Pourquoi le Moyen-Orient se trouve-t-il au bord de l'apocalypse ?

Des flammes et de la fumée s'élèvent après une frappe aérienne israélienne à Dahiyeh, Beyrouth, Liban, lundi 7 octobre 2024. (AP)
Des flammes et de la fumée s'élèvent après une frappe aérienne israélienne à Dahiyeh, Beyrouth, Liban, lundi 7 octobre 2024. (AP)
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Publié le Mardi 08 octobre 2024

Pourquoi le Moyen-Orient se trouve-t-il au bord de l'apocalypse ?

  •  Alors que la région attend la réponse d'Israël à l'attaque de missiles iraniens, nombreux sont ceux qui s'interrogent sur l'ampleur que pourrait prendre le conflit.
  • L'impasse prolongée a fait resurgir le spectre d'une troisième guerre mondiale, qui se profile depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.

LONDRES: Le 6 octobre 2023, la ville de Huwara, au centre de la Cisjordanie, a connu une sinistre routine. Les affrontements entre les habitants palestiniens et les bandes armées des colonies israéliennes voisines y sont tristement fréquents.

Une nuit de février de l'année dernière, dans le cadre d'une campagne d'intimidation ad hoc et d'un cycle sans fin de meurtres, des centaines de colons ont attaqué la ville, incendiant des dizaines de bâtiments, tuant un habitant et blessant une centaine d'autres sous le regard des soldats israéliens.

Le 6 octobre, c'était au tour de Labib Dumaidi, 19 ans, de mourir, tué d'une balle dans le cœur lors d'une nouvelle invasion de la ville par une foule de colons armés qui, dans un acte typique de provocation extrême, étaient entrés en force dans la ville pour y installer une cabane de prière temporaire.

Une nouvelle victime est venue s'ajouter au nombre constant de vies perdues dans la guerre d'usure entre les forces de sécurité israéliennes d'occupation et les Palestiniens de Cisjordanie.

Et puis, le lendemain matin, le drame de la vie quotidienne et de la mort en Cisjordanie a été soudainement oublié.

Un homme se tient au sommet d'un bâtiment fortement endommagé et voit d'autres bâtiments détruits à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 7 octobre 2024. (AFP)
Un homme se tient au sommet d'un bâtiment fortement endommagé et voit d'autres bâtiments détruits à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 7 octobre 2024. (AFP)

Un an plus tard, après l'attaque menée par le Hamas contre Israël et la riposte israélienne - qui a fait jusqu'à présent plus de 40 000 morts à Gaza et s'est étendue au Liban - il est possible de se remémorer avec nostalgie les jours qui ont précédé le 7 octobre 2023.

Aujourd'hui, cependant, alors que les troupes israéliennes sont de plus en plus nombreuses au Liban, que les membres et les dirigeants du Hezbollah sont pris pour cible avec un mépris apparent pour la vie de passants innocents, et que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a déclaré aux Iraniens que leur liberté arriverait "beaucoup plus tôt qu'on ne le pense", presque tout semble possible.

Tout, sauf la paix et la fin de l'effusion de sang à Gaza, au Liban et en Cisjordanie où, l'attention du monde étant détournée ailleurs, la violence des colons soutenus par l'armée israélienne à l'encontre des Palestiniens a atteint un nouveau niveau.

La grande question qui se pose aujourd'hui est de savoir jusqu'où le conflit pourrait s'aggraver.

Des véhicules de l'armée israélienne circulent dans une rue lors d'un raid de l'armée à Jénine, en Cisjordanie occupée, le 25 septembre 2024. (AFP)
Des véhicules de l'armée israélienne circulent dans une rue lors d'un raid de l'armée à Jénine, en Cisjordanie occupée, le 25 septembre 2024. (AFP)

Arshin Adib-Moghaddam, professeur de pensée globale et de philosophies comparées à l'université SOAS de Londres et auteur du livre "What is Iran?" (Qu’est-ce que l’Iran?), estime que "l'objectif stratégique de cette administration israélienne a été d'entraîner les États-Unis dans un conflit régional plus large, car Israël lui-même n'a pas la capacité de mener une guerre contre l'Iran".

