A Chypre, l'hostilité monte après une vague d'agressions contre des étrangers

Chu Thi Dao, propriétaire vietnamienne de 35 ans d'une supérette qui a été attaquée lors d'une émeute anti-migrants, se tient près de sa marchandise dans les locaux de Limassol, ville côtière du sud de Chypre, le 5 septembre 2023. (Photo, Yasmine MOSIMANN / AFP)
Chu Thi Dao, propriétaire vietnamienne de 35 ans d'une supérette qui a été attaquée lors d'une émeute anti-migrants, se tient près de sa marchandise dans les locaux de Limassol, ville côtière du sud de Chypre, le 5 septembre 2023. (Photo, Yasmine MOSIMANN / AFP)
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Publié le Mardi 12 septembre 2023

A Chypre, l'hostilité monte après une vague d'agressions contre des étrangers

  • Plusieurs centaines de personnes masquées, armées de cocktails Molotov, ont ciblé des magasins et des restaurants appartenant à des étrangers dans cette ville côtière, créant un climat de peur
  • Certains observateurs ont soupçonné que, sous les cagoules noires, se cachaient des membres du parti d'extrême droite Elam, un groupe initialement formé à partir de Aube dorée, une formation néonazie grecque aujourd'hui interdite

LIMASSOL: "S'ils vous voient, vous qui êtes étranger, ils vous frapperont": une vague d'hostilité antimigrants déferle sur l'île méditerranéenne de Chypre où des groupes d'extrême droite sont pointés du doigt.

Début septembre, des rumeurs d'une manifestation contre les immigrés circulaient à Limassol, dans le sud de l'île. Des propriétaires de restaurants égyptiens se sont empressés de rentrer leurs chichas et des vendeurs vietnamiens de débarrasser leurs étalages de légumes.

Plusieurs centaines de personnes masquées, armées de cocktails Molotov, ont ciblé des magasins et des restaurants appartenant à des étrangers dans cette ville côtière, créant un climat de peur.

Certains observateurs ont soupçonné que, sous les cagoules noires, se cachaient des membres du parti d'extrême droite Elam, un groupe initialement formé à partir de Aube dorée, une formation néonazie grecque aujourd'hui interdite.

Leur position résolument anti-immigration leur a attiré le soutien de nombreux supporters, et leur chef, Christos Christou, est arrivé en quatrième position lors de l'élection présidentielle de février, avec 6% des voix.

Elam a cependant nié toute implication dans ces violences.

Mohammed el-Basaraty, un restaurateur égyptien de 38 ans, s'est caché à l'arrière de son établissement peu avant que les manifestants ne débarquent à Limassol.

"J'étais avec une voisine et elle m'a dit de partir: +S'ils vous voient, vous qui êtes étranger, ils vous frapperont+", confie-t-il à l'AFP, évoquant le "bruit du verre qui se brise" et "l'odeur de la fumée" lorsqu'ils s'en sont pris à son restaurant.

«Dehors, dehors»

Chypre, membre de l'Union européenne (UE), est divisée depuis 1974, lorsque les forces turques ont occupé la partie nord de l'île en réponse à une tentative de coup d'Etat de nationalistes chypriotes-grecs qui souhaitaient rattacher le pays à la Grèce.

La République de Chypre, qui n'exerce son autorité que sur la partie sud, affirme être "en première ligne" sur la route des migrants en Méditerranée au sein de l'UE.

L'attaque contre les migrants à Limassol s'inscrit dans un contexte de montée de la violence à l'encontre des immigrés sur la petite île, qui affirme que les demandeurs d'asile représentent plus de 5% des 915 000 habitants de la partie sud.

Quelques jours avant le saccage, la police chypriote avait arrêté 21 personnes après des affrontements entre Chypriotes et migrants près de la station balnéaire de Paphos (sud), où les autorités avaient commencé à expulser des Syriens d'un complexe d'appartements qu'ils squattaient.

Dans des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, des hommes munis de pieds de biche criaient "dehors, dehors" dans les rues.

«Pogroms»

A Limassol, les étrangers estiment ne pas avoir été assez protégés. "Ils étaient plus de 600. Combien de personnes la police a-t-elle arrêtées? Seulement 13?", a fustigé Adel Hassan, 76 ans, un Egyptien.

Le chef des forces de l'ordre, Stelios Papatheodorou, a reconnu devant le Parlement que la réaction avait été "lente".

Giorgos Charalambous, professeur spécialisé dans la politique et la mobilisation des partis européens, estime que les violences pourraient également être attribuées à des groupes d'extrême droite plus petits à Chypre.

