Paris désormais en retrait sur la crise au Niger

Les partisans du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) du Niger portent une pancarte alors qu'ils manifestent à Niamey le 6 août 2023. (Photo, AFP)
Les partisans du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) du Niger portent une pancarte alors qu'ils manifestent à Niamey le 6 août 2023. (Photo, AFP)
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Publié le Mardi 08 août 2023

Paris désormais en retrait sur la crise au Niger

  • Les dirigeants ouest-africains avaient donné jusqu'à dimanche soir aux militaires nigériens pour rétablir le président élu Mohamed Bazoum, retenu prisonnier depuis le 26 juillet
  • Paris peine «à se repositionner sur l'échiquier», observe Jean-Hervé Jézéquel, directeur du projet Sahel à l'International Crisis Group

PARIS: La France s'était montrée "intransigeante" face aux militaires qui ont pris le pouvoir au Niger, elle apparaît désormais "en retrait" au moment où le spectre d'une intervention militaire des pays d'Afrique de l'Ouest semble s'éloigner, soulignent des experts.

"Nous soutenons pleinement (...) les efforts des pays de la région pour restaurer la démocratie au Niger", a déclaré mardi à l'AFP une source diplomatique française, près de deux jours après l'expiration de l'ultimatum lancé par la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao).

Les dirigeants ouest-africains avaient donné jusqu'à dimanche soir aux militaires nigériens pour rétablir le président élu Mohamed Bazoum, retenu prisonnier depuis le 26 juillet.

Les chefs d'état-major de la région avaient même dessiné les "contours" d'une éventuelle intervention armée. Paris avait appuyé "avec fermeté et détermination" les efforts de la Cedeao pour faire pression sur Niamey.

Mais l'intervention n'a pas eu lieu et n'est pas envisagée à ce stade, selon une source proche de la Cedeao. Un sommet se tiendra jeudi au Nigeria.

"C'est à la Cedeao de prendre une décision sur la manière de restaurer l'ordre constitutionnel au Niger, quelle qu'elle soit", a souligné la source diplomatique. Le sommet "permettra d'aborder ce sujet".

 Prudence 

Pour Bertrand Badie, professeur à Sciences-Po Paris, "cette déclaration est très pesée et très prudente (...) en retrait par rapport à ce qui était annoncé au départ".

"Il n'est plus question d'intervention militaire, il n'est plus question de dénier toute base réelle à ce gouvernement, il est question de diplomatie", dit-il.

Cette déclaration arrive aussi après celles de l'Allemagne, l'Italie et des Etats-Unis qui prônent le dialogue.

La diplomatie est le "moyen préférable" pour résoudre la crise au Niger, a ainsi affirmé le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken à Radio France Internationale.

"Incontestablement, la France perd la main diplomatique dans cette affaire", estime Bertrand Badie.

"L'attitude de la France a été anormalement confiante et offensive", poursuit-il, relevant l'imprudence du gouvernement qui a misé sur une action militaire malgré les divisions au sein de la Cedeao.

Paris peine "à se repositionner sur l'échiquier", observe de son côté Jean-Hervé Jézéquel, directeur du projet Sahel à l'International Crisis Group, même si "le silence ou le retrait n'est pas nécessairement une mauvaise chose" car la France "n'est pas la mieux placée pour mener ce dialogue".

La fermeté dont elle a fait preuve, en rejetant notamment la semaine dernière la dénonciation des accords militaires entre Paris et Niamey, a en effet été contreproductive.

"En étant intransigeante, la France a tendu encore plus les positions des militaires et a permis au CNSP (qui a pris le pouvoir à Niamey) de se constituer une base populaire assez impressionnante en quelques jours", note l'expert.

Dimanche, 30.000 personnes soutenant les militaires au pouvoir se sont rassemblées au stade à Niamey.

 "Embarras" et contradiction" 

François Gaulme, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales, relève, lui, "l'embarras" de Paris et "la contradiction" intenable: comment continuer à nier la dénonciation des accords militaires avec le Niger quand Paris a accepté la dénonciation des accords par les militaires au Burkina Faso et au Mali ?

"Je trouve la diplomatie française un peu improvisée", dit-il.

C'est "le coup d'Etat de trop", a argué la cheffe de la diplomatie Catherine Colonna.

