Avec son système antimissile, Washington accroît son implication dans le conflit entre Israël et l'Iran

Vue d'ensemble prise depuis Metula, dans le nord d'Israël, lors d'une tournée des médias étrangers avec le porte-parole de l'armée israélienne, montre la fumée s'échappant de la frontière dans le village d'Adaisseh, dans le sud du Liban, le 15 octobre 2024. (AFP)
Vue d'ensemble prise depuis Metula, dans le nord d'Israël, lors d'une tournée des médias étrangers avec le porte-parole de l'armée israélienne, montre la fumée s'échappant de la frontière dans le village d'Adaisseh, dans le sud du Liban, le 15 octobre 2024. (AFP)
Short Url
Publié le Mercredi 16 octobre 2024

Avec son système antimissile, Washington accroît son implication dans le conflit entre Israël et l'Iran

  • L'envoi de militaires américains en Israël dans le cadre du déploiement d'un système de défense antimissile témoigne de la détermination de Washington à protéger son allié, mais renforce aussi son implication dans le conflit
  • Le Pentagone a annoncé mardi que les premiers soldats chargés de faire fonctionner ce système de défense antimissiles à haute altitude (Thaad), considéré comme l'un des plus perfectionnés au monde, étaient arrivés lundi en Israël

WASHINGTON: L'envoi de militaires américains en Israël dans le cadre du déploiement d'un système de défense antimissile témoigne de la détermination de Washington à protéger son allié, mais renforce aussi son implication dans le conflit, notent mardi des analystes.

Le Pentagone a annoncé mardi que les premiers soldats chargés de faire fonctionner ce système de défense antimissiles à haute altitude (Thaad), considéré comme l'un des plus perfectionnés au monde, étaient arrivés lundi en Israël et que d'autres allaient suivre.

Ce déploiement renforce la défense antiaérienne d'Israël, dont les dirigeants ont promis de riposter à l'attaque menée le 1er octobre par l'Iran, qui avait lancé quelque 200 missiles sur son sol.

Il s'agissait de la réponse iranienne à l'assassinat à Téhéran du chef du Hamas palestinien, Ismaïl Haniyeh, imputé à Israël, et du chef du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, dans une frappe israélienne près de Beyrouth.

Des navires et avions américains avaient aidé Israël à se défendre contre cette attaque et la précédente, le 13 avril. Mais avec ce système de défense antimissile mobile, c'est une centaine de soldats américains qui seront sur le terrain et se retrouveront donc à risque.

"Mettre des soldats américains en Israël montre clairement que Washington est, de manière très visible et tangible, engagé à défendre Israël, et se battra s'il le faut", observe Raphael Cohen, du groupe de réflexion Rand Corporation.

L'administration du président Joe Biden "espère probablement que cette mesure aura un effet de dissuasion accru sur l'Iran et rassurera Israël", ajoute-t-il.

Mais, selon lui, elle pourrait aussi en retour donner aux Etats-Unis une "plus grande influence" sur la réponse d'Israël à l'attaque de missiles iranienne.

- "Une cible très coûteuse" -

Israël dispose déjà de systèmes de défense antiaériens très sophistiqués, mais M. Cohen estime qu'ils ont été mis à l'épreuve par près d'une année de combats avec les différents groupes régionaux alliés de Téhéran.

"Si l'Iran augmente sa capacité de feu et que le Hezbollah continue ses attaques, plus de missiles vont passer et toucher leurs cibles", reprend-il, en référence au mouvement pro-iranien qu'Israël combat au Liban.

Thaad, conçu pour intercepter les missiles à haute altitude et fournissant une protection sur une large zone, sera "pleinement opérationnel dans un avenir proche", a déclaré mardi dans un communiqué le porte-parole du Pentagone, le général Pat Ryder.

Ce système, développé dans les années 1990 mais mis en service pour la première fois en 2008, nécessite 95 personnes pour le faire fonctionner.

Il consiste en six lanceurs montés sur des camions, chacun composé de huit intercepteurs, d'un puissant système radar et d'un élément de contrôle des tirs, selon le Service de recherche du Congrès américain.

Tom Karako, directeur du projet de défense missile du Centre américain d'études internationales et stratégiques (CSIS), rappelle que le Thaad, dont le radar coûte un milliard de dollars, est "potentiellement une cible très coûteuse" qu'il convient de correctement protéger.

