsk, le 25 avril 2023 (Photo, AFP).
Un ukrainien marche dans une rue parmi des bâtiments résidentiels fortement endommagés dans la ville de première ligne d'Avdiivka, dans la région de Donetsk, le 25 avril 2023 (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Jeudi 27 avril 2023

Moscou fourbit ses armes pour la contre-offensive ukrainienne

  • Le président ukrainien Volodymyr Zelensky sait que les Occidentaux commencent à tirer la langue et que l'aide est de plus en plus discutée
  • Sur le papier, avec tout le matériel occidental, Kiev est mieux armée qu'il y a un an

PARIS: Une défense sur plus de 800 kilomètres, parfois sur trois lignes en profondeur, et beaucoup d'hommes pour tenir. La Russie se prépare à une contre-offensive ukrainienne dont l'issue sera décisive pour la suite du conflit.

Alors que la boue de l'hiver commence à sécher et après une offensive russe aux résultats limités, le conflit devrait entrer bientôt dans une phase où Kiev veut reprendre l'initiative.

Mais Moscou a tiré les leçons des échecs du passé et table, une fois encore, sur une guerre longue qu'elle se dit sûre de remporter.

Fortifications
Les installations russe s'étendent de Kherson, au sud, jusqu'au nord-est de l'Ukraine, soit entre 800 et 900 kilomètres. Une accumulation de "couches de fortifications et de tranchées", explique à l’AFP Brady Africk, du think-tank American Enterprise Institute.

"Cela inclut des fossés anti-tanks, des barrières, des lignes de défense pré-fabriquées comme les +dents de dragon+ et des tranchées pour les hommes".

Les attaques ukrainiennes se heurteront donc à plusieurs rideaux successifs. "Le but pour les Russes, c'est d'encaisser le coup", résume Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques (FMES).

"Dans le deuxième rideau, l'attaquant a tendance à s'engluer et même s'il passe, le troisième est franchement compliqué".

Où ? Quand ?
La ligne de front offre moult options. "Dans toute stratégie défensive, vous essayez de conduire l'attaquant sur le terrain que vous avez choisi", explique Andrew Galer, analyste de l'institut britannique Janes.

Le lieu de la contre-offensive pourrait ne pas être encore décidé. Et elle peut être précédée "d'un leurre, avec une attaque de petite échelle" pour que les Russes se défendent contre "ce qui n'est pas l'attaque principale".

A Moscou, Vassily Kachine, de l'Université nationale HSE, évoque comme options la région de Bakhmout, théâtre de violents combats depuis des mois, et le sud. "Les données dont nous disposons sont très limitées", admet-il.

Lundi, le patron du groupe paramilitaire russe Wagner Wagner Evguéni Prigojine a pronostiqué une contre-offensive pour le jour où ses combattants auront pris Bakhmout, pointant la date du 9 mai, commémoration de la victoire russe sur l'Allemagne nazie.

Pierre Razoux rappelle par ailleurs la possibilité d'un coup de bluff, n'excluant pas "une superbe opération de déception de Kiev pour faire croire qu'ils ne sont pas si prêts que ça".

La masse russe
Le Kremlin s'appuie, comme depuis le début du conflit, sur un réservoir de soldats plus important, et qui continue de grossir via une campagne de recrutement.

"Le dispositif russe, même épuisé par son effort, disposera encore de suffisamment de réserves en hommes pour contribuer à absorber le choc", assurent Philippe Gros et Vincent Tourret, dans une étude pour la Fondation de la recherche stratégique (FRS).

"Ils ont mis en place suffisamment de mesures de contre-mobilité pour compliquer considérablement toute progression ukrainienne".

Même mal entraînés, les réservistes peuvent probablement tenir des lignes. Pour Vassily Kachine, "aucune offensive ukrainienne, même la plus efficace, ne mettra fin à cette guerre".

L'Ukraine contrainte
Sur le papier, avec tout le matériel occidental, Kiev est mieux armée qu'il y a un an. Mais une partie des armes ne sont pas encore sur le front et certaines ont juste remplacé les équipements ukrainiens détruits.

La FRS souligne "un niveau de pertes élevé généré par la guerre d’usure, en particulier parmi les officiers et soldats les plus expérimentés" ainsi qu'une "contrainte drastique sur la consommation en munitions".

