Ukraine: les tensions montent d'un cran entre Paris et Moscou

Le président français Emmanuel Macron (Photo, AFP).
Le président français Emmanuel Macron (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Mardi 06 février 2024

Ukraine: les tensions montent d'un cran entre Paris et Moscou

  • L'ambassadeur de Russie en France Alexeï Mechkov a été convoqué lundi au ministère français des Affaires étrangères, qui a réitéré la condamnation des frappes russes ayant tué deux humanitaires français en Ukraine jeudi dernier
  • La Russie est régulièrement accusée par Paris de manipulations de l'information ciblant la France et d'autres pays occidentaux

PARIS: A l'approche d'une visite du président français en Ukraine, Paris hausse le ton vis-à-vis de la Russie qu'elle accuse de mener une campagne accrue de désinformation et d'être responsable de la mort de deux humanitaires près de la ligne de front.

Les tensions entre les deux pays sont montées d'un cran ces dernières semaines au sujet de l'Ukraine, Moscou fustigeant "la frénésie militariste" française après la promesse de nouvelles livraisons d'armes à Kiev.

L'ambassadeur de Russie en France Alexeï Mechkov a été convoqué lundi au ministère français des Affaires étrangères, qui a réitéré la condamnation des frappes russes ayant tué deux humanitaires français en Ukraine jeudi dernier et dénoncé "le regain de désinformation ciblant la France", selon le Quai d'Orsay.

L'ambassade russe a de son côté indiqué que M. Mechkov a dénoncé lors de cet entretien "l'irresponsabilité et le danger de l'implication de plus en plus grande de Paris dans le conflit ukrainien".

Il a accusé la France de fournir à Kiev des "armes de plus en plus destructrices et mortelles" et de ne pas avoir condamné de récentes frappes ukrainiennes particulièrement meurtrières en Russie et en zone occupée par Moscou dans l'est de l'Ukraine.

«Vague de désinformation»

Les deux humanitaires ont péri lors d'une frappe sur Beryslav, petite commune située sur la rive nord du fleuve Dniepr, d'après le ministère français, qui a aussi fait état de trois Français blessés.

Paris a dénoncé un acte de "barbarie" de Moscou. Le parquet antiterroriste a ouvert une enquête vendredi soir.

"Nous espérons que ce qui s'est passé conduira l'opinion publique française à réfléchir plus encore sur le bien-fondé de la ligne contre-productive et dangereuse de leurs dirigeants s'agissant du conflit en Ukraine", a déclaré lundi la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova.

"Nous avons bien sûr prêté attention à ces nouveaux débordements émotionnels (...) visant notre pays", a-t-elle également commenté, interrogée par des médias sur la réaction française au décès des humanitaires.

Cet épisode survient peu après une passe d'armes entre Paris et Moscou dans le champ informationnel. Le ministère de la Défense russe a affirmé le mois dernier avoir "éliminé" une soixantaine de combattants dont la plupart des "mercenaires français" dans une frappe la nuit du 16 au 17 janvier à Kharkiv, dans le nord-est de l'Ukraine. Des informations immédiatement démenties par Paris.

Dans la foulée de ces accusations, plusieurs listes, dont une censée dévoiler l'identité d'une trentaine de "mercenaires français morts", ont été relayées massivement par des chaînes Telegram et des activistes pro-Kremlin avant que des volontaires français en Ukraine ne démentent eux-mêmes, dont trois auprès de l'AFP.

"On s'attend à une vague de désinformation avant la visite de Macron en Ukraine", a récemment souligné un spécialiste français des questions militaires auprès de quelques journalistes.

Pas de «fatigue»

"La France est aujourd'hui l'une des principales cibles de la Russie dans le champ informationnel", avait-il rappelé, estimant que l'histoire des présumés mercenaires était "un cas d'école", le tempo des accusations répondant précisément aux annonces françaises en faveur de Kiev.

La Russie est régulièrement accusée par Paris de manipulations de l'information ciblant la France et d'autres pays occidentaux.

En juin, les autorités françaises ont dénoncé une vaste opération d'ingérence numérique via notamment la publication de faux contenus hostiles à l'Ukraine sur des sites imitant ceux de grands quotidiens français. L'un de ces articles prétendait que Paris allait instaurer une taxe pour financer l'aide à l'Ukraine.