Jean-Hervé Jézéquel reconnaît qu'il est "facile de pointer les erreurs a posteriori" et que si l'option militaire "n'est pas la plus probable", elle n'est pas totalement exclue.

Reste que la France a contribué à polariser le débat sur l'intervention militaire.

"En se focalisant sur cette question d'intervention, on a oublié que l'essentiel était de discuter des compromis", ajoute le spécialiste.

 "Incapacité structurelle" 

Bertrand Badie souligne lui aussi les incertitudes sur les décisions qui seront prises au sommet jeudi à Abuja.

"Mais si véritablement on arrive à une solution diplomatique (...) la diplomatie française se retrouvera très humiliée", estime-t-il.

Et d'expliquer que "cela témoigne de quelque chose de beaucoup plus profond: l'incapacité structurelle des gouvernements français - pas seulement celui-là - de sortir d'une attitude post-coloniale".

"C'est la diplomatie du maître d'école qui consiste à donner des leçons et à distribuer des sanctions", dit-il, en référence à la suspension de l'aide au développement.

Sur le front défense, la crise au Niger révèle à son tour que "le temps de la forte présence militaire française au Sahel est révolu", estime Jean-Hervé Jézéquel. "En Afrique de l'Ouest, celle-ci doit être questionnée".


Téhéran promet de venger l'attaque meurtrière contre un mariage, Washington annonce une enquête

Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
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  • Les tensions entre les États-Unis et l’Iran reprennent dans le Golfe, avec de nouvelles frappes iraniennes contre des positions militaires américaines
  • Téhéran accuse Washington d’une frappe ayant tué quatre personnes lors d’un mariage. Les États-Unis enquêtent mais se disent sceptiques

TEHERAN: L'Iran a de nouveau visé jeudi des cibles militaires américaines dans le Golfe, jurant de venger l'attaque qui a tué quatre personnes lors d'un mariage mardi soir, frappe pour laquelle Washington a annoncé une enquête.

Les Etats-Unis, qui ne s'étaient jusqu'ici pas exprimés officiellement sur cette attaque, mènent "une enquête approfondie", a indiqué devant la presse le vice-président américain JD Vance, tout en se disant "sceptique".

"Je dirais que les médias d'Etat iraniens n'ont pas vraiment rendu compte de manière fiable de ce qui s'est passé dans ce conflit jusqu'à présent, je suis donc extrêmement sceptique à ce sujet", a-t-il déclaré.

Après un mois d'accalmie, les affrontements entre Washington et Téhéran ont repris dimanche à l'initiative de l'armée américaine, qui a dit vouloir empêcher des roquettes chargées de mines marines d'être tirées dans le stratégique détroit d'Ormuz.

Téhéran a répondu en ciblant ses voisins du Golfe, comme depuis le début du conflit déclenché par une offensive américano-israélienne fin février.

Pour autant, le vice-président américain s'est refusé de parler d'"une guerre", alors que le conflit est un sujet de mécontentement pour les électeurs américains à l'approche des élections législatives de novembre.

"Je n'appellerais pas ça une guerre. En ce moment, il n'y a pas d'échange de tirs", a-t-il dit.

- Vidéos partagées -

La frappe ayant ciblé un mariage, imputée par l'Iran aux Etats-Unis, s'est produite dans le district de Sirik (sud-est), et a également blessé près de 70 personnes.

Les vidéos montrant des décorations de fêtes au milieu de débris et de taches de sang ont été largement partagées en Iran. Le New York Times, qui a analysé les témoignages et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et interrogé des experts militaires, affirme qu'il s'agissait bien d'une frappe américaine.

"Le sang pur de ces martyrs (...) ne restera pas impuni et sera certainement vengé", a assuré jeudi Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution, puissante armée idéologique iranienne.

Au total dans la nuit de mardi à mercredi, au moins 19 personnes dont sept membres des forces armées ont été tuées lors de bombardements en Iran, l'un des bilans les plus élevés de ces derniers mois.

L'Iran a aussi annoncé jeudi la mort de six membres de sa marine dans des frappes américaines, sans qu'on sache s'ils comptaient parmi les 19 personnes tuées.

Jeudi, son armée a notamment visé des "hangars d'avions de combat de l'armée terroriste américaine dans la base aérienne Ahmad al-Jaber au Koweït", selon un communiqué militaire.

