Se baigner en Seine à Paris, une reconquête au long cours

Au détour d'une visite du Louvre sur ses quais ou par un de ces jours de canicule de plus en plus fréquents l'été à Paris, il sera permis de se baigner dans la Seine - comme on le fait dans la Limmat à Zurich ou l'Eisbach à Munich, deux rivières alpines plus faciles à encadrer. (AFP).
Au détour d'une visite du Louvre sur ses quais ou par un de ces jours de canicule de plus en plus fréquents l'été à Paris, il sera permis de se baigner dans la Seine - comme on le fait dans la Limmat à Zurich ou l'Eisbach à Munich, deux rivières alpines plus faciles à encadrer. (AFP).
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Publié le Jeudi 25 avril 2024

Se baigner en Seine à Paris, une reconquête au long cours

  • Star de ces Jeux, le fleuve qui accueillera la cérémonie d'ouverture et où sont prévues les épreuves de triathlon et de natation marathon, doit s'ouvrir dès l'année prochaine aux Parisiens et à leurs visiteurs
  • A partir de l'été 2025, trois sites parisiens et plus d'une vingtaine autour de la capitale dans la Seine et la Marne, son principal affluent, accueilleront des espaces sécurisés et aménagés

PARIS: Piquer une tête dans la Seine, sous un ciel bleu, la tour Eiffel en arrière-plan.

Un rêve bientôt réalité, héritage promis des Jeux olympiques de Paris qui se tiendront du 26 juillet au 11 août.

Star de ces Jeux, le fleuve qui accueillera la cérémonie d'ouverture et où sont prévues les épreuves de triathlon et de natation marathon, doit s'ouvrir dès l'année prochaine aux Parisiens et à leurs visiteurs.

Au détour d'une visite du Louvre sur ses quais ou par un de ces jours de canicule de plus en plus fréquents l'été à Paris, il sera permis de se baigner dans la Seine - comme on le fait dans la Limmat à Zurich ou l'Eisbach à Munich, deux rivières alpines plus faciles à encadrer.

A partir de l'été 2025, trois sites parisiens et plus d'une vingtaine autour de la capitale dans la Seine et la Marne, son principal affluent, accueilleront des espaces sécurisés et aménagés avec pontons, douches et parasols.

Une reconquête au long cours, fruit d'un budget de 1,4 milliard de d'euros et de colossaux travaux de dépollution d'un fleuve longtemps considéré comme un dépotoir.

Au XVIIe siècle, on se baignait nu dans la Seine à Paris, au XIXe priorité y était donnée à la circulation des bateaux en plein essor. Au XXe, la baignade y était interdite définitivement par une ordonnance préfectorale de 1923 en raison "des dangers causés par la navigation fluviale et la pollution".

En promettant de nager dans la Seine en 1990, l'édile de Paris et futur président Jacques Chirac avait lancé l'idée d'une réappropriation du fleuve par ses riverains.

L'actuelle maire de la capitale Anne Hidalgo en a pris l’engagement en 2016, en en faisant un pilier du dossier de candidature pour l'organisation des Jeux.

Elle a prévu de s'y baigner en juin. Le président Emmanuel Macron a dit qu'il irait aussi - sans dire quand. Le grand public, et avant lui les athlètes en lice pour les JO, suivront-ils ?

Suspense

Un jour de crue au mois de mars. La Seine déborde sur ses quais bas au centre de Paris, l'eau est marron, le courant fort, rien qui n'incite à s'y tremper.

A quelques mois des JO, des sportifs de haut niveau s'inquiètent. La qualité de l'eau, "c'est une préoccupation", a confié à l'AFP la championne olympique en titre de natation en eau libre, la Brésilienne Ana Marcela Cunha.

De fait, le suspense demeure sur la tenue des épreuves olympiques depuis les "test-events" d'août qui ont dû être en grande partie annulés : la qualité de l'eau ne correspondait pas aux standards européens basés sur deux bactéries fécales, Escherichia coli et entérocoques.

Alors qu'à Paris, eaux de pluie et eaux usées passent par le même réseau conçu au XIXe siècle, des précipitations exceptionnelles ont fait déborder les égouts, comme toujours dans ce cas. Puis cela a été, sans forte pluie, une pollution due au dysfonctionnement d'une vanne.