Et, "étant donné le rôle central des États-Unis dans ce plan, seul le gouvernement américain peut faciliter la paix, en restreignant Benjamin Netanyahou par des mesures actives, et non par des gestes symboliques".

Mais le moment est dangereusement mal choisi: les États-Unis sont à moins d'un mois d'une élection qui verra la démocrate Kamala Harris ou le républicain Donald Trump entrer en fonction en janvier en tant que prochain président.

Tant l'élection que la transition ultérieure des administrations, quelle que soit leur couleur, ne peuvent qu'entraver l'investissement diplomatique américain dans la crise actuelle. Néanmoins, selon Adib-Moghaddam, "si la conflagration actuelle des conflits n'est pas atténuée, nous serons entraînés dans une guerre aux répercussions mondiales, certainement en termes de conséquences économiques".

"Ma recommandation serait d'engager l'administration réformiste iranienne autour du président (récemment élu) Masoud Pezeshkian, dans le cadre d'une stratégie plus large visant à maîtriser les factions de droite de tous bords".

Lieux où sont basés les alliés armés de l'Iran
Lieux où sont basés les alliés armés de l'Iran 

La perspective d'une troisième guerre mondiale se profile depuis la fin de la deuxième, et la crise actuelle en a ravivé le spectre.

Les origines de la Première Guerre mondiale, qui a vu plus de 30 nations se déclarer la guerre et qui, entre 1914 et 1918, a coûté jusqu'à 20 millions de vies, illustrent la façon dont des conflits régionaux relativement mineurs peuvent échapper à tout contrôle.

Puis vint l'épidémie de grippe de 1918-1919, qui reste une leçon de choses sur les dangers des circonstances imprévues. Considérée par certains épidémiologistes comme ayant été déclenchée par l'arrivée sur le front occidental en Europe de soldats américains infectés, l'épidémie a tué encore plus de personnes que la guerre elle-même.

Je pense que c'est George W. Bush qui a dit un jour: "Il est difficile de prédire, surtout l'avenir", a déclaré Ahron Bregman, ancien soldat israélien, auteur et chargé de cours au département d'études sur la guerre du King's College de Londres, spécialisé dans le conflit israélo-arabe et le processus de paix au Moyen-Orient.

"Mais en regardant dans ma boule de cristal, je pense qu'il n'y aura ni retour aux affaires courantes, ni troisième guerre mondiale. Les Israéliens et les Iraniens ne veulent pas d'une grande guerre".

"Bien sûr, la guerre a sa propre dynamique et elle pourrait s'imposer à eux, mais je veux croire qu'ils essaieront de la contenir. Je peux me tromper".

Des milliers de personnes ont été déplacées par les combats, mais leur nombre ne cesse d'augmenter.
Des milliers de personnes ont été déplacées par les combats, mais leur nombre ne cesse d'augmenter. 

Ailleurs, aux portes d'Israël, Bregman a déclaré: "La situation entre Israël et le "reste", pour ainsi dire, est une situation d'attrition. Les guerres d'usure sont souvent longues et sanglantes, c'est pourquoi il serait difficile de revenir à la situation habituelle (après les événements de l'année dernière)".

Aujourd'hui, "le centre de gravité s'est déplacé vers le Liban, et c'est là que nous assisterons à des semaines, des mois et peut-être même des années de frictions si Israël s'y enlise".

L'histoire de l'engagement d'Israël avec son voisin du nord, le Liban, donne à réfléchir sur la véracité de ce pronostic.

La première intervention majeure d'Israël au Liban a eu lieu en mars 1978. En réponse à un attentat terroriste qui avait tué 28 Israéliens, 7 000 soldats israéliens ont franchi la frontière pour tenter d'expulser l'Organisation de libération de la Palestine du Sud-Liban. Ils avancent d'environ 25 km dans le pays, jusqu'à la rive sud du fleuve Litani, tuant jusqu'à 500 combattants et trois fois plus de civils, et déplaçant à l'intérieur du pays plus de 100 000 personnes.