A l'automne, de fausses publicités et de faux graffitis contre le président ukrainien Volodymyr Zelensky ont circulé sur internet pour accréditer l'idée d'une lassitude croissante des opinions publiques en Europe et aux Etats-Unis à l'égard de Kiev.

Le message: faire croire à une multiplication de manifestations spontanées hostiles à Zelensky dans les pays occidentaux, dont les dirigeants soutiennent pourtant en grande majorité Kiev.

Reposant sur un procédé classique de la désinformation à visée politique, ces narratifs cherchent non seulement à miner ce soutien mais encore à attiser les dissensions au sein des sociétés occidentales, estiment les officiels français.

"La Russie ne peut pas compter sur une quelconque fatigue des Européens dans leur soutien à l'Ukraine", a assuré jeudi dernier Emmanuel Macron, après l'accord trouvé par les dirigeants européens sur une aide de 50 milliards d'euros pour Kiev. Un message clair envoyé à Vladimir Poutine.

Le président français avait annoncé en janvier qu'il se rendrait en Ukraine en février, une visite dont la date n'a pas encore été communiquée.


Téhéran promet de venger l'attaque meurtrière contre un mariage, Washington annonce une enquête

Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Short Url
  • Les tensions entre les États-Unis et l’Iran reprennent dans le Golfe, avec de nouvelles frappes iraniennes contre des positions militaires américaines
  • Téhéran accuse Washington d’une frappe ayant tué quatre personnes lors d’un mariage. Les États-Unis enquêtent mais se disent sceptiques

TEHERAN: L'Iran a de nouveau visé jeudi des cibles militaires américaines dans le Golfe, jurant de venger l'attaque qui a tué quatre personnes lors d'un mariage mardi soir, frappe pour laquelle Washington a annoncé une enquête.

Les Etats-Unis, qui ne s'étaient jusqu'ici pas exprimés officiellement sur cette attaque, mènent "une enquête approfondie", a indiqué devant la presse le vice-président américain JD Vance, tout en se disant "sceptique".

"Je dirais que les médias d'Etat iraniens n'ont pas vraiment rendu compte de manière fiable de ce qui s'est passé dans ce conflit jusqu'à présent, je suis donc extrêmement sceptique à ce sujet", a-t-il déclaré.

Après un mois d'accalmie, les affrontements entre Washington et Téhéran ont repris dimanche à l'initiative de l'armée américaine, qui a dit vouloir empêcher des roquettes chargées de mines marines d'être tirées dans le stratégique détroit d'Ormuz.

Téhéran a répondu en ciblant ses voisins du Golfe, comme depuis le début du conflit déclenché par une offensive américano-israélienne fin février.

Pour autant, le vice-président américain s'est refusé de parler d'"une guerre", alors que le conflit est un sujet de mécontentement pour les électeurs américains à l'approche des élections législatives de novembre.

"Je n'appellerais pas ça une guerre. En ce moment, il n'y a pas d'échange de tirs", a-t-il dit.

- Vidéos partagées -

La frappe ayant ciblé un mariage, imputée par l'Iran aux Etats-Unis, s'est produite dans le district de Sirik (sud-est), et a également blessé près de 70 personnes.

Les vidéos montrant des décorations de fêtes au milieu de débris et de taches de sang ont été largement partagées en Iran. Le New York Times, qui a analysé les témoignages et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et interrogé des experts militaires, affirme qu'il s'agissait bien d'une frappe américaine.

"Le sang pur de ces martyrs (...) ne restera pas impuni et sera certainement vengé", a assuré jeudi Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution, puissante armée idéologique iranienne.

Au total dans la nuit de mardi à mercredi, au moins 19 personnes dont sept membres des forces armées ont été tuées lors de bombardements en Iran, l'un des bilans les plus élevés de ces derniers mois.

L'Iran a aussi annoncé jeudi la mort de six membres de sa marine dans des frappes américaines, sans qu'on sache s'ils comptaient parmi les 19 personnes tuées.

Jeudi, son armée a notamment visé des "hangars d'avions de combat de l'armée terroriste américaine dans la base aérienne Ahmad al-Jaber au Koweït", selon un communiqué militaire.