Dans les deux cas, les eaux souillées se sont déversées dans le fleuve, la concentration d'E.coli, qui entraîne des intoxications gastriques, a connu un pic.

"La santé des athlètes doit passer avant", a insisté Ana Marcela Cunha, appelant les organisateurs des JO à élaborer un "plan B" au cas où.

L'expérience de la maitre-nageuse Gaëlle Deletang, dans la capitale durant cet hiver pluvieux, ne devrait pas la rassurer.

Membre de l'équipe nautique de la Protection civile de Paris, cette femme de 56 ans raconte avoir connu "diarrhée et bouton de fièvre parce que l'eau n'est pas propre" entre les ponts de Bercy et d'Austerlitz où elle s'est entraînée en combinaison.

Quant aux autres bénévoles, "plusieurs ont eu une bactérie pendant trois semaines" et "tous ont eu la gastro."

Bactéries

De la Bourgogne (centre), où elle prend sa source, à la Manche, où elle se jette, le jeune aventurier Arthur Germain a descendu à la nage les 777 km de la Seine à l'été 2021.

Un peu partout sur le fleuve, "il y a des zones où je peinais à respirer" en raison des activités agricoles ou industrielles, raconte le jeune homme de 22 ans, fils de la maire de Paris.

Très en amont de la capitale, il a vu des machines agricoles "qui vaporisaient des pesticides à côté du fleuve". A quelques kilomètres en aval de Paris, il dit avoir vécu le "pire jour" à Gennevilliers au passage d'une station d'épuration.

En 2023, au regard de la directive européenne "baignade" de 2006, aucun des 14 points de prélèvement parisiens de l'eau n'a atteint un niveau de qualité suffisant, selon les analyses transmises à l'AFP par la mairie de Paris.

Et selon la Surfrider Foundation, qui a réalisé des prélèvements à Paris de septembre à mars, l'eau de la Seine était dans un état "alarmant". Les autorités répondent que la baignade n'est prévue que l'été.

Moins de déchets

Depuis les années 1990, pour éliminer la pollution provenant des eaux usées - industrielles, domestiques ou pluviales - le Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne (Siaap) dit avoir investi six milliards d'euros.

A voguer depuis 14 ans dans les Hauts-de-Seine, en banlieue ouest, Rémi Delorme, capitaine du Bélénos, un bateau qui nettoie le fleuve depuis 1980, a vu des progrès.

Ce jour-là, le catamaran de 20 mètres, équipé d'un tapis roulant enfoncé à 40 centimètres dans l'eau pour aspirer les déchets flottants, récupère carcasse de vélo, ferrailles, sacs plastiques.

"Plus grand chose de ce qu'on remonte ne nous semble insolite", dit ce petit-fils de batelier de 36 ans, évoquant "les canapés, les animaux morts mais aussi, une à deux fois par an, des cadavres humains".

Mais au fil du temps, le niveau des déchets collectés par le Bélénos a diminué: de 325 tonnes par an en moyenne au début, il n'en restait plus que 190 tonnes en 2020.

Sept premiers barrages à déchets ont été installés sur le fleuve à partir de 1994 par le Siaap, ramassant les premières années entre 500 et 1.000 tonnes par an. Depuis que leur nombre est passé à 26, la récolte, après un pic à 2.500 tonnes (2013), a tendance à diminuer (moins de 1.200 en 2023).

Moins de rejets

Avec les JO, le "plan baignade" lancé en 2016 par l'Etat et des collectivités locales a connu un coup d'accélérateur pour limiter les rejets d'eaux usées dans la Seine et la Marne.

Une bataille capitale car "le fait qu'il y ait des rejets non contrôlés a un impact majeur (sur la présence de) bactéries fécales", explique Jean-Marie Mouchel, professeur d'hydrologie à Sorbonne-Université.

Depuis 2018, une loi oblige bateaux et péniches si emblématiques des berges de la Seine à se raccorder au réseau d'assainissement pour ne plus déverser leurs eaux souillées dans le fleuve. Selon la préfecture, la quasi-totalité des 250 propriétaires devraient l'avoir fait à Paris d'ici les Jeux.