Selon lui, les "discours de haine" se sont normalisés dans l'ensemble du spectre politique, créant une atmosphère propice aux attaques qu'il qualifie de "pogroms".

La violence "n'a jamais connu une telle escalade", note Corina Drousitiou, coordinatrice au Conseil chypriote pour les réfugiés. Elle, attribue la montée du sentiment antimigrants aux mesures inadéquates prises par les autorités, qui ont multiplié les efforts pour envoyer les migrants en situation irrégulière vers d'autres pays.

"Le langage utilisé dans les déclarations officielles (...) était manifestement xénophobe", a-t-elle estimé.

"En aucun cas la partie officielle n'a exprimé de rhétorique raciste", a défendu Elena Fysentzou, porte-parole du ministère de l'Intérieur, accusant "des comptes anonymes" qui sèment la discorde sur les réseaux sociaux.

«Vie meilleure»

"Il n'y a plus le sentiment de sécurité que nous avions auparavant", a dit à l'AFP Sayed Samir, un Egyptien propriétaire de Mr Habibi, l'un des restaurants attaqués à Limassol.

Il a fallu à Chu Thi Dao, une Vietnamienne de 35 ans, des années de dur labeur pour ouvrir sa supérette sur le front de mer.

Après les violences, une vidéo la montrant en train de pleurer dans son magasin saccagé est devenue virale.

Comme elle, la majorité des commerces attaqués appartiennent à des personnes qui ont fui la guerre ou des conditions économiques difficiles pour s'installer à Chypre il y a plusieurs années.

"Elle voulait une vie meilleure pour nous", a déclaré à l'AFP sa fille Flora, âgée de 17 ans. "Je veux rester ici et vivre avec ma mère et ma famille", sanglote l'adolescente, envahie par un sentiment de désillusion.


Téhéran promet de venger l'attaque meurtrière contre un mariage, Washington annonce une enquête

Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
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  • Les tensions entre les États-Unis et l’Iran reprennent dans le Golfe, avec de nouvelles frappes iraniennes contre des positions militaires américaines
  • Téhéran accuse Washington d’une frappe ayant tué quatre personnes lors d’un mariage. Les États-Unis enquêtent mais se disent sceptiques

TEHERAN: L'Iran a de nouveau visé jeudi des cibles militaires américaines dans le Golfe, jurant de venger l'attaque qui a tué quatre personnes lors d'un mariage mardi soir, frappe pour laquelle Washington a annoncé une enquête.

Les Etats-Unis, qui ne s'étaient jusqu'ici pas exprimés officiellement sur cette attaque, mènent "une enquête approfondie", a indiqué devant la presse le vice-président américain JD Vance, tout en se disant "sceptique".

"Je dirais que les médias d'Etat iraniens n'ont pas vraiment rendu compte de manière fiable de ce qui s'est passé dans ce conflit jusqu'à présent, je suis donc extrêmement sceptique à ce sujet", a-t-il déclaré.

Après un mois d'accalmie, les affrontements entre Washington et Téhéran ont repris dimanche à l'initiative de l'armée américaine, qui a dit vouloir empêcher des roquettes chargées de mines marines d'être tirées dans le stratégique détroit d'Ormuz.

Téhéran a répondu en ciblant ses voisins du Golfe, comme depuis le début du conflit déclenché par une offensive américano-israélienne fin février.

Pour autant, le vice-président américain s'est refusé de parler d'"une guerre", alors que le conflit est un sujet de mécontentement pour les électeurs américains à l'approche des élections législatives de novembre.

"Je n'appellerais pas ça une guerre. En ce moment, il n'y a pas d'échange de tirs", a-t-il dit.

- Vidéos partagées -

La frappe ayant ciblé un mariage, imputée par l'Iran aux Etats-Unis, s'est produite dans le district de Sirik (sud-est), et a également blessé près de 70 personnes.

Les vidéos montrant des décorations de fêtes au milieu de débris et de taches de sang ont été largement partagées en Iran. Le New York Times, qui a analysé les témoignages et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et interrogé des experts militaires, affirme qu'il s'agissait bien d'une frappe américaine.

"Le sang pur de ces martyrs (...) ne restera pas impuni et sera certainement vengé", a assuré jeudi Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution, puissante armée idéologique iranienne.

Au total dans la nuit de mardi à mercredi, au moins 19 personnes dont sept membres des forces armées ont été tuées lors de bombardements en Iran, l'un des bilans les plus élevés de ces derniers mois.

