Frankly Speaking: Israël commet-il un «génocide» à Gaza?

Craig Mokhiber, ancien directeur du bureau de New York du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, lors d'un entretien avec Katie Jensen, présentatrice de l'émission Frankly Speaking (Photo, AN).
Craig Mokhiber, ancien directeur du bureau de New York du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, lors d'un entretien avec Katie Jensen, présentatrice de l'émission Frankly Speaking (Photo, AN).
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Publié le Lundi 13 novembre 2023

Frankly Speaking: Israël commet-il un «génocide» à Gaza?

  • Un responsable qui a récemment démissionné du HCDH accuse l'ONU de ne pas reconnaître le «génocide» perpétré par Israël dans le conflit actuel
  • Craig Mokhiber affirme que l'objectif du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, n'est pas de sauver les otages ou de renverser le Hamas, mais de déplacer les civils de Gaza

DUBAÏ: Un haut responsable a récemment démissionné de son poste au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH), accusant l'organisation mondiale de manquer à ses devoirs envers la population de Gaza et de faire preuve de timidité face au génocide et à l'apartheid qui se poursuivent dans cette région, malgré la multitude de preuves.

Lors de son passage à Frankly Speaking, l'émission d'actualité d'Arab News, Craig Mokhiber a dénoncé «l'hésitation des Nations unies à parler officiellement de l'apartheid israélien en Palestine, alors que toutes les grandes organisations internationales de défense des droits de l'homme [...] ont décidé que le crime d'apartheid était manifeste dans cette région. Ou encore, comme l'a récemment soulevé ma lettre de démission, la question du génocide tel qu'il est défini par la Convention des Nations unies».

Lors de l'entretien, M. Mokhiber s'est demandé si sa démission changerait quelque chose au HCDH, mais aussi les raisons pour lesquelles, selon lui, les lobbyistes israéliens font pression sur les dirigeants de l'ONU, la nécessité de faire preuve de plus d'empathie à l'égard de la population de Gaza et si quelqu'un pouvait mettre fin au massacre des civils palestiniens.

L'apparente incapacité des Nations unies à faire face à l'aggravation de la situation à Gaza a également fait l'objet de critiques lors du sommet extraordinaire conjoint arabo-islamique qui s'est tenu samedi à Riyad.

Dans son discours d'ouverture, le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, a déclaré: «Nous assistons à une catastrophe humanitaire qui démontre l'incapacité du Conseil de sécurité (de l'ONU) et de la communauté internationale à mettre fin aux flagrantes violations israéliennes des lois et normes internationales et du droit international humanitaire.»

Le prince héritier a ajouté que la situation à Gaza constituait une menace pour la sécurité et la stabilité internationales et que tous les dirigeants devaient s'unir pour prendre des mesures efficaces pour y remédier.

«Nous avons la responsabilité d'exercer toutes les pressions possibles sur la communauté internationale, sur les Nations unies et sur le Conseil de sécurité, afin qu'ils assument leurs responsabilités en matière de paix et de stabilité internationales», a pour sa part indiqué le prince Faisal ben Farhane, ministre saoudien des Affaires étrangères.

Lorsqu'il a quitté son poste de directeur du bureau de New York du HCDH, M. Mokhiber a qualifié les États-Unis, le Royaume-Uni et une grande partie de l'Europe de complices de l'offensive militaire israélienne en cours à Gaza. Dimanche, plus de 11 000 personnes avaient été tuées à Gaza, dont plus de 4 500 enfants, selon les autorités sanitaires palestiniennes.

Bien qu'il s'agisse d'un terme juridique, le génocide est considéré comme excessivement politisé de nos jours. Mais en tant qu'avocat international spécialisé dans les droits de l'homme, M. Mokhiber est convaincu que les actions d'Israël à Gaza constituent incontestablement un génocide.

«Tout d'abord, je traite cette question en tant qu'avocat spécialisé dans les droits de l'homme, ce qui signifie que je travaille à partir de la définition contenue dans le droit international des droits de l'homme, dans la Convention des Nations unies sur le génocide, qui contient une définition très claire ainsi que les éléments qui la composent», a-t-il indiqué à Katie Jensen, présentatrice de l'émission Frankly Speaking.

«Il y a essentiellement deux éléments. Le premier est l'intention de détruire. Le second, un catalogue d'actes spécifiques, est incontestable. Il s'agit d'un massacre de masse», a-t-il ajouté.