Idem pour la résorption des mauvais branchements des particuliers, obligatoire depuis 2021. Jusque là, quelque 23.000 maisons de banlieue proche évacuaient eaux de douche et de toilettes directement dans la nature.

A force de porte-à-porte, promesses de subventions, menaces de pénalités, 40% de ces mauvais branchements ont déjà pu être corrigés.

"On est passés de 20 millions de m3 à 2 millions de m3 de rejets dans la Seine par an ces dernières années", indique Samuel Colin-Canivez, responsable des grands travaux du réseau d'assainissement parisien.

Le retour des poissons

Aujourd'hui, l'hydrologue Jean-Marie Mouchel voit une grande "amélioration sur les teneurs en oxygénation, ammonium et phosphate", signe de meilleure santé d'une rivière.

Si la Seine "n'est pas redevenue un fleuve sauvage", elle compte aujourd'hui "plus de 30 espèces de poissons, contre trois en 1970", souligne le professeur.

Sur le Pont Marie, dans le coeur historique de Paris, un matin de septembre à la meilleure heure pour appâter le poisson, Bill François a installé sa canne à pêche comme il le fait une à cinq fois par semaine.

Le physicien de 31 ans attrape un silure étonnamment gros, qu'on n'aurait pas imaginé dans la Seine. Puis un de ces petits perches "poissons emblématiques de la pêche à Paris", de plus en plus nombreux alors qu'il "n'y en avait plus" un demi-siècle auparavant.

Il aperçoit même des poissons "beaucoup plus exigeants sur la qualité de l'eau", ce qui est "très bon signe", dit-il. "On voit plein d'espèces qui reviennent, pas seulement des poissons, aussi des insectes aquatiques, même des méduses, des crustacés, des petites crevettes, des éponges, toute une biodiversité."

« Bassin d'orage »

Pour la microbiologiste Françoise Lucas, observatrice avisée du plan baignade, "tout ce qui pouvait être mis en œuvre a été mis en œuvre" mais le sort des épreuves olympiques "va dépendre de la météo".

En amont de la capitale, parmi les deux principales stations d'épuration modernisées, l'usine de Valenton (Val-de-Marne) joue un rôle fondamental pour améliorer le traitement des eaux usées.

Depuis l'année dernière, un procédé innovant permet de les traiter à l'acide performique, "désinfectant organique" qui ensuite "se désagrège rapidement, dès avant d’entrer en contact avec le milieu naturel", affirme le Siaap, en réponse aux inquiétudes quant à son éventuel impact sur l’environnement.

Toujours en amont, à Champigny-sur-Marne, une nouvelle station de dépollution des eaux pluviales doit entrer en fonction au printemps.

Creusée en sous-sol, elle les récupère pour les empêcher de finir dans la rivière. Et les nettoie par dégrillage pour retirer les déchets flottants, décantation lamellaire pour retirer les matières en suspension et traitement par lampes ultra-violet - autre procédé innovant - pour désactiver les bactéries, avant de les rejeter dans la Marne.

Pour éviter le cauchemar de l'été dernier en cas de pluies abondantes, la clé du dispositif - parmi les cinq ouvrages majeurs construits - c'est le bassin d'Austerlitz, véritable cathédrale souterraine creusée en plein centre de Paris, à quelques mètres d'une gare et d'un hôpital.

Avec sa cuve cylindrique en paroi moulée, profonde de 30 mètres sur 50 mètres de diamètre et soutenue par une forêt de piliers en béton, ce "bassin d'orage" inauguré début mai peut contenir 50.000 m3 d'eau, l'équivalent de 20 piscines olympiques.

Sa fonction: stocker les eaux usées et pluviales en cas de fortes précipitations et ainsi éviter le débordement des égouts et le déversement d'eaux non traitées dans la Seine.

"Il reste statistiquement quelques pluies dans l'année pour lesquelles ces capacités de stockage ne suffiraient pas", reconnait le préfet de région Marc Guillaume mais affirme-t-il "l'objectif de dépolluer à 75% sera tenu".