L'Iran a aussi annoncé jeudi la mort de six membres de sa marine dans des frappes américaines, sans qu'on sache s'ils comptaient parmi les 19 personnes tuées.

Jeudi, son armée a notamment visé des "hangars d'avions de combat de l'armée terroriste américaine dans la base aérienne Ahmad al-Jaber au Koweït", selon un communiqué militaire.

Aux Emirats arabes unis, ce sont les systèmes radar américains qui ont été visés sur la base aérienne al-Minhad, d'après la même source.

Le Koweït a dénoncé une "ignoble agression". Les Emirats n'ont pas confirmé avoir été ciblés, et on ne connaît pas l'étendue d'éventuels dégâts.

- "A tout moment" -

Le même scénario se répète depuis le début de la guerre, tandis que les négociations pour y mettre fin restent dans l'impasse.

Au cœur du conflit, le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures que l'Iran verrouille désormais depuis des mois.

Les Etats-Unis appliquent en représailles un blocus naval sur les ports iraniens. Jeudi, JD Vance a affirmé que le passage de pétrole et de gaz avait "presque" retrouvé ses niveaux d'avant-guerre dans le détroit.

Washington n'a de son côté pas bombardé l'Iran ces dernières heures, même si Donald Trump a averti que les Etats-Unis restaient prêts à frapper "à tout moment".

Alors que Donald Trump peine à trouver une issue à ce conflit impopulaire et coûteux, l'administration américaine mise aussi sur la pression économique, avec par exemple l'annonce de divers nouvelles sanctions à venir contre les partenaires commerciaux de Téhéran.

Les cours du pétrole sont repartis à la hausse ces derniers jours du fait du regain de violences, le Brent, référence mondiale, évoluant au-dessus de 95 dollars.

Les investisseurs restent sceptiques "quant à une normalisation prochaine des flux énergétiques transitant par le détroit d'Ormuz", observe Jim Reid, économiste pour la Deutsche Bank.


Israël se dit prêt à répondre «avec force» à toute attaque iranienne

Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
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  • Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment"
  • "Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi

JERUSALEM: Israël s'est dit mercredi prêt à riposter "avec force" à une éventuelle attaque iranienne, en pleine reprise des hostilités entre Téhéran et Washington.

Israël a lancé la guerre au Moyen-Orient aux côtés des Etats-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire après la signature d'un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran en avril, même lorsque que celui-ci a volé en éclats avec de nouveaux affrontements.

Mercredi, l'Iran a mené des frappes sur plusieurs pays de la région en réponse à des bombardements américains.

"Pour le moment, (les Iraniens) mènent des frappes dans toute la région, sauf sur nous. Mais il est possible qu'ils nous attaquent et nous y sommes préparés", a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz, lors d'une conférence organisée par le média israélien Ynet.

Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment".

"Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi.

M. Katz a de son côté également avancé que les avions militaires israéliens étaient "prêts à décoller", et affirmé que les Iraniens "aimaient bien attaquer lors des fêtes juives".

Israël a plusieurs fois fait face dans son histoire à des attaques lors de fêtes juives - mais pas de la part de l'Iran - un souvenir qui affleure à chaque fois qu'approchent des périodes fériées.

C'est le cas par exemple de la guerre du Kippour en 1973, déclenchée par une attaque surprise de l'Egypte et de la Syrie le jour de Yom Kippour. Ou de l'attaque sans précédent menée par le Hamas palestinien le 7 octobre 2023, jour de Shabbat et de la fête juive de Simchat Torah.

Les fêtes juives d'automne commenceront à la tombée de la nuit le 11 septembre avec Rosh Hashana, le Nouvel An juif, suivi de Yom Kippour du 20 au 21 septembre et de Souccot à partir du 25 septembre.

L'activité ralentit considérablement en Israël pendant cette période, mais l'armée et les forces de sécurité restent traditionnellement très mobilisées.


Allemagne: ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat près d'une centrale thermique

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
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  • "Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte"
  • Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage"

BERLIN: La police allemande a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat mardi contre un poste électrique près d'une centrale thermique à Jänschwalde (est), qui a endommagé plusieurs lignes électriques et provoqué une brève interruption de l'alimentation.

"Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte", a indiqué la préfecture de police du Land de Brandebourg à Potsdam.

Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage".

Lors d'une conférence de presse donnée mercredi à Düsseldorf (ouest), le ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, Herbert Reul, a déclaré qu'il existait "un soupçon initial de sabotage dirigé contre l'ordre constitutionnel".

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche", a ajouté M. Reul.