Aux Emirats arabes unis, ce sont les systèmes radar américains qui ont été visés sur la base aérienne al-Minhad, d'après la même source.

Le Koweït a dénoncé une "ignoble agression". Les Emirats n'ont pas confirmé avoir été ciblés, et on ne connaît pas l'étendue d'éventuels dégâts.

- "A tout moment" -

Le même scénario se répète depuis le début de la guerre, tandis que les négociations pour y mettre fin restent dans l'impasse.

Au cœur du conflit, le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures que l'Iran verrouille désormais depuis des mois.

Les Etats-Unis appliquent en représailles un blocus naval sur les ports iraniens. Jeudi, JD Vance a affirmé que le passage de pétrole et de gaz avait "presque" retrouvé ses niveaux d'avant-guerre dans le détroit.

Washington n'a de son côté pas bombardé l'Iran ces dernières heures, même si Donald Trump a averti que les Etats-Unis restaient prêts à frapper "à tout moment".

Alors que Donald Trump peine à trouver une issue à ce conflit impopulaire et coûteux, l'administration américaine mise aussi sur la pression économique, avec par exemple l'annonce de divers nouvelles sanctions à venir contre les partenaires commerciaux de Téhéran.

Les cours du pétrole sont repartis à la hausse ces derniers jours du fait du regain de violences, le Brent, référence mondiale, évoluant au-dessus de 95 dollars.

Les investisseurs restent sceptiques "quant à une normalisation prochaine des flux énergétiques transitant par le détroit d'Ormuz", observe Jim Reid, économiste pour la Deutsche Bank.


Israël se dit prêt à répondre «avec force» à toute attaque iranienne

Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Short Url
  • Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment"
  • "Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi

JERUSALEM: Israël s'est dit mercredi prêt à riposter "avec force" à une éventuelle attaque iranienne, en pleine reprise des hostilités entre Téhéran et Washington.

Israël a lancé la guerre au Moyen-Orient aux côtés des Etats-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire après la signature d'un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran en avril, même lorsque que celui-ci a volé en éclats avec de nouveaux affrontements.

Mercredi, l'Iran a mené des frappes sur plusieurs pays de la région en réponse à des bombardements américains.

"Pour le moment, (les Iraniens) mènent des frappes dans toute la région, sauf sur nous. Mais il est possible qu'ils nous attaquent et nous y sommes préparés", a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz, lors d'une conférence organisée par le média israélien Ynet.

Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment".

"Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi.

M. Katz a de son côté également avancé que les avions militaires israéliens étaient "prêts à décoller", et affirmé que les Iraniens "aimaient bien attaquer lors des fêtes juives".

Israël a plusieurs fois fait face dans son histoire à des attaques lors de fêtes juives - mais pas de la part de l'Iran - un souvenir qui affleure à chaque fois qu'approchent des périodes fériées.

C'est le cas par exemple de la guerre du Kippour en 1973, déclenchée par une attaque surprise de l'Egypte et de la Syrie le jour de Yom Kippour. Ou de l'attaque sans précédent menée par le Hamas palestinien le 7 octobre 2023, jour de Shabbat et de la fête juive de Simchat Torah.

Les fêtes juives d'automne commenceront à la tombée de la nuit le 11 septembre avec Rosh Hashana, le Nouvel An juif, suivi de Yom Kippour du 20 au 21 septembre et de Souccot à partir du 25 septembre.

L'activité ralentit considérablement en Israël pendant cette période, mais l'armée et les forces de sécurité restent traditionnellement très mobilisées.


Allemagne: ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat près d'une centrale thermique

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Short Url
  • "Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte"
  • Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage"

BERLIN: La police allemande a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat mardi contre un poste électrique près d'une centrale thermique à Jänschwalde (est), qui a endommagé plusieurs lignes électriques et provoqué une brève interruption de l'alimentation.

"Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte", a indiqué la préfecture de police du Land de Brandebourg à Potsdam.

Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage".

Lors d'une conférence de presse donnée mercredi à Düsseldorf (ouest), le ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, Herbert Reul, a déclaré qu'il existait "un soupçon initial de sabotage dirigé contre l'ordre constitutionnel".

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche", a ajouté M. Reul.