« La plage »

A Paris, on pourra se baigner près de l'Hôtel de Ville, sur les rives de Grenelle ou de Bercy. Une grosse vingtaine d'autres sites seront répartis autour de la capitale. Comme jadis.

Jusque dans les années 1960 dans la Seine, 1970 dans la Marne, la baignade est restée possible en banlieue parisienne.

Les aménagements datant du début du XXe siècle empruntent à l'imaginaire des stations balnéaires de Normandie ou Méditerranée pour offrir un parfum de vacances aux catégories populaires avec plages de sable et bals musettes. On les appelait "Le Petit Trouville" ou "Deauville à Paris".

A Champigny, la "plage" en bord de Marne comportait "comme un petit bain qui partait en pente douce, avec les enfants qui pouvaient avoir pied", se remémore Michel Riousset, 74 ans. "Chacun avait sa cabine."

Puis le temps a passé et le rapport au fleuve avec. A Ris-Orangis, sur la Seine, les anciennes cabines sont à l'abandon recouvertes de végétation et de tags.

"On avait oublié l'existence du fleuve dans nos communes", résume le maire Stéphane Raffalli. "Il y a même des gens qui vivent ici depuis très longtemps, qui ne sont jamais venus se promener sur les berges."

Mais depuis plusieurs années, la ville travaille à la réhabilitation de l'ancienne piscine fluviale construite vers 1930.

"Nous avons fait des études de pollution sur une longue durée et côté sanitaire, c'est sans risque", assure le maire. Le site devrait être prêt pour 2025.

L'intérêt pour ces vestiges renaît à la faveur du changement climatique.

Les élus rappellent régulièrement que le climat de la capitale pourrait s'apparenter à celui de Séville d'ici quelques années, avec des températures atteignant 50°C.

Déjà des intrépides n'hésitent pas plonger. Comme ce dimanche soir de juillet dernier quand une vingtaine de nageurs se jettent avec délectation dans la Seine à l'Ile-Saint-Denis en aval de la capitale.

Josué Remoué fait trois sorties par mois de mai à octobre, quand l'eau n'est pas trop froide, le courant pas trop fort.

"Je n'ai jamais été malade", assure ce fonctionnaire de 52 ans. L’eau "est plus dégradée au bord, en général je ne m’y attarde pas", dit-il, "je ne plonge pas, je ne vais pas sous l’eau".

Il y a quelques règles de sécurité : avoir bonnet et bouée de couleur vive, éviter de nager seul, privilégier le dimanche ou le soir pour éviter les bateaux. "J'ai dû en croiser deux fois des bateaux, un peu impressionnant."

Ce soir, l'eau n'est ni trouble ni limpide, la sensation pas visqueuse juste un peu terreuse, la température à 25°C, les rives quasi-bucoliques à quelques encablures de cités bétonnées. Le paradis pour Josué Remoué.


Glucksmann assure être prêt à débattre avec les autres candidats de la primaire de la gauche

Raphaël Glucksmann a assuré vendredi qu'il n'avait "pas de problème" avec le fait de débattre, contrairement aux accusations de ses rivaux de la primaire de la gauche socialiste et démocratique. (AFP)
Raphaël Glucksmann a assuré vendredi qu'il n'avait "pas de problème" avec le fait de débattre, contrairement aux accusations de ses rivaux de la primaire de la gauche socialiste et démocratique. (AFP)
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  • Raphaël Glucksmann a affirmé que "quand on est de gauche, on doit faire un débat sur le service public", mais qu'il n'a "aucun problème pour débattre aussi sur des chaînes privées"
  • France Inter est par ailleurs en ébullition depuis l'annonce de l'arrivée comme éditorialiste d'un responsable du magazine Valeurs actuelles, Charles Sapin

PARIS: Raphaël Glucksmann a assuré vendredi qu'il n'avait "pas de problème" avec le fait de débattre, contrairement aux accusations de ses rivaux de la primaire de la gauche socialiste et démocratique.

Le candidat du petit parti Place publique défend la tenue d'un seul débat télévisé sur le service public, alors que ses rivaux socialistes en réclament trois et lui reprochent d'avoir "peur" de débattre.

