L'ONU crée un organisme «indépendant» pour «clarifier» le sort des disparus de Syrie

La résolution de l'Assemblée générale de l'ONU a été adoptée par 83 voix pour, 11 contre et 62 abstentions (Photo, AFP).
La résolution de l'Assemblée générale de l'ONU a été adoptée par 83 voix pour, 11 contre et 62 abstentions (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 30 juin 2023

L'ONU crée un organisme «indépendant» pour «clarifier» le sort des disparus de Syrie

  • Malgré l'opposition de Damas, l'ONU a créé jeudi un organisme «indépendant» pour «clarifier» le sort de milliers de personnes disparues en Syrie depuis 12 ans
  • Selon des ONG, quelque 100 000 personnes ont disparu depuis le déclenchement d'un soulèvement populaire en 2011 en Syrie

NATIONS UNIES: Malgré l'opposition de Damas, l'ONU a créé jeudi un organisme "indépendant" pour "clarifier" le sort de milliers de personnes disparues en Syrie depuis 12 ans, répondant ainsi aux demandes de familles et de défenseurs des droits humains.

Selon des ONG, quelque 100 000 personnes ont disparu depuis le déclenchement d'un soulèvement populaire en 2011 dans ce pays du Proche-Orient, victimes de la répression ou enlevées par des factions en lutte contre le régime.

Et "après 12 ans de conflit et de violence" en Syrie, "peu de progrès ont été faits pour soulager les souffrances des familles" de ces disparus, note la résolution de l'Assemblée générale de l'ONU adoptée par 83 voix pour, 11 contre et 62 abstentions.

Les États membres ont donc décidé d'établir, "sous l'égide des Nations unies, l'Institution indépendante sur les personnes disparues de la République arabe syrienne, pour clarifier le sort et la localisation de toutes les personnes disparues" en Syrie.

Le texte note que cette entité devra assurer une "pleine participation et représentation des victimes, des survivants et des familles de disparus", et sera guidée par une approche centrée sur les victimes.

Mais il ne précise pas les modalités de fonctionnement de l'organisme, dont le secrétaire général de l'ONU devra élaborer le "cadre de référence" d'ici 80 jours en coopération avec le Haut-commissariat aux droits de l'Homme.

Le compte Twitter du Haut-commissariat a salué "une initiative dont on a grand besoin !": "les familles ont le droit de connaître le sort et la localisation de leurs proches, pour aider à panser les plaies de la société dans son ensemble".

"Les États membres de l'ONU doivent s'assurer que cette nouvelle institution ait le personnel et les ressources nécessaires", a réagi de son côté Louis Charbonneau, de Human Rights Watch. "Le peuple syrien ne mérite rien de moins."

Le texte appelle d'autre part les États et "toutes les parties au conflit" en Syrie à "coopérer pleinement" avec le nouvel organisme.

«Ingérence»

Mais la Syrie a exprimé sa franche opposition, assurant ne pas avoir été consultée sur la résolution.

Cette résolution "reflète une ingérence flagrante dans nos affaires intérieures et fournit une nouvelle preuve de l'approche hostile de certains pays occidentaux contre la Syrie", a déclaré son ambassadeur Bassam Sabbagh, pointant du doigt les États-Unis.

Il a également mis en garde contre le "risque" que ce "mécanisme bizarre et mystérieux, sans définition précise du concept de personne disparue ni limites de temps ou géographique", puisse "créer un précédent pour s'en prendre à tout État membre de l'ONU, notamment les pays en développement".

Un argument auquel a fait écho la Chine, qui comme la Russie, la Corée du Nord, Cuba ou l'Iran, a voté contre la résolution.

"C'est un nouvel exemple de pays qui politisent et instrumentalisent les droits humains et les questions humanitaires pour réprimer et entraver les pays en développement", a ainsi dénoncé le représentant chinois.

Ce vote fait suite notamment à un rapport du secrétaire général Antonio Guterres, qui avait recommandé en août dernier la création d'un tel organisme.

Sort inconnu

"À l'heure actuelle, les familles entreprennent elles-mêmes les recherches, ce qui aggrave leur traumatisme et les met en danger", soulignait le rapport.

"Comme l'a dit une personne représentant une association de familles, 'imaginez simplement devoir regarder encore et encore des vidéos de massacres qui ont fait l'objet de fuites [sur les médias sociaux] pour voir si vos proches se trouvent parmi les corps décapités et mutilés, et mener désespérément vos propres recherches'", poursuivait-il.

"Selon les estimations, la localisation et le sort de 100 000 Syriens restent inconnus", avait insisté Antonio Guterres en mars, appelant les États membres à agir.

"Les victimes ici ne sont pas seulement ceux qui ont été emprisonnés, torturés et tués", a commenté jeudi l'ambassadrice américaine à l'ONU Linda Thomas-Greenfield.

"Les victimes sont aussi leurs familles et leurs proches", a-t-elle souligné, évoquant la disparition de "plus de 155 000 personnes" dont les familles méritent de "faire leur deuil".


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
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  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
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  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.