Le danger plutôt que la faim: des milliers d'Indiens en quête d'un emploi en Israël

Des travailleurs indiens se rassemblent pour chercher un emploi en Israël lors d'une campagne de recrutement à l'Institut de formation industrielle (ITI) de Lucknow, capitale de l'État indien de l'Uttar Pradesh, le 25 janvier 2024. (Photo Naeem Ansari AFP)
Des travailleurs indiens se rassemblent pour chercher un emploi en Israël lors d'une campagne de recrutement à l'Institut de formation industrielle (ITI) de Lucknow, capitale de l'État indien de l'Uttar Pradesh, le 25 janvier 2024. (Photo Naeem Ansari AFP)
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Publié le Samedi 27 janvier 2024

Le danger plutôt que la faim: des milliers d'Indiens en quête d'un emploi en Israël

  • Bien que l'Inde soit la cinquième économie du monde et l'une de celles où la croissance est la plus dynamique, des millions de personnes n'y trouvent pas d'emploi à plein temps
  • L'espoir d'être embauché comme ouvrier qualifié dans la construction en Israël est plus fort que le danger, avec la perspective de multiplier son salaire par 18

LUCKNOW, Inde : «C'est mieux que d'avoir faim ici»: malgré le conflit au Proche-Orient entre Israël et le Hamas, des milliers d'Indiens font la queue pour un emploi en Israël, en manque de main-d'oeuvre à cause de la guerre.

«Je sourirai et prendrai une balle - mais pour 150.000 roupies» (environ 1.700 euros), lance Deepak Kumar, rassemblé avec une foule de candidats à l'exil dans un centre de formation et de recrutement de Lucknow, à 500 km à l'est de New Delhi.

En Inde, c'est «travaille quatre jours, mange deux jours», déplore ce carreleur, qui dit connaître les risques d'un départ en Israël où la guerre contre le Hamas fait rage depuis bientôt quatre mois.

Bien que l'Inde soit la cinquième économie du monde et l'une de celles où la croissance est la plus dynamique, des millions de personnes n'y trouvent pas d'emploi à plein temps.

Près de 22% des salariés indiens sont des «travailleurs occasionnels», avec en moyenne 7.899 roupies (88 euros) de revenu mensuel, selon les données du gouvernement. En particulier dans le BTP, où les interruptions de chantier ne sont généralement pas indemnisées.

Alors, l'espoir d'être embauché comme ouvrier qualifié dans la construction en Israël est plus fort que le danger, avec la perspective de multiplier son salaire par 18.

«Si c'est écrit qu'on doit mourir, on mourra là-bas. Au moins nos enfants auront quelque chose», lâche Jabbar Singh, un réparateur de motos. «C'est mieux que d'avoir faim ici», dit-il simplement.

- 10.000 Indiens recherchés -

Selon l'ambassade indienne à Tel Aviv, quelque 18.000 Indiens travaillent déjà en Israël. Pour la plupart dans le domaine de l'aide à la personne, mais aussi dans le secteur du diamant, de l'intelligence artificielle, ou des étudiants.

Mais la guerre a rebattu les cartes et de nouveaux profils sont recherchés: «des carreleurs, des plâtriers, des charpentiers, des cintreurs», énumère MA Khan, en charge du placement de travailleurs à l'Institut de formation industrielle de Lucknow.

Car le conflit a conduit au rapatriement de milliers de travailleurs venus d'Asie, à la mobilisation de nombreux réservistes israéliens et à l'abolition des permis de travail pour les travailleurs palestiniens.

Selon Raj Kumar Yadav, le chef de l'Institut, les recruteurs israéliens recherchent aujourd'hui pas moins de 10.000 ouvriers qualifiés dans la construction, pour des salaires allant jusqu'à 140.000 roupies (1.550 euros).

«Ils leur donneront un visa et les prendront avec eux sur un vol charter», indique-t-il, et «10.000 familles seront nourries».

Le programme est soutenu par les autorités indiennes, précise ce responsable, qui souligne qu'il offre une forme de sécurité à des candidats à l'émigration qui sinon risqueraient de tomber entre les mains de trafiquants d'être humains.

Le nombre de volontaires croît de jour en jour: «Le premier jour, on a eu environ 600 candidats, dont plus de 300 ont été retenus. Hier, c'était plus de 1.000 candidats, et plus de 750 retenus. Aujourd'hui, c'est de 1.200 à 1.300 candidats», souligne MA Khan.

- «Zone rouge» -

Pendant que les chercheurs d'emploi font la queue à Lucknow, Israël intensifie 4.500 kilomètres plus loin son offensive contre Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza.

Israël s'est juré d'y anéantir le Hamas, qui a déclenché le 7 octobre sur son sol une attaque sans précédent qui a fait environ 1.140 morts selon un comptage de l'AFP basé sur les chiffres israéliens. Le Hamas a aussi capturé quelque 250 otages.

Des dizaines d'ouvriers agricoles thaïlandais et népalais ont été tués ou pris en otage.

De nombreux travailleurs étrangers ont fui après l'attaque, privant l'agriculture d'une importante source de main-d'oeuvre. Israël a également retiré leur permis de travail à 130.000 frontaliers palestiniens.

«Je sais que je vais dans une zone rouge. Mais je dois nourrir ma famille», résume à Lucknow Keshav Das, un père de deux enfants. «Sinon, mes enfants vont mourir de faim», souligne-t-il. «Il n'y a pas de travail ici.


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
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  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
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  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.