Raphaël Glucksmann a expliqué sur BFMTV/RMC qu'il veut que leur débat ait "le maximum d'exposition", ce que le rendez-vous unique proposé par France Télévisions et France Inter assurerait selon lui.

"Ensuite s'il y a un accord entre les chaînes, s'il n'y a pas d'exclusivité, moi j'ai pas de problème à faire des débats, c'est pas la question, on verra, on négociera", a-t-il dit.

Le débat sur le service public est prévu le 6 octobre, tandis que les deux autres évoqués pourraient avoir lieu le 16 septembre sur TF1 et le 29 septembre sur BFMTV.

Raphaël Glucksmann a affirmé que "quand on est de gauche, on doit faire un débat sur le service public", mais qu'il n'a "aucun problème pour débattre aussi sur des chaînes privées".

"Le service public est attaqué aujourd'hui, en permanence", a-t-il dit.

France Inter est par ailleurs en ébullition depuis l'annonce de l'arrivée comme éditorialiste d'un responsable du magazine Valeurs actuelles, Charles Sapin.

Questionné à ce sujet, Raphaël Glucksmann a répondu que Valeurs actuelles "participe à l'offensive de l'extrême droite" mais qu'il n'a pas à "commenter" les choix éditoriaux du service public.

Celui-ci est "indépendant" et n'est "pas à nos ordres", a-t-il dit.

"Il faut des éditorialistes de droite sur le service public, je pense qu'il y en a plein d'ailleurs. J'écoute le service public et je peux vous dire que je ne suis pas toujours d'accord avec leurs éditorialistes", a déclaré le candidat.


Après la tapisserie de Bayeux, premier entretien Burnham-Macron pour "renforcer" les relations

Le Premier ministre britannique Andy Burnham (à droite) serre la main du président français Emmanuel Macron lors de leur rencontre pour des discussions bilatérales au 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 3 septembre 2026. (AFP)
Le Premier ministre britannique Andy Burnham (à droite) serre la main du président français Emmanuel Macron lors de leur rencontre pour des discussions bilatérales au 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 3 septembre 2026. (AFP)
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  • Emmanuel Macron et Andy Burnham veulent renforcer le partenariat franco-britannique, notamment sur l’Ukraine, la coopération avec l’UE et la lutte contre les traversées de la Manche
  • Malgré cette volonté de rapprochement, des divergences persistent sur les relations post-Brexit et les questions commerciales, tandis que les deux dirigeants veulent aussi défendre les institutions démocratiques face à la montée des extrêmes

LONDRES: Le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham et le président français Emmanuel Macron ont affiché jeudi à Londres leur volonté de "renforcer" les relations entre le Royaume-Uni et la France, mais aussi l'Union européenne, au lendemain d'une première rencontre autour de la tapisserie de Bayeux.

Le prêt au British Museum pour un an de cette broderie millénaire, décrivant la conquête de l'Angleterre en l'an 1066 par Guillaume le Conquérant, "montre ce que notre collaboration peut permettre de réaliser", a souligné le chef de gouvernement travailliste au début de l'entretien, soulignant qu'Emmanuel Macron était le premier dirigeant étranger qu'il accueillait au 10, Downing Street.

Aux côtés de celui qu'il a décrit comme le "plus proche voisin" de son pays et un "ami très important", Andy Burnham a aussi évoqué un bilan positif de leur coopération "sur l'Ukraine", sur la lutte contre les traversées de la Manche par des migrants à bord de petites embarcations, et "sur le renforcement de la relation entre le Royaume-Uni et l'UE".

Emmanuel Macron a lui assuré avoir "la volonté et l'engagement de nous rapprocher encore davantage".

- "Sujets difficiles" -

A l'issue d'un déjeuner en présence de leurs épouses et avant de quitter Londres, le président français a salué une "très bonne discussion".

A l'approche d'un sommet crucial entre l'UE et le Royaume-Uni attendu d'ici la fin de l'année, ce rapprochement était en haut de l'agenda de cette première rencontre.

Interrogé mercredi soir par des journalistes, le Premier ministre britannique avait estimé que "dix ans après le Brexit, les gens ici en ont assez des divisions. Ils voient que nous devons travailler plus étroitement ensemble".