Soldats israéliens entrant dans un village lors de la première invasion du Sud-Liban, le 15 mars 1978. (AFP)
Soldats israéliens entrant dans un village lors de la première invasion du Sud-Liban, le 15 mars 1978. (AFP)

Cette invasion a déclenché une réponse féroce de la part de l'OLP et a finalement conduit à la guerre du Liban de 1982. Cette fois, les Israéliens se sont emparés de la moitié du pays, ont assiégé Beyrouth et, dans un acte resté célèbre à ce jour, ont assisté au massacre d'environ 3 000 civils palestiniens et libanais par une milice chrétienne dans le quartier de Sabra, à Beyrouth, et dans le camp de réfugiés de Chatila, situé à proximité.

En 1985, les forces israéliennes se sont retirées dans une zone dite de sécurité, occupant quelque 800 km2 du Liban à la frontière israélienne. C'est cette zone qui, ironiquement, a vu l'émergence du Hezbollah, l'organisation avec laquelle Israël est à nouveau engagé dans un combat mortel au Liban.

Faits Marquants
Le commandant de la force Quds de l'Iran, Esmail Qaani, n'a pas donné de nouvelles depuis les frappes israéliennes de grande envergure sur Beyrouth à la fin de la semaine dernière.

Ibrahim Al-Marashi, professeur agrégé d'histoire à l'université d'État de Californie à San Marcos, a déclaré que depuis le 7 octobre 2023, "les États-Unis sont entrés dans une nouvelle 'guerre éternelle'" et que les événements de l'année dernière sont "un exemple parfait de la façon dont Washington succombe à la dérive de sa mission".

Selon lui, cette situation renforce la certitude d'un conflit régional prolongé.

Des voitures carbonisées sur le site d'une frappe aérienne israélienne à Dahiyeh, Beyrouth, Liban, dimanche 6 octobre 2024. (AP)
Des voitures carbonisées sur le site d'une frappe aérienne israélienne à Dahiyeh, Beyrouth, Liban, dimanche 6 octobre 2024. (AP)

"Au cours de l'année écoulée, les combats se sont étendus à la lutte contre les milices houthies du Yémen dans la mer Rouge et dans le golfe Persique pour contrer l'influence de l'Iran dans cette région", a-t-il déclaré.

"Quel que soit le vainqueur de la prochaine élection présidentielle en novembre, les forces américaines déployées sur ces théâtres resteront probablement à leur niveau actuel, voire augmenteront".

Vendredi matin, des avions et des navires de guerre américains ont attaqué plus d'une douzaine de cibles houthies au Yémen, apparemment en représailles à l'abattage, la semaine dernière, du troisième drone américain MQ-9 Reaper perdu au-dessus du pays en un mois.

Lors des attaques de drones et de missiles iraniens contre Israël, le 13 avril et le 1er octobre, "Israël a dû compter sur les avions et les navires américains pour intercepter tous les projectiles", a déclaré Al-Marashi, et depuis octobre 2023, "les États-Unis sont devenus partie prenante d'une guerre non déclarée avec l'Iran, ce qui rend les forces américaines vulnérables aux représailles".

Un bâtiment détruit à Hod HaSharon après une attaque de missiles iraniens sur Israël, le 2 octobre 2024. (AFP)
Un bâtiment détruit à Hod HaSharon après une attaque de missiles iraniens sur Israël, le 2 octobre 2024. (AFP)

Par ailleurs, le déploiement du porte-avions USS Abraham Lincoln, basé à San Diego, qui est actuellement le navire amiral d'un groupe de frappe dans le golfe d'Oman, au large des côtes iraniennes, vient d'être prolongé.

"Cette force sert actuellement à dissuader l'Iran, une mission essentielle étant donné que l'Iran a été le premier et le seul État du Moyen-Orient au XXIe siècle à frapper Israël directement, avec une salve massive de missiles balistiques depuis son territoire, non pas une fois, mais deux fois, en une seule année".

Selon Al-Marashi, la situation actuelle présente tous les ingrédients nécessaires à un conflit de longue durée.

"Même si l'Iran n'a pas infligé de dommages majeurs, il peut revendiquer une victoire symbolique".