L'Ukraine jongle aussi entre ses armes datant de la période soviétique et les équipements modernes. Une complexité qui accentue l'importance de la logistique.

Une percée des lignes ennemies n'a de sens que si elle permet le contrôle de la zone conquise. "Plus (les Ukrainiens) vont loin dans la reprise de territoire, plus la chaine d'approvisionnement est longue", prévient Andrew Galer.

Echec interdit
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky sait que les Occidentaux commencent à tirer la langue et que l'aide est de plus en plus discutée, notamment aux Etats-Unis.

"Il n’a pas le droit à l’erreur. Il ne peut agir que quand il est sûr de son coup", résume Pierre Razoux.

Mais l'Ukraine, tout en préparant son opération, doit continuer à défendre une liste de priorités : Kiev, Kharkiv, l’axe logistique entre les deux villes, sa frontière avec le Bélarus, les axes avec les frontières polonaises et roumaines, Odessa, les centrales nucléaires civiles.

L'ex-colonel devenu historien Michel Goya relève pour sa part que "deux percées seulement ont été réussies dans cette guerre : à Popasna par les Russes au mois de mai 2022 et surtout dans la province de Kharkiv par les Ukrainiens en septembre".

Or, ajoute-t-il, "les positions des deux côtés, surtout du côté russe, sont actuellement bien plus solides qu’elles ne l’étaient à l’époque".


Téhéran promet de venger l'attaque meurtrière contre un mariage, Washington annonce une enquête

Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Short Url
  • Les tensions entre les États-Unis et l’Iran reprennent dans le Golfe, avec de nouvelles frappes iraniennes contre des positions militaires américaines
  • Téhéran accuse Washington d’une frappe ayant tué quatre personnes lors d’un mariage. Les États-Unis enquêtent mais se disent sceptiques

TEHERAN: L'Iran a de nouveau visé jeudi des cibles militaires américaines dans le Golfe, jurant de venger l'attaque qui a tué quatre personnes lors d'un mariage mardi soir, frappe pour laquelle Washington a annoncé une enquête.

Les Etats-Unis, qui ne s'étaient jusqu'ici pas exprimés officiellement sur cette attaque, mènent "une enquête approfondie", a indiqué devant la presse le vice-président américain JD Vance, tout en se disant "sceptique".

"Je dirais que les médias d'Etat iraniens n'ont pas vraiment rendu compte de manière fiable de ce qui s'est passé dans ce conflit jusqu'à présent, je suis donc extrêmement sceptique à ce sujet", a-t-il déclaré.

Après un mois d'accalmie, les affrontements entre Washington et Téhéran ont repris dimanche à l'initiative de l'armée américaine, qui a dit vouloir empêcher des roquettes chargées de mines marines d'être tirées dans le stratégique détroit d'Ormuz.

Téhéran a répondu en ciblant ses voisins du Golfe, comme depuis le début du conflit déclenché par une offensive américano-israélienne fin février.

Pour autant, le vice-président américain s'est refusé de parler d'"une guerre", alors que le conflit est un sujet de mécontentement pour les électeurs américains à l'approche des élections législatives de novembre.

"Je n'appellerais pas ça une guerre. En ce moment, il n'y a pas d'échange de tirs", a-t-il dit.

- Vidéos partagées -

La frappe ayant ciblé un mariage, imputée par l'Iran aux Etats-Unis, s'est produite dans le district de Sirik (sud-est), et a également blessé près de 70 personnes.

Les vidéos montrant des décorations de fêtes au milieu de débris et de taches de sang ont été largement partagées en Iran. Le New York Times, qui a analysé les témoignages et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et interrogé des experts militaires, affirme qu'il s'agissait bien d'une frappe américaine.

"Le sang pur de ces martyrs (...) ne restera pas impuni et sera certainement vengé", a assuré jeudi Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution, puissante armée idéologique iranienne.

Au total dans la nuit de mardi à mercredi, au moins 19 personnes dont sept membres des forces armées ont été tuées lors de bombardements en Iran, l'un des bilans les plus élevés de ces derniers mois.

L'Iran a aussi annoncé jeudi la mort de six membres de sa marine dans des frappes américaines, sans qu'on sache s'ils comptaient parmi les 19 personnes tuées.