«Nous parlons de dommages graves causés, y compris des dommages physiques, de l'imposition de conditions de vie conçues pour entraîner la destruction de la population, encore une fois incontestable parce que nous sommes tous bien conscients du bouclage et du siège de la bande de Gaza depuis 2015, qui est spécifiquement conçu pour limiter les produits alimentaires, les médicaments, les logements adéquats, l'eau, l'assainissement, la liberté de mouvement, toutes les conditions de vie nécessaires à la survie», poursuit-il.

«Normalement, lorsqu'on enquête sur un génocide, il faut fouiller dans des archives poussiéreuses pour trouver des documents prouvant l'intention. Dans le cas présent, en raison du climat d'impunité qui règne depuis plusieurs décennies, des responsables israéliens ont exprimé publiquement des intentions génocidaires, notamment le président, le Premier ministre, des ministres influents et des responsables militaires de haut rang, appelant explicitement à l'extermination de tout Gaza, déshumanisant explicitement les Palestiniens, appelant explicitement à ne pas faire de distinction entre les combattants et les non-combattants.»

«Même le Premier ministre (Benjamin Netanyahou) a invoqué un verset biblique, appelant à l'extermination de toute la population, n'épargnant aucun d'entre eux, y compris les femmes, les hommes, les enfants et les nourrissons, ainsi que leur bétail. La citation de ce verset biblique (était une indication claire) de l'intention génocidaire, avec un si long catalogue d'actions spécifiquement énumérées (inscrites dans la convention sur le génocide) ayant eu lieu», explique M. Mokhiber.

«Comme nous avons assisté à des nettoyages ethniques successifs depuis 1948 avec une telle intention, il s'agit du cas le plus évident de génocide que nous ayons vu.»

M. Mokhiber a répondu aux accusations selon lesquelles les civils palestiniens de Gaza étaient complices des attaques menées par le Hamas le 7 octobre dans le sud d'Israël parce qu'ils avaient voté pour le Hamas il y a plus de quinze ans et qu'ils avaient refusé de renverser le parti. Il a déclaré qu'il s'agissait là d'une «nouvelle preuve de la rhétorique génocidaire, qui est allée bien au-delà des responsables politiques et s'est infiltrée dans la conscience du public».

«Si on parle de Gaza, on parle de 2,3 millions de civils dans une prison à ciel ouvert densément peuplée. Ils sont littéralement encagés dans cette zone, ils ne peuvent ni entrer ni sortir, ils sont régulièrement privés de nourriture, d'eau, d'abri, de système d'assainissement de l'eau, de tout ce qui est nécessaire à une vie décente», a-t-il ajouté.

Évoquant son expérience de vie avec les Palestiniens à Gaza dans les années 1990, il a décrit l'enclave actuellement assiégée comme «l'un des meilleurs endroits où j'ai jamais vécu – non pas en raison des conditions sur le terrain, mais grâce aux personnes que j'ai rencontrées».

M. Mokhiber a évoqué son récent départ du bureau des droits de l'homme des Nations unies, accusant l'organisation de manquer à ses devoirs envers la population de Gaza et de faire preuve de timidité face au génocide et à l'apartheid en cours dans cette région (Photo, AN).

«Les images véhiculées par les médias et les hommes politiques ne reflètent pas la réalité du peuple palestinien. Si seulement vous pouviez regarder dans les yeux d'un enfant, d'une femme, d'un homme, d'une grand-mère ou d'un grand-père palestinien, si vous pouviez les connaître en tant que peuple, voir que tout comme vous, ils rient et ils pleurent, qu'ils tombent amoureux et qu'ils organisent des fêtes, toutes les choses que fait votre propre famille.»

«En voyant l'humanité du peuple palestinien, il devient impossible de poursuivre ce type de politiques génocidaires que de nombreux gouvernements mènent. Il devient impossible de les considérer comme “l'autre”. Ils ne sont pas “l'autre”, ils sont “nous”. Ils sont vous. Lorsque vous œuvrez dans le domaine des droits de l'homme, vous ressentez une grande solidarité envers les personnes avec lesquelles vous travaillez dans le monde entier», a révélé M. Mokhiber.

«Les voir tous les jours, voir leurs sourires, leurs larmes et leurs rires. Aimer les gens de cette communauté, cela change tout. Et nous avons besoin de beaucoup plus de cela, y compris de savoir qu'en ce moment même, alors que nous parlons, il y a des enfants, des femmes et des hommes enterrés sous des décombres, les os brisés, la peau brûlée, avec très peu d'oxygène dans l'espace où ils se trouvent; ils meurent lentement, atrocement, alors que les gens au-dessus essaient de les sortir de là à mains nues. C'est de cela qu'il s'agit.»