Aux Emirats arabes unis, ce sont les systèmes radar américains qui ont été visés sur la base aérienne al-Minhad, d'après la même source.

Le Koweït a dénoncé une "ignoble agression". Les Emirats n'ont pas confirmé avoir été ciblés, et on ne connaît pas l'étendue d'éventuels dégâts.

- "A tout moment" -

Le même scénario se répète depuis le début de la guerre, tandis que les négociations pour y mettre fin restent dans l'impasse.

Au cœur du conflit, le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures que l'Iran verrouille désormais depuis des mois.

Les Etats-Unis appliquent en représailles un blocus naval sur les ports iraniens. Jeudi, JD Vance a affirmé que le passage de pétrole et de gaz avait "presque" retrouvé ses niveaux d'avant-guerre dans le détroit.

Washington n'a de son côté pas bombardé l'Iran ces dernières heures, même si Donald Trump a averti que les Etats-Unis restaient prêts à frapper "à tout moment".

Alors que Donald Trump peine à trouver une issue à ce conflit impopulaire et coûteux, l'administration américaine mise aussi sur la pression économique, avec par exemple l'annonce de divers nouvelles sanctions à venir contre les partenaires commerciaux de Téhéran.

Les cours du pétrole sont repartis à la hausse ces derniers jours du fait du regain de violences, le Brent, référence mondiale, évoluant au-dessus de 95 dollars.

Les investisseurs restent sceptiques "quant à une normalisation prochaine des flux énergétiques transitant par le détroit d'Ormuz", observe Jim Reid, économiste pour la Deutsche Bank.


Israël se dit prêt à répondre «avec force» à toute attaque iranienne

Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
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  • Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment"
  • "Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi

JERUSALEM: Israël s'est dit mercredi prêt à riposter "avec force" à une éventuelle attaque iranienne, en pleine reprise des hostilités entre Téhéran et Washington.

Israël a lancé la guerre au Moyen-Orient aux côtés des Etats-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire après la signature d'un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran en avril, même lorsque que celui-ci a volé en éclats avec de nouveaux affrontements.

Mercredi, l'Iran a mené des frappes sur plusieurs pays de la région en réponse à des bombardements américains.

"Pour le moment, (les Iraniens) mènent des frappes dans toute la région, sauf sur nous. Mais il est possible qu'ils nous attaquent et nous y sommes préparés", a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz, lors d'une conférence organisée par le média israélien Ynet.

Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment".

"Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi.

M. Katz a de son côté également avancé que les avions militaires israéliens étaient "prêts à décoller", et affirmé que les Iraniens "aimaient bien attaquer lors des fêtes juives".

Israël a plusieurs fois fait face dans son histoire à des attaques lors de fêtes juives - mais pas de la part de l'Iran - un souvenir qui affleure à chaque fois qu'approchent des périodes fériées.

C'est le cas par exemple de la guerre du Kippour en 1973, déclenchée par une attaque surprise de l'Egypte et de la Syrie le jour de Yom Kippour. Ou de l'attaque sans précédent menée par le Hamas palestinien le 7 octobre 2023, jour de Shabbat et de la fête juive de Simchat Torah.

Les fêtes juives d'automne commenceront à la tombée de la nuit le 11 septembre avec Rosh Hashana, le Nouvel An juif, suivi de Yom Kippour du 20 au 21 septembre et de Souccot à partir du 25 septembre.

L'activité ralentit considérablement en Israël pendant cette période, mais l'armée et les forces de sécurité restent traditionnellement très mobilisées.


Allemagne: ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat près d'une centrale thermique

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
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  • "Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte"
  • Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage"

BERLIN: La police allemande a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat mardi contre un poste électrique près d'une centrale thermique à Jänschwalde (est), qui a endommagé plusieurs lignes électriques et provoqué une brève interruption de l'alimentation.

"Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte", a indiqué la préfecture de police du Land de Brandebourg à Potsdam.

Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage".

Lors d'une conférence de presse donnée mercredi à Düsseldorf (ouest), le ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, Herbert Reul, a déclaré qu'il existait "un soupçon initial de sabotage dirigé contre l'ordre constitutionnel".

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche", a ajouté M. Reul.