Les Etats-Unis n'ont qu'un nombre très limité de systèmes Thaad, "ne produisent pas beaucoup de projectiles thaad en ce moment" et doivent donc "mûrement réfléchir" à son utilisation, souligne-t-il.

Le déploiement de Thaad en Israël "ajoute évidemment beaucoup en terme de potentiel et de capacité, mais  (...) s'accompagne aussi d'un risque stratégique, et de coûts opérationnels et d'opportunité".


Téhéran promet de venger l'attaque meurtrière contre un mariage, Washington annonce une enquête

Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Des débris jonchent le sol autour de maisons endommagées à la suite d’une attaque signalée près d’un rassemblement de mariage à Kuhistik, Sirik, en Iran, le 2 septembre 2026. (Reuters)
Short Url
  • Les tensions entre les États-Unis et l’Iran reprennent dans le Golfe, avec de nouvelles frappes iraniennes contre des positions militaires américaines
  • Téhéran accuse Washington d’une frappe ayant tué quatre personnes lors d’un mariage. Les États-Unis enquêtent mais se disent sceptiques

TEHERAN: L'Iran a de nouveau visé jeudi des cibles militaires américaines dans le Golfe, jurant de venger l'attaque qui a tué quatre personnes lors d'un mariage mardi soir, frappe pour laquelle Washington a annoncé une enquête.

Les Etats-Unis, qui ne s'étaient jusqu'ici pas exprimés officiellement sur cette attaque, mènent "une enquête approfondie", a indiqué devant la presse le vice-président américain JD Vance, tout en se disant "sceptique".

"Je dirais que les médias d'Etat iraniens n'ont pas vraiment rendu compte de manière fiable de ce qui s'est passé dans ce conflit jusqu'à présent, je suis donc extrêmement sceptique à ce sujet", a-t-il déclaré.

Après un mois d'accalmie, les affrontements entre Washington et Téhéran ont repris dimanche à l'initiative de l'armée américaine, qui a dit vouloir empêcher des roquettes chargées de mines marines d'être tirées dans le stratégique détroit d'Ormuz.

Téhéran a répondu en ciblant ses voisins du Golfe, comme depuis le début du conflit déclenché par une offensive américano-israélienne fin février.

Pour autant, le vice-président américain s'est refusé de parler d'"une guerre", alors que le conflit est un sujet de mécontentement pour les électeurs américains à l'approche des élections législatives de novembre.

"Je n'appellerais pas ça une guerre. En ce moment, il n'y a pas d'échange de tirs", a-t-il dit.

- Vidéos partagées -

La frappe ayant ciblé un mariage, imputée par l'Iran aux Etats-Unis, s'est produite dans le district de Sirik (sud-est), et a également blessé près de 70 personnes.

Les vidéos montrant des décorations de fêtes au milieu de débris et de taches de sang ont été largement partagées en Iran. Le New York Times, qui a analysé les témoignages et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et interrogé des experts militaires, affirme qu'il s'agissait bien d'une frappe américaine.

"Le sang pur de ces martyrs (...) ne restera pas impuni et sera certainement vengé", a assuré jeudi Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution, puissante armée idéologique iranienne.

Au total dans la nuit de mardi à mercredi, au moins 19 personnes dont sept membres des forces armées ont été tuées lors de bombardements en Iran, l'un des bilans les plus élevés de ces derniers mois.

L'Iran a aussi annoncé jeudi la mort de six membres de sa marine dans des frappes américaines, sans qu'on sache s'ils comptaient parmi les 19 personnes tuées.

Jeudi, son armée a notamment visé des "hangars d'avions de combat de l'armée terroriste américaine dans la base aérienne Ahmad al-Jaber au Koweït", selon un communiqué militaire.

Aux Emirats arabes unis, ce sont les systèmes radar américains qui ont été visés sur la base aérienne al-Minhad, d'après la même source.

Le Koweït a dénoncé une "ignoble agression". Les Emirats n'ont pas confirmé avoir été ciblés, et on ne connaît pas l'étendue d'éventuels dégâts.

- "A tout moment" -

Le même scénario se répète depuis le début de la guerre, tandis que les négociations pour y mettre fin restent dans l'impasse.

Au cœur du conflit, le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures que l'Iran verrouille désormais depuis des mois.

Les Etats-Unis appliquent en représailles un blocus naval sur les ports iraniens. Jeudi, JD Vance a affirmé que le passage de pétrole et de gaz avait "presque" retrouvé ses niveaux d'avant-guerre dans le détroit.