Affirmant que l'assaut militaire israélien n'est pas «une guerre contre le Hamas», il a déclaré que les habitants de Gaza «ne sont pas des chiffres et des statistiques».

«Il ne s'agit pas d'une population barbare vivant dans un endroit obscur du monde. Ce sont des êtres humains. Ce sont vous et moi. Si nous parvenons à dépasser la déshumanisation et à commencer à considérer tout le monde, chrétiens, musulmans et juifs, comme des êtres humains égaux, c'est là que nous trouverons des solutions», a-t-il affirmé.

Pour M. Mokhiber, l'objectif de Netanyahou n'est pas d'éliminer le Hamas, mais de déplacer les civils ordinaires de Gaza, ce qui équivaut à un cas typique de génocide.

«Netanyahou est certainement responsable des violations qui sont à l'origine de l'existence du Hamas. (Mais) ses motivations en ce moment ne sont manifestement pas de sauver les otages, puisqu'ils larguent des bombes sur les lieux où vivent les otages», a-t-il déclaré.

Se référant aux actions de l'armée israélienne à Gaza, il a ajouté: «Il est clair qu'ils ne se contentent pas de combattre le Hamas, car ils procèdent à des destructions massives et à des massacres.»

«Ce qui se passe actuellement à Gaza est une tentative de purger la partie restante de la Palestine qu'est la bande de Gaza. La majeure partie de la ville sera bombardée, le reste sera rendu invivable dans l'espoir que les Palestiniens survivants seront alors contraints, pour des raisons de survie, de partir vers la frontière de Rafah et de se perdre dans la péninsule du Sinaï ou de rejoindre la diaspora palestinienne. La mainmise sur la Palestine historique sera alors complète.»

M. Mokhiber estime en outre que des pays tels que les États-Unis et le Royaume-Uni ne respectent pas leurs obligations en matière de droit humanitaire international dans la crise palestinienne en fournissant des financements, des armes, des renseignements et un soutien diplomatique à Israël, et qu'ils pourraient donc voir leur responsabilité juridique engagée pour leurs actions.

Cette photo prise le 12 novembre 2023 depuis une position le long de la frontière avec la bande de Gaza dans le sud d'Israël montre un panache de fumée apparaissant lors d'un bombardement israélien sur l'enclave palestinienne (Photo, AFP).

«Les États-Unis et le Royaume-Uni sont parties à ces conventions internationales. Ils sont liés par le droit international humanitaire et le droit international des droits de l'homme, ce qui est clair. Premièrement, les Conventions de Genève n'exigent pas seulement que vous les respectiez dans votre propre conduite, elles exigent que toutes les hautes parties contractantes les respectent vis-à-vis d'autres personnes sur lesquelles elles ont une influence, en l'occurrence Israël.»

«Non seulement les États-Unis, le Royaume-Uni et d'autres pays n'ont pas fait ce qu'il fallait pour mettre fin à cette situation, mais ils ont même été activement complices. Les États-Unis, par exemple, ont fourni des financements, des renseignements en matière d'armement, un soutien, une couverture diplomatique, et ont même utilisé leur droit de veto au Conseil de sécurité», affirme M. Moukhiber.

«Il s'agit là d'actes directs de complicité en violation de leurs obligations en matière de droit humanitaire. Le crime de génocide, tel qu'il est défini dans la convention, comprend l'acte de génocide, la tentative de génocide, l'incitation au génocide, l'entente en vue du génocide et la complicité dans le génocide.»

«Le soutien actif qui se poursuit, alors même que ces actes ont lieu, expose les États-Unis, le Royaume-Uni et d'autres États qui ont été impliqués directement à la responsabilité juridique de leurs actions. Ce qu'ils devraient faire, c'est user de toute leur influence, diplomatique et autre, pour mettre un terme à ce qui se passe, notamment en cessant d'armer, de financer, de soutenir les services de renseignement, de couvrir diplomatiquement (le gouvernement israélien), afin que les responsabilités soient établies, que des vies humaines puissent être sauvées et que la dignité humaine soit protégée.»

Interrogé sur les raisons qui l'ont poussé à démissionner alors qu'il avait clairement exprimé son inquiétude quant à l'absence de prise en compte des droits du peuple palestinien, M. Mokhiber a reconnu que la conversation avait débuté en mars entre lui-même et le HCDH à la suite d'une «série d'atrocités israéliennes en Cisjordanie, notamment certaines attaques militaires contre des civils en Cisjordanie et les pogroms perpétrés par des colons israéliens à Hawara».