"Les Israéliens savent désormais que l'Iran a la capacité d'atteindre leur pays et qu'à l'avenir, certains missiles pourraient passer. Cela confère à l'Iran une forme de pouvoir qu'il n'abandonnera pas".

"Les forces navales américaines présentes dans le golfe d'Oman et le golfe Arabo-Persique constituent la seule force de dissuasion d'Israël, de sorte que l'Iran calcule la réponse américaine s'il devait lancer une troisième salve - et les missions visant à établir la dissuasion n'ont pas de date de fin".

Sud Liban

Comme pour l'Iran, "les Houthis ne vont pas renoncer à leurs attaques parce qu'elles génèrent des victoires symboliques. Attaquer Israël a élargi l'attrait des Houthis au Yémen au-delà de leur base chiite zaydite, et les États-Unis et Israël ne font qu'accroître la popularité des Houthis en incitant les deux États à les attaquer, créant ainsi un cercle vicieux".

Il a ajouté: "Les guerres en Irak et en Afghanistan ont été les guerres éternelles des années 2000. Il semble que les guerres qui se déroulent depuis octobre 2023 aient le potentiel de servir de conflits pour les années 2020".

Kelly Petillo, responsable du programme pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord au Conseil européen des relations étrangères, craint que la guerre ne s'élargisse dangereusement.

Des femmes palestiniennes réagissent après avoir identifié les corps des victimes d'une frappe israélienne qui a visé une mosquée transformée en abri à Deir Al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 6 octobre 2024. (AFP)
Des femmes palestiniennes réagissent après avoir identifié les corps des victimes d'une frappe israélienne qui a visé une mosquée transformée en abri à Deir Al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 6 octobre 2024. (AFP)

"Cela crée de multiples fronts et de graves dangers pour la région, menaçant de briser les alliances actuelles et de détruire la coopération entre des États clés, tels que l'Iran et l'Arabie saoudite", a-t-elle déclaré.

"De plus, cela ajoute des couches à la guerre de Gaza et efface toute possibilité de diplomatie dans cette région, rendant un cessez-le-feu encore plus insaisissable qu'il ne l'était déjà".

Elle a ajouté qu'Israël "n'allait manifestement pas s'arrêter tant que ses alliés occidentaux ne lui diraient pas de le faire et ne lui imposeraient pas de coûts pour ses actions".

Systèmes de défense aériens israéliens
Systèmes de défense aériens israéliens

Selon Petillo, "il est déjà question, au sein d'Israël, de s'attaquer ensuite à l'Iran et nous envisageons le scénario le plus pessimiste d'une guerre régionale impliquant l'Iran".

Ce n'est pas inévitable, "principalement parce que l'Iran lui-même veut l'éviter. Malheureusement, il existe différents camps en Iran, et certains veulent combattre Israël".

"Mais je pense qu'il est généralement admis que l'Iran ne gagnerait pas une guerre contre Israël en raison de la supériorité militaire de ce dernier, et que les États-Unis, voire le Royaume-Uni et d'autres pays, pourraient être entraînés dans cette guerre".

Partie d'une roquette lancée lors de l'attaque iranienne contre Israël, dans la ville de Jéricho, en Cisjordanie, le mercredi 2 octobre 2024. (AP)
Partie d'une roquette lancée lors de l'attaque iranienne contre Israël, dans la ville de Jéricho, en Cisjordanie, le mercredi 2 octobre 2024. (AP)

Pour éviter ce scénario catastrophe, "la diplomatie doit être renforcée. Les États-Unis ont un rôle à jouer, c'est certain, mais aussi le Royaume-Uni et l'Europe, pour qu'ils parlent à Israël, à l'Iran et à différents acteurs et fassent passer des messages de désescalade".

"Il est dans l'intérêt de toutes les parties d'éviter le scénario cauchemardesque d'une guerre régionale".

"Mais il s'agit avant tout de faire comprendre à Israël qu'il doit mettre fin à l'escalade et s'engager dans des pourparlers de cessez-le-feu, tout en continuant à manifester un soutien général à sa sécurité".

Au bord de l'apocalypse
Au bord de l'apocalypse

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 

 

 

 

 

 


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
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  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
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  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.