Washington n'a de son côté pas bombardé l'Iran ces dernières heures, même si Donald Trump a averti que les Etats-Unis restaient prêts à frapper "à tout moment".

Alors que Donald Trump peine à trouver une issue à ce conflit impopulaire et coûteux, l'administration américaine mise aussi sur la pression économique, avec par exemple l'annonce de divers nouvelles sanctions à venir contre les partenaires commerciaux de Téhéran.

Les cours du pétrole sont repartis à la hausse ces derniers jours du fait du regain de violences, le Brent, référence mondiale, évoluant au-dessus de 95 dollars.

Les investisseurs restent sceptiques "quant à une normalisation prochaine des flux énergétiques transitant par le détroit d'Ormuz", observe Jim Reid, économiste pour la Deutsche Bank.


Israël se dit prêt à répondre «avec force» à toute attaque iranienne

Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Israël s'est engagé dans la guerre au Moyen-Orient aux côtés des États-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire depuis que le président Donald Trump a conclu un accord de cessez-le-feu en avril. (AFP)
Short Url
  • Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment"
  • "Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi

JERUSALEM: Israël s'est dit mercredi prêt à riposter "avec force" à une éventuelle attaque iranienne, en pleine reprise des hostilités entre Téhéran et Washington.

Israël a lancé la guerre au Moyen-Orient aux côtés des Etats-Unis fin février, mais est resté en retrait sur le plan militaire après la signature d'un accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran en avril, même lorsque que celui-ci a volé en éclats avec de nouveaux affrontements.

Mercredi, l'Iran a mené des frappes sur plusieurs pays de la région en réponse à des bombardements américains.

"Pour le moment, (les Iraniens) mènent des frappes dans toute la région, sauf sur nous. Mais il est possible qu'ils nous attaquent et nous y sommes préparés", a déclaré le ministre de la Défense, Israël Katz, lors d'une conférence organisée par le média israélien Ynet.

Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar a lui assuré qu'Israël n'avait "pas l'intention de rejoindre la guerre pour le moment".

"Si nous sommes attaqués par l'Iran, nous répondrons certainement avec force, mais je ne suis pas sûr que l'Iran commette cette erreur", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision France 24 diffusé mercredi.

M. Katz a de son côté également avancé que les avions militaires israéliens étaient "prêts à décoller", et affirmé que les Iraniens "aimaient bien attaquer lors des fêtes juives".

Israël a plusieurs fois fait face dans son histoire à des attaques lors de fêtes juives - mais pas de la part de l'Iran - un souvenir qui affleure à chaque fois qu'approchent des périodes fériées.

C'est le cas par exemple de la guerre du Kippour en 1973, déclenchée par une attaque surprise de l'Egypte et de la Syrie le jour de Yom Kippour. Ou de l'attaque sans précédent menée par le Hamas palestinien le 7 octobre 2023, jour de Shabbat et de la fête juive de Simchat Torah.

Les fêtes juives d'automne commenceront à la tombée de la nuit le 11 septembre avec Rosh Hashana, le Nouvel An juif, suivi de Yom Kippour du 20 au 21 septembre et de Souccot à partir du 25 septembre.

L'activité ralentit considérablement en Israël pendant cette période, mais l'armée et les forces de sécurité restent traditionnellement très mobilisées.


Allemagne: ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat près d'une centrale thermique

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche". (AFP)
Short Url
  • "Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte"
  • Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage"

BERLIN: La police allemande a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête antiterroriste après un attentat mardi contre un poste électrique près d'une centrale thermique à Jänschwalde (est), qui a endommagé plusieurs lignes électriques et provoqué une brève interruption de l'alimentation.

"Outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d'une explosion à l'aide d'explosifs et de destruction d'équipements de travail essentiels, une enquête pour formation d'une organisation terroriste a également été ouverte", a indiqué la préfecture de police du Land de Brandebourg à Potsdam.

Par ailleurs, après une panne mardi soir d'un poste électrique de l'opérateur Amprion à Bergheim, dans l'ouest du pays, les autorités allemandes ont indiqué soupçonner "un acte de sabotage".

Lors d'une conférence de presse donnée mercredi à Düsseldorf (ouest), le ministre de l'Intérieur de l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, Herbert Reul, a déclaré qu'il existait "un soupçon initial de sabotage dirigé contre l'ordre constitutionnel".

Les enquêteurs étudient deux pistes possibles: "un sabotage téléguidé par un Etat étranger" et un acte "d'extrémiste de gauche", a ajouté M. Reul.