Jeudi, son armée a notamment visé des "hangars d'avions de combat de l'armée terroriste américaine dans la base aérienne Ahmad al-Jaber au Koweït", selon un communiqué militaire.

Aux Emirats arabes unis, ce sont les systèmes radar américains qui ont été visés sur la base aérienne al-Minhad, d'après la même source.

Le Koweït a dénoncé une "ignoble agression". Les Emirats n'ont pas confirmé avoir été ciblés, et on ne connaît pas l'étendue d'éventuels dégâts.

- "A tout moment" -

Le même scénario se répète depuis le début de la guerre, tandis que les négociations pour y mettre fin restent dans l'impasse.

Au cœur du conflit, le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures que l'Iran verrouille désormais depuis des mois.

Les Etats-Unis appliquent en représailles un blocus naval sur les ports iraniens. Jeudi, JD Vance a affirmé que le passage de pétrole et de gaz avait "presque" retrouvé ses niveaux d'avant-guerre dans le détroit.

Washington n'a de son côté pas bombardé l'Iran ces dernières heures, même si Donald Trump a averti que les Etats-Unis restaient prêts à frapper "à tout moment".

Alors que Donald Trump peine à trouver une issue à ce conflit impopulaire et coûteux, l'administration américaine mise aussi sur la pression économique, avec par exemple l'annonce de divers nouvelles sanctions à venir contre les partenaires commerciaux de Téhéran.

Les cours du pétrole sont repartis à la hausse ces derniers jours du fait du regain de violences, le Brent, référence mondiale, évoluant au-dessus de 95 dollars.

Les investisseurs restent sceptiques "quant à une normalisation prochaine des flux énergétiques transitant par le détroit d'Ormuz", observe Jim Reid, économiste pour la Deutsche Bank.


Israël se dit prêt à répondre «avec force» à toute attaque iranienne

Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Short Url
  • Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment"
  • "Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi

JERUSALEM: Israël s'est dit mercredi prêt à riposter "avec force" à une éventuelle attaque iranienne, en pleine reprise des hostilités entre Téhéran et Washington.

Israël a lancé la guerre au Moyen-Orient aux côtés des Etats-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire après la signature d'un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran en avril, même lorsque que celui-ci a volé en éclats avec de nouveaux affrontements.

Mercredi, l'Iran a mené des frappes sur plusieurs pays de la région en réponse à des bombardements américains.

"Pour le moment, (les Iraniens) mènent des frappes dans toute la région, sauf sur nous. Mais il est possible qu'ils nous attaquent et nous y sommes préparés", a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz, lors d'une conférence organisée par le média israélien Ynet.

Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment".

"Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi.

M. Katz a de son côté également avancé que les avions militaires israéliens étaient "prêts à décoller", et affirmé que les Iraniens "aimaient bien attaquer lors des fêtes juives".

Israël a plusieurs fois fait face dans son histoire à des attaques lors de fêtes juives - mais pas de la part de l'Iran - un souvenir qui affleure à chaque fois qu'approchent des périodes fériées.

C'est le cas par exemple de la guerre du Kippour en 1973, déclenchée par une attaque surprise de l'Egypte et de la Syrie le jour de Yom Kippour. Ou de l'attaque sans précédent menée par le Hamas palestinien le 7 octobre 2023, jour de Shabbat et de la fête juive de Simchat Torah.

Les fêtes juives d'automne commenceront à la tombée de la nuit le 11 septembre avec Rosh Hashana, le Nouvel An juif, suivi de Yom Kippour du 20 au 21 septembre et de Souccot à partir du 25 septembre.

L'activité ralentit considérablement en Israël pendant cette période, mais l'armée et les forces de sécurité restent traditionnellement très mobilisées.


Allemagne: ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat près d'une centrale thermique

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Short Url
  • "Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte"
  • Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage"

BERLIN: La police allemande a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat mardi contre un poste électrique près d'une centrale thermique à Jänschwalde (est), qui a endommagé plusieurs lignes électriques et provoqué une brève interruption de l'alimentation.

"Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte", a indiqué la préfecture de police du Land de Brandebourg à Potsdam.

Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage".

Lors d'une conférence de presse donnée mercredi à Düsseldorf (ouest), le ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, Herbert Reul, a déclaré qu'il existait "un soupçon initial de sabotage dirigé contre l'ordre constitutionnel".

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche", a ajouté M. Reul.