Il a toutefois souligné qu'il y avait des "sujets difficiles" sur lesquels il espérait "trouver ensemble un moyen de surmonter" les obstacles, citant le plan de l'UE pour soutenir l'industrie "made in Europe", qui pourrait selon lui avoir des "répercussions sur l'industrie sidérurgique" britannique.

"Même si nous ne sommes pas toujours d'accord sur tout, nous nous respectons (...) et restons ouverts à la discussion sur tous les sujets, y compris la relance des relations entre le Royaume-Uni et l'Union européenne", avait de son côté commenté Emmanuel Macron dans son discours au British Museum.

Paris veut éviter que Londres fasse du "cherry-picking", autrement dit que les Britanniques ne retiennent du marché intérieur européen que ce qui les avantage.

La lutte contre l'arrivée de migrants sur de petites embarcations via la Manche est également un sujet prioritaire pour Londres.

Le gouvernement britannique, qui a enregistré cet été le nombre le plus bas d'arrivées de migrants depuis 2019, a salué le succès de son accord de coopération avec la France, reconduit pour trois ans en avril, et Andy Burnham a plaidé pour "accomplir davantage encore".

- Méga-canots -

Afin d'empêcher la traversée de "méga-canots", comme celui qui a récemment transporté 230 personnes, une équipe de 45 agents doit prochainement être déployée sur les côtes du nord-ouest de la France, soit "un quasi-triplement" des moyens dans cette zone, a fait savoir Downing Street dans un communiqué.

Autre sujet au menu: le renforcement de l'aide à l'Ukraine à un moment où les attaques russes de drones et de missiles balistiques s'intensifient et font un nombre croissant de victimes civiles.

Andy Burnham a effectué le 24 août sa première visite à Kiev, pour une réunion de la Coalition des volontaires, le groupe de pays qui soutiennent l'Ukraine, que le Royaume-Uni codirige avec la France.

Lors de ce premier entretien, qui se tenait à la veille d'une rencontre entre Jordan Bardella du Rassemblement National et Nigel Farage du parti anti-immigration Reform UK, Emmanuel Macron et Andy Burnham ont aussi évoqué "la montée des extrêmes" dans leurs pays, soulignant leur "intérêt commun" à montrer que des institutions démocratiques modérées peuvent répondre aux problèmes de leurs concitoyens, selon une source diplomatique.

Pendant sa visite au British Museum mercredi soir, le président français, qui quittera l'Élysée en mai, a dit espérer que son pays et le Royaume-Uni puissent "tisser un lien aussi étroit que les fils" de la tapisserie.

Le roi Charles III, accompagné de la reine Camilla, a quant à lui salué un prêt qui constitue "un précieux symbole de confiance".


Présidentielle: Hollande fait ses propositions pour séduire jusqu'au centre

Il propose un projet pour "unir" la France mais refuse pour l'instant de se déclarer candidat: François Hollande égrène dans son nouveau livre près d'une centaine de propositions, dont certaines, à contre-courant du programme des socialistes, semblent destinées à séduire jusqu'au centre. (AFP)
Il propose un projet pour "unir" la France mais refuse pour l'instant de se déclarer candidat: François Hollande égrène dans son nouveau livre près d'une centaine de propositions, dont certaines, à contre-courant du programme des socialistes, semblent destinées à séduire jusqu'au centre. (AFP)
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  • Dans "Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche" (Robert Laffont), l'ancien président, qui avait renoncé à se représenter en 2017 au vu de sa très forte impopularité à la fin de son quinquennat, estime qu'il faut "changer de méthode"
  • Il ne dira ses intentions qu'en décembre et refuse en attendant de participer à la primaire de la gauche, espérant se poser en recours si le vainqueur de ce processus de départage s'effondre

PARIS: Il propose un projet pour "unir" la France mais refuse pour l'instant de se déclarer candidat: François Hollande égrène dans son nouveau livre près d'une centaine de propositions, dont certaines, à contre-courant du programme des socialistes, semblent destinées à séduire jusqu'au centre.

Dans "Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche" (Robert Laffont), l'ancien président, qui avait renoncé à se représenter en 2017 au vu de sa très forte impopularité à la fin de son quinquennat, estime qu'il faut "changer de méthode, de perspectives et d'ambition".

Il ne dira ses intentions qu'en décembre et refuse en attendant de participer à la primaire de la gauche, espérant se poser en recours si le vainqueur de ce processus de départage s'effondre.

Mais "si émettre des idées, c'est être en campagne", alors "oui", il est en campagne, a-t-il concédé jeudi, à la foire de Châlons-en-Champagne (Marne).

Le député de Corrèze, qui a débattu récemment avec le candidat d'Horizons Edouard Philippe et a fait une apparition aux journées d'été du PS à Blois, sera la semaine prochaine à la fête de la rose de Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire), avant d'enchaîner les séances de dédicaces de son livre.

"L'enjeu, c'est d'unir les Français", face à la bipolarisation de la société entre "des extrêmes qui jouent la division" et une situation internationale tendue, où la France doit affirmer son indépendance vis-à-vis des États-Unis et de la Russie, a-t-il expliqué mercredi.

Pour cela, "il va falloir aller au-delà des formations politiques", a-t-il glissé à Blois. Celui qui théorise la nécessité de "l'union sacrée des démocrates" et préconise d'aller chercher dès le premier tour les électeurs du centre au moment où la macronie est en fin de règne, assure ne pas vouloir proposer du "Hollande 2012" réchauffé.

Sur certains points, il se place même à rebours de son parti, comme sur la taxe Zucman pour les ultra-riches, devenue à ses yeux "un slogan. Pas une réponse" ou sur les retraites.

"Candidat de centre-droit" 

Alors que le PS veut revenir à un âge légal de départ à 62 ans, il propose de le fixer à 63 ans puis d'allonger progressivement la durée de cotisation.

"L'âge pivot doit tenir compte de l'allongement de l'espérance de vie et être corrigé en permanence", a-t-il justifié.

L'ex-chef de l'Etat veut aussi "limiter à 1% pendant cinq ans l'indexation des pensions, ce qui procurerait un gain équivalent au report d'un an de l'âge de départ", et "ajouter une part de capitalisation", qui serait contrôlée par les partenaires sociaux.

De quoi faire bondir le patron des socialistes Olivier Faure: "Vous ne me trouverez pas aux côtés de ceux qui défendent ce modèle", a-t-il déclaré à Blois.

Autre nouveauté sur le plan économique, pour améliorer la feuille de paie, François Hollande suggère d'"augmenter le salaire net en diminuant les cotisations salariales". Cette perte de recettes pour la sécurité sociale serait alors compensée par un prélèvement sur le capital, via une "progressivité de la taxe sur les revenus financiers" et "un relèvement progressif de 20 à 24% du taux normal de la TVA", pourtant considérée par Olivier Faure comme "l'impôt le plus injuste".

Il estime que ce nouveau système permettrait de "relever les salaires d'environ 10% pour tous".

Et pour faire passer l'amère pilule, il propose de supprimer la TVA réduite à 5,5 %, qui s'applique sur les produits alimentaires et les travaux énergétiques, et de faire de même, mais de façon ponctuelle, pour les carburants.

Il souhaite aussi réduire les impôts de production en diminuant les aides aux entreprises, comme le propose Édouard Philippe.

De quoi séduire les centristes? François Hollande "articule des idées qui sont plus compatibles qu'elles ne l'étaient" auparavant, a reconnu le président du MoDem François Bayrou.

"On a l'impression que c'est un candidat de centre-droit. C'est un positionnement intéressant", note un cadre Horizons, tandis qu'un candidat à l'élection présidentielle constate qu'il "parle quand même très à droite pour un candidat de gauche".

"Je suis socialiste", répond l'ancien président, qui garde des marqueurs de gauche: il prévoit de "mettre à contribution les gros héritages et les patrimoines supérieurs à 10 millions d'euros brut", de porter à 30% la représentation des salariés dans les conseils d'administration des entreprises, ou de mettre en place un chèque de 10.000 euros baptisé "entrée dans la vie", pour les jeunes qui effectueront le service civique.