40 ans après l'attentat du Drakkar au Liban, l'inquiétude d'un nouvel embrasement régional

Une photo prise lors d'une tournée médiatique organisée par l'armée israélienne montre la barrière frontalière séparant le nord d'Israël du sud du Liban, le 21 octobre 2023 (Photo, AFP).
Une photo prise lors d'une tournée médiatique organisée par l'armée israélienne montre la barrière frontalière séparant le nord d'Israël du sud du Liban, le 21 octobre 2023 (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Mardi 24 octobre 2023

40 ans après l'attentat du Drakkar au Liban, l'inquiétude d'un nouvel embrasement régional

  • La blessure de l'attentat du Drakkar à Beyrouth, qui tua 58 soldats français, reste vive et les esprits inquiets pour les rares survivants
  • Le ministre français des Armées a tenu à saluer le «courage» des 700 soldats français déployés actuellement au sein de la Finul

PARIS: Quarante ans jour pour jour après l'attentat du Drakkar à Beyrouth, qui tua 58 soldats français, la blessure reste vive et les esprits inquiets pour les rares survivants, alors que la guerre entre Israël et le Hamas menace de déborder vers le Liban.

Le 23 octobre 1983, l'immeuble abritant des parachutistes déployés dans le cadre d'une Force multinationale d'interposition (FMI) au Liban, vole en éclat. Sur 73 militaires, 58 perdent la vie, les plus lourdes pertes humaines subies en un seul jour par l'armée française depuis la fin de la guerre d'Indochine en 1954.

A l'époque, l'image d'un parachutiste de 20 ans, le regard perdu, tenant la main d'un camarade entièrement enseveli, devient le symbole de la tragédie. Cette main, c'est celle d'Eric Mohamed, 61 ans aujourd'hui, l'un des 15 hommes ayant survécu.

"J'étais dans le bâtiment, on venait de se lever quand on a entendu 'exploser' les Américains", se souvient-il lors d'une cérémonie d'hommage lundi aux Invalides, important lieu de commémoration à Paris.

A environ 6H20, une énorme déflagration retentit du côté de l'aéroport de Beyrouth, tuant 241 "Marines". "On est sortis sur le balcon et on a vu un grand nuage de fumée au loin. A peine le temps de se retourner et 'boum', c'est notre bâtiment qui sautait", poursuit l'ex-parachutiste.

Le Drakkar, luxueux immeuble de huit étages dans le quartier résidentiel de Bir Hasan, à la périphérie sud de Beyrouth, est soufflé.

Après des heures sous les décombres, M. Mohamed s'en sort avec "une fracture au tibia, une autre au péroné et un morceau de fer à béton en travers de la cheville: rien du tout par rapport à d'autres". Deux ans d'hôpital plus tard, il quitte l'armée. Et touche depuis lors une pension d'invalidité de 60 euros par mois.

L'explosion est attribuée par Paris à la milice chiite libanaise Hezbollah, soutenue par l'Iran : un camion-suicide bourré d'explosifs, similaire à celui qui a pulvérisé quelques minutes plus tôt le quartier général des Marines américains.

"Affabulation !", s'agace Eric Mohamed. "Depuis le quatrième étage j'avais vue sur l'entrée du garage située à quelques mètres et je peux vous dire qu'aucune voiture piégée n'a pénétré sur le site".

Pour beaucoup au sein de l'Association des rescapés et familles victimes de l'attentat du Drakkar, dont il fait partie, le bâtiment aurait plutôt été miné par les services secrets syriens qui l'occupaient peu avant l'installation des Français.

Le traumatisme reste intense. Et il se ravive depuis l'attaque sans précédent du Hamas sur le sol israélien le 7 octobre, accompagné de violences entre le Hezbollah et l'armée israélienne à la frontière israélo-libanaise.

«Escalade»

"Les évènements actuels au Proche-Orient viennent remuer tous ces souvenirs", observe Eric Mohamed. "On est inquiet".

Lundi, le ministre français des Armées Sébastien Lecornu a d'ailleurs tenu à saluer le "courage" des 700 soldats français déployés actuellement au sein de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul, que la FMI intégrerera définitivement après l'attentat du Drakkar, NDLR) pour "éviter toute escalade" régionale.

"Nos soldats y connaissent à nouveau les nuits en alerte et les journées de patrouille sous tension", a souligné M. Lecornu, insistant sur "l'Histoire (qui) lie les destins de la France et du Liban" et le "sacrifice de ces 58 chasseurs parachutistes tombés là-bas".

Des mots appréciés par les familles des disparus et la douzaine de survivants coiffés de bérets rouges, arborant fièrement leurs médailles, mais qui viennent "bien tard", selon Annick Devaast, dont le frère aîné Patrick allait avoir 20 ans en 1983.

"Je viens d'apprendre par la bouche d'un rescapé qu'il n'est pas mort sur le coup: il a appelé à l'aide pendant deux heures", dit-elle. "Le silence a duré 40 ans, c'est inadmissible".

"A l'époque on nous a ramené un cercueil, et c'est tout. On ne nous a rien expliqué. On a plein de questions, auxquelles on n'a jamais eu de réponses", abonde Pierre-Yves Leprêtre, dont le frère Dominique a lui aussi perdu la vie au Drakkar. "La plaie ne s'est jamais refermée".

José Macieira, un autre survivant du Drakkar, a lui aussi vécu une vie durant avec ce traumatisme.

"Quand on voit se qui se passe aujourd'hui là-bas, on ne peut pas être optimiste", se désespère-t-il. Forcément, ça nous rappelle ce qu'on a vécu. Mais les changements qui s'annoncent sont encore pires".


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Short Url
  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Short Url
  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Short Url
  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.