«À ce moment-là, je parlais assez publiquement de ces violations en public et sur les médias sociaux. L'ONU adoptait une approche plus prudente, voire timorée, à l'égard de ces événements», a-t-il ajouté.

«J'en parlais publiquement avec force, comme je le fais depuis trente-deux ans à propos des situations des droits de l'homme dans les pays du monde. Mais dans ce cas, un groupe d'organisations de lobbying israéliennes ont mené une campagne pour me dénigrer et me salir sur les médias sociaux, mais aussi en (remettant une note de protestation à) l'ONU afin de me punir, en dépit du fait que je suis un fonctionnaire des droits de l'homme de l'ONU, dont le travail est de dénoncer les violations des droits de l'homme.»

«Cela a créé une atmosphère où il y avait encore plus d'inquiétude et de tentatives du côté de l'ONU pour me demander de me taire sur ces questions, ce que je ne pouvais manifestement pas faire.»

«Dès le mois de mars, j'ai écrit et indiqué, premièrement, que je pensais que cette déférence à l'égard des États puissants – parce que la critique venait également des pays occidentaux et de ces groupes de pression – portait atteinte à notre application de principe des normes et standards de l'ONU, et que nous devions nous élever contre ces choses et ne pas nous laisser intimider et réduire au silence par elles. Au contraire, j'encourage à parler plus fort.»

Des soldats de l'armée israélienne reviennent après avoir cherché des restes humains à la suite de l'attaque du 7 octobre menée par des militants palestiniens de la bande de Gaza, près d'une position le long de la frontière avec le sud d'Israël, le 12 novembre (Photo, AFP).

Contrairement à la plupart des hommes politiques qui appellent à une solution à deux États, M. Mokhiber pense que le monde doit soutenir un seul État démocratique et laïque dans toute la Palestine historique, avec des droits égaux pour les chrétiens, les musulmans et les juifs.

À la remarque selon laquelle le seul autre homme politique connu à avoir réclamé cette solution est le défunt dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, M. Mokhiber a répondu qu'il y a beaucoup de personnalités publiques dans le monde qui la réclament depuis «de très nombreuses années, y compris des membres de la communauté des droits de l'homme qui considèrent que cette solution est conforme à nos normes».

Expliquant pourquoi il ne considère pas la solution d'un seul État comme étant non conventionnelle, il a déclaré: «Ce qui est intéressant, c'est que dans toutes les autres situations dans le monde, la communauté internationale appelle à des solutions fondées sur l'égalité entre toutes les personnes présentes sur le territoire. Elle demande un État démocratique et laïque, avec des droits égaux pour tous ceux qui sont impliqués dans l'application des normes internationales en matière de droits de l'homme.»

«C'est seulement dans cette situation particulière que cette cohérence a été en quelque sorte muselée. Il s'agit donc d'une réponse très conventionnelle. C'est juste qu'elle a été limitée par une application dans ce cas précis. La réalité est qu'il y a déjà un État de facto: toute la zone de la Palestine historique en Israël est contrôlée par le gouvernement israélien. Il ne reste plus rien en Cisjordanie et à Gaza pour un État palestinien viable et durable en tant que deuxième État.»

«Même s'ils l'adoptaient, cela ne résoudrait pas le problème central des droits de l'homme, car les Palestiniens à l'intérieur de la ligne verte seraient toujours des citoyens de seconde zone, ils n'auraient pas le droit de rentrer chez eux, et ainsi de suite. (La solution à deux États) n'a jamais répondu à cette question. Et la question est la suivante: si nous exigeons l'égalité partout ailleurs, dans ce cas, l'égalité des droits pour les chrétiens, les musulmans et les juifs, pourquoi ne l'exigeons-nous pas dans le cas d'Israël et de la Palestine?»

M. Mokhiber a fermement rejeté l'idée selon laquelle préconiser un État unique était en réalité un appel à la fin du statut d'État juif d'Israël, l'idée existentielle sur laquelle l'État d'Israël a été fondé il y a quelque 75 ans.

«Le gouvernement de M. Netanyahu n'est même pas d'accord pour arrêter un génocide. Ils ne font pas partie de mon auditoire», a-t-il affirmé.

«Il ne s'agit pas d'un appel à la fin d'Israël, mais au salut d'Israël et de la Palestine. Il s'agit d'un appel à la fin de l'apartheid et du colonialisme de peuplement, et à l'adoption des normes des Nations unies qui appellent à des États démocratiques et laïques, offrant des droits égaux à toutes les personnes qui doivent être protégées.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
